‹ Etude des fleurs, botanique élémentaire, descriptive et usuelle (volume 3)Chapitre 36 sur 389 · BOURGEONS · texte numérisé non relu

BOURGEONS

94. Vers la fin de l'été, à l’époque de la seconde sève, on remarque dans nos arbres, à l’aisselle des feuilles et à le trémité des rameaux, un œil ou bourgeon qui grossit peu à peu (fig. 24); c’est la promesse des feuilles et des fruits de Pannée suivante ; c’est le berceau du nouveau germe : il Fenferme, l’enveloppe et le défend du froid. Prenez le plaisir, au mois de mars, de faire l’anatomie d’un bourgeon de marronnier (fig. 25). A l'extérieur, de petites écailles, durcies et imprégnées d’un enduit visqueux, le rendent imperméable ; à l’intérieur, un duvet épais et moelleux lui fait une seconde enveloppe. Sous ce dernier abri sont les feuilles et les fleurs parfaitement formées, mais si bien appliquées, pliées, plissées, roulées les unes dans les autres, qu’il est impossible de ne pas admirer la main qui a su renfermer tant de richesses dans un si petit espace. Aussitôt que la chaleur du printemps rend à la sève son activité, les écailles s’entr’ouvrent, les liens tombent, et les jeunes feuilles s’éparpillent avec la fraîcheur et la grâce de l’enfance.

95. C’est le moment le plus favorable pour observer la préfoliation. On nomme ainsi la disposition des jeunes feuilles dans le bourgeon de manière à occuper le moins de place possible. Les botanistes qui l’ont étudiée l’ont trouvée sou-

mise à des lois constantes pour les mêmes espèces, les mêmes genres, et quelquefois les mêmes familles.

* 96. Les modes de préfoliation les plus ordinaires sont les suivants :

Les feuilles sont :

1° Appliquées face à face, comme dans la mélisse ;

2 Pliées, tantôt en longueur, moitié sur moitié, dans Îe sens de la côte médiane, comme dans le syringa ; tantôl de haut en bas et plusieurs fois sur elles-mêmes, comme dans Paconit ;

3° Plissées suivant leur longueur, de manière à imiter les plis d’un éventail, comme celles de la vigne, des groseilliers ;

4° Roulées sur elles-mêmes : tantôt c’est sur leurs bords. comme dans les renouées; tantôt c’est autour des côtes médianes servant d’axe commun, comme dans l’abricofier ; tantôt c’est la côte médiane elle-même qui l’est comme une crosse d’évêque : telles sont les fougéres.

97. Les bourgeons ne sont pas seulement foliiféres, c’està-dire ne renfermant que des feuilles ; il en est qui sont florifères, ne contenant que des fleurs sans feuilles, et d’autres qui sont mixtes, renfermant à la fois des feuilles et des fleurs, Ainsi, les bourgeons qui terminent la tige du bois-gentil sont foliféres , les poiriers et les pommiers ont des bourgeons loriféres, et ils sont mixtes dans le Zilas. Les jardiniers se trompent rarement sur la nature du bourgeon; ils le reconnaissent, en général, d’après sa forme. Le bourgeon florifére où bourgeon à fruit est assez. gros, ovoïde et arrondi; le foliifére est, au contraire, affilé, allongé et pointu. C’est sur cette connaissance qu'est fondée la greffe des bourgeons à fruit, pratiquée avec succès depuis quelques années, et due au génie inventif et pratique d’un savant arboriculteur de nos contrées (1).

98. Les plantes herbacées n’ont pas de bourgeons proprement dits; mais dans les plantes vivaces, c’est-à-dire celles

(4) M. Luizet, horticulteur à Ecully.

dont la racine subsiste indéfiniment et dont la tige se flétrit chaque année, il se forme au collet un bourgeon souterrain qui doit réparer cette même tige l’année suivante; il se nomme turion (1) : l’asperge que nous mangeons n’est autre chose que son turion qui s’allonge. Du reste, le turion ne diffère du bourgeon aérien que par sa position toujours souterraine.

771 BRANCIIES ET RAMEAUX.

99. Les branches comme les rameaux commencent toutes par un bourgeon; mais les branches sont les divisions de la tige, et les rameaux et ramuscules celles des branches et des rameaux (fig. 23). Ceux-ci comme celles-là offrent une organisation toute semblable à celle de la tige principale sur laquelle elles sont pour ainsi dire plantées.

100. Les bourgeons ne se développent pas tous; cepen. dant les branches et les rameaux conservent la régularité qu’on observait dans les feuilles qui marquaient leur point de départ. Ils seront donc alfernes dans le chéne, opposés dans le marronnier, verticillés dans le pin et le sapin. Ils affectent, du reste, une grande variété dans leur direction. Ils sont dressés dans le peuplier d’Ifalie, étalés dans le griottier, divergents dans l’érable, pendants dans le saule-pleureur. Mais l'angle que dans le principe le rameau formait avec la tige se trouve de plus en plus ouvert par le poids des feuilles, des fruits et des ans, comme aussi par leur besoin d’air et de lumière.

tft VRILLES.

101. Les vrilles (fig. 28 v) sont le plus ordinairement des espèces de petits rameaux sans feuilles, beaucoup plus souples que les autres, qui, se roulant comme un tire-bouchon, s’accroclient aux corps voisins : ainsi, les pampres de la vigne, que tout le monde connaît, sont des vrilles pour le botaniste, Les vrilles sont comme des mains que la Provi-

(4) De turio, tendron.

dence a données aux tiges faibles, flasques et sarmenteuses pour se soutenir, s'élever et exposer leurs fruits à Paction du soleil.

402. Ce ne sont pas toujours des rameaux dégénérés qui rendent ce bon service aux tiges sans consistance ; elles le doivent souvent à d’autres organes. Tantôt, comme dans la clématite, ce seront les longs pétioles de leurs feuilles qui se rouleront autour des supports voisins; tantôt, comme dans le pois cultivé et la gesse des prés, ce sera la côte médiane qui s’allongera et se terminera en ficelle accrochante ; quelquefois même ce sera le pédoncule de la fleur, comme dans la grenadille. La tige est dite volubile (1) (fig. 21), quand, manquant de vrilles, elle entoure de ses longues spirales, comme dans le convolvulus de nos jardins, les soutiens que la nature ou la main de l’homme lui ont présentés.

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