‹ Étude des différentes racines d'ipécacuanha du commerceChapitre 2 sur 10 · D’IPÉCACUANHA · texte numérisé non relu

D’IPÉCACUANHA

La découverte de l’Ipécacuanha est due aux Brésiliens qui, les premiers , reconnurent ses propriétés et l’employèrent comme médicament et surtout comme antidote « pour chasser de suite , » suivant l’expression de Pison, « par le vomissement , les virus occultes et manifestes. »

L’Ipécacuanha ne fut apporté en Europe que vers 1672, et les médecins le laissèrent en oubli jusqu’en 1686, époque à laquelle un marchand, nommé Grenier, en apporta de nouveau en France. Il était alors connu sous le nom de c Beconquille ou Aline d'or (de l’espagnol ‘ Bexugillo ) ; et il fut employé et préconisé par Adrien Helvetius , médecin de Reims, auquel Louis XIV acheta le secret de ce médicament, pour le publier en 1690.

MargrafF et Pison sont les premiers auteurs qui aient parlé dans leurs ouvrages de cette précieuse racine. Margraff ( Histoire naturelle du Brésil) décrit l’Ipécacuanha, dont il donne une figure qui représente assez bien la plante, et surtout les

racines, mais dont les détails botaniques ne sont nullement satisfaisants.

Pison, dans son Histoire naturelle du ‘Brésil (1648), jointe à l’ouvrage précédent, décrit deux plantes et deux racines différentes : « L’une d’elles, » dit-il, « la plus petite, est couchée par terre, croît dans les prés -, elle ressemble au pouliot, car sa tige pousse beaucoup de feuilles lanugineuses, et elle est terminée par des fleurs blanches. Sa racine est épaisse, imitant une cordelette, de couleur blanchâtre. Ce dernier caractère la fait désigner par les Portugais sous le nom d ' Ipecacuanha Blanca ; elle est moins*forte et résiste moins fortement aux venins.... »

Cette description est évidemment celle du T^ichardsonia scabra;

« L’autre est de la longueur d’une demi-coudée, garnie seulement de trois à cinq feuilles; elle se plaît aux lieux'sombres et on ne la trouve que dans le plus épais des bois ; elle porte au sommet de sa tige quelques baies noires. La racine est mince, tortueuse, noueuse, d’une couleur brune, d’une saveur ingrate, amère, chaude et âcre; desséchée, elle se conserve beaucoup d’années sans perdre ses qualités ; elle guérit les cours de ventre et d’autres maladies ; de plus, elle combat les venins.... »

Cette dernière plante n’est autre que le Cephœlis Ipecacuanha.

Le second auteur après Pison qui ait fait mention de l’Ipécacuanha est le R. P. Labat, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, dans son Nouveau Voyage aux Isles françoises de l'Amérique (1742) :

« L’ipôcacuanha, » dit-il, « est de trois sortes : blanc, gris et noir; nous avons dans toutes nos savanes les deux premières en abondance ; la troisième, qu’on prétend être la meilleure, nous manque, peut-être parce qu’on ne la connaît pas. »

11 décrit ensuite les deux plantes qui produisent ces trois variétés d’Ipécacuanha ; mais les détails botaniques qu’il donne, beaucoup trop incomplets, ne permettent pas de reconnaître exactement les plantes dont il veut parler.

Quelques années plus tard (1801), Linné ayant reçu de Mutis des renseignements précis sur la plante qui produit l’Ipécacuanha, la décrivit sous le nom de Psychotria emetica, croyant, mais à tort, que c’était celle décrite par Pison.

Ce ne fut qu’en 1802 que le D r Antonio-Bernardino Gomez envoya en Europe des échantillons de véritable Ipecacuanha, chargés de fleurs, qui furent étudiés et très bien décrits par Brotero, professeur de botanique à l’Université de Coimbre, dans les Transactions linnêennes de Londres. Il nomma la plante Callicocca Ipecacuanha.

