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PONTS

Les piles et culées d'un pont peuvent être en ciment armé aussi bien qu'en maçonnerie : les premières sont faites comme des murs, ainsi que nous l'avons expliqué ; les secondes comme des ouvrages de soutènement, ainsi que nous le dirons. Quant à la nature du tablier, elle est indépendante de celle des piles et des culées; c'est elle qui nous servira à caractériser les ponts. Nous en distinguerons trois sortes : ponts à simple dallage de ciment, ponts à poutres, ponts à voûtes.

Ponts à simple dallage de ciment. — Les dalles peuvent être directement posées sur les piles et culées, quand les portées sont très faibles. Mais le plus souvent elles sont supportées par un canevas métallique : elles reposent alors sur les semelles supérieures ou inférieures des longrines ou des entretoises. Lorsque la pose peut être opérée sur les semelles supérieures, on fait un platelage continu.

Parfois le béton n'est recouvert que d'une couche d'asphalte : alors m ,25 et m ,05 sont des épaisseurs assez courantes pour le béton et l'asphalte. Le plus souvent le béton est recouvert d'une couche de sable et d'un pavage ou d'un macadam.

On peut citer comme tout à fait exceptionnelle la dalle de couverture du métropolitain de Paris, place de la Bastille, qui a été calculée en vue du passage du rouleau compresseur de la ville de Paris, soit pour une charge de 30,250 kilogr. concentrée endeux points. Pour une portée de 8 mètres, l'épaisseur est de n, ,40 sur une partie de la dalle et de m ,30 sur le reste. Dans le sens de la longueur, il y a tous les dix centimètres trois barres, l'une droite de tension, l'autre pliée, la troisième de compression. Dans le sens de la largeur, sont des barres droites de répartition. Le poids de l'armature atteint ainsi 167 kilogr. par mètre carré.

Ponts à poutres. — Ils se construisent comme des planchers, les poutres constituant les nervures du platelage et étant encastrées aussi soigneusement que possible dans les culées. Ces poutres sont ordinairement distantes de l n, ,50 à 2 mètres d'axe en axe. Parfois elles sont entretoisées par des poutres secondaires. L'épaisseur du platelage peut aller jusqu'à m ,20.

Le recouvrement se fait comme nous l'avons dit ci-dessus.

Les systèmes Hennebique et Môller notamment sont employés pour les poutres droites. On n'a pas dépassé 15 mètres de portée ; on pourrait aller plus loin, mais le pont deviendrait massif.

Ponts à voûte. — Ils se subdivisent eux-mêmes en ponts à arc et ponts voûtés sans nervures.

Ponts à arc. — Us se construisent comme des ponts à poutres, qui, au lieu d'être droits sont arqués. Le tablier plat est alors distinct de la voûte de support.

Dans un autre type, les poutres seules sont courbes; elles ne sont pas reliées par un hourdis : elles soutiennent le tablier plat par des tympans.

C'est ce dernier mode qu'emploie le plus souvent M. Hennebique. Il emploie aussi le premier, en donnant ordinairement de l m ,50 à 3 mètres d'écartement aux poutres et en les entretoisant quelquefois par des poutres secondaires.

Ponts voûtes sans nervures. — Ils sont construits comme des voûtes, ainsi que nous l'avons expliqué pour les systèmes Monier et Melan. On

Fig. 4i>. — Pont en ciment armé système Monier.

les emploie couramment à l'étranger pour les ponts charretiers ou ferrés : en Autriche, en Allemagne, aux États-Unis, on atteint avec eux des portées de 40 mètres. La fig. 46 représente un pont Monier charretier, construit en Allemagne.

. Le système Môller est aussi employé; la figure 47 représente le

Fig. 47. — Pont système Môller pour voie ferrée.

schéma d'un pont pour chemin de fer, avec ses deux nervures à l'aplomb des rails.

Trottoirs en encorbellement.

