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PLANCHERS ET PLAFONDS

Les planchers se divisent d'abord en deux classes, suivant qu'ils sont sans poutres ou avec poutres.

Les premiers se construisent comme des dalles de grandes dimensions. Ils ne s'appliquent, cela va sans dire, qu'aux petites portées : cependant, en renforçant comme il convient leur ossature, on peut leur donner jusqu'à 5 mètres, parfois même 10 mètres d'ouverture, avec une surcharge atteignant 500 kilogrammes par mètre carré. On peut avoir intérêt à pousser jusqu'à ces grandes portées l'emploi des dalles, quand, par exemple, la place manque en hauteur.

Il n'en est pas moins vrai que, lorsque l'espace à couvrir est considérable, on trouve avantage à augmenter la résistance à la flexion par des poutres. Exceptionnellement ces poutres constituent des pièces indépendantes du hourdis, et plus exceptionnellement encore, ces pièces ne sont pas en béton armé : le plus souvent elles sont en béton et font corps avec le hourdis lui-même.

Qu'il s'agisse d'un plancher à épaisseur uniforme ou d'un plancher à poutres, le dessus est toujours plat. Dans les bâtiments industriels, on peut le laisser brut ; on a alors simplement le soin de couler la

couche supérieure avec un peu plus de ciment que les autres. Dans les bâtiments ordinaires, on le recouvre d une couche d'asphalte, ou d'un carrelage sur bitume, ou d'un parquet établi comme ce dernier ou avec des lambourdes.

Pour ce qui est du dessous* du plancher, avec la dalle sans poutres il forme un plafond plat. On peut le ragréer au ciment et le badigeonner à la chaux, ou le décorer comme on l'entend soit au plâtre comme un plafond ordinaire, soit avec des peintures ou des moulures en staf ou autre matière.

Dans les planchers à poutres, ces dernières constituent un précieux motif de décoration, d'autant qu'on peut le plus souvent leur assigner des places en rapport avec les nécessités de cette dernière. Parfois pourtant, par exemple dans les hôpitaux, où Ton évite les coins, on établit un plafond plat au niveau inférieur des poutres qui sont ainsi masquées. L'intervalle entre le plancher et le plafond peut d'ailleurs être utilisé pour le passage des diverses tuyauteries qui, dans les bâtiments modernes, prennent une place toujours plus importante.

Système Monier.

Nous retrouvons ici les trois genres de plafonds que nous avons distingués.

Nous n'avons rien à ajouter aux généralités en ce qui touche les planchers sans poutres.

Pour ce qui concerne les planchers à poutres séparées, le plafond, qui n'existe pas toujours, est constitué par des dalles, fabriquées d'avance ou sur place, d'une largeur égale à la distance qui sépare les solives, supportées par les semelles inférieures de ces dernières, et recouvertes d'une légère couche de plâtre, maintenue par un réseau de petits fils de fer attaché aux tiges de résistance des dalles.

Le plancher est formé par d'autres dalles, reposant sur les semelles supérieures des fers à double T, et dont le dessus est laissé brut, ou plus ordinairement recouvert d'un enduit au ciment, d'asphalte, de linoléum ou d'un parquet. Parfois, l'ossature métallique de ces dalles supérieures est supprimée, celles-ci reposant alors sur les dalles inférieures par l'intermédiaire de vieux plâtras, de coke pilé... Les solives sont ordinairement entourées d'une enveloppe en ciment avec ossature métallique destinée à les préserver de la rouille.

bans les planchers à poutres faisant corps avec le hourdis, les tiges de résistance, restées indépendantes des tiges de distribution, sont rassemblées en faisceaux, descendues un peu au-dessous des tiges de distribution et englobées dans une gaine de béton qui forme poutrelle. Chacune de ces poutrelles forme, avec les parties adjacentes du dallage, une sorte de poutre en simple T, dans laquelle le hourdis est la semelle de compression, tandis que les tiges de répartition forment semelle d extension.

Système Néville.

Le réseau de résistance est constitué par deux tiges parallèles qu* entretoisent des tiges inclinées formant avec les premières des triangles équilatérauxou rectangles. Les tiges de répartition, espacées de O^Oô, s'appuient sur toutes les parties, tant inclinées qu'horizontales, de

Vis;. 14. — Plancher système Néville.

ce réseau, et forment avec elles des éléments autour desquels on coule le mortier en réservant, d'ailleurs, entre eux, des vides qui donnent à l'ensemble la forme d'une poutre tubulaire. L'exécution nécessite un couchis plat pour la partie inférieure et des prismes pour ie reste ifig. IV).

Système Cottancin.

Les poutrelles sont constituées par ce que l'inventeur appelle des épines-contreforts, et qu'il fabrique comme ses dalles, à F aide d'une trame métallique noyée dans le ciment, mais posée de champ pour résister à la flexion, et reliée maille à maille à la trame horizontale de la dalle. Des barres métalliques placées, l'une dans le haut, l'autre dans le bas de cette trame, lui donnent la raideur nécessaire.

