IPÉCACUANHA ONDULÉ
VIpécacuanha ondulé (.Ipécacuanha blanc de Bergius; Ipécacuanha amylacé ou blanc de Mérat) est celui que Pison a décrit le premier sous le nom à'Ipécacuanha blanca et dont il a donné une description assez exacte, quoique fort incomplète, sans figurer ni la racine ni la plante, ce qui a causé plus tard une confusion très grande. Tantôt on l’a prise pour un Viola, le Viola Ipécacuanha surtout ; tantôt pour un Spermacoce. Enfin, Gomez fit cesser toute espèce de doute, comme pour Y Ipécacuanha
officinal , en décrivant, sous lé nom de Richardsonia Brasiliensis, la plante qui produit véritablement Ylpécacuanha ondulé.
Le travail de Gomez, publié en 1801, ne fut connu en France qu'en 1820; aussi M. Richard, dans sa Thèse sur les Ipécacacuanhas, commet-il la même erreur que ses devanciers en attribuant Ylpécacuanha blanc , qui n'est autre que celui qui nous occupe, au Viola Ipecacuanha.
Le Richardsonia scabra (Linné;, Richardsonia pilosa (Ruiz et Pavon), Richardsonia Brasiliensis Gomez), est une plante très commune aux Antilles, à la Vera-Cruz, aux environs de Rio-Janeiro; elle croît dans les prés.
Elle pousse des tiges assez nombreuses, longues de 3 o à 35 centimètres environ, herbacées, fistuleuses, couchées par terre, rameuses, quadrangulaires, couvertes d’un duvet court, rude, rare à la base, très serré au sommet ;
Les feuilles sont opposées, pétiolées, longues de 18 à 25 millimètres, larges de 8 à 1 5 millimètres, ovales, décurrentes sur le pétiole, à peine aiguës, entières, rudes au toucher, surtout sur les bords, portées sur un pétiole court et velu;
Les stipules sont latérales, intermédiaires, sessiles, arrondies au sommet, velues, divisées supérieurement en lanières sétacées;
Les fleurs réunies au nombre de vingt ou plus en capitules, à l’extrémité des tiges et rameaux, sont accompagnées d’un in~
. volucre composé de deux à six folioles ;
Le calice est ahérent, obové-pyramidal ; le tube est garni de poils courts, couchés, rudes ; le limbe est à six divisions, semiovales, aiguës, un peu inégales ;
La corolle est infundibuliforme, blanche, à six divisions ovales, aiguës, souvent un peu inégales, velues à leur pointe;
Les étamines, au nombre de six, sont sortantes, glâbres.
insérées au sommet du tube de -la corolle et entre ses divisions : filets capillaires-, anthères étroites, biloculaires; attachées sur le filet à moitié de leur dos, s’ouvrant longitudinalement -,
Le style est sortant, glâbre, à trois divisions fort courtes-, les stigmates sont au nombre de trois et en tète oblongue-,
L’ovaire est adhérent, triloculaire, à loges monospermes; les ovules sont ascendants -,
Le fruit est capsulaire, se séparant par le milieu des cloisons en trois coques monospermes, indéhiscentes;
Les semences sont à peine adhérentes à la coque, aplaties, un peu arquées : ségument propre membraneux ; perisperme grand, corné, charnu; embryon un peu arqué et placé dans l’axe du perisperme, dont il occupe les deux tiers.
La racine présente une teinte grise-blanchâtre : elle est simple ou peu rameuse ; elle est tordue, ridée, de la grosseur d’une plume à écrire.
Cet Ipécacuanha atteint parfois une longueur de io à 12 centimètres ; il reste parfois adhérent à la racine-mère, près de laquelle son diamètre décroît sensiblement; il se courbe en diverses directions; il est sillonné à très courts intervalles d’étranglements annulaires qui lui donnent une vague ressemblance avec l ’Ipécacuanha Officinal ; mais si l’on regarde avec attention, on remarque que ces anneaux sont incomplets, qu’ils ne font pas le tour de la racine ; celle-ci est comme bouillonnée, ondulée ; à une partie concave correspond de l’autre côté une partie concave à peu près égale.
VIpécacuanha ondulé est marqué de fines rides longitudinales et garni le plus souvent de radicules fines et tortueuses.
L’écorce est fragile, cassante, farineuse, presque sans saveur; sa couleur est le blanc pur ; le corps ligneux, d’un jaune pâle, est pourvu de pores peu nombreux. Si l’on casse cette racine, il s’en échappe une poussière que la loupe fait reconnaître pour des grains d’amidon.
IdIpécacuanha ondulé a une odeur de moisi non irritante ; sa saveur est à peu près nulle.
Cet Ipécacuanha contient, d’après M. Richard :
Émétine. 3,5
Amidon. 54
Matières entractives particulières. 22
Ligneux. 19
Acide gallique. traces
Matière grasse. o
Pelletier avait trouvé 6 p. 100 d’émétine dans cet Ipécacuanha.
Ce qui trappe d’abord à l’examen microscopique, c’est la quantité énorme d’amidon que contiennent les cellules conticules et ligneuses de cet Ipécacuanha, et qui, si l’on n’a pas lavé suffisamment la tranche de racine que l’on examine, empêche de distinguer la forme des cellules.
