T Chenilles
Que sur vos fruits la livide chenille N'ose jamais promener son venin,
a dit un poète {{); nous pourrions ajouter : non seulement sur vos fruits, mais encore sur vos fleurs et
(1) Campenon.
sur vos feuilles ; car elle les ronge et nuit ainsi grandement à la végétation.
On se débarrasse des chenilles en échenillant tous les ans avec soin vers la fin de l'hiver. Cette opération consiste à enlever les nids et à les brüler, et de plus à retrancher, en taillant les arbres, les anneaux d'œufs qu'elles déposent autour des branches.
Cachée à nos regards, la hideuse chenille Sous le pampre naissant dépose sa famille (4)
Si, malgré ces précaulions, quelques nids ont échappé, il suffira, quand on verra les chenilles réunies sur un arbre, de les arroser avec de l’huile au moyen de barbes de plume : à peine auront-elles senti le conact de ce liquide vénéneux pour elles qu’elles tomberont raides mortes.
219. 8° Pyrale de la vigne. La pyrale de la vigne est un insecte qui, quoique fort petit, anéantit, si on ne l’arrête, la presque totalité de la récolte. D'abord chenille verte ou d’un vert jaunâtre, elle se métamorphose ensuile en un petit papillon nocturne, jaunâtre, à reflet plus ou moins doré. C’est à l’état de chenille que la pyrale s'attaque aux bourgeons de la vigne et ravage les jeunes feuilles. Après les avoir dévorées en quelques jours, elle ronge même les jeunes raisins dans le bourgeon, et se porie ensuite aux extrémités les plus tendres, qu’elle ravage à leur tour. Il n'y a pas fort longtemps que la pyrale se répandit dans les vignobles du Beaujolais, et causa aux propriétaires d'énormes pertes. Ce ne fut qu'après bien des années
(4) Rosset.
ÉLÉMENTAIRE. 119 de dévastation qu'ils se décidèrent à employer des moyens préservalifs.
220. Le procédé généralement pratiqué et qui agit efficacement consiste à échauder, c'est-à-dire à laver avec de l'eau bouillante les ceps après la taille du printemps. À cette époque, les petites chenilles sont encore hivernées dans de petits cocons enfermés dans les fissures de l’écorce ancienne et sous ses lames desséchées. L'eau chaude va les y détruire en grande partie,
L'enlèvement des pontes à trois ou quatre reprises différentes pendant la fin de juin et tout le mois de juillet serait cependant un moyen préférable. Comme alors les hommes sont occupés aux grands travaux de la moisson, des femmes et des enfants pourraient facilement faire cette chasse. Les œufs sont déposés à la face supérieure des feuilles, en plaques ovales, d'abord vertes, puis passant insensiblement quelques jours après au jaune, au gris, et enfin au noir. La ponte a lieu du 25 juin au 25 juillet, et même, dans quelques lieux, jusqu’au 7 août; l’éclosion se fait de huit à quinze jours après la ponte : il faut donc ne pas être négligent si l’on veut détruire les œufs avant que les petites chenilles n’en soient sorties.
221. 9 Araignées. Les araignées chasseresses, qui tendent leurs toiles pour prendre des insectes, sont désagréables et hideuses à voir dans les jardins, mais elles font peu de mal aux plantes. Il en est une autre espèce qui, n'étant point filandière, court continuellement sur la terre, et ne s'occupe qu’à piquer la tigelle des jeunes semis pour en pomper les sucs. C’est
surtout à ceux de carotte qu’elle s'attaque. Ces jeunes
plantes, saignées ainsi à outrance, ne tardent pas à se faner et à périr.
Comme cette araignée craint excessivement l’humidité, on l’écarte des jeunes plantes en les arrosant lésèrement chaque jour, quand le temps est sec, jusqu’à ce qu'elles aient poussé deux ou trois feuilles.
222. 10° Vers de terre ou lombrics. Ils nuisent aux semis, en ce qu'ils creusent la terre et accumulent à sa surface en petits grumeaux celle qu’ils ont digérée; ils nuisent aux jeunes plantes en tirant et entraînant dans le sol leurs feuilles encore tendres. On détruit les vers en arrosant la terre avec de l'urine de vache : ils sortent immédiatement à la surface et y périssent en faisant des contorsions. Il ne faudrait pas arroser les plantes avec cette urine pure : elle les brülerait; si l’on voulait s’en servir quelquefois comme d’engrais, on devrait ajouter au moins quatre parties d’eau.
223. 11° Pucerons. Les principales espèces sont le puceron vert et sa variété brune, et le puceron lanigère.
Le puceron vert et sa variété brune sont très-nuisibles à la culture du pêcher. On les détruit au moyen de fumigations de tabac, ou en arrosant les branches avec la composition nommée eau tatin (1).
224. Le puceron lanigère est ainsi nommé à cause d'un duvet blanc dont il est entièrement recouvert. Il s'attaque spécialement aux pommiers, autour des branches desquels il formé des cordons soyeux qu’on prendrait pour de la bourre si l’on n’y prêtait pas une minutieuse attention. Connu depuis 1787 en Angle-
(4) Voyez le Dictionnaire.
ÉLÉMENTAIRE. 121 terre, où l’on prétend qu'il a été apporté d'Amérique, il a commencé à se faire remarquer en 1812 dans l’ouest de la France, en Normandie en particulier, où il a causé longtemps les plus grands-æavages. Aujourd'hui il est répandu un peu partout.
Les pucerons lanigères sont les ennemis les plys grands du pommier : ils piquent les branches et les rameaux, les lacèrent en ious sens, y développent des tumeurs et finissent par les faire périr.
225. Un des procédés les plus efficaces pour détruire les pucerons lanigères consiste à arroser l'arbre qu’ils ravagent avec l'infusion de feuilles de pêcher. Il ne suffit pas d’en faire des injections sur les branches malades, il faut encore échauder pendant l'hiver avec celte infusion bouillante les pieds des pommiers infestés. Comme, dans cette saison, c’est dans les gerçures et dans les fentes de cette partie de l'arbre que les pucerons lanigères se réfugient pour échapper à l'intempérie des frimas, en les y détruisant, on vient à bout de les exterminer entièrement.
Pour détruire le puceron lanigère, on recommande encore la décoction suivante : dans 12 verres d’eau, on fait bouillir 20 centigrammes de tabac à fumer, 20 cent. de savon blanc, 20 cent. de fleur de soufre. On frotte la branche malade avec une brosse rude, et on la lave avec cette composition.
226. 42° Grise. Cette maladie attaque les melons, les haricots, les dahlias, les rosiers, les tilleuls, beaucoup d’autres plantes d'utilité ou d'agrément, et, dans les arbres à fruit, spécialement le pécher. Les feuilles prennent d’abord un aspect poudreux, puis paraissent parsemées de fils blanchâtres, semblables à des fils