Ils servent à élargir les ponts par rapport à leurs piles, les quais par rapport à leurs assises... Des consoles, prenant appui dans le mur formant le parement du pont ou du quai et retenues à leur partie supérieure par des ancrages, supportent un plancher qui forme trottoir.

Estacades à claire-voie.

Elles reproduisent identiquement les dispositions des ouvrages en charpente, le béton armé remplaçant partout le bois.

Soutènements.

Dans le système Monier, le revêtement destiné à consolider un talus fortement incliné est constitué par des plaques de béton armé, formant le remplissage d'une ossature de pieux et palplanches en bois avec montants en fer maintenus par des ancrages.

Dans le système Hennebique, l'ossature elle-même est en béton armé ; il va sans dire qu'il faut prendre des précautions spéciales pour le battage des palplanches et pieux en béton armé. M. Hennebique a fait ainsi de véritables murs de quai. On peut constituer de même des culées de ponts.

Comme revêtements de talus moins inclinés, nous citerons le système Rabitz, qui a recours pour la fixation du rideau à des ancres à vis; le système Môller qui emploie des pieux en béton armé et un rideau de faible épaisseur.

Fondations hydrauliques.

Les caissons à fond, construits dans un chantier voisin de la rivière, amenés vides sur place en les faisant flotter, échoués aux endroits voulus et remplis de béton ou de sable, étaient autrefois faits en charpente, avec ou sans parois maçonnées. Maintenant ils se font souvent en béton armé. On les fabrique comme des réservoirs, en les munissant de nervures suffisantes pour qu'ils résistent à la pression de l'eau.

Pour la fondation des murs de quai de Soutchi (Russie), on a utilisé des caissons Hennebique de 6 m ,40 X 4 m ,20 de section et 5 m ,75 de hauteur, de m ,12 d'épaisseur de parois. Celles-ci sont renforcées par des poutres horizontales, le fond par des poutres transversales.

Les caissons sans fond, qu'on construisait autrefois en bois ou fer, peuvent aussi être faits en béton armé. Les parois en sont renforcées par des nervures verticales et horizontales et l'on peut, dans le sens de la largeur, les entretoiser par des poutres horizontales.

MATERIAUX. ^^ 6S5i ^ ii==ssJ ^ 51

Les caissons à air comprimé peuvent être faits comme des caissons en fer, les tôles des parois verticales et du plafond étant remplacées par un hourdis et les consoles et poutres par des nervures. M. Christophe se demande fort justement si un tel caisson présentera l'élasticité suffisante pour ne pas se crevasser sous Faction du fonçage.

MATÉRIAUX

Métal.

La différence de prix entre le fer et l'acier est assez minime pour qu'il faille donner la préférence au second. MM. Ed. Goignet et de Tédesco (1) choisissent l'acier doux, à cause de sa composition plus régulière et de la sécurité plus grande qu'il offre par suite de la marge qu'il présente entre sa limite d'élasticité et sa rupture. Il faut le prendre tel que sa résistance à la rupture soit au moins de 4-2 kilogrammes par millimètre carré.

M. Hennebique estime que l'acier peut être choisi pour le cas de points d'appui verticaux. Pour les planchers, il lui semble préférable d'employer le fer n° 3 bien laminé qui, jusqu'à présent, a donné de bons résultats. Ce fer en barres rondes donne à la rupture une résistance minimum de 35 kilogrammes par millimètre carré et un allongement de 12 %i mesuré sur m ,20 de longueur.

Le profil du métal ne joue pas de rôle important. Les fers ronds doivent être préférés comme étant plus réguliers de fabrication, plus homogènes, se prêtant mieux que d'autres au bourrage du mortier, et dès lors à l'adhérence avec le fer et à la bonne conservation de ce dernier, ne présentant pas d'arêtes capables de couper le ciment ou les attaches métalliques.

Pour ces dernières, on emploie le fil de fer recuit.

Sable. Gravier.

