‹ Etude des fleurs, botanique élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 76 sur 403 · PLANTES PARASITES ET EXCROISSANCES · texte numérisé non relu

PLANTES PARASITES ET EXCROISSANCES

228. 4° Oidium turkeri, ou maladie de la vigne. La maladie terrible qui, pendant plusieurs années, a affecté le raisinet menacé d’en détruire entièrement la récolte, est occasionnée ou du moins développée par la présence d’un petit champignon nommé oïdium turkeri ; ce qui a fait donner à la maladie le nom d’oïdiatie. Certains savants prétendent que l’oidium est le résultat et non la cause de la maladie, laquelle serait produite, selon les uns, par un insecte du genre des acarus, suivant les autres, par la détérioration de la sève.

Presque aussitôt que les jeunes grains sont formés;s ils paraissent d’abord entièrement recouverts d’une poudre grisâtre; vus alors au microscope, ils sont comme enveloppés dans une toile d’araignée. Peu à peu cette poudre se change en plaques roussâtres qui, à la fin, entourent chaque grain et l’'empêchent de se développer. Insensiblement, il devient dur comme une pierre, se fend ordinairement, finit par tomber en pourriture, et répand une odeur infecte. Le dessous des feuilles ct le bois lui-même sont attaqués; sillonné de veines, celui-ci ne mürit pas à l'automne, gèle plus facilement en hiver, et semble conserver les germes de la maladie pour l’année suivante.

229. L'ignorance et la malveillance avaient accrédité promptement, dans nos campagnes, l’idée que ce fléau avait pour cause le gaz qui sert à l'éclairage de nos cités. C'était une conviction si fortement ancrée dans l'esprit de nos cultivateurs, que, dan Sun moment

donné, elle aurait pu servir de levier pour les entrainer dans de coupables manœuvres. Il n’est pas nécessaire de réfuter cet absurde préjugé. Plinel’Ancien, qui vivait vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne, semble avoir voulu décrire cette maladie dans ce passage remarquable : « Les vignes et les oliviers « sont maintenant attaqués d’une maladie particulière « que l'on appelle la foie d'araignée, parce qu’elle « couvre les fruits d'une espèce de réseau qui les en- « veloppe et finit par les consumer (1). » À cela nous .ajouterons qu'elle a exercé ses ravages, il y a plus de quatre cents ans, aux environs de Bordeaux et en Ita- Be; or, 1l y a quatre siècles aussi bien que du temps de Pline, le gaz était certainement complètement in- “onnu.

230. Le remède pour guérir l'oidiatie est aujourd'hui parfaitement connu : c’est la sulfurisation. Cette opération consiste à répandre de la fleur de soufre sur le cep malade (2). Il faut sulfuriser non seulement les raisins, mais encore les feuilles , les sarments et le cep tout entier, dessus, dessous, dans toutes les directions. La sulfurisation doit être faite vers le milieu de la journée, par un temps sec et chaud, sans avoir mouillé préalablement le cep, comme on le faisait primitivement; l’eau empêchant le développement de l’acide sulfureux qui guérit la maladie. On doit employer le remède aussitôt que l’oidium commence à se mon-

Fe) -

(1) Est etiamnum peculiare (malum) ohvis et vitibus : araneum vocant, cum veluti telæ involvunt fructum et absumunt. (Prix, Nat. Hist., lib. XVIT, cap. xxiv.)

(2) Pour répandre le soufre, on se sert d'unehouppe ou du soufflet

sulfurisateur.

ÉLÉMENTAIRE. 195 trer ; il serait sans efficacité, si l’on attendait que la poudre blanche de la première période eût été remplacée par les plaques rousses de la deuxième. Si, malgré cette première sulfurisation, la maladie venait à reparaître, il faudrait aussitôt en faire une seconde. Deux ou trois sulfurisations au plus suffiront pour arrêter complètement la maladie.

231. 2° Maladie des pommes de terre. La maladie des pommes de terre, qui, comme celle du raisin, à presque entièrement disparu, s’était développée en Belgique en 1842, et avait gagné de là toutes les parties du globe. Le mal commence par les feuilles, qui changent de nuance et offrent à la loupe une légère moisissure sur la page inférieure. De là le mal s'étend à la tige, sur laquelle on reconnait des taches noires qui grandissent ou se multiplient. Les feuilles alors se dessèchent, brunissent, et la moisissure disparaît. Mais, au bout de quelques jours, de nouvelles moisissures se forment sur la plante morte, et en même temps les tubercules se détériorent peu à peu. Ils offrent d'abord sous l'écorce et près des yeux des taches jaunes qui se développent rapidement, entourent complètement le tubercule et finissent par le pourrir tout entier. Alors l'odeur qui s’en exhale est absolument celle d’un champignon en putréfaction.

