ÉPINES ET AIGUILLONS
103. Ces deux mots, assez souvent confondus dans le langage ordinaire, ont beaucoup de différence aux yeux des botanistes. Ils voient dans l’épine (fig. 26 e) une pointe droite et aiguë, essentiellement fibreuse, faisant corps avec le rameau ou la feuille qui la soutient, et ne pouvant en être détachée sans rupture des fibres; tandis qu’ils n’aperçoivent dans l’aiguillon (Mg. 27 a) qu’une espèce de poil endurci, de structure cellulaire, se détachant, sans aucun lien intérieur, de l’épiderme auquel seul il adhère. Le prunier sauvage a des épines, le rosier n’a que des aiguillons.
104. Les unes et les autres, dans tous les cas, sont une armure puissante donnée au végétal pour le protéger, et cela est si vrai, que les arbres très-épineux à la base le sont beaucoup moins, et même ne le sont pas du tout quand ils ont atteint une hauteur respectable; on en trouve dans le Aoux une preuve frappante. Si donc nous devons regarder les épines comme.les productions d’une terre maudite, sachons
(4) De volubilis, qui s’enroule, ; a æ
néanmoins les reconnaître comme la sauvegarde de nos jeunes plantes et comme l’enclos de nos moissons. En apercevant le flocon de laine que l’épine du prunellier ou l’'aiguillon de l’églantier sauvage ont enlevé à la toison de la brebis pour le nid du chardonneret et du pinson, levons les yeux plus haut, et bénissons une main toujours bienfaisante, même dans ses châtiments.
FTTTTT POILS.
405. Les poils, si souvent répandus à la surface des tiges et des feuilles, sont de minces organes filamenteux, assez semblables en apparence aux poils des animaux ; mais leur structure anatomique est plus simple. Elle résulte d’une ou de plusieurs cellules allongées et pressées. Ils sont ordinairement effilés et sans divisions ; ils se nomment alors simples et capullaires (1). D’autres fois, ils se montrent en massue (fraxinelle), rameux (bourrache), bifurqués, trifurqués, étoilés (arabis hirsua), glanduliféres (rosa rubiginosa), c’est-à-dire insérés sur une glande.
406. La surface que recouvrent les poils prend différents noms d’après leur consistance et leur disposition. Elle est dite pubescente (2), quand elle est garnie de poils fins, doux, rapprochés (saxifrage granulée); poilue, quand ils sont longs, mous et peu nombreux (renoncule âcre); velue, quand ils sont longs, mous et très-rapprochés (renoncule des bois); soyeuse, lorsqu'ils sont fins, soyeux et couchés (alchemille des Alpes); cotonneuse, quand ils sont longs, blancs et doux au toucher (argentine, épiaire germanique) ; tomenteuse (3), s'ils sont courts, serrés et entremèêlés comme ceux du drap (jeunes coings); laineuse, quand ils sont longs, un peu crépus et rudes (andryale laineuse) ; floconneuse où en toile d’araignée, quand ils forment des paquets blancs et comme un réseau (eirse lancéolé); hispide, quand les poils sont longs et raides
(4) De capillus, cheveu. % (2) De pubes, duvet d’un jeune menton.
3) De tomentum, bourre.
{bourrache); et ciliée, quand les poils sont disposés par lignes régulières (véronique petit-chéne).
Par opposition, une surface est glabre (41), quand elle est nue et sans poils quelconques (poirier, luurelle).
407. La destination la plus probable des poils est de multiplier les points d'absorption dans les plantes qui en sont pourvues. Ce qui le ferait croire, c’est que la page inférieure des feuilles, qui aspire plus que la page supérieure, a ordinairement plus de poils; c’est que les plantes qui croissent dans le Midi sont généralement plus velues que celles du Nord, et que les végétaux aquatiques n’en présentent que très-rarement.
+t+t+t+ STIPULES ET BRACTÉES.
108. Les sfipules (2) (fig. 42, 43 ss) sont de petits organes ordinairement foliacés , comme dans la pensée, quelquefois membraneux et scarieux (3), comme dans quelques fréfles, ou même spinescents (4), comme dans l’épine-vinelte, qui accompagnent de chaque côté le pétiole de la feuille. Les stipules offrent un caractère important pour la distinction des feuilles : ainsi, les légumineuses et les rosacées, si nombreuses en espèces, en sont presque toutes pourvues. Le plus communément ils adhèrent à la feuille, mais quelquefois ils sont si caducs, comme dans le prunier, qu’on en croirait la plante dépourvue. Il importe alors d'étudier la feuille à son premier développement. Il arrive que les divisions des feuilles composées ont chacune de petites stipules, comme dans le pigamon à feuilles d’ancolie ; on les nomme alors des sfipelles.
409. Les bractées (5) nous offriront une transition toute naturelle de la tige à la fleur. Ce sont des feuilles dissemblables des autres non seulement par la grandeur, mais encore par la figure et très-souvent par la couleur. Elles tiennent
(4) De glaber, lisse.
(2) De stipare, accompagner.
(3) Semblables à une petite peau sèche (4) De spina, épine.
5) De bractea, feuille brillante.
comme une espèce de milieu entre les feuilles et les fleurs, terminent ordinairement la tige et protégent les fleurs qui partent de leur aisselle. Sous ce dernier rapport, elles se rapprochent beaucoup des involucelles et des spathes, dont nous parlerons dans Particle suivant. Nous citerons comme plantes à bractées remarquables les belles sauges cultivées dans les jardins, le mélampyre des champs et les pédiculaires.
QUESTIONNAIRE
Qu'entend-on par bourgeons ? — Qu'est-ce que la préfoliation ? — Quels sont les modes de préfoliation les plus ordinaires ? — Quelles sont Les différentes espèces de bourgeons ? — Qu'entend-on par turion? — Par branches, rameau et ramuscules ? — Quelles sont leurs principales disposit ons ? — Qu'est-ce que les vrilles ? — Quelle différence y a-t-il entre les épines et Les aiguillons ? — Qu'entend-on par poils ? — Quelle est leur forme, leur destination ? — Quels sont les noms que leur disposition et leur forme diverses font donner aux organes qu'ils recouvrent? — Que sont les stipules ? — Qu’'entend-on par bractées ?