Comme pour la maçonnerie, le meilleur sable est celui qui est propre, à grains anguleux, criant dans la main, plutôt un peu gros, quand on n'a pas à se préoccuper de l'étanchéité de l'ouvrage, plutôt un peu

(1) Bulletin de la Société des Ingénieurs civils, mars 1894, p. 291.

fin quand celle-ci est enjeu, comme dans les réservoirs et tuyaux. Souvent on emploie un mélange de petit gravier et de sable proprement dit, afin qu'avec leurs grosseurs variées les grains s'agglomèrent mieux et donnent un ensemble plus compact. Les sables siliceux doivent être préférés aux sables calcaires.

Ciment.

Les ciments de laitier se dessèchent trop rapidement en parois minces, et leur durcissement s'arrête aussi trop vite.

Les ciments à prise rapide ont, les deux ou trois premiers jours, une résistance plus grande que celle du ciment de Portland ; mais le contraire se produit par la suite. Leur composition est inégale; à cause de la rapidité de la prise, on est obligé de gâcher à la main. Leur seul avantage serait d'exiger moins de moules que les autres.

Ce sont donc les ciments de Portland qu'il faut préférer; on ne les choisira pas à prise trop lente pour qu'ils soient plus faciles à employer. Et on fabriquera mécaniquement le mortier : la chose aura d'autant plus d'importance que le sable sera plus fin et les dcsages plus maigres.

Ceux-ci dépendent évidemment de la nature de l'ouvrage. On peut se baser sur ce double fait qu'un mortier au dosage de 300 kilogr. par mètre cube de sable ne supporte à la compression, au bout de six mois, qu'environ 200 kilogr. par centimètre carré, tandis que celui à 600 kilogr. de ciment supporte 500 kilogr. De sorte qu'au point de vue de la compression, un ouvrage de 10 centimètres d'épaisseur, en mortier à 300 kilogr. de ciment par mètre cube de sable, pourra être réduit à k centimètres avec le dosage à 600 kilogrammes.

Il ne faut pas préconiser les faibles épaisseurs de béton à dosage riche qui présentent d'aussi grands inconvénients que des bétons à forte épaisseur et dosage maigre. La main-d'œuvre, dans le travail du ciment armé, joue un rôle capital: M. Boileau l'explique dans son étude sur le ciment armé. M. Martinez y insiste tout particulièrement dans sa conférence faite au Congrès des Architectes français sur le ciment armé. Il n'est pas possible de surveiller le travail en chaque point, il faut qu'une imperfection puisse passer inaperçue et n'ait pas de conséquence sur l'ensemble du travail. Avec 8 à 10

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centimètres d'épaisseur de béton, dosé à 300 kilogr. de ciment par mètre cube de gravillon et sable, on obtient le meilleur résultat pour les hourdis, et c'est certainement ce qui est à recommander.

Pour les dalles minces, n'ayant pas à supporter de fortes charges, et n'ayant pas besoin d'être étanches, on peut ne mettre comme ciment que le */* du volume de sable. Le dosage le plus employé est celui de %, qui correspond à 400 ou 450 kilogr. de ciment par mètre cube de sable ; c'est celui qui convient aux voûtes, aux planchers. Lorsque les ouvrages doivent résister à la pression de l'eau, même sous une faible épaisseur, on emploie 2 volumes de ciment pour 3 volumes de sable, et même volumes égaux de l'un et de l'autre.

Pour les dalles épaisses, qui n'ont pas besoin d'être étanches, mais seulement résistantes, on peut employer, au lieu de mortier, du béton, ordinairement composé de 4 volumes de gravier ou de pierres cassées pour 1 volume de sable .

A titre d'indicalions particulières, nous citerons les dosages suivants, exprimés en volumes, sauf avis contraire.

Système Monter (constructions et voûtes), 1 partie de ciment, 3 de sable. Avec un ciment pesant 1,300 kilogrammes par mètre cube, cela correspond à 430 kilogrammes de ciment par mètre cube de sable.

Système Coignet (planchers et voûtes), au moins 400 ou 450 kilogrammes de ciment par mètre cube de sable.