L 'Ipécacuanha ondulé présente d’abord une zone épidermique subéreuse (fig. 5 , e) composée de plusieurs couches de cellules, sous laquelle se trouvent les cellules amylacées de l’écorce (fig. 5 , a)\ les plus extérieures sont assez longues, juxtaposées dans la direction tangentielle -, en s’approchant de l’intérieur, elles deviennent cylindriques ou plutôt irrégulièrement pentagonales. Elles sont séparées du bois par une couche très mince de cambium. Comme nous l’avons dit plus haut, elles regorgent d’amidon. Les grains de cet amidon sont généralement gros, simples, ovoïdes, ellipsoïdes ou globuleux, avec un noyau excentrique enfermé dans une enveloppe formée de couches très apparentes.
Entre les cellules amylacées se trouvent dispersées ça et là, isolément des cellules à raphides assez nombreuses (fig. 5 , r).
Le corps ligneux est formé de cellules ligneuses (fig. 5 , /) à parois très épaisses, dans lesquelles on trouve encore une grande quantité d’amidon, et parmi lesquelles se voient les vaisseaux (fig. 5 , v), qui deviennent plus grands à mesure qu’ils se rapprochent du centre, et qui ne sont plus, comme dans 1 ’/pécacuanha Officinal et Ylpecacuanha strié, rangés avec ordre suivant les rayons -, ils sont disséminés un peu au hasard dans le bois, et leur diamètre est beaucoup plus considérable que celui des cellules ligneuses.
La figure 6 représente une coupe longitudinale d 1 Ipécacuanha ondulé : couche épidermique subéreuse (é) ; cellules amylacées (a) ; raphides (r) ; vaisseaux {v) ; fibres ligneuses pleines d’amidon (/;.
Vogl a très bien décrit YIpécacuanha ondulé. La racine qu’il possède est certainement la même que la nôtre, et produite, comme elle, par le Richardsonia scabra.
Gomme on a pu le voir, d’après les quelques observations que nous venons de présenter, les trois variétés d 'Ipécacuanha annelé, ondulé et strié, présentent entre elles des différences assez notables, non seulement comme aspect extérieur, mais encore comme structure anatomique-, dans un cas douteux, le microscope pourrait rendre de très grands services pour distinguer entre elles ces différentes racines.
En effet, dans Y Ipécacuanha officinal , nous trouvons : la couche épidermique subéreuse avec ses cellules très régulières -, l’amidon abondant dans les cellules de l'écorce, dans celles du bois également; les cellules à raphides rares; les vaisseaux et les cellules ligneuses en lignes radiales presque régulières ;
Dans Y Ipécacuanha ondulé nous remarquons : l’amidon trèsgros, répandu à profusion dans toutes les parties de la racine,
écorce et bois, la forme polygonale des cellules amylacées, le diamètre très-large des vaisseaux rangés sans ordre parmi les fibres ligneuses -, le nombre assez considérable des raphides ;
Dans YIpécacuanha strié, enfin, nous observons : les cellules de l’écorce, très-irrégulières, ne contenant pas d’amidon, celles du bois en lignes radiales plus régulières encore et plus continues que dans 1 'Ipêcacuanha annelê ou VIpécacuanha de Carthagène, sans trace d'amidon , les raphides nombreuses.
L’ Ipêcacuanha officinal et Y Ipêcacuanha de Cartliagène sont plus difficiles à distinguer l’un de l’autre : la forme moins régulière des cellules de la couche subéreuse, l’abondance moins grande de l’amidon dans les cellules corticales du Cartliagène, pourraient seuls aider à les différencier ; il faudra donc avoir recours et s’en rapporter surtout aux caractères physiques de Ylpécacuanha de Carthagène, que nous avons indiqués, grosseur de cette racine, anneaux moins proéminents et assez éloignés les uns des autres, forme moins tortueuse que celle de Y Ipêcacuanha officinal, etc.
Quoiqu’il en soit, pour les autres variétés, les différents caractères observés à l’aide du microscope pourront, nous le croyons, aider considérablement le patricien, ne serait-ce que pour vérifier les données acquises par la botanique et la matière médicale.
Cette distinction est de la plus grande importance, car tous les Ipécacuanhas sont loin d’avoir les mêmes propriétés vomitives; tous sont loin de contenir la même quantité d’émétine, comme on a pu en juger par les analyses que nous avons citées.
FAUX IPÉCACUANHAS
On désigne sous le nom de Faux Ipécacuanhas difïérentes racines jouissant, à un degré plus ou moins grand, des propriétés émétiques. Ces racines sont surtout employées dans certains pays comme succédanées de T Ipécacuanha-, quant à servir à le falsifier, cela n’est guère possible; il est trop facile, au simple examen, de distinguer le véritable de tous les faux Ipécacuanhas.
Ces faux Ipécacuanhas appartiennent surtout aux familles suivantes : Violariées , Euphorbiacées, Asclepiadées....
Nous ne nous étendrons pas sur l’étude de ces diverses racines-, nous les passerons rapidement en revue dans l’ordre indiqué par M. Guibourt, ne nous appesantissant que sur celles qui peuvent, jusqu’à un certain point, être confondues avec les Ipécacuanhas précédemment étudiés.