‹ Etude des fleurs, botanique élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 36 sur 403 · B. RESPIRATION DES FEUILLES · texte numérisé non relu

B. RESPIRATION DES FEUILLES

84. Quelles que soient la forme et la disposition des feuilles, il est à remarquer qu'une d'entre elles n’est jamais entièrement recouverte par celle qui la précède immédiatement. Cet arrangement n'est point sans but, non plus quela mince épaisseur du limbeet son extrême mobilité sur son léger pétiole. L'air en a plus de prise sur elles. Il est leur élément, le milieu dans lequel elles respirent; car elles semblent être au végétal ce que les poumons sont à l'homme et les branchies aux poissons.

Leurs deux surfaces, nommées pages, l'une supérieure, l’autre inférieure, mais surtout celle-ei, sont criblées d'une multitude de petits trous nommés sf0o-

(4) De digitus, doigt.

AG BOTANIQUE mates (À), visibles au microscope. C'est par ces stomates que la plante respire.

La respiration est l'acte par lequel la plante absorbe, au moyen de ses feuilles, les gaz propres à sa nutrition, etexhale ceux qui lui seraient nuisibles ou inuüles.

85. Nous avons dit plus haut que l'air atmosphérique se compose de 29 parties d'oxygène en volume et de 79 d'azote sur 400. Il contient en outre de la vapeur d'eau en quantité variable, et environ un millième de gaz acide carbonique, qui résulte en partie de larespiration des hommes et des animaux. C’est aux dépens de cet acide carbonique, composé de 8 parties d'oxygène et de à de carbone en poids, que s'opère le phénomène de la respiration. Il pénètre pendant la nuit dans les feuilles par les stomates de la page inférieure. Au retour du jour et sous l'influence de la lumière, Îles feuilles le décomposent, retiennent le carbone et exhalent l'oxygène. Elles restituent donc avec usure à la masse de l'air atmosphérique ce même oxygène ou air vital que l’homme et les animaux lui avaient enlevé par leur respiration : combinaison admirable, où la science nous fait voir l'action incessante d’une Providence aussi simple dans ses moyens qu'ineffable dans sa sagesse.

86. L'influence de la lumière, avons-nous dit, est nécessaire à la fixation du carbone dans les feuilles et à l’exhalalion de l'oxygène. En effet, lorsqu'on soustrait Ja plante à l'influence de la lumière, l'acide carbonique absorbé par les rameaux s’exhale par les stomates des feuilles sans avoir subi aucune décomposition, et l’oxy-

(1) De cTroux, bouche.

ÉLÉMENTAIRE. 47 gène n’y pénètre pour modifier les tissus que comme il le ferait dans une plante privée de vie. Voilà pourquoi les végétaux soustraits à l’action du soleil s’étiolent, c'est-à-dire qu'ils perdent la couleur verte, deviennent mous, et contiennent une grande proportion de principes sucrés. Les jardiniers appliquent cette théorie pour faire blanchir. les feuilles de la chicorée et les tiges des céleris.

87. Le carbone déposé dans les feuilles les pénètre, se liquéfie, et redescend à l’état de cambium. C'est donc la respiration des feuilles qui fournit aux plantes la presque totalité du carbone dont elles sont formées; car la quantité d’acide carbonique dissous dans l’eau que pompent les racines est très-minime. Il pourrait même paraître étonnant qu'un millième d'acide carbonique, qui se trouve dans la masse atmosphérique, puisse suffire pour alimenter de carbone toutes les plantes de la terre; mais on se convaincra de la possibilité du fait en considérant que dans cet acide carbonique il entre 27 parties sur 400 de carbone, ce qui suppose environ 44 à 1509 billions de kilogrammes de carbone dans la totalité de l’air atmosphérique. Or, ce poids est bien supérieur au poids total de tous les végétaux qui existent, ou vivants sur notre globe, ou fossiles dans ses entrailles.

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