Ces épines constituent de véritables poutres à treillis, telles que ABCD (fig. 15), dans lesquelles les barres travaillant à la compression sont remplacées par le ciment intercalé dans les mailles de l'ensemble.

et les barres travaillant à la traction sont remplacées par les fils tissés de l'ossature .

Fig. 45. — Schéma d'une poutre à treillis système Cottancin.

Ces épines donnent aux planchers la solidité voulue. Quand on les

Fig. 16. — Plafond système Coltancin.

fait avec des fils de 4 millimètres de diamètre, et qu'on emploie des

Fig. il. — Plafond système Cottancin.

dalles de 4 centimètres d'épaisseur, il suffit de ne pas laisser sans épines des largeurs supérieures à l m ,30. Sous cette condition, l'architecte peut placer et croiser les nervures comme il l'entend et obte-

nir ainsi pour les plafonds des combinaisons nouvelles. Les figures 16 et 17 donnent des exemples de plafonds réalisés par M. de Baudot, le protagoniste du système Cottancin, dans son hôtel de la rue de Pomereu, presque tout en fer et ciment.

Pour accuser ces arêtes sur le plafond, on n'a qu'à laisser apparaître, et à orner, si l'on veut, de grès, de verre ou d'émail les boudins C, D, qui terminent les épines-contreforts (fig. 18). Ces boudins supportent les dalles à ossature légère qui doivent former le plafond. Pendant la construction du plancher en ciment, ces plaques soutenues par de petits tasseaux en bois, occupent la position AB; on ne les fait descendre en CD, que quand on a coulé le ciment et qu'il est bien sec. Elles jouent ainsi le rôle de dalles de cintrage. Ce détail de construction a, en pratique, le gros avantage d'éviter l'emploi des couchis et étais de bois, qui est coûteux et ralentit le

Fig. i8. — Dalle de cintrage système Cottancin.

travail, car on ne peut décintrer une partie que quand elle a fait complètement prise.

Si on veut employer un parquet de faible épaisseur, sans le poser directement sur le ciment, pour éviter au pied la dureté habituelle des parquets sur bitume, on encastre d'un centimètre dans le ciment des liteaux de 2 centimètres d'épaisseur, et on les maintient solidement par des clous à bateaux, noyés dans le mortier au moment de la construction de la dalle. Ces liteaux ont une fixité bien supérieure à celle des lambourdes ordinairement scellées au plâtre, et, dès lors, empêchent ce flottement qui abime si vite les parquets. Pour éviter la trop grande flexion des lames de 13 millimètres, on les fait reposer sur la dalle en ciment, en certains points intermédiaires entre les liteaux-lambourdes, à l'aide de liteaux de 1 centimètre d'épaisseur. Comme, en outre, les lames du parquet sont simplement juxtaposées sur les liteaux, sans languettes ni rainures, elles offrent sur toute leur surface à l'usure leur épaisseur intégrale

de 13 millimètres, supérieure aux 7 à 8 millimètres qui, dans les parquets forts de 27 millimètres, subsistent seuls au-dessus des rainures.

Système Hennebique.

Les poutres sont faites comme des dalles plus épaisses, moins larges, posées de champ. On y retrouve les barres droites, les barres pliées (qui pourtant ne sont pas représentées sur la figure 19) et les étriers. Seulement les barres droites et les barres pliées, au lieu d'être placées côte à côte, à une certaine distance les unes des autres, sont superposées et comprises dans les mêmes étriers. D'ailleurs le nombre des barres es d'autant plus grand que la poutre a besoin de plus de résistance.

Toutes les barres ont le même diamètre, au plus 50 millimètres.

Les barres droites laissent audessous d'elles 25 millimètres environ de béton. Les barres pliées touchent les barres droites à peu près sur 1/3 de la portée. Les étriers sont en fers plats de 20 X 15 m / m à 50 X 3 m / m .

Il y a ordinairement des poutres principales et des poutres secondaires.

Les premières atteignent des portées de lk mètres avec des surcharges de 500 kilogrammes par mètre carré; mais, en général, on place des appuis intermédiaires, de manière à limiter lçs travées à 5, 6 ou 7 mètres. Leur espacement est de 3 à 5 mètres.

Les poutres secondaires, disposées transversalement aux poutres principales, les traversent par leurs armatures prolongées ; il y a ainsi continuité des premières à travers les secondes. Leur espacement est réglé pour satisfaire à cette condition que la portée du hourdis plat entre poutres ne doit pas dépasser 3 ou 3,50 mètres.

Le hourdis est construit comme un dallage; il a une épaisseur de 8 à 14 centimètres; il est armé transversalement aux poutres secondaires, et aussi longihjdinalement, si cela est nécessaire pour la résistance qu'il doit offrir à la flexion. Les armatures traversent les poutres.

Fig. 19. — Poutre système Hennebique.

On construit en béton armé des planchers Hennebique portant

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Fig. 20 à 24. — Diverses phases de la construction d'un plancher système Hennebique.

2,500 et 3.500 kilogrammes par mètre carré.

Dans le système Hennebique, tout se moule sur place sur une aire en planches disposée & cet effet, épousant la forme des poutres et devant recevoir le hourdis.

