C. TRANSPIRATION DES FEUILLES
88. Les feuilles ne respirent pas seulement, elles transpirent. La transpiration est cette fonction par laquelle la sève, parvenue dans les feuilles, laisse échapper la quantité surabondante d'eau qu’elle contenait.
C'est en général à l’état de vapeur que cette eau se répand dans l'atmosphère; mais si elle est trop abondante, si la température est peu élevée, surtout si elle passe rapidement d’un degré plus chaud à un degré plus froid, alors on voit le liquide transpirer sous forme de gouttelettes limpides qui restent suspendues sur le contour et à l'extrémité des feuilles.
89. Il est facile de se convaincre que ces gouttelettes sont dues à la transpiration et non point à la rosée, comme on l’a eru longtemps et comme on le croit encore communément. Au printemps et à l'automne, quand la sève circule abondamment, on n'a qu’à mettre dans un vase une plante vigoureuse, un pavot, par exemple. On interceptera toute communication avec l'air extérieur en recouvrant le pavot d’une cloche de verre, et avec la terre en recouvrant le vase d'une plaque de plomb : le lendemain on trouvera suspendues aux feuilles du pavot des goultelettes qui n’auront pu évidemment provenir de la rosée.
90. Pour qu'une plante se porte bien, 1l faut qu'il y ait équilibre entre l'absorption et la transpiration ; quand une de ces fonctions s'exerce avec une force supérieure à celle de l’autre, le végétal languit et finit par périr. C’est ainsi qu’une plante qu’on laisse trop longtemps, sans l'arroser, exposée aux ardeurs du s0leil, se fane et perd sa vigueur, parce qu'elle transpire beaucoup plus qu’elle n’absorbe.
91. Le rôle de la transpiration des végétaux est presque aussi grand dans la nature que celui de leur respiration, et nous est un nouveau titre à bénir la sagesse du Créateur. Si la salubrité des montagnes et des forêts résulte en partie de l'air vital que les feuilles res-
pirent, nous devons aussi en partie à leur transpiration nos bienfaisantes rosées et nos pluies salutaires. Leurs fluides aqueux, attirant ceux de l'air, condensent les nuages ; et, tandis que les déserts sablonneux ne manquent d’eau que parce que parce qu'ils sontprivés de plantes, les majestueuses forêts qui couvrent nos montagnes sont pour nous comme de féconds réservoirs. Combien donc il serait sage, pour conserver la fertilité de notre patrie, de s'opposer à l’effroyable dévastation qui aura bientôt fait disparaitre toutes nos grandes forêts !