Système Môller (planchers et voûtes). 1 partie de ciment, 2,5 de sable, 3,5 de gravier ou pierraille.

Système Melan (voûtes). 1 partie de ciment, 2 de sable, 4 de pierraille.

Système Hennebique (constructions en général). 1 partie de ciment, 1,7 de sable, 3,7 de gravier ou pierraille. Ce dosage correspond à 300 kilogrammes de ciment, m3 ,400 de sable, m3 ,850 de gravier, et donne en moyenne l m3 ,10 de béton mis en place et damé. Chaque mètre cube de béton fini contient donc en moyenne 273 kilogrammes déciment. Pour les travaux à la mer, la proportion de 300 kilogrammes est porlée à 500 ou 600.

Si le béton est fait au malaxeur, au lieu de l'être h la main, la proportion de ciment du dosage type est réduite de 300 à 250 kilogrammes, et on a des résultats au moins aussi bons. Cela montre la supériorité de la fabrication mécanique du ciment.

Gâché à la main ou au malaxeur, le béton doit l'être avec le moins d'eau possible. Il est avantageux de le comprimer quand on le peut; sa résistance et son étanchéité y gagnent beaucoup.

Faible encombrement, légèreté.

Le ciment armé a une résistance égale ou supérieure à celle de la maçonnerie, sous un volume et un poids relativement beaucoup plus faibles. Ainsi une cloison de 3 centimètres d'épaisseur, avec treillis en fer de 5 millimètres de diamètre, à mailles de 5 centimètres de côté, ne pèse que 70 kilogrammes environ par mètre carré, tandis qu'une cloison en briques de champ, moins résistante, pèserait environ 100 % kilogrammes, enduits non compris; de plus, elle ne demande, au lieu d'un support continu, qu'un petit nombre de points d'appui. M. Christophe estime qu'un mur, un pilier, une voûte présentent un encombrement 3 à 5 fois moindre avec le béton armé qu'avec la brique ordinaire, à résistance égale.

Le moindre encombrement est un avantage au point de vue des fondations (qui ne nécessitent qu'une fouille moios importante) et de la place qui reste disponible à l'intérieur d'un édifice de cube donné.

La légèreté fait aussi que le ciment armé se contente d'une assiette moins stable, de fouilles moins profondes, d'un volume et d'un poids moins considérables. Elle est avantageuse au point de vue de la stabilité des voûtes.

Mais si on compare le béton armé aux ouvrages purement métalques, il est, au contraire, plus volumineux et plus lourd. On peut estimer qu'un pilier en béton armé est à résistance égale 16 fois plus encombrant et 5 fois plus pesant qu'une colonne en fer. Heureusement qu'en pratique, dans la construction des ouvrages, la majoration de poids est bien réduite par la suppression de pièces secondaires inutiles avec le béton armé, indispensables avec les ouvrages métalliques. Pourtant cette majoration reste réelle : elle est un bien, au point de vue des vibrations, dont l'amplitude est en raison inverse de la masse; mais elle est un inconvénient à d'autres points de vue (elle nécessite un supplément de résistance, elle limite la portée des poutres...).

Imperméabilité.

Après la période de colmatage, que nous avons décrite à propos des tuyaux, l'ouvrage fabriqué avec un fort dosage en ciment (700 à 800 kilogr.) devient imperméable. Aussi un revêtement en ciment armé est-il tout indiqué pour préserver une cavité contre les infiltrations venant de l'extérieur, parce que les points d'attache du treillis au mur permettent à ce revêtement de résister à la pression du liquide, qui finirait par décoller un enduit imperméable simplement appliqué sur le mur à la façon ordinaire.

Cette imperméabilité est précieuse au point de vue de l'hygiène, parce qu'elle empêche l'accumulation des microbes et qu'en tout cas elle permet de s'en débarrasser facilement pardeslavages antiseptiques.

Mais si l'impénétrabilité du béton par l'eau et les agents atmosphériques est un bien, la difficulté avec laquelle il se laisse entamer par l'outil pour poser un clou, faire une entaille ou un raccord est plutôt nuisible dans l'aménagement d'une maison : il est bon de réserver à l'avance les cavités nécessaires.

