‹ Etude des fleurs, botanique élémentaire, descriptive et usuelle (volume 3)Chapitre 80 sur 389 · Pour bien comprendre ce qu’il entend par familles · texte numérisé non relu

Pour bien comprendre ce qu’il entend par familles

naturelles, il est nécessaire d'expliquer en détail quel sens il faut attacher aux mots espéce, variété et genre. Cette explication donnera en même temps la clef de toute notre Botanique descriptive.

271. On a remarqué que certaines plantes offrent constamment des caractères semblables, et se reproduisent aussi constamment avec les mêmes attributs essentiels. C’est à cette réunion d'êtres semblables et se reproduisant toujours de la même mauière qu’on a donné le nom d’espéces. Cest ainsi que toutes les violettes sans tiges, à stolons radicants, à feuilles entières, arrondies et en cœur, et à fleurs odorantes, appartiennent à une seule espèce qu’on a appelée viola odorata (violette odorante).

Ilarrive cependant que des circonstances accidentelles de terrain, d'exposition, de température, apportent dans les individus de la même espèce de légères différences, de grandeur dans la tige, de couleur dans la fleur, de grosseur et de saveur dans le fruit; ces légères différences constituent les variétés, qui se distinguent des espèces en ce que, dans l'état de nature, elles ne se reproduisent point constamment de graines. Qu’on sème, par exemple, de la graine de violette blanche, il en sortira probablement des violettes blanches, de bleues ou même de bigarrées. Nous avons dit dans l'état de nature, parce qu’il y a dans les plantes cultivées des variétés qui se reproduisent par le semis : par exemple, le chou-fleur, qui n’est qu’une variété du chou potager (brassica oleracea); ces variétés permanentes se nomment races.

Les hybrides sont des plantes résultant du mélange du pollen de deux espèces voisines, telles que le coguelicot et le pavot somnifére. Quoi qu’en ait pu dire Linné, il n’y a pas d'exemple démontré d’hybridation entre les plantes de deux genres différents. Cet auteur s’écarte donc de toute vraisemblance lorsqu'il fait naître sa saponaire hybride de la saponaire officinale et d’une gentiane. Ordinairement les plantes hybrides sont stériles ; si quelquefois elles se reproduisent, ce n’est que d’une manière accidentelle et peu durable.

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272. De nos jours s’est formée une nouvelle école, dont M. Alexis Jordan, de Lyon, est l’un des plus ardents, des plus consciencieux, des plus savants fondateurs.

D’après elle, une multitude de formes décrites sous le non: de variétés, mais sans aucune règle bien certaine, étant soumises à une observation plus attentive, deviennent de véritables espèces, qui se reproduisent constamment de graincs dans toutes sortes d'expositions. Après avoir ainsi vérifié un assez grand nombre de variétés, les maîtres de cette école les ont déjà publiées dans des monographies séparées, avec lesquelles on pourra un jour composer un ouvrage d’ensemble.

273. Les genres sont une réunion d'espèces ayant entre elles une ressemblance parfaite dans les organes de la fructification, mais distinctes les unes des autres par des caracières particuliers à chacune d’elles. Ainsi, le genre pavot a pour caractère une corolle polypétale, un calice à deux sépales caducs, des étamines en nombre indéfini, et pour fruit une capsule globuleuse ou oblongue, à stigmates rayonnants. Toutes les espèces de pavots devront offrir ces différents caractères ; mais elles se distingueront les unes des autres par la forme de leurs feuilles, la couleur de leurs fleurs, etc.

274. Les espèces existent dans la nature, puisqu’elles se reproduisent naturellement et constamment avec les mêmes caractères ; mais les genres sont des êtres collectifs et purement arbitraires.

Les caractères indiqués comme distinctifs des espèces ne sont cependant pas absolus; ils ne sont vrais que relativement à l’état de la science et de ses observations. Pour expliquer celte pensée par un exemple connu, quand nous disons que la véronique petit-chêne (veronica chameædrys) a pour caractère distinctif deux lignes parallèles de poils sur la tige, cela est vrai pour la distinguer de toutes les véroniques décrites dans notre Flore; mais il peut se faire qu’on découvre un jour une véronique tout autre et qui offre pourtant ce même caractère.

