TOME I
74 BOTANIQUE ces larves périssent-elles quand on enlève le pollen emmagasiné dans les ruches.
437. Le pollen est destiné à être transporté sur le carpelle pour le rendre fertile. Cette fonction commence à l'instant où les loges de l’anthère s'ouvrent pour mettre le pollen en liberté. Il est des plantes dans lesquelles l'ouverture des anthères s'opère avant le parfait épanouissement de la fleur ; mais, dans le plus grand nombre des végétaux, ce phénomène n'a lieu qu'après que les enveloppes florales se sont ouvertes et épanouies. Les pluies qui surviennent au moment où les anthères s'ouvrent empêchent l’action du pollen. On le remarque surtout dans la vigne, et l’on dit alors que la fleur coule.
138. Pour favoriser l'émission du pollen, les étamines d’un grand nombre de plantes exécutent des mouvements très-sensibles. Ainsi, au moment de sa dissémination, les huit ou dix étamines de la rue odorante (ruta graveolens) se redressent alternativement vers le stigmate, y déposent une partie de leur pollen, et se rejettent ensuite au-dehors. Dans plusieurs genres de la famille des wréicacées, dans la paritaire, le mürier à papier, etc., les étamines sont infléchies vérs le centre de la fleur et au-dessous du stigmate; à une certaine époque, elles se redressent avec élasticité, comme autant de ressorts, et lancent leur pollen sur le carpelle. Dans le genre kalmia, les dix étamines sont situées horizontalement au fond de Ia fleur, en sorte que leurs anthères sont renfermées dans autant de peütes fossettes qu’on aperçoit à la base de la corolle. Pour opérer l'émission du pollen, chacune des étamines se courbe légèrement sur elle-même, afin de dé-
ÉLÉMENTAIRE. 79 gager son anthère de la petite fossette qui la contient. Elle seredressealors au-dessus dustigmate, et verse sur lui la poussière pollinique renfermée dans son anthère.
Bes carpelles de certains végétaux paraissent également doués de mouvements qui dépendent d'une irritabilité plus développée à l’époque de la transmission du pollen.
139. D'après les observations de Lamarck et de Bory Saint-Vincent, il parait que plusieurs plantes développent, au moment de l'émission du pollen, une chaleur extrêmement manifeste. Ainsi, dans l’arum Italicum et quelques autres végétaux de la même famille, le spadice qui supporte les fleurs dégage une assez grande quantité de calorique pour qu'elle soit appréciable à la main qui le touche.
140. D'après le point d'insertion des étamines, M. de Candolle a formé trois grandes classes de plantes exogènes. Ce sont : les corolhflores (fig. 114), quand les étamines sont portées par la corolle, comme dans la primevère; les calciflores (fig. 115 et 118), lorsqu'elles sont plantées sur le calice, comme dans le poirier ; et les éhalamiflores, quand elles naissent sur le réceptacle, nommé fhalamus (fig. 121), comme dans les renoncules.
441. Les étamines d’une même fleur sont appelées définies, quand on en compte au plus une douzaine ; indéfinies, quand il y en a un nombre plus grand.
Définies ou indeéfinies, les étamines sont tantôt /1bres ou distinctes, comme dans le lis (fig. 113, 444, A16); tantôt soudées ou connées (À) (fig. 415, 4148,
(4) De cum, avec, natus, né.
149). Dans ce dernier cas, elles peuvent encore être soudées ou par les anthères, comme dans la famille des composées (fig. 119), appelée pour cette raison famille des synanthérées (1), ou par les filets, et alors elles peuvent être réunies en un, deux, trois ou plusieurs groupes distincts, dont chacun porte le nom d'adelphie (2) : c'est monadelphie (fig. 115), quand il n’y en à qu'un, comme dans la mauve; c'est dradelphie (fig. 118), quand il y en a deux, comme dans le pois, le haricot, etc. Il y a même des plantes où les étamines sont soudées tout à la fois et par les filets et par les anthères : telles sont les courges ; et d’autres où les étamines sont soudées avec le style du carpelle, comme les orchis (fig. 109).
