‹ Etude des fleurs, botanique élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 73 sur 403 · S 1. — ANIMAUX ET INSECTES NUISIBLES · texte numérisé non relu

S 1. — ANIMAUX ET INSECTES NUISIBLES

206. 1° Taupe. La taupe est un genre de mammifères, de l’ordre des carnassiers, et de la famille des insectivores. Cet animal se creuse sous terre des galeries soutenues de distance en distance par des cloisons et des piliers. Emblème des traîtres qui nuisent aux hommes en agissant sournoisement par des voies souterraines, il cause les plus grands dommages aux agriculteurs

et aux jardiniers en bouleversant le sol et en coupant les racines. La taupe rend cependant quelques services :

le principal est d’être une ennemie acharnée pour les vers blancs qu’elle chasse et détruit en grande quantité. Comme ceux-ci font mille fois plus de dégâts que les " taupes, il y aurait peut-être de l'avantage à ne pas détruire de quelque temps celles-ci dans les endroits infestés par les vers blancs.

On prend les taupes avec des piéges de différentes espèces qu'on place dans leurs galeries. Comme elles craignent aussi beaucoup l'eau, en la faisant affluer dans le terrain qu’elles occupent, on parvient à les en chasser. On emploie souvent ce moyen dans les prairies.

207. 2° La courtilière, taupe-grillon (grillo-talpa, Linn.) et courterole dans nos campagnes, doit être classée au premier rang des animaux dévastateurs de nos potagers et de nos parterres. « En examinant cet « insecte pour la première fois, dit le savant et aimable « M. Lacène, fondateur de la société d'agriculture de « Lyon (4), on ne peut se défendre d’abord d’une cer- « taine impression d'horreur : il est diflicile d'en trou- « ver un qui soit plus hideux et plus repoussant. « M. Latreille parle d’un naturaliste allemand qui était « tellement effrayé à la vue de ces animaux, qu'il n’osa « en disséquer que lorsqu'on lui eut assuré que, dans « les campagnes, les enfants en font leur jouet. »

208. La bouche des courtilières est armée de mandibules fortes, cornées et dentelées ; mais ce qu'elles ont tout à la fois de particulier et de redoutable, c'est la

(4) Rapport lu à la Société Linnéenne en 1836,

disposition et le mécanisme de leurs deux patles de devant. Formées d’une substance écailleuse, elles sont armées de quatre dents aiguës, et s'abaissent et jouent comme une paire de ciseaux contre un appendice relevé et tranchant placé à la base des cuisses. Leur tarse de trois articles aplatis et prolongés également en dents de scie sert encore, en se repliant contre la jambe, à augmenter les moyens de destruction de ce formidable insecte.

C'est avec ces armes puissantes que la courtilière, creusant, comme la taupe, des galeries souterraines, mais à une moins grande profondeur, attaque et coupe au collet toutes les plantes qui se trouvent sur son passage, ronge leurs racines, et bouleverse en même temps le sol dans lequel elles sont plantées. Cet insecte est, en un mot, le plus grand fléau qui puisse affliger un jardin.

209. Malheureusement les moyens de le détruire sont peu nombreux, et surtout ne sont pas de nature à être appliqués en grand. En voici cependant quelques uns.

On a reconnu que l’huile est pour les courtilières un poison mortel. Il n’est pas nécessaire de la leur faire avaler, il suffit de la mettre en contact avec leur organe de respiration. Pour s’en convaincre, qu’on prenne une courtilière, qu'avec la barbe d’une plume on laisse tomber une ou deux gouttes d'huile sur son dos; en moins d’un quart d'heure elle sera suffoquée. Cela posé, on suit avec le doigt les traces de la galerie que l’insecte s’est creusée à fleur de terre, jusqu’à ce qu’on arrive au trou vertical qui conduit à son habitation ; alors on y verse une petite quantité d'huile mélangée et battue avec de l’eau : la courtilière ne tarde pas à paraitre

à la surface et ordinairement à étouffer. Quelques jardiniers, après avoir trouvé le trou perpendiculaire comme nous venons de l'indiquer, donnent rapidement un grand coup de bêche à 30 centimètres de profondeur, et souvent ils enlèvent ainsi, non seulement la courti- " lière mère, mais encore son nid, qui, ayant la grosseur et la forme d’une orange, contient quelquefois deux ou trois cents œufs ou petits venant de naître.