Inoxydabilité.

Elle est démontrée par l'expérience : on a beau employer du fer préalablement oxydé; si, au bout d'un certain temps, on brise la pièce, on constate que le métal est redevenu bleu. On l'a vérifié sur une canalisation d'eau à Asnières, sur des dalles de trottoir en Allemagne, malgré l'humidité qu'elles avaient constamment subie. Ce décapage est-il dû à une action physique, l'adhérence de la pellicule d'oxyde et du mortier, qui, au moment où on retire le fer, le dépouille de son oxyde, resté au contact du mortier? ou à une action chimique donnant naissance à un silicate double insoluble, formant autour du métal une gaine protectrice? On l'ignore. Nous inclinerions personnellement vers la seconde hypothèse, car l'adhérence n'empêcherait pas le lent travail de l'oxydation, de sorte que la netteté du fer mis à nu ne serait qu'un trompe-l'œil. Or la bonne conservation du fer est si bien reconnue que, dans certaines constructions, on trouve avantage, au lieu de peindre les fers laminés, à les noyer dans du béton.

Résistance à l'eau.

Le béton armé est ordinairement considéré comme offrant à l'action de l'eau une résistance suffisante, même malgré les alternatives de sécheresse et d'humidité qu'il est appelé à traverser.

Pourtant, en ce qui concerne la conservation des ouvrages en béton armé au contact de l'eau qui les baigne d'une façon continue, certains doutes ont été émis.

M. le professeur Stutzer et M. le D r Hartleb ont publié récemment (1) le résultat de leurs études sur un ciment, qui était resté pendant 8 ou 9 ans au contact de l'eau dans un bassin collecteur. Ils ont trouvé que le ciment était devenu de plus en plus pauvre en chaux et s'était transformé en une boue brunâtre, en même temps qu'avait augmenté sa teneur en oxyde ferrique, en alumine. Ils admettent que ces changements sont dus à ce que l'acide carbonique de l'eau a dissous peu à peu la chaux pour former avec elle du bicarbonate. Mais ils croient que des bactéries ont aussi contribué à la décomposition du ciment. Ces causes de désagrégation s'appliquent à tout objet en ciment ; en voici qui visent spécialement le ciment armé.

M. Lidy, ingénieur des ponts et chaussées, a étudié l'action de l'eau salée sur le béton armé (2), et a cru pouvoir conclure qu'il faudrait, pour empêcher l'eau de mer d'arriver jusqu'au métal, des épaisseurs de ciment fort supérieures à celles qui sont ordinairement employées, et que, dans ces conditions, le fer doit être soumis à la longue à des effets destructifs certains.

Quelques constructeurs ont voulu les éviter en imperméabilisant la surface du ciment au moyen d'huiles lourdes ou de matières goudronneuses, qui ont le double avantage de boucher les pores du béton et d'isoler ce dernier électriquement (l'électricité intervient en effet dans cette lente décomposition du béton armé). M. Lidy pense que cette précaution, tout au plus capable de retarder la décomposition, ne peut l'empêcher définitivement, parce que la matière isolante disparait peu à peu.

L'effet destructif de l'eau de mer semble contredit par Tobserva-

(1) Zeitschrift fur angewandte Chemie, 1900.

(2) Annales des Ponts et Chaussées 1900.

tion. Quand, en effet, on démolit des ouvrages fondés à la mer, on trouve en parfait état les scellements englobés dans la maçonnerie : les fers présentent, après l'enlèvement de la petite couche qui y était restée adhérente, des arêtes vives et des surfaces bien décapées. M. Lidy objecte que cet état de conservation n'est peut-être qu'apparent : il a retiré de la rade de Brest des tiges de fer ayant très bon aspect, comme d'ailleurs les éprouvettes d'essai qu'il a confectionnées avec ces tiges; ces éprouvettes ont présenté une résistance à la rupture presque égale à la résistance usuelle ; mais la loupe a permis de voir dans les cassures de nombreuses fistules indiquant que, dans la masse même du métal, les fibres les moins dures ou les plus conductrices avaient disparu.