142. Les étamines sont égales entre elles, comme on le voit dans les anémones, ou inégales, et alors elles suivent quelquefois, dans cette inégalité, une cspèce de symétrie. Ainsi, tantôt il y en a quatre, dont deux plus grandes (fig. 117) : c’est ce qu’on nomme la didynamie (3); tantôt il y en a six, dont quatre plus longues : c'est la ééfradynamie (4), comme dans le chou-colza (fig. 98 bis et 121).
143. Les étamines sont dites encore alternes ou opposées, et celte dénomination peut nous offrir une remarque intéressante : c’est que, dans les trois premiers cercles qui servent au carpelle comme de rempart, les sépales ou segments du calice, les pétales ou
) De ouv, ensemble, dvürout, anthères.
) D'éôeXodc, frère.
) Dedic, deux, et Obvauis, puissance.
&) De térpz, quatre, et düvauie, puissance.
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segments de la corolle et les étamines sont disposés avec tant de symétrie que l’espace laissé vide par l'entre-deux des parties d’un premier cercle est ordinairement rempli par la partie correspondante du cercle suivant. Les pétales alternent ainsi avec les sépales, les étamines avec les pétales, et les étamines d’un second cercle, quand elles sont sur deux rangs, comme dans l’œillet, avec les étamines du cercle précédent. Cette disposition a presque toujours lieu (fig. 113, 116): les étamines sont alors dites alternes, comme dans la bourrache, le bouillon-blanc. Mais elles sont nommées opposées (fig. 114), quand il arrive qu'elles correspondent au milieu des lobes de la corolle, comme dans la primevère.
144. La nature du filet des étamines est analogue à celle des pétales ; en effet, l’on voit très-souvent ces organes se changer l’un en l’autre. C’est ce qui a lieu dans les fleurs qu'on nomme doubles ou pleines. Délices des amateurs, résultat de leurs longues cultures, elles sont pour le botaniste des monstres, dans lesquels les étamines ont été changées en pétales. Une fleur dont toutes les étamines ont été ainsi transformées devient nécessairement stérile.
145. Certaines étamines offrent une particularité remarquable : c’est leur irritabilité. Ainsi, qu'on examine, par un soleil ardent, les fleurs de l’épine-vinette : on verra leurs six étamines étalées contre les pétales ; mais si l’on touche avec la pointe d’une épingle la base de leurs filets, ils se redresseront vivement contre le style. Le sparmannia d'Afrique, bel arbrisseau de nos orangeries, montre, au milieu de ses corolles blanches, des étamines à anthères irritables, s’éloignant
vivement du style quand on les touche. Les causes de ces phénomènes ne sont pas entièrement connues, mais la lumière est la condition indispensable de leur production.
146. Les plantes acotylédones n'offrent pas d’étamines visibles, telles que nous venons de les décrire. Cependant l'observation moderne, avec ses instruments puissants, a découvert dans beaucoup de ces plantes certains organes qu’on suppose remplir les fonctions d’anthères, et que, pour cette raison, on a appelés anthéridies.
B. CARPELLE.
147. Au centre de la fleur est son dernier organe, son vrai trésor, l’objet de tant de soins : c’est le carpelle (1) (fig. 122). Il est formé de trois parties : l’ovaire (o) en bas, le style (s) au milieu, le séigmate (a) au sommet.
148. L'ovaire (2) est la partie inférieure et renflée du carpelle. C’est lui qui contient les ovules (3), petites graines à l’état encore rudimentaire.
L’ovaire est tantôt libre au fond du calice, comme dans la fulipe; tantôt placé sous les autres parties de la fleur et soudé avec le tube du calice, comme dans le narcisse, la poire. Dans le premier cas, l'ovaire est : supère (4); dans le deuxième, il est énfère (5).