210. D’autres fois, on enterre à fleur de terre des pots qu’on a soin de boucher au fond pour y metire 5 à 6 centimètres d’eau : la courtilière, en creusant précipitamment sa galerie, arrive au niveau supérieur de ces vases, tombe dedans et se noie dans l’eau. On peut encore disposer, dans les endroits infestés par ces funestes insectes, de petits tas d'herbe ou de fumier; comme ils aiment à s’y retirer, on les y saisit et on les détruit. Nous indiquerons enfin, comme un remède très-répandu en Italie, la suie de cheminée semée sur le terrain infesté par les courtilières et mélangée avec lui par un bon labour. Mais on ne peut aussitôt après y semer des grains, parce que la suie les brûle. Tous ces procédés peuvent être appliqués avec avantage; mais ils sont minutieux, demandent du temps, de l'adresse, et ne peuvent être employés en grand.

914. 3 Ver blanc. Le ver blanc, connu dans nos campagnes sous le nom de tour, n'est autre chose que la larve du hanneton. Le hanneton, avant de mourir, dépose ses œufs dans la terre ; de ces œufs sortent des vers blancs, qui, trois ou quatre ans après, se mélamorphosent en nouveaux hannetons. On a remarqué que ces insectes ne sont jamais très-nombreux plusieurs années de sulle. |

114 BOTANIQUE Les vers blancs causent les plus grands ravages dans les parterres et dans les jardins potagers. C'est aux racines des plantes qu'ils s’attaquent. [ls commencent par en ronger l’écorce tout autour et finissent par les cou- " per entièrement. Ce ne sont pas seulement les jardins qui sont exposés à leurs dévastations, mais on voit encore des vergers, des pépinières, des champs de céréales, des prés naturels et artificiels entièrement dévorés par eux. Si, au mois de juin ou de juillet, vous voyez vos fleurs incliner leurs têtes, vos roses ou vos jeunes arbres se faner et se flétrir sans cause apparente, creusez au pied, vous êtes sûr de trouver un ou deux de ces maudits {ours occupés à leur œuvre de destruction. 212. Un des meilleurs moyens de se garantir de leurs ravages est de prévenir leur multiplication en détruisant les hannetons. Pour y réussir, daus la saison où ceux-ci abondent, on leur fait la chasse tous les jours à midi, en secouant les branches des arbres. Ces insectes tombent, on les écrase ou on les noie, et on diminue ainsi la ponte des œufs. Mais comme, malgré ce soin, on ne pourra jamais tous les détruire, il faut encore prendre d’autres précautions. D'abord, en travaillant le terrain qu’on veut ensemencer ou planter, on commence par détruire, en les coupant avec la bèche, tous ceux qu'on peul découvrir. Ensuite, on met tout autour des massifs de plantes qu’on veut garantir une ligne de laitues : comme les vers blancs en sont excessivement friands, c’est à elles qu'ils s’attaquent de préférence, et ainsi les fleurs précieuses sont préservées. De plus, de temps à autre, on visite les laitues ; dès qu’elles se fanent, on fouille à leur pied, on y trouve un ou plusieurs vers blancs qu'on détruit.

213. Enfin, si ces moyens ne suffisent pas, on les extermine complètement en arrosant la terre qu'ils infestent avec la composition suivante : chaux, 12 kilogrammes ; suie de cheminée, 12 kilogrammes; hydrochlorate de soude, 2 kilogrammes ; fleur de soufre, 4 kilogrammes ; aloès caballin, 1 kilogramme ; feuilles d’absinthe, 4 brassée; eau, 2 hectolitres. On met le tout dans une grande auge, on le laisse en macération pendant deux jours, en ayant soin de remuer de temps en temps pendant cet intervalle, ct on laisse ensuite déposer pour s’en servir. Lorsqu'on veut opérer, on commence par faire arroser dès la veille avec de l'eau simple pour attirer les vers blancs près de la surface du sol, et le lendemain matin, avant la chaleur, on fait donner un ample arrosage avec l’eau préparée. Il faut renouveler l'opération tous les trois jours jusqu'à réussite. Les vers blancs atteints par le liquide périssent infailliblement, et ceux qui lui échappent sont si épouvantés, qu'ils vont exercer ailleurs leur coupable industrie. Cette eau ne change aucunement la-nature du sol; loin d'attaquer les végétaux, elle leur donne, au contraire, une vigueur nouvelle.