D'ailleurs les scellements en question seraient-ils en aussi bon état qu'ils le paraissent, cela ne prouverait rien pour la bonne conservation de l'armature du ciment, parce que les scellements se présentent debout à l'action destructive de l'eau de mer, tandis que les fers du béton armé sont en général placés en longueur dans des solides peu épais et peuvent ainsi avoir toute leur surface latérale exposée à l'action de la mer.

Quoi qu'il en soit, les résultats des expériences de M. Lidy demandent à être confirmés avant qu'on proscrive l'usage maritime du béton armé. Le seraient-elles que ce dernier resterait de mise toutes les fois qu'il s'agirait d'ouvrages n'ayant pas besoin d'une durée presque indéfinie.

Mais il ne faut pas oublier que les travaux à la mer demandent un béton d'un dosage particulièrement riche.

Influence de la température.

Comme nous l'avons dit, on s'était demandé, lors des premières applications du ciment armé, si les contractions et dilatations subies par le fer sous l'influence des variations de température ne provoqueraient pas sa séparation d'avec le béton. L'expérience n'a pas tardé à montrer que ces craintes étaient chimériques. Et cela se comprend, parce que M. Bouniceau et M. Durand-Claye ont montré que les coefficients de dilatation du fer et du ciment étaient presque identiques : 0,000135 pour le premier, 0,0000130 à 0.0000148 pour le second.

Mais une chose certaine est que les variations de température peuvent exercer une influence néfaste sur le béton lui-même, et provoquer chez lui des fissures plus ou moins graves. Aussi, lorsque les ouvrages doivent être exposés aux intempéries, y a-t-il lieu de prendre certaines précautions. Nous avons indiqué celles qui convenaient aux terrasses : soustraire la construction aux rayons directs

du soleil, ménager des joints de dilatation Elles sont presque

toutes de mise pour les ponts, les soutènements, revêtements, façades,... : il faut aussi supprimer les encastrements, articuler les voûtes, armer fortement le béton, calculer largement les dimensions des pièces, mettre le béton en œuvre à la température moyenne du lieu, ne pas en accélérer la prise, malaxer avec le minimum d'eau, damer fortement le béton.

Incombustibilité .

L'introduction des fers à planchers dans les constructions a eu l'avantage de substituer au bois une substance incombustible ; mais s'il a diminué les parties de l'édifice par lesquelles le feu peut prendre, il en expose l'ensemble, une fois l'incendie déclaré, à des causes de ruine fort graves, par suite de l'extrême facilité avec laquelle le fer prend dans toute sa masse une température élevée; effectivement l'augmentation de volume qui en résulte produit sur les murs des poussées au vide souvent suffisantes pour les renverser, et la diminution de la résistance peut avant cela entraîner l'effondrement des planchers.

Avec le ciment armé, rien de tout cela n'esta craindre : sa grande capacité calorifique et sa faible conductibilité font que, pendant un incendie, sa température reste toujours peu élevée, et n'altère pas ses qualités. En outre, il constitue une gaine protectrice pour le fer, qui ne prend alors que la température de cette gaine : l'élévation de température, commune aux deux substances, ne détruit d'ailleurs pas leur adhérence, même au degré où elle peut être poussée dans un incendie, toujours par suite de la quasi-identité de leurs coefficients de dilatation.