232. Les savants ne sont nullement d’accord sur la cause de ce terrible fléau, qui a, pendant quelques années, menacé d’envahir complètement « ce pain des pauvres, » comme disait avec tant de vérité le bon roi Louis XVI. Les uns y voient une gangrène humide, c’est-à-dire une décomposition, avec excès d’humidité, du tissu de la plante, occasionnée par un cham-

pignon microscopique du genre des moisissures et qu’on appelle un botrytis ; les autres considèrent le champignon comme l'effet et non comme la cause de la maladie : d’après eux, il faut l’attribuer au retard de la plantation et à la suppression des germes. Peut-être la maladie des pommes de terre et celle des raisins ayaientelles une cause générale et première dans l'humidité de l'air, dans les dérangements des saisons, si fréquents et si extraordinaires depuis les grandes inondations de 1840.

233. Quoi qu'il en soit de la cause, on est à peu près d'accord sur les moyens, non pas de guérir la maladie (cette guérison est impossible), mais de la prévenir.

1° L'expérience a prouvé que les pommes de terre printanières ne sont jamais attaquées, tandis que les tardives le sont presque toujours. Ce sont donc les premières qu’il faut s'attacher à cultiver préférablement.

2° L'expérience a également démontré, en Irlande, en Belgique et en France, que la culture hivernale offre des chances certaines de succès. La culture hivernale consiste à planter les pommes de terre avant l'hiver. Le moment le plus favorable est depuis le milieu jusqu’à la fin de novembre; cependant, si le terrain est trop humide, on pourrait attendre jusqu’au milieu de février. Pour éviter la gelée, il est nécessaire, pour la culture hivernale, de planter les tubercules à une plus grande profondeur que pour la culture du printemps: 20 centimètres suffisent pour les hivers ordinaires; en les enfonçant à 30, on ne risque rien dans les plus rigoureux. Non seulement les plantations d'automne échappent à la maladie, mais encore elles donnent des produits plus beaux et qui se conservent mieux.

On a remarqué aussi que les tubercules coupés en morceaux, où dont on a arraché les germes déjà poussés, résistent moins à la gelée ou aux maladies.

234. Quelle que soit l'époque de la plantation, il est ioujours au moins plus prudent de chauler les tubercules avant la plantation. On se sert pour cela de Îa composition suivante : chaux, 25 kilogrammes ; sel de cuisine, 3 kilogrammes; sulfate de cuivre (vitriol bleu), 1 hectogramme ; eau, 420 litres. On fait fondre le tout, et l'on y met tremper les pommes de terre une heure ou deux avant de les planter. Il serait même avantageux d’arroser le sol avec ce liquide immédiatement avant la plantation.

Il faut visiter de temps en temps son champ de pommes de terre, et, aussitôt qu'on aperçoit quelques plantes malades, les arracher promptement et les brüler.

235. 3° Blanc, lèpre ou meunier (albigo des Latins). Le blanc à une si grande ressemblance avec la maladie de la vigne qu'il serait très-facile de les confondre. Comme elle, il est produit par des champignons microscopiques des genres oidium, monilia, erysiphe, etc.; leur odeur est absolument la même. C’est une sorte de poussière grisâtre, farineuse et terne qui s'attache aux feuilles et aux jeunes pousses et gagne même quelquefois les fruits. On remarque le blanc sur les légumes, sur différents arbres, et, en particulier, sur le pêcher, qu'il fait périr si on n'a pas soin de l'arrêter. Le remède est la sulfurisation, qu’on pratique exactement comme pour la vigne.

236. 4° Carie, charbon, rouille. Sous le nom d'uredo, que les Latins donnaient à une maladie du

blé, les botanistes comprennent trois espèces de champignons pulvérulents, trop connus par les ravages qu’ils font aux céréales : ce sont la carie, le charbon et la rounlle.