21%. 4° Perce-oreilles ou forficule. Cet insecte bien connu, redouté des enfants de nos campagnes, qui s’imaginent qu'il peut venir leur percer les membranes des oreilles pour aller ensuite leur ronger la cervelle, n'est à craindre que pour les jardiniers. Les perceoreilles entament les fruits, coupent les pétales et les étamines des fleurs, rongent les jeunes feuilles et les bourgeons encore tendres, et peuvent détruire entièrement une plantation, ou du moins la gâter. C’est suriout aux dahlias qu'ils causent des dommages in-

calculables. Comme les brigands, ils profitent des ténèbres de la nuit pour exercer leurs dévastations ; le jour, ils se cachent sous les pierres, sous les tuiles ou dans les crevasses des arbres.

245. Pour les détruire, on leur prépare une retraite facile où on puisse commodément les saisir. Ainsi, tantôt on met une ou deux feuilles de chou au pied de la plante qu'ils ravagent, tantôt on place sur cette plante ou à terre des tuyaux en roseau ou des cornets en terre ; d’autres fois, on plante tout autour de petits bâtons, au sommet desquels on place des sabots de veau, de cochon, ou des pots renversés dans lesquels on met un peu de foin; le matin, au lever du soleil, on visite ses feuilles de chou, ses tuyaux, ses sabots ou ses pots, et l’on fait main basse sur tous les perceoreilles qui s’y sont réfugiés.

216. 5° Limaces, escargots. Ces mollusques rampants à bave dégoütante se multiplient étonnamment dans les années pluvieuses ; leur grand ennemi, c'est le soleil et la sécheresse. Ils rongent les feuilles et les fleurs, et s’insinuent même dans l'intérieur des tiges herbacées pour en dévorer les tissus les plus tendres.

La chaux vive éteinte à l’air et réduite en poudre, l'eau de chaux et plusieurs autres substances caustitiques les font périr; mais leur emploi par simple aspersion est difficilement praticable : le vent les emporte, le soleil les fait évaporer, et, en outre, elles peuvent nuire à la plante sur laquelle on les répand. Le meilleur moyen est de se servir de pelites planches, de tuiles ou autres abris de ce genre, qu'on soulève du côté exposé au nord; les limaces s’y réfugient pour jouir de la fraîcheur pendant la chaleur du jour, et l’on

profite de leur inaction pour les exterminer sans pitié.

917. 6° Fourmis. « La fourmi n’est pas prêteuse, » a dit le bon La Fontaine; mais elle ne se fail nul scrupule de venir emprunter sa nourriture à nos fleurs délicates et à nos fruits succulents. Le nombre prodigieux des fourmis et leur activité infatigable les rendent au moins ennuyeuses, sinon bien redoutables. Pour s’en débarrasser, il faut, si l’on peut découvrir les fourmilières, y verser un ou deux arrosoirs d'eau bouillante, ou bien employer l'huile, qui produit sur la fourmi le même effet que sur la courtilière.

Sil’on ne peut trouver la fourmilière, ou si sa position contrarie les moyens indiqués, on détruit les fourmis avec de l’eau miellée; on prend des verres à boire, on y verse de l’eau miellée jusqu'aux trois quarts ou au milieu de leur hauteur, on les suspend aux arbres où les fourmis viennent butiner : attirées par l’appât, elles descendent dans le verre et s’y noient. Quand l’eau miellée en est pleine, on la jette, et on la remplace pour recommencer la même opération. A d’autres qu'aux fourmis nous pourrions dire dans leur intérêt : Défiez-vous de ceux qui vous présentent une coupe de miel; sa douceur trompeuse pourrait se changer pour vous en un poison mortel.

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