Maintes expériences prouvent, du reste, la parfaite tenue des ouvrages en ciment armé aux plus hautes températures. A Berlin, en 1893, un syndicat de compagnies d'assurances consacre une

somme de 10.000 marcs à la récompense des lauréats d'un concours entre les procédés et appareils destinés à prévenir les incendies ou à restreindre leurs conséquences. Des dalles, des planchers, des voûtes, des couvertures, des escaliers du système Monier sont soumis pendant une heure k une température de plus 1000°, sans éprouver d'autre dommage que la chute de quelques parties de l'enduit extérieur, et ils obtiennent la plus haute récompense. Le 2 mai 1896, au Caire, une chambre, dont le plancher, du système Hennebique, est chargé de 108 tonnes de sable, est remplie de bois imprégné de pétrole ; on y met le feu : l'incendie dure deux heures environ et le plancher résiste parfaitement, même après brusque refroidissement dû à l'action vigoureuse d'un jet de pompe à incendie. En septembre et octobre 1899, à Gand, un bûcher de 5 à 6 mètres cubes de bois, charbon et pétrole est enflammé au rez-de-chaussée d'un pavillon en béton armé Hennebique de 6 m x 4 m ,50; pendant une heure, la température est maintenue à 700°. La chaleur est si bien interceptée par un mur de m ,12 d'épaisseur qu'on peut tenir la main appliquée sur le parement extérieur de ce mur. Dans une seconde expérience, une température de 1200° est maintenue pendant deux heures : les planchers, chargés de façon dissymétrique d'un poids supérieur d'une fois et demie à la charge prévue, n'accusent pas la moindre flèche permanente. Pour toute dégradation, malgré la projection d'un jet de lance sur les parois au rouge vif, on ne constate qu'un décollement en certains points de l'enduit de ciment qui recouvrait les parois de béton.

L'efficacité du ciment armé est si bien reconnue que des compagnies d'assurances ont consenti, au bénéfice de constructions faites avec lui, des réductions allant jusqu'à la moitié des annuités, souvent très considérables, imposées aux établissements similaires : raffineries, moulins, tissages, etc.

La résistance du béton armé aux fortes températures peut se prolonger en service courant : la Société nationale des gaz liquéfiés possède à Lusech (Lot) un four à chaux, construit d'après les procédés Hennebique, qui subit constamment une température de 1200° à 1400°.

Solidité.

Les ouvrages en question sont d'une très grande solidité qu'ils doivent : 1° aux qualités si heureusement complémentaires de leurs substances constituantes ; 2° à l'adhérence qui lie si bien Tune à l'autre ces deux dernières. M. Bauschinger a évalué à 40 ou 47 kilogrammes par centimètre carré de la surface de contact la mesure de cette adhérence. MM. Coignet et de Tédesco n'ont trouvé que 20 à 25 kilogrammes. Ces écarts s'expliquent par les différences de composition et d'âge ; celui-ci, pour les mortiers des deux derniers expérimentateurs, n'était que de six jours. Même en s'en tenant au dernier chiffre, l'adhérence serait supérieure à la résistance élastique à l'extension; 3° à l'élasticité, qui leur permet de supporter des pressions anormales en certains points et de les transmettre moyennant une déformation passagère ; 4° à l'entretoisement, qu'on peut établir si intime entre les diverses pièces de l'édifice, murs, planchers, cloisons, couverture. Cet entretoisement rend les constructions en ciment armé éminemment propres aux terrains peu stables et aux pays où sévissent les grands vents et les tremblements de terre. Dans les industries textiles, la rigidité des constructions en ciment armé est précieuse pour le bon fonctionnement des métiers.

Résistance aux chocs.

On pouvait se demander comment le béton armé résisterait aux chocs. L'expérience a montré que, dans le battage des pieux en ciment armé, les chocs du mouton ne désorganisent qu'une faible partie du béton à la tête de la pièce. On ne peut pas imaginer d'essai plus concluant.

Application aux ponts.

Un pont se fatigue par les chocs et les vibrations que lui impriment les charges roulantes.

Pour ce qui est des chocs, ce que nous venons de dire doit inspirer toute confiance. Il sera pourtant bon d'en diminuer le nombre ou l'intensité, en évitant les joints de rails sur les ponts pour voies ferrées, ou en disposant entre ces joints et le béton une liaison aussi

élastique que possible, et, pour les ponts-routes, en mettant sous les pavés une épaisse couche de sable ou en employant le bois ou l'asphalte.

