B. PLANTES VASCULAIRES
59. L'organisation des vasculaires, ou plantes à vaisseaux, est beaucoup plus intéressante et beaucoup mieux connue; mais ici se présentent deux nouvelles subdivisions établies par la diversité du mode de croissance. Ces subdivisions correspondent aux monocotylédones et aux dicotylédones.
a. Monocotylédones.
60. Prenons pour exemple le majestueux palmaer du désert, dont le tronc cylindrique, nommé s#ipe (3), s'élève uniformément et toujours sans rameaux (fig. 20).
Après la germination, les feuilles se déroulent et déploient sur le collet de la racine un faisceau circulaire. La deuxième année, un second bouquet de feuilles part du centre du premier, et le rejette en dehors. Mais, tandis que l’extrémité de ces feuilles se flétrit, leurs bases, durcies et adhérentes au sommet de la racine, persistent, et constituent, en se soudant, un anneau solide qui forme la base du stipe. La troisième année, un troisième bouquet de feuilles produit le même effet
(1) De rota, roue.
(2) De &xoov, l'extrémité, et yivouur, croître. (3) De stipes, tige, tronc.
32 BOTANIQUE sur le second, et ainsi, chaque année, se forme un nouvel anneau qui se superpose à ceux qui existaient déjà.
61. Tel est le développement de la tige des monocotylédones. On voit par là 4° que ce développement se fait entièrement par l'intérieur, c'est-à-dire que les parties intérieures sont toujours les plus nouvelles et les plus tendres : de là le nom d'endogènes (1) (eroissant par le dedans) donné à ces végétaux. Le stipe, coupé en travers (fig. 48), ne présente pas des zônes régulières et concentriques de bois dur, de bois tendre et d’écorce, au milieu desquelles est un canal renfermant la moelle, comme nous le verrons pour les dicotylédones : ici la moelle remplit tout l'intérieur. Les fibres, disposées par faisceaux, s’y trouvent dispersées sans ordre, et en quelque sorte perdues ; l'écorce, ou n’existe pas, ou n’est presque pas distincte des autres parties de la tige.
On voit par là 2° que le sétipe des monocotylédones croit très-peu en épaisseur. En effet, le développement latéral ne peut avoir lieu qu'autant que l'anneau formé par la base persistante des feuilles de l’année précédente ne s’est point encore assez endurci, pour résister à la pression que le nouveau bourgeon tend à opérer sur lui de dedans en dehors; ce qui n'arrive pas ordinairement. Voilà pourquoi les palmiers, qui atteignent souvent 50 mètres de haut, ont une tige qui a souvent à peine 4 décimètres d'épaisseur.
On voit par là 3° que le bourgeon terminal est l'agent essentiel de l'augmentation de la tige. Celle-ci périrait si l’on retranchait ce centre de végétation. Dans les
(4) D'Évôov, en dedans, et y{vouxt, croître.
e Le
monocotylédones, il n’y a done pas de sève descendante. Enfin, on voit par là 4° que ces plantes ne peuvent point avoir de véritables ramifications. Si, dans nos climats, quelques monocotylédones, comme lasperge, le petit houx, paraissent avoir des branches, il faut remarquer que les faisceaux de ces rameaux apparents ne parviennent pas au centre de la plante : ils descendent entre l'écorce et la tige, restent isolés de celle-cr, et se comportent comme elle pour leur croissance. C’est toujours leur partie extérieure qui est la plus dure.
b. Dicotyledones.
62. L'étude des plantes dicotylédones nous est plus facile ; elle est aussi plus importante, parce qu’elles sont plus nombreuses. Pour bien comprendre leur mode de croissance et la marche qu'y suit la sève, 1} est nécessaire de connaître d’abord leur conformation. Leur tige se nomme fronc (fig. 19).
Prenons pour exemple le trone d’un sapin (fig. 17. Si nous le coupons transversalement, nous verrons au centre un canal qu’on nomme éfui médullaire (À); il renferme un petit rouleau de tissu cellulaire sec et blanchâtre : c'est la moelle (m). La moelle est entourée de couches formées de fibres et de vaisseaux fortement enlacés, plus durs et plus foncés vers le centre, plus tendres et plus blancs à l'extérieur. Ces couches se nomment les couches ligneuses (2) : la partie la plus tendre est l'aubier (3) (a); la partie intérieure et la plus
(1) De medulla, moelle.
(2) De lignum, bois.
(3) D’albus, blanc.
dure forme le bois proprement dit (b). Après les couches ligneuses, on trouve l'écorce (é), résultant elle-même de deux couches, l’une intérieure, que l’on nomme liber (1) parce qu’elle est formée de minces feuillets se détachant les uns des autres, et l’autre extérieure. Celleei se compose de l’épiderme (2), pellicule qui recouvre toutes les parties du végétal, de l'enveloppe herbacée, lame de tissu cellulaire, le plus souvent verte, située au-dessous de l’épiderme, et des couches corticales (3) qu’il est ordinairement difficile de distinguer d'avec le liber, sur lequel elles sont appliquées. Une foule de rayons blanchâtres, nommés rayons médullaires, unissent le centre ou la moelle avec la circonférence. Telle est l'anatomie du tronc dans les arbres dicotylédonés.
Cela posé, examinons le mode d’après lequel la sève y circule.