La carie (uredo caries) est la plus funeste. Elle attaque souvent des champs entiers, de froment surtout. Parasite d'autant plus à craindre qu’il est moins aperçu, elle vit aux dépens du lait végétal qui forme l'intérieur du grain, consume toute la fécule, et lui substitue sa poussière noirâtre, qui s’exhale avec une odeur infecte quand on bat le blé. Elle est alors si abondante qu’elle noircit les batteurs et tous les autres grains que la carie n'avait pas attaqués. La couleur noire qui en résulte pour le pain, sans le rendre dansereux, le rend au moins très-dégoütant, On est donc obligé de laver le grain et de le bien sécher avant la mouture. Dans tous les cas, la carie cause toujours un grave dommage, en attaquant la presque totalité des grains d’un épi. On les distingue peu des autres, seulement les grains paraissent plus enflés et les glumelles plus entr'ouvertes.

Le charbon (uredo carbo), mielle des blés, est plus facilement aperçu. Il noircit en entier les épis ou les panicules des graminées et en détruit les grains. C’est dans les avoines qu’il produit les plus grands ravages ; mais ils n’approchent point de ceux de la carie. La poussière noire dont il recouvre les plantes attaquées n’a point de mauvaise odeur.

La rouille (uredo rubigo) nuit plus à la paille des céréales qu’à leurs grains. C’est une poussière d’abord blanche, puis jaune, qui se développe sur les feuilles, les grains et le chaume des graminées. Ses ravages

sont plus étendus que ceux du charbon : elle attaque souvent des champs entiers, et communique à la paille une très-mauvaise qualité, quelques auteurs même la disent mortelle pour les bestiaux.

Cette dernière espèce d’uredo a les plus grands rapports avec celle qui s'attache à certains arbustes, et spécialement aux arbres fruitiers.

Les cultivateurs ne sauraient prendre trop de précautions contre ces parasites dangereux; leur poussière imperceptible, s’attachant aux grains, les pénètre et se développe avec eux, mais toujours à leurs dépens, quand elle trouve des circonstances favorables : telles sont surtout les années pluvieuses et humides. Les terrains de plaine y sont aussi plus exposés que ceux des montagnes.

Le meilleur moyen pour garantir les céréales de la carie et du charbon, c’est de les chauler, c’est-à-dire de laver les grains qu'on veut semer dans une dissolution de chaux vive ou de sulfate de cuivre. La vapeur de ces deux substances serait dangereuse pour le semeur, s’il n'avait la précaution de se placer de ma-

“nière à être sous le vent. Il y aurait également du danger à faire de la farine ou à engraisser les bestiaux avec des grains passés au chaulage.

Quant à la rouille, on la prévient et on la guérit sur les arbres par la sulfurisation.

237. 5° Ergot. Souvent, dans les années humides et dans les terrains maigres ou siliceux, se manifestent dans les épis du seigle commun des excroissances d'un violet noirâtre, oblongues, droites ou arquées, et assez semblables à cette arme des vieux cogs dont elle porte le nom. On n’ÿ a vu longtemps qu’une simpie

dégénérescence morbide des grains de l'épi ; plus tard on les a supposées résultant, comme le bédegar, de la piqûre de quelques insectes; on s'accorde aujourd'hui à les considérer comme un champignon parasite que de Candolle avait désigné sous le nom de sclerotium clavus, et que les botanistes regardent comme une nouvelle espèce du genre sphacelia (sphacelia segetum).

Trop souvent, dans nos montagnes, les accidents les plus graves ont suivi l'usage du pain de seigle où l’ergot se trouvait mêlé en proportion assez considérable (un cinquième ou un sixième). Des spasmes, des convulsions, des contractions des membres amènent souvent des affections gangréneuses, commençant par un fourmillement dans les membres, qui se paralysent peu à peu, se noircissent, se boursoufilent et se détachent du corps.

Le meilleur remède pour préserver le seigle de ce champignon dangereux est encore le chaulage.

238. 6° Les mousses et les lichens. Ces plantes parasites s’amassent peu à peu sur le tronc et sur les branches des arbres qu’on néglige; elles leur causent avec le temps le plus grand dommage, soit en vivant à leurs dépens, soit en empêchant l’action de l'air, de la lumière et de la chaleur sur leur écorce. Pour en débarrasser les arbres, on commence par racler les parties attaquées de manière à ne pas endommager l'écorce, et on applique sur l'arbre, avec un gros pinceau, de l’eau dans laquelle on a délayé de la chaux éteinte. Cette dernière opération se fait à la fin de l'hiver.

Page 1