THÉRAPEUTIQUE
Les emplois thérapeutiques de Tlpécacuanha sont excessivement nombreux, ce qui est facile à comprendre lorsqu’on connaît les actions physiologiques multiples de ce médicament. Pour simplitîer cette étude nous énumérerons d’abord les différentes maladies dans lesquelles ITpécacuanha a été donné avec succès, puis nous essayerons de grouper les indications principales de l’Ipéca en les rapportant à ses propriétés physiologiques. Nous diviserons pour plus de facilité les maladies que nous devons examiner • en maladies des organes digestifs, de l’appareil respiratoire, du système nerveux, maladies générales, maladies de femmes et maladies des enfants. Nous terminerons enfin par quelques mots sur les applications externes de la subtance qui nous occupe.
L’historique de cette question est difficile à faire, car
si l’on peut préciser qu’au début l’Ipéca était surtout employé pour combattre la dysenterie, le nombre de ses applications thérapeutiques s’est accru considérablement avec rapidité, et il est peu de noms de cliniciens qui ne se trouvent plus ou moins mêlés à cette histoire. Nous traiterons donc, quand il sera nécessaire, l’historique de la question à propos de chacune des maladies que nous allons successivement passer en revue.
MALADIES DE l’aPPAREIL DIGESTIF
Dyspepsie, — Napheys croit à l’efficacité de l’Ipécacuanha contre les dyspepsies qui sont liées à des troubles de la sécrétion biliaire. 11 le donne avant le repas sous forme de pilules et uni à la Rhubarbe. L’Ipéca pourrait aussi dans cette affection être combiné avec un sédatif.
Hématémèses. — L’Ipécacuanha exerce souvent une influence salutaire sur les vomissements de sang; il faut alors l’employer aux doses qui sont prescrites d’habitude contre les hémoptysies.
Vomissement, — Nous verrons plus tard l’utilité de ripécacuanha contre les vomissements du choléra et ceux de la grossesse. Nous ne nous occuperons ici que des autres modes de vomissements. En 1859, Douglas Gii. Phillips établit le bon effet de l’Ipéca pour combattre les vomissements obstinés et continus, quand l’estomac n’était pas lésé primitivement. R. Hughes G. H., d’Edimbourg (1859), cite quelques observations de vomissements guéris par une dose très faible de teinture d’ipéca (7/10 mmgr. do la substance pure) prise trois fois par jour. C’est là, à n’en
pas clouter, une formule homéopathique. Sydney Ringer (Therapeutics, 1878) indique l’utilité de l’Ipécacuanha dans les cas suivants : 1“ le vomissement matinal des ivrognes; 2° le vomissement matinal accompagnant souvent la faiblesse et qui existe chez les convalescents des maladies aiguës; S° le vomissement des petits enfants; le vomissement hystéric|ue; 5° le vomissement du cancer de l’estomac.
Indigestion ou désordres gastriques. — L’Ipécuaidia rend de grands services dans ces affections et amène rapidement un soulagement suivi bientôt de guérison. Higginbottom vante son efficacité contre les désordres gastriques persistants; il indique alors comme traitement tout d’abord l’Ipéca, puis une boisson saline gazeuse, la diète lactée et une nourriture légèrement féculente; la guérison est alors rapide.
Diarrhée. — On trouve dgà dans le Journal de médecine de 1795 l’indication de l’Ipéca comme étant le remède le plus convenable pour arrêter une diarrhée tenace, grâce disait-on, à ses propriétés évacuantes et astringentes. Mais c’est surtout dans la seconde moitié du siècle que des essais nombreux ont été pratiqués à ce sujet. En 1869 Douglas Phillips dit que l’Ipéca est très utile pour amender la diarrhée. En 1873, Bordon employa pour la première fois des lavements de décoction d’ipéca. Il faut citer enfin les travaux de Thorowgood (1873), Ghouppe (1874), Delioux de Savignag (1874) et Constantin Paul (1875).
De tous ces travaux il résulte que l’Ipéca, soit en potions, soit en lavements, a une action curative très nette dans les diarrhées chroniques, dans celle des tuberculeux,
dans la diarrhée simple ou catarrhale liée à un embarras gastrique, dans les diarrhées bilieuses des pays chauds ou des pays tempérés pendant la saison chaude. Nous parlerons plus loin de l’efficacité de l’Ipéca dans la diarrhée infantile.