Pour ce qui est des vibrations, comme un tablier en béton présente plus de raideur et de masse qu'un tablier métallique, elles seront plus faibles avec le ciment armé qu'avec le fer et dès lors fatigueront moins l'ouvrage.

Souplesse.

La malléabilité de l'ossature permet de réaliser les formes les plus capricieuses, les enchevêtrements les plus compliqués. Rien n'est plus aisé que de réaliser une percée dans un plancher, dans une voûte, que de faire des encorbellements hardis, des voûtes biaises. Les seules difficultés qu'il y ait à vaincre sont celles de la construction des moules et elles ne sont pas insurmontables.

Rapidité de construction.

Il est toujours facile de se procurer les matériaux nécessaires. On n'a donc pas à faire à l'avance des commandes compliquées ni à compter avec des délais de livraison souvent excessifs. On n'a pas besoin d'effectuer des transports difficiles, d'installer des engins de levage puissants. L'exécution même des ouvrages en ciment armé est très expéditive. Tout cela fait que les constructions s'élèvent fort vite.

Économie.

Pour diverses raisons que nous avons énumérées au cours de cette étude, un dernier avantage du ciment armé est d'être économique. Sans doute il ne l'est pas toujours (une cloison en briques coûte moins cher qu'une cloison en béton armé...); mais il l'est parfois dans des conditions où il semblerait que cet avantage de l'économie devrait lui échapper. M. de Tédesco cite un exemple topique.

Nous avons dit comme ut M. Bonna constituait ses tuyaux étanches : ils comprennent des directrices, avec une section correspondant à l'épaisseur de la tôle qui serait théoriquement nécessaire pour la construction d'un tuyau métallique de résistance égale, des génératrices

destinées à solidariser les directrices, un mortier riche qui enrobe cette ossature, enfin une tôle continue qui assure l'étanchéité complète. Il semble que, dans ces conditions, on ne puisse exécuter ces travaux à moins de frais que le tôlier ou que le fondeur. C'est pourtant ce qui arrive : la ville de Nimes, sur les tuyaux capables de résister ^t une pression de 100 mètres, dont nous avons précédemment parlé, a réalisé une économie très sensible sur le prix de 125 francs le mètre courant, qu'on lui demandait pour lui fournir des tuyaux en fonte frettée, sans lui en garantir d'ailleurs le bon service. La raison de cela, c'est qu'en général le prix de la matière première est loin d'atteindre celui de la mise en œuvre, et qu'en particulier pour le ciment armé, cette mise en œuvre peut être réduite dans des proportions considérables, grâce à un outillage bien compris et à une ingénieuse organisation de chantiers.

11 est impossible de fixer d'une manière générale le taux de l'économie ; les prix de revient que nous donnerons en décrivant quelques constructions types, permettront de s'en faire une idée pour chacune d'elles.

Disons seulement que M. Boileau a cherché ce que coûterait, en maçonnerie ordinaire (moellons, fer, plâtre, bois) et en ciment armé, un rez-de-chaussée d'ateliers, devant être ultérieurement surélevé de six étages. Cet exemple est assurément fort particulier ; mais le soin avec lequel ont été établis les devis lui donne un certain prix. Il résulte de la communication faite par M. Boileau à la Société Centrale des Architectes français, en 1895, que l'économie en faveur du ciment a été de kk °/ . Dans le cas de la construction intégrale de l'édifice avec ses six étages, on n'aurait dû compter que sur une économie de 25 °/o- Dans bien d'autres cas, ce chiffre ne pourra, même à beaucoup près, être atteint; mais, d'une façon générale, on peut dire que l'économie procurée par l'emploi du ciment armé est réelle, eu égard aux prix du fer, de la pierre détaille. Le bois, au contraire, peut être moins coûteux. La brique le sera certainement aussi, à moins qu'on ne parvienne à réduire l'épaisseur du béton au strict nécessaire.

INCONVEiNIENTS DU CIMENT ARMÉ. 63

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