63. En colorant l’eau que pompent les racines, on a reconnu que la sève monte par les vaisseaux de l’étui médullaire. Arrivée au sommet, et modifiée à la surface des feuilles par le contact de l'air, elle se convertit en cambiuwm, et redescend en dehors de ces mêmes vaisseaux, entre le bois et l'écorce. Là, elle forme deux couches : l’une qui, se joignant à l'écorce, ajoute au liber un nouveau feuillet ; l’autre qui s’attache au bois, et l’augmente ainsi d’un anneau concentrique. Quand l’arbre devient grand, la sève abandonne peu à peu les vaisseauxoblitérés de l’intérieur, qui devient alors cœur de bois ou bois dur, et elle ne circule plus que dans
(4) De liber, écorce.
(2) D'éri-Gépux, sur la peau.
(3) De cortex, écorce.
ies nouveaux étuis, qui forment le dois blanc ou aubier. De là leur différence de dureté et de couleur, si sensible dans l’ébène, où l’aubier est d’un beau blanc, et le cœur du bois d’un superbe noir.
Cette théorie, vérifiée par l'expérience, explique parfaitement l'accroissement des arbres dicotylédonés, soit en grosseur, soit en hauteur.
64. ACCROISSEMENT EN GROSSEUR. — Il résulte peu à peu, comme nous de le voir, d'une nouvelle couche de bois produite sous l'écorce par une partie du cambium qui se solidifie. L’aubier formé l’année précédente acquiert plus de densité et se change en bois dur. Quant au liber, il n’éprouve aucune transformation ; seulement, il se dilate et s'accroît par sa face interne d’un mince feuilletau moyen d’une partie du cambium.
65. AGGROISSEMENT EN HAUTEUR. — Quand la germination est faite, et que les feuilles séminales sont hors de terre, la première couche de cambium s'organise et forme un premier cône, lequel est composé des parois de l’étui médullaire renfermant la moelle, et est terminé par un bourgeon. Vers l’automne, quand cette couche est changée en liber et en aubier, son accroissement s'arrête. Quand, au retour du printemps, la végétalion recommence, les sucs nourriciers et la sève dont la plante est imbibée vivifient le bourgeon terminal, du centre duquel s’élève une jeune pousse, qui éprouve dans son développement les mêmes phénomèënes que la première. À cette seconde en succède une troisième qui, l'année suivante, est surmontée d’une quatrième, et ainsi successivement.
66. On voit par là que le tronc est formé d’une suite de cônes allongés dont le sommet est en haut, et qui
s’emboitent les uns dans les autres. Le sommetedu cône le plus intérieur, qui est le plus ancien, s'arrête à la base de la seconde pousse, et ainsi des autres, en sorte que ce n’est qu’en bas du tronc qu’on trouve autant de couches ligneuses que la plante a d'années. Ces couches n’ont pas toutes la même épaisseur; on a remarqué qu’elles sont d'autant plus minces que le cône est plus allongé. Du reste, un accident, une maladie, une saison plus ou moins favorable peuvent modifier leur développement. On a également observé que leur épaisseur n'est souvent pas la même dans toute leur circonférence. Mais comme la plus grande épaisseur correspond constamment au côté où se trouvent les racines les plus considérables, elle résulte évidemment de Ja nourriture plus abondante que celles-ei vont puiser dans la terre. C’est ainsi que, dans les arbres placés sur la lisière des forêts, les couches lHigneuses sont toujours plus épaisses du côté extérieur, parce que, de ce côté, les racines, n’éprouvant pas d'obstacles, y prennent un développement considérable.
67. Chaque rameau, chaque ramuscule des arbres dicotylédonés s’accroit en hauteur et en largeur, de la même manière que le tronc principal.
68. Cette théorie explique comment un vieux tronc de saule ou de châtaignier peut être entièrement creux à l'intérieur et ne recevoir la vie que par uns mince lame de bois et d’'écorce; comment on peut compter les années d’un sapin par le nombre des anneaux superposés à sa moelle vers sa base; comment la tige et les rameaux d'un arbre dicotylédoné sont beaucoup moins gros en haut qu’en bas; comment, enfin, toutes ces plantes, qui offrent les mêmes phénomènes, quoi-
que moins distincts quand elles ne sont qu'herbacees, ont reçu le nom d’exogènes (1), c'est-à-dire croissant par le dehors.
Sur les lois de la physique végétaie que nous venons d'exposer sont fondés quelques procédés pour la multiplication artificielle des végétaux. Ces procédés sont la marcotte, la bouture et la greffe. On les trouvera décrits au dictionnaire.
QUESTIONNAIRE
Comment la sève circule-t-elle dans les plantes cellulaires? — D'où leur vient le nom d'acrogènes? — Comment la sève circule-t-elle dans les plantes vasculaires monocotyledonées? — Quel est leur mode de croissance? — D'où vient qu'on les nomme endogènes? — Quelle est l'anatomie d'un stipe de palmier coupé transversalement? — Quelle est celle d'un tronc d'arbre dicotylédoné? — Qu’'entend-on par moelle, étui médullaire, bois dur, aubier, liber, enveloppe herbacée, épiderme, écorce? — Quelle est la marche de la sève dans les arbres dicotylédonés? — Comment croissent-ils en grosseur, en hauteur? — Comment compter les années d'un sapin? — Pourquoi le nom d'exogènes donne à toutes les plantes dicotylédonces ?