IPÉCACUANHA STRIÉ
L ' Ipécacuanha strié (Ipécacuanha gris-cendré glycyrrhisé de Lemery; Ipécacuanha noir de quelques auteurs, Ipécacuanha strié de Merat) est, comme le précédent, produit par une plante de la famille des Rubiacés, le Psychotria emetica , qui ressemble beaucoup comme port au Cephœlis Ipécacuanha , mais qui en diffère cependant par son inflorescence, par sa corolle velue à l’intérieur, à l’exception du tube, par l’aspect de son fruit, etc.
Le Psychotria emetica appartient au genre Psychotria et à la tribu des Psychotriées.
C’est un petit arbuste qui croît dans les forêts ombragées du Pérou et delà Nouvelle-Grenade.
Voici la description qu’on peut en donner :
Souche presque horizontale, grosse comme le petit doigt,, avec des étranglements de distance en distance -,
Tige droite, ligneuse ou plutôt fruticuleuse, d’une hauteur de 3 o à 40 centimètres, simple, cylindrique, recouverte d’un léger duvet ;
Feuilles opposées, lancéolées-aigués, entières, glabres en dessus, pubescentes en dessous, très-courtement péliolêes -,
Stipules très-petites, étroites, pointues, dressées, velues, caduques, au nombre de deux entre chaque paire de feuilles-,
Fleurs petites, blanches, presque séssiles disposées en grappes et portées au nombre de six à huit sur des pédoncules axillaires simples ou sous-ramifiés -,
Calice verdâtre-, tube adhérent avec l’ovaire infère-, limbe à cinq divisions recourbées ;
Corolle infundibuliforme ; limbe évasé à cinq divisions recourbées comme dans le calice -, gorge intérieurement couverte d’un duvet blanchâtre à l’exception de la base du tube -,
étamines, 5 , dressées, insérées au sommet du tube, incluses; filets courts ; authères linéaires ;
Ovaire inbère, obovoïde ;
Style un peu plus long que le calice, dressé ;
Stygmate bifide ;
Fruit ovoïde, couronné par les divisions du calice, renfermant deux nucules cartilagineuses assez semblables à celles du café, mais beaucoup plus petites ;
Graine ayant la même structure que dans le Cephœlis Ipecacuanha.
Très-rare dans le commerce, cet Ipécacuanha varie, pour la grosseur, entre 7 et 9 millimètres, et pour la longueur, entre 3 et 11 millimètres.
11 se compose d'une meditullium ligneuse et d’une écorce qui lui est adhérente. L’écorce présente un épiderme gris-rougeâtre et même brun, avec quelques étranglements annulaires assez éloignés les uns des autres et des stries longitudinales très-nombreuses ; elle est très-peu friable, grisâtre à l’intérieur, devenant noire en vieillissant et assez molle pour se laisser facilement pénétrer par la lame d’un couteau, par l’ongle même.
Le meditullium ligneux est jaunâtre et perforé de nombreux pores, visibles à la loupe.
L’odeur de cet Ipécacuanha est presque nulle; sa saveur fade et non amère.
Coupé transversalement (fig. 7), cet Ipécacuanha ne présente pas une forme parfaitement cylindrique ; l’écorce et le bois offrent des inégalités sur leur circonférence.
Étudié à l’aide du microscope, {'Ipécacuanha strié présente :
Une zone extérieure formée de plusieurs rangs de cellules colorées’en brun (fig. 8, e) ;
Les cellules sous-jacentes, allongées, tangentielles à la circonférence ;
Les cellules centrales de l’écorce (fig. 8, c), larges, à parois minces, sans formes bien définies, quelques-unes rectangulaires, quelques-unes pentagonales, d’autres presque cylindriques, beaucoup d’entre elles contenant des raphides (fig. 8,r), aucune d’entre elles ne contenant d’amidon (i).
Dans le voisinage du bois, les cellules diminuent de largeur -, leurs bords s’épaississent -, leur forme devient de plus en plus cylindrique (fig. 8,' ci ;
Le bois se compose de cellules ligneuses à parois épaisses, (fig. 8, l) disposées en lignes radiales, continues jusqu’au centre et très-régulières; de vaisseaux (fig. 8, v) dont on aperçoit les orifices parmi les cellules ligneuses, et qui sont rangées aussi en lignes radiales ;
Dans les cellules du bois on ne trouve aucune trace d’amidon.
Cette description de l 'Ipécacuanha strié se rapporte bien peu à celle que Vogl en donne dans l’ouvrage allemand précédemment cité. Il parle, en effet, d’un Ipécacuanha strié ou noir, en petits morceaux courbés en diverses directions avec des étranglements de profondeur variable., étranglements notablement allongés dans certains morceaux, de sorte que les parties qui les séparent forment des nodosités plus ou moins saillantes, et que la racine présente tantôt l’aspect d’un chapelet, tantôt des renflements en forme de nœuds terminant des rameaux minces de longueur variable, comme dans la Spirée filipendule .
(i) Un seul échantillon A'Ipécacuanha strié, qui nous d été donné comme provenant de source authentique, et que nous avons examiné, contenait de l’amidon dans les cellules de l’écorce. Il présentait extérieurement assez bien les caractères de l’ Ipécacuanha strié 1 malgré cela, nous conservons des doutes sur sa véritable origine, carde tous les échantillons que nous avons étudiés, échantillons que nous avons dûs à la bienveillance de M. le professeur Planchon, aucun ne nous a paru contenir.la moindre trace d’amidon, non seulement à l’examen microscopique, mais encore lorsque nous les avons traités par l’eau iodée. La coloration bleue, qui se produit si manifestement sous l’influence de ce réactif, avec l 'Ipécacuanha officinal et surtout avec Ylpécacuanha ondulé, a toujours fait complètement défaut quand nous avons agi sur Ylpécacuanha strié. Nous persistons donc à croire, jusqu’à preuve contraire, qu’il ne contient pas d'amidon.
Dans aucun des échantillons d 'Ipécacuanha strié que nous avons examinés, nous n’avons retrouvé ces caractères.
L’écorce, ajoute VogL se détache facilement du corps ligneux, ce qui est contraire à ce que nous avons pu constater. Enfin, selon lui, c’est le plus mince de tous les faux Ipécacuanhas, tandis qu’au contraire l’ Ipécacuanha strié est la plus grosse des fausses racines et plus volumineuse même que Y Ipécacuanha officinal.
L’ Ipécacuanha strié que décrit Vogl n’est évidemment pas la racine du Psychotria emetica \ ici encore, comme pour Y Ipécacuanha de Carthagène, il y a une confusion que nous nous efforcerons de faire cesser si nous pouvons nous procurer les échantillons de la collection Viennoise.
L’analyse de Y Ipécacuanha strié , faite par Pelletier, a donné les résultats suivants :
Matière vomitive. 9 gr.
— grasse. 12
— ligneuse (gomme et amidon). 79