Cette observation que nous faisons pour les espèces est vraie à plus forte raison pour les genres et pour les familles.

279. Dans la nomenclature, le genre est toujours désigné par un substantif, et l’espèce par un adjectif. Ainsi, viola odorata mdique que la plante ainsi nommée appartient au genre viola et à Pespèce odorata. C’est ainsi que le langage botanique a été réduit à sa plus simple expression, comme Linné en avait déjà donné l’exemple.

276. Les genres réunis ensemble de la même manière que les espèces, ont formé enfin ce que nous avons appelé les familles naturelles. Ce n’est pas sur l'identité d’un seul caractère que Jussieu a établi ses familles, c’est sur un ensemble de rapports dans les mœurs, la physionomie, lattitude ; c’est sur des traits bien caractérisés de ressemblance dans la nature des racines, la disposition des feuilles, la forme de la tige, le mode d’infloresceuce, l’état du fruit, la disposition des. graines, et surtout dans Pembryon, qui est à lui seul toute la plante en miniature.

277. Il est aisé de voir par là que toutes les plantes d’une même famille naturelle ont entre elles des traits de ressemblance, des airs de famille, et comme des rapports de parenté, ce qui fait qu’on pourrait dire de ces groupes fleuris . ce qu’a dit Ovide d’une réunion de jeunes nymphes :

Nomine qu'que suo, facies non omnibus una, Nec diversa tamen, quales decel esse sorores.

Chaque fleur a son nom, chacune a ses couleurs; Mais sous leurs traits épars on reconnait des sœurs.

278. Le tableau synoptique suivant donne la clef de la méthode naturelle de Jussieu ; nous n’y mettons que Îles classes, réservant l’énum ération des familles pour notre Bolanique descriptive.

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279. Auguste-Pyrame DE CANDOLLE, professeur de botanique à Genève au commencement de ce siècle, a modilié la méthode de Jussieu tout en en conservant les principes fondamentaux. Son immortel ouvrage de la Flore françaises chef-d'œuvre d'élégance et de simplicité, par lequel il préluda au Prodrome ou Flore universelle, fut reçu avec enthousiasme, et est encore peut-être ce qui a paru de mieux en Botanique.

280. Le tableau suivant donnera une idée suffisante de la marche que de Candolle a adoptée.

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281. Quelque méthodique que fût cette marche, il fallait, pour pénétrer dans cet immense dédale, un chemin plus facile à suivre, qui, par des indications successives, pût ouvrir le sanctuaire de Flore à ses amis avides d'y pénétrer. C’est ce que fit DE LaAmarck par la publication de ses clefs analytiques ou tableaux synoptiques. La marche dichotomique qu’il y emploie consiste dans le choix de deux caractères opposés, faciles à reconnaître, et se donnant exclusion l’un à l’autre, de sorte que lPindividu dont on cherche le nom doit forcément se ranger sous l’étendard de Fun des deux. Le poursuivant ainsi par des caractères de plus en plus précis, on parvient à l’isoler de tous les autres, et on arrive à une description qui ne convient qu'à lui; cette marche, longue en apparence, est, en réalité, la plus commode et la plus courte, parce qu’avec une clef bien faite, elle est infaillible.

282. Dans notre Botanique descriptive, nous suivrons la méthode de Jussieu modifiée par de Candolle, et nous nous servirons d’une clef analytique analogue à celle inventée par de Lamarck, pour arriver au nom des familles, des genres et des espèces. C’est ainsi que sans peine nos jeunes et ardents lecteurs arriveront d’une manière plus ou moins prompte, mais toujours sûre, au véritable nom de chaque plante, tantôt en admirant les brillantes couleurs de sa corolle, tantôt en respirant le délicieux arôme de son parfum, toujours en considérant attentivement les grâces de son port, de sa taille et de son attitude. Toute notre ambition est de rendre la Botanique aimable et facile, et de justifier ainsi lPépigraphe que nous avons choisie pour dédier notre ouvrage à celle que l'Eglise salue du nom de ROSE SANS ÉPINES :

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