Il donne la description d’une plante : caule ascendente, suffruticoso ; foliis ovato-lanceolatis , inferne subpubescentibus ; capitulo terminali, pedunculato ; involucro tetraphyllo, foliolis subcordatis ; corollis quinquifidis....

Il parle ensuite de la racine : annulisprominentibus, inœqualibus , subrugosis ; puis de l’écorce : crassa , dura , fragilis , cxtus bruna, iutus albicans, 'gommo-resinosa, jilo percussa lignoso, œquali albo....

Depuis lors on attribua tous les Ipécacuanhas que l’on trouva dans le commerce au Callicocca Ipecacuanha de Brotero, et au Psychotria emetica , de Linné*, cette erreur dura jusqu’au jour où de Candolle vint démontrer que les différents Ipecacuanhas provenaient d’un très grand nombre de plantes encore peu connues.

Dans le Dictionnaire des Sciences médicales (1818), on trouve la classification suivante :

i° Callicocca Ipecacuanha (Ipécac. officinal) ;

2 0 Psychotria emetica (Ipécac. strié) -,

3 ° Viola Ipecacuanha (Ipecac. ondulé).

L’auteur de l’article a le tort d’attribuer la troisième variété, Ipécacuanha blanc à une Violette.

M. Richard, dans sa thèse soutenue à l’École de Médecine en 1820, commet la môme erreur. Il divise les Ipécacuanhas en bruns et en blancs. Quand il parle de ces derniers, ce n’est que pour constater l’obscurité qui règne encore sur leur nature et leur véritable origine. 11 décrit la racine du Viola Ipecacuanha , qu’il croit être Y Ipecacuanha blanca de Pison.

Après lui , Martius (Specimen SMateriœ medicalis), Auguste St-Hilaire ( Plantes usuelles des Drasi liens) ; Merat et de Lens ( Dictionnaire de Matière médicale) ; Guibourt ( Histoire naturelle des Drogues simples), se sont occupés de cette importante question et ont fini par attribuer exactement chaque racine à la plante qui la produit.

Il résulte des recherches de ces savants que la plante qui fournit l’ipécacuanha officinal est le Cephœlis Ipecacuanha.

Ce nom de Cephœlis Ipecacuanha lui a été imposé par Swartz, à la place de celui de Callicocca Ipecacuanha que lui avait donné Brotero. Pour s’en tenir scrupuleusement à l’antériorité, on aurait dû l’appeler Tapogomœa, comme l’avait proposé Aublet ; mais l’usage a voulu, on ne sait trop pourquoi, qu’on la nommât Cephœlis Ipecacuanha.

Le nom d’Ipécacuanha est inconnu dans la plupart des parties du Brésil; les indigènes ne la connaissent généralement pas ; ils confondent, sous la dénomination de Poaya, toutes les plantes ayant des propriétés émétiques, quelle que soit, d’ailleurs, leur origine.

Quant à l’étymologie du mot Ipécacuanha, Auguste St-Hilaire la trouve dans les mots indiens suivants : Ipe (écorce) ; caa (plante); cua 'odorante) ; nha (rayée) ; (écorce de plante odorante rayée).

Le nom d’Ipécacuanha a été donné à plusieurs plantes différentes d’espèce, de genre et même de famille, mais qui se ressemblent toutes par les propriétés médicinales de leurs racines, propriétés émétiques plus ou moins prononcées. Ce nom appartient plus particulièrement aux racines de trois rubiacées, le Cephœlis Ipecacuanha , le Psychotria emetica , le Pichardsonia scabra . Nous allons présenter successivement l’histoire de ces trois plantes et de leurs racines, en commençant par l’espèce véritablement officinale, le Cephœlis Ipecacuanha:

irÉCACUANHA OFFICINAL.

\I Ipecacuanha officinal (.Annelé mineur de Guibourt) est produit par une plante du genre Cephœlis, de la famille des Rubiacées, tribu des Psychotriées, le Cephœlis Ipecacuanha (Rich.), Callicocca Ipecacuanha (Gomez et Brotero), Ipecacuanha fusca (Pison), Poyadomato (Brasiliens).

