Le gui, Le gui (viscum album) est une
plante parasite qui s'attache aux arbres, les épuise et les tue si elle est en trop grande abondance. La multiplication n’en est que irop facile par le moyen de la draine, espèce de grive qui, se nourrissant de ses baies gluantes, emporte à son bec les graines qui s’y collent, et les dissémine en l’essuyant aux branches. De quelque côté qu'elles s’y attachent, elles s’y développent en tous sens, aussi bien en bas qu'en haut, différant en cela des autres plantes vasculaires, qui tendent à monter. Dès qu’une tige de gui parait sur un arbre, il faut l'enlever avec précaution; car il adhère à la branche comme s’il était greffé sur elle.
240. 8° Le lierre (hedera helix), si connu par son vert feuillage et sa tige grimpante, est un peu moins parasite que le gui, puisqu'il emprunte à la terre sa principale nourriture; mais il se cramponne aux troncs qu'il embrasse de ses étreintes, soutire nécessairement quelques portions des fluides aqueux qui les parcourent, et entretient sur l'écorce une funeste humidité. Aussi voit-on bientôt languir et dépérir les arbres qui en sont chargés. Le meilleur moyen de s’en défaire est de couper le lierre par le pied; privé de sa communication avec le sol, il meurt bien vite, et on l’enlève facilement quand il est desséché.
241. 9° Cuscute. La cuscute est un dangereux parasite qui mérite bien d’être signalé ici. Elle s’attaque surtout au trèfle, à la luzerne et au lin; s'étendant de proche en proche, elle infeste quelquefois des champs entiers. On voit bientôt leur verdure disparaitre comme sous une espèce de lèpre; et quand on les examine de près, on découvre la cuscute, dont les tiges, semblables à des cheveux roux, se sont enrou-
lées à tout ce qu’elles ont pu saisir, et ont groupé partout leurs bouquets de fleurs blanchâtres, assez analogues à de grosses pustules.
Pas d'autre remède à employer que de faucher à rase terre le champ tout entier infesté par la cuscute, de brûler tout ce que l’on enlève du sol, de faire un labour profond, et de semer des céréales à la place.
242. 10° Orobanches. Toutes les orobanches sont aussi des parasites; mais elles ne s’attaquent pas aux tiges, c’est aux racines qu’elles font la guerre. Les deux espèces les plus dangereuses sont la pefite (orobanche minor), qui s'attaque aux trèfles, et la rameuse (orobanche ramosa), qui s'implante sur le chanvre: Elles peuvent, comme la cuscute, ravager des champs entiers, parce que, comme elle, elles se multiplient beaucoup. Il faut, pour s’en défaire, renoncer à la récolte de l’année, l’arracher promptement, et renouveler la place par deux ou trois labours profonds.
243. 11° La cloque. C'est une excroissance qui se produit sur les feuilles et sur les bourgeons de certains arbres, et en particulier du pêcher. Elle paraît d’abord sous l’aspect d’une teinte rougeâtre; dix à vingt jours après, les feuilles deviennent boursoufflées, crispées, contournées, ternes et épaisses; les bourgeons se gonflent et cessent de croître; les jeunes pousses meurent ou restent si rabougries qu'elles ne peuvent donner des branches à fruit l’année suivante.
Cette maladie parait avoir pour cause les vents froids et humides qui succèdent brusquement à quelques jours de chaleur. Elle est très-nuisible à l'arbre, en ce que les boursoufflures des feuilles absorbent une grande partie de la sève, qui se trouve ainsi perdue pour les
Lo ÉLÉMENTAIRE. ‘ 133 bourgeons, et en ce que dans ces boursoufflures se for-" ment de petites pochettes où les insectes nuisibles se logent et se propagent.
2%k4. On prévient la cloque en mettant au mur des chaperons, ou, si on ne le peut, des auvents mobiles. Ces auvents mobiles sont tout simplement de petites planches inclinées en talus, qu’on place à 10 ou 46 centimètres au-dessus de l’endroit où se terminent les plus forts rameaux; on les laisse depuis le mois de janvier jusqu’au milieu de mai.
Si, malgré cette précaution, on aperçoit la cloque attaquer les pêchers, il ne faut pas attendre qu'elle soit entièrement développée ; il faut la faire disparaitre aussitôt qu’elle commence à se monirer. Il suffit alors de retrancher les jeunes feuilles sur lesquelles on remarque la couleur rouge. Si, par manque de temps ou d'attention, la maladie est arrivée à son dernier période, il faudrait enlever de chaque feuille toutes les portions affectées, et, quant aux bourgeons, en extraire la partie malade en les rognant entre l'ongle du pouce et celui de l’index. Enfin, au momeni de la reprise de
la sève, si les jeunes rameaux sont encore malades, on rabattra par la taille les bourgeons sur les yeux sains. Mais on a beau faire, quand on attaque la maladie trop tard, il est très-difficile de l'extirper, et la récolte est ordinairement perdue au moins pour un an : il vaut donc infiniment mieux la prévenir ou la guérir dès le commencement.
245. 12° La gomme. La gomme est un suc morbifique propre aux arbres qui portent des fruits à noyaux, tels que les cerisiers, les abricotiers, les péchers, etc. La gomme se forme entre l'écorce et l’aubier, où elle
se coagule et se dépose. Si l'écorce offre peu de résistance, elle se fend, et la gomme s'échappe : le mal alors est peu considérable. Mais si l'écorce est épaisse et résiste, la gomme arrêtant la circulation de la sève, la branche d’abord et l’arbre lui-même ensuite peuvent périr. Les magnifiques abricotiers de la plaine d'Ampuis, qui enrichissaient de leurs produits le marché de Lyon, ont presque tous succombé sous l’action de la gomme qui les a envahis.
Cette maladie se montre ordinairement au fort de l'été; elle a pour cause tantôt une taille ou un ébourgeonnement intempestifs, tantôt une lésion faite à l’écorce, le plus souvent des variations subites dans la température.
246. Le remède consiste à couper les rameaux atlaqués à quelques centimètres au-dessous de la partie gommée. On peut encore pratiquer des incisions longitudinales pour faire écouler la gomme, quand on peut découvrir l'endroit où il s’en est formé un dépôt.
Telles sont les principales maladies qui peuvent altérer ou détruire la vie des végétaux. Il est inutile d’ajouter que les remèdes que nous avons indiqués ne sont pas tous et toujours infaillibles, pas plus que ceux indiqués par la médecine ne sont tous et toujours infaillibles pour guérir les maladies de notre corps.
Ainsi se trouve terminée notre histoire de la vie des plantes et en même temps la première partie de notre ouvrage, contenant la Botanique organique ou physique végétale.
Maintenant il nous faut continuer notre tâche; nous n'avons parcouru qu’un tiers de noire course en étudiant la Botanique organique ; entrons dans le second,
qui est la taxonomie, c’est-à-dire l'application des lois générales de la classification au règne végétal.
QUESTIONNAIRE
Est-il des causes qui nuisent aux plantes en s’opposant au developpement de leurs organes? — Que penser de l'oïdiatie, ou maladie de la vigne, et comment la guérir? de la maladie des pommes de terre, et comment la prévenir? — Qu'est-ce que le blanc, la rouille, la carie, le charbon, l'ergot? — Quelles sont les plantes parasites qui nuisent aux végélaux, et comment faut-il s’en débarrasser? — Comment obvier à la cloque et à la gomme?