C’est un fait d'expérience de plus en plus confirmé
ÉLÉMENTAIRE. 87 que la constitution du sol imprime à la végétation de chaque contrée un cachet particulier ; en d’autres termes, que Îles différentes espèces de végétaux ont pour condition de leur existence un terrain d’une nature déterminée.
Ainsi, certaines plantes, que l’on trouve en grande abondance dans les terrains granitiques (espèce de terrain siliceux), telles que les digitalis purpurea, senecio artemisiæfolius , ranunculus hederaceus, brassica cheiranthus, etc., se retrouvent également dans les sables de dépôt ou les graviers siliceux, mais aucune d'elles ne pourrait croître dans le calicaire pur. De même, plusieurs espèces, comme l’inula montana , qui croissent de préférence dans le calcaire jurassique, se trouveront également dans les autres formations où dominent les diverses combinaisons de la‘chaux, mais ne se rencontreront jamais dans les terrains granitiques. Il y a cependant quelques exceptions à cette règle, c’est-à-dire qu'il est des plantes qui vivent indifféremment et également bien dans toute espèce de terrain ; mais elles sont peu nombreuses, et ne doivent être considérées que comme une exception. Cette étude de l’affinité de chaque espèce de plantes pour une espèce de sol déterminée a été trop négligée par les anciens botanistes ; la connaissance en serait d’une immense utilité comme aussi elle influerait de la manière la plus heureuse sur le perfectionnement de la floriculture.
204. Le sol, même le meilleur et le mienx approprié à chaque plante par sa constitution, peut devenir pour les végétaux un principe de dépérissement et de mort, s’il est vicié par des causes accidentelles. Nous avons déjà vu que les racines laissent suinter de leurs extrémités une excrétion particulière, cause des antipathies de certaines plantes les unes pour les autres. Ainsi, le chardon hémorrhoidal nuit à Pavoine, l’érigeron âcre au froment, la scabieuse au lin, etc. Tout le monde sait que quand il faut remplacer un arbre fruitier, un poirier, un pêcher, etc., si on veut mettre le nouveau à la place de l’ancien, il faut changer entièrement la terre à une assez grande distance et à une assez grande profondeur, si-
non le nouvel arbre aura toujours, malgré tous les soins du jardinier, une végétation languissante, des fruits nuls ou peu abondants et de mauvaise qualité. Le terrain serait encore détérioré accidentellement par des substances vénéneuses qu'on y aurait fortuitement introduites ; car les plantes peuvent être empoisonnées aussi bien que les animaux. Nous avons vu un laurier-rose perdre ses feuilles et dépérir entièrement en moins de dix jours, parce qu’un domestique, qui ne connaissait probablement pas les lois de la pathologie végétale, avait jeté sur la caisse qui le renfermait Peau d'un mélange réfrigérant qui avait servi à faire de la glace, et dans lequel était entré de lacide sulfurique (vitriol). Nous connaissons un jardinier, voisin d’une ancienne fabrique de papiers peints, chez lequel deux plates-bandes parallèles et séparées seulement par une allée sont plantées chaque année de reines-marguerites. L’une de ces plates-bandes porte des plantes vigoureuses qui se couvrent de magnifiques fleurs, tandis que l’autre ne produit que des pieds maigres, rabougris, à feuilles jaunâtres, à fleurs petites, rares et peu colorées. La cause unique de cette différence est que la seconde platebande a été recouverte d’une couche de terre et de débris venant de ancienne fabrique et imbibés autrefois (il y a plus de dix ans) de couleurs préparées avec des acides. On ne saurait donc prendre trop de précautions afin de ne jamais jeter sur les terres que l’on cultive des substances qui pourraient les rendre vénéneuses pour les plantes qu’on veut y semer.
Telles sont les principales causes des maladies des végétaux ayant pour origine la viciation des milieux.
Examinons maintenant celles qui attaquent leurs organes ou les empêchent d’exercer leurs fonctions.
QUESTIONNAIRE
Qu'est-ce que i4 pathologie végétale? — Que faut-il pour que Les planles
vivent en bonne santé? — Quelles conditions doit offrir Leur premier milieu, l'air aimosphérique? — La lumière influe-t-elle beaucoup sur
leur végétation ? — Quel degré de chaleur demande celle-ci ? — Comment l'eau agit-elle sur les plantes? — Comment leur nuit-elle par excés, par défaut, par surabondance de principes nutritifs? — Qu'entend-on par milieu terrestre, et quels sont ses Principaux éléments? — Le: terrains sablonneux ou argileux purs conviennent-ils à la végétation ? — La flore des localités est-elle en rapport avec leur terrain? — Quelles sont les causes accidentelles qui peuvent vicier Le sol, même le plus propre à la végétation ?
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