On sait quelle incertitude a entouré longtemps l’origine de cette racine qui, décrite d’abord par Pison, fut ensuite attribuée à des végétaux très différents, à une prétendue espèce du genre Paris , à une autre du genre Lonicera, à une Viola , au Psychotria emetica , et dont Gomez indiqua le premier la véritable source, le Callicocca Ipecacuanha.

Cette plante croit dans les forêts humides et ombragées des provinces de Fernambouc, de Bahia, des Mines, du St-Esprit, de Rio-Janeiro (Brésil;, et s’étend vers le sud jusqu’aux environs de Guaratingueta, dans la province de St-Paul.

Sa tige, qui prend naissance sur une souche horizontale de la grosseur d’une plume de corbeau, est droite, simple, li-

gneuse, arrondie vers sa base, obscurément tetragone au sommet, glabre inférieurement, légèrement pubescente supérieurement -, elle s’élève à une hauteur de 3 o centimètres environ et se termine par trois ou quatre paires de feuilles.

Ces feuilles sont opposées, ovales, entières, glâbres inférieurement, couvertes supérieurement d’un duvet rude au toucher, longues de 55 à 80 millimètres sur 25 à 3 o millimètres de largeur, présentant une nervure moyenne proéminente en dessous, et huit à douze nervures latérales parallèles et arquées .

Leur pétiole est court, long à peine de 9 à 10 millimètres, légèrement pubescent et canaliculé.

Chaque paire de feuilles est accompagnée de deux stipules réunies à leur base et divisées par le haut en lanières étroites ; ces stipules, longues de 8 à 12 millimètres, sont orbiculaires ou semi-ovales.

Les fleurs sont petites, blanches, réunies par groupes de dix ou douze en un petit capitule terminal, pêdonculé, environné à sa base de quatre bractées pubescentes, presque en cœur.

Le tube calicinal est oloval, adhérent, pubescent, et présente un limbe supère, 5 -denté.

La corolle est supère, infundibuliforme, 5 -lobée.

Les étamines, au nombre de cinq, sont insérées au-dessous de la gorge et alternes avec les divisions de la corolle ; elles ont les filets très courts, attachés au tiers inférieur de la longueur de l’anthère.

Les anthères sont linéaires, incombantes.

Le pistil présente un style inclus terminé par un stigmate bifide.

L’ovaire est oblong, biloculaire.

Le fruit est une baie ovoïde, peu charnue, renfermant deux nucules osseuses, costées, monospermes, qui se séparent à maturité.

La graine est dressée, composée d’un épisperme très mince, d’un endosperme corné au milieu duquel est un embryon central ayant la même direction que la graine.

La racine est fibreuse, longue de 8 à 12 centimètres, contournée de façon irrégulière, de la grosseur d’une plume à écrire, simple ou rameuse ; sa surface est entrecoupée à des distances très courtes, d’étranglements circulaires, d’anneaux très rapprochés les uns. des autres. Elle se compose d’une écorce épaisse et d’un corps ligneux -, l’écorce, dont l’épiderme est gris-noirâtre, est grise à l’intérieur, dure, cornée, transparente ; elle se détache facilement du corps ligneux qu’elle recouvre ; ce corps ligneux est blanc-jaunâtre, cylindrique, et se continue d’un bout à l’autre de la racine.

Tel qu’on le trouve dans le commerce, cet Ipécacuanha forme des morceaux de quelques centimètres de longueur, légèrement courbés tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, rarement ramifiés, présentant très distinctement les anneaux réguliers dont nous avons parlé, qui en forment le caractère principal, et qui lui ont fait donner le nom à'Ipécacuanha annelé.

Ces racines sont dures et se gonflent fortement dans l’eau ; elles ont une saveur âcre et une odeur nauséabonde.

