‹ Etude des fleurs, botanique élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 20 sur 403 · S 1%. — RACINE · texte numérisé non relu

S 1%. — RACINE

29. La racine, ou caudex descendant (1), est cette partie du végétal qui sert à le fixer dans la terre, vers le centre de laquelle une tendance invincible l’entraine (fig. 5, 6, 7). Quelquefois pourtant elle flotte au milieu de l’eau, comme dans Iles lenticules, ou bien elle s'implante, comme celle du gui, sur le tronc ou les branches des arbres; il arrive même, comme dans les orobanches, qu’elle adhère à la racine d’autres plantes, aux dépens de laquelle elle se nourrit en véritable parasite; mais régulièrement, le plus souvent, elle descend dans la terre. Un autre caractère qui sert à la distinguer du rhizôme, souche ou tige souterraine, dont nous parlerons plus tard, c’est qu’elle n’émet jamais de feuilles, et que l’action de la lumière ne la verdit point au moins dans son tissu.

30. Disons, en passant, que différentes parties des végétaux sont susceptibles de produire des racines. Ainsi, coupez une branche de saule ou de peuplier, enfoncez-la dans une terre convenablement humide : au bout de quelque temps, son extrémité produira des racines. Le même phénomène aura lieu si, courbant la branche, vous enfoncez dans la terre les deux extrémités, ou bien encore si, sans séparer un rameau de la tige, vous le recouvrez en partie de terre, en laissant sortir son extrémité supérieure. C’est sur cette propriété qu'ont les tiges, et même les feuilles dans certains végétaux, de donner naissance à de nouvelles racines,

(41) De caudex, tige.

que sont fondées la théorie et la pratique de la bouture et du marcottage, moyens de multiplication trèsemployés dans l’art de la culture.

31. La racine peut se diviser en deux parties, qui sont : le corps (fig. 5 a), de forme et de consistance variées, et les radicelles ou chevelus qui la terminent (fig. 5 r). Les radicelles sont de petits filaments plus ou moins déliés, terminés par de petites spongioles (1) fortement hygrometriques (2), et qui en font comme de petites pompes aspirantes.

32. Il existe une sorte de correspondance et même de symétrie entre la tige et le pivot de la racine, entre Jes branches de l’une et les ramifications de l’autre, et même entre le feuillage et les chevelus. L’agriculteur à si bien compris ce sccret, que, pour arrêter ce développement trop considérable des racines ou des branches, il n’a qu’à retrancher la partie correspondante des branches ou des racines.

Il parait même que la tige et la racine peuvent, dans de certaines limites, intervertir leur rôle. Ainsi, qu'on plante un jeune arbre de manière à mettre les racines en l'air et les rameaux en terre, on verra les racines se couvrir de feuilles, et les rameaux enterrés donner naissance à des chevelus.

33. La racine remplit, relativement au végétal, une double fonction : 4° elle le fixe dans le sol, ou au corps sur lequel il doit vivre; 2° elle va y puiser une parlie de la nourriture nécessaire à son accroissement.

Les racines d’un certain nombre de plantes ne pa-

{1) De spongiola, petite éponge.

(2) D'Ékoov, eau, et weToëw, mesurer.

raissent servir qu'au premier usage : telles sont les racines des plantes grasses, plantes qui absorbent par tous les points de leur surface leurs principes alimentaires. Voilà pourquoi on peut couper une branche de cactus, la laisser trois semaines sur un mur, et la planter ensuite dans du sable presque pur; elle y végétera presque aussi bien que si on l'avait mise immédiatement dans une terre plus riche en matières nutritives. Si même celle-ci était trop substanticile, et surtout trop humide, la plante ne tarderait pas à périr.

34. Le second usage des racines est de puiser dans le sein de la terre, ou dans le corps sur lequel elles sont implantées, les substances qui doivent servir à la nutrition et à l’accroissement du végétal. Cette absorpton ne se fait que par les spongioles ou l'extrémité de leurs dernières ramifications. Il est facile de s’en convaincre en prenant deux navets, dont on fera plonger l'un dans l’eau par l'extrémité de la radicule qui le termine, et dont l’autre sera aussi plongé dans l’eau, mais de manière à ce que son extrémité inférieure soit hors du liquide. Le premier poussera des feuilles et végétera, tandis que le second ne donnera aucun signe de développement.

Les racines vont chercher les principes nutritifs avec un admirable instinct, forçant souvent les plus grands obstacles, et perçant même les murs, pour se diriger vers le sol qui leur est approprié.

39. Elles sont enfin pour les végétaux comme un organe d'excrétion, en laissant suinter dans la terre une matière particulière, différente dans les différentes espèces. C'est par cette excrétion que la sève descendante enfouit dans le sol tous les principes viciés dont

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