On exécute cependant un nouveau système de planchers à double enveloppe dans lequel les dalles supérieures formant hourdis et celles inférieures formant plafond sont moulées à l'avance et apportées toutes prêtes sur le chantier; seules les poutres sont exécutées sur place.

Les figures 20 à 24 représentent les différentes phases de la construction d'un plancher de ce genre.

Système de la Société des chaux et ciments de Crèches.

11 diffère de celui de M. Hennebique en ce que les barres pliées sont

Fig. 25. — Plancher à poutres de la Société de Crèches.

supprimées aussi bien dans les poutres que dans les dallages. Les étriers sont constitués par un fil de fer replié autour de la barre inférieure et d'une petite barre reposant sur les tiges du dallage (fig. 25).

Système Goularou.

M. Coularou fait des planchers sans poutres apparentes, dont la dis-

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Fig. 20. — Plancher sans poutres apparentes système Coularou.

position assez particulière est représentée par la figure 26.

Système C oigne t.

L'armature des poutres se compose de deux barres rondes situées i'une à la partie inférieure, l'autre à la partie supérieure, reliées par un fer feuillard zigzaguant de Tune à l'autre et ligaturé à chacune

Fig. 27. — Armature de poutre système Coignet. Fig. 27 bis. — Poutre système Coignet.

d'elles (fig. 27, 27 bis). Quelquefois la barre supérieure est noyée dans le hourdis, comme le représente la figure 27 bis; alors la poutre n'est pas indépendante de ce dernier.

Quant au dallage, il esta tige de résistance et de répartition, comme celui du système Monier.

Système Pavin de Lafarge.

11 est analogue au précédent; mais la barre supérieure de la poutre -est toujours placée au-dessous du dallage (fig. 28 et 28 bis).

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Fig. 28 et 28 bis. — Poutre système Pavin de Lafarge.

Dans les systèmes Coignet et Pavin de Lafarge, la barre de compression est souvent de section plus faible que la barre de tension :

quand ces deux barres sont identiques, l'armature devient symétrique. Elle Test toujours dans les systèmes que nous allons décrire.

Système Stellet.

Les barres horizontales sont de même section : leur écartement est maintenu par des montants verticaux en ciment armé moulés à l'avance, et leur liaison assurée par des fils de fer disposés en diagonales entre les montants et ligaturés aux barres. Le système n'a été que proposé.

« Ces divers types d'armatures plus ou moins symétriques présentent, selon certains de leurs protagonistes, des avantages non seulement théoriques, mais également pratiques. En effet, disent-ils, en améliorant les conditions de résistance de la semelle supérieure, à l'extension près des appuis, à la compression dans la partie centrale, ils permettent d'obtenir, de la poutre seule, une résistance suffisante pour pouvoir supporter le plancher du hourdis sans échafaudage spécial. La liaison des deux barres donne également, selon eux, plus de sécurité à l'égard des malfaçons éventuelles dans l'exécution du béton » (1).

Système Lefort.

Le hourdis et les poutres sont armés symétriquement (fig. 29 et 29 bis), le premier par des couples de fils parallèles disposés dans deux

Fig. 29 et 29 bis. — Plancher à poutres, système Lefort.

plans horizontaux symétriques par rapport à Taxe de la pièce, les secondes par deux barres identiques de section ronde, dont la supérieure

(1) Annales des travaux publics de Belgique, juin 1899, p. 449. Article Christophe.

passe entre et à mi-distance des fils du hourdis. Ce système n'a pas été,, que nous sachions, encore appliqué.

« Les systèmes d'armatures à deux barres reviennent en somme à former une poutre métallique complète, englobée après coup sous une gangue de béton. Les armatures Coignet, Pavin de Lafarge, Stellet,... sont entièrement assimilables à des poutres en treillis triangulées et certains de ces constructeurs admettent même que l'ossature métallique doit, dans les calculs, être considérée comme portant seule la charge, le béton n'ayant pour rôle que de réduire les efforts secondaires et de réduire les liaisons obtenues par les assemblages rivés dans la charpente métallique ordinaire (1). »

Système Bonna.

L'armature est une véritable poutre en treillis, dont les semelles en cornières, fers cruciformes ou fers à T, sont réunies par des diagonales rivées ou ligaturées en fers plats et rigides.

Système du métal déployé.

L'âme des poutres est constituée par un fer à double T (fig. 30).

Fig. 30. — Plancher du Système du métal déployé.

L'armature du hourdis est en métal déployé.

Système Sanders.

Nous tenons à mentionner ce système, qui n'a pourtant jamais été appliqué, mais qui relève d'un principe tout opposé à ceux que nous venons de décrire. En cherchant par la voie du calcul quelle disposition il fallait donnera l'armature pour obtenir le maximum de résistance, M. Sanders est arrivé à cette conclusion que cette armature

(1) Annales de Belgique, p. 450.

doit être aussi dissymétrique que possible, et qu'il ne faut dès lors armer aucunement la partie comprimée.

Il propose une poutre en T renversé avec nervures d'ailleurs sans métal placées au-dessus du hourdis, armé lui de barres réparties à des distances égales.

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