M. Guibourt ( Histoire naturelle des Drogues simples) a distingué deux variétés principales à'Ipécacuanha annelé mineur ou Officinal :

i° Ipécacuanha annelé gris-noirâtre ; cet Ipécacuanha, qui doit son nom à la couleur de son épiderme, est celui que l’on trouve le plus communément dans le commerce; il est en même temps le plus actif.

Pelletier ayant analysé comparativement et séparément l’é-

corce et la partie ligneuse de cette racine, a obtenu les résultats suivants :

Matière grasse odorante.

Cire.

Émétine.

Extrait non vomitif....

Gomme.

Amidon..

Ligneux.

Perte.

Écorce Bois

2 traces.

io 5

Le chiffre de 17,1 5 p. 100 d’émétine trouvé par Pelletier est, croyons-nous, exagéré-, Soubeyran, dans son Traité de Pharmacie , dit que l’ipécacuanha ne fournit que 10 p. 100 d’émétine brune ou impure.

M. le professeur Attfied a reprit cette année l’analyse de ïlpécacuanha officinal\ il prétend que l’émétine dosée par Pel letier n’était pas pure et contenait une certaine quantité de matière sucrée. Ses expériences lui ont donné les chiffres suivants : Émétine impure, 17 p. 100 -, émétine pure, 10 1/2 p. 100.

2 0 Ipécacuanha gris-rougeâtre ; cette deuxième variété présente les mêmes caractères que la précédente, dont elle diffère par la couleur de son écorce, moins foncée et rougeâtre, par sa saveur moins amère et son odeur plus faible et moins nauséeuse, par ses propriétés vomitives un peu moins marquées.

Ces deux variétés, établies par M. Guibourt, sont bien peu différentes l’une de l’autre ; leur couleur seule peut servir à les différencier -, elles sont produites évidemment par la même

plante, et la teinte plus ou moins foncée de leur épiderme dépend de la nature des terrains dans lesquels elles ont été récoltées.

Lorsqu’on coupe transversalement une racine d ' Ipécacuanha officinal , on voit une tranche d’écorce grisâtre dont l’épaisseur est à peu près égale au diamètre du corps ligneux qu’elle renferme, le meditullum ligneux de couleur jaunâtre qui occupe presque exactement le centre de la racine.

La figure i montre les rapports de grandeur qui existent entre les différentes parties de cette racine.

Examinée au microscope, une coupe transversale à'Ipécacuanha annelé présente, en commençant par l’extérieur :

i° Six à sept rangées de cellules tabulaires, très régulières, à parois minces, les plus extérieures remplies d’un pigment brunâtre (fig. 2, e).

2° Une zône de cellules longues sans forme bien déterminée, se rapprochant de la forme polygonale, mais rendues irrégulières par compression réciproque; elles s’étendent d’abord dans une direction tangentielle à la circonférence, puis s’agrandissent peu à peu en se rapprochant du centre de l’écorce pour devenir étroites dans le voisinage du bois (fig. 2, a et a').

Toutes ces cellules de l’écorce sont pleines d’amidon. Parmi ces cellules, se rencontrent quelques cellules à raphides isolées (fig. 2, r,) assez rares du reste ; ces dernières ne diffèrent des cellules à amidon que par la présence de petits cristaux en aiguilles, cristaux d’oxalate et de carbonate de chaux, qu’elles contiennent; quant à leur forme, elle est à peu près la même que celle des autres cellules.

3 ° Une zône ligneuse composée de cellules ligneuses à parois épaisses, presque cylindriques, placées suivant la direction radiale et contenant une assez grande quantité d’amidon (fig. 2, /).

Parmi elles se voient les orifices des vaisseaux (fig. 2, V' n dont le diamètre est un peu plus grand que celui des cellules ligneuses et qui sont comme elles rangés assez régulièrement, suivant la direction radiale.

Une coupe longitudinale d 'Ipécacuanha annelé (fig. 3 ) nous fait voir les mêmes éléments : couche épidermique subéreuse (e) ; cellules à amidon {a) ; cellules à raphides (r) ; fibres ligneuses contenant de l’amidon (/) ; vaisseaux (y).

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