Dans tous ces cas on peut employer soit l'Ipéca à la brésilienne, la potion de Parry donnée par cuiller à café deux ou trois fois par jour, ou enfin les lavements d’ipéca de. Bourdon qui ont réellement rendu de très grands services, bien que Moutard -Martin, après deux insuccès, les ait jugés plus nuisibles qu’utiles. Résumons, en terminant, les principales observations de diarrhée guérie par cette médication :
Observation I (Chouppe). — X..., phthisique parvenu à la période cachectique, caverne dans les deux poumons, sujet depuis trois mois à une diarrhée abondante fétide (douze à quinze selles par jour), traitée sans succès par l’opium. — - 9 et 10 septembre. Deux lavements d’ipéca à 10 grammes. — 11 septembre. Disparition complète de la diarrhée, le malade n’a eu que trois garderobes depuis le premier lavement. La diarrhée reparaît le 25 et est arrêtée le 27 par deux lavements d’ipéca, pour ne plus reparaître.
Obs. II (Chouppe), — Homme, quarante-sept ans, troisième période de la phthisie ; durée de la diarrhée avant le traitement, trois mois et demi. Cinq à six selles par jour, guérison complète après huit lavements. Cet homme étant mort un mois après, sans diarrhée, on constata à l’autopsie qu’il n’j avait pas de lésions intestinales.
Obs. III (Chouppe). — Homme, vingt-quatre ans, période cachectique de la phthisie. Diarrhée depuis quatre jours, vingt-cinq à trente selles dans les vingt-quatre heures. Guérison complète
après six lavements. Meurt quinze jours après sans diarrhée. Aucune lésion intestinale.
Obs. IV (Ghouppe). — Homme, trente-trois ans, deuxième période de la plithisie. Diarrhée depuis trois semaines, quinze à vingt selles par jour. Guérison après six lavements. Mort cinq jour après sans diarrhée. Aucune lésion intestinale.
Obs. V (Thorowgood). — AVilliam B..,, vingt ans, est sujet depuis une fièvre tiphoïde aune diarrhée obstinée depuis plus d’un an. Douze à quinze selles liquides dans les vingt-quatre heures. Traité sans succès par l’opium, les lavements d’amidon, la mixture do craie et de mercure; fut guéri en quelques jours par la poudre d’ipéca, 2 à 5 grains.
Obs. VI (Constantin Paul). — Malade atteint d’une pneumonie caséeuse avec diarrhée. Guérison en trois jours par trois lavements avec 5 grammes d’ipéca dans 250 grammes de liquide.
Les observations de malades g'uéris par cette méthode sont très nombreuses, nous n’avons cité que les principales. Lisons eu terminant qu’on l’a employé avec succès dans des diarrhées tendant à se transformer en dyseuteiie.
Dysenterie. — Les propriétés antidyseiitériques de ripécacuanha sont les premières qui aient été signalées. On les trouve indiquées dans Purciias en 1625 et dans Jean deLaet en 1640.Marcgrave ainsi que Pison, qui donnèrent en 1648 la première description satis faisante de l’Ipéca, vantent son utilité contre le flux de sang et, dans la seconde édition de son ouvrage, Pison donne d’une façon précise la méthode à employer. Nous l’indiquerons sous le nom (['infusion à la brésilienne quand nous traiterons de la pharmacologie. Rappelons ici l’histoire de l’introduction en France de l’ipécacuanha en
1672 par Le Gras et en 1686 par Garnier et Helvetius. C’était alors seulement comme antidjsentérique que l’on préconisait cette substance. Nous renvoyons à l’historique que nous avons donné au commencement de notre travail pour tous les détails qui concernent l’introduction en - Europe de la Racine brésilienne et la vogue dont elle a été l’objet. Nous ne croyons toutefois pas inutile d’indiquer ici l’action que l’on supposait alors à cette substance dans les affections intestinales : « L’effet qu’elle produit, dit le P. Labat, est une bile âcre dont l’effet corrompt les aliments et excorie les intestins; après quoi, elle resserre par une opération qui lui est particulière. )) Vers la même époque Bœclerus pensait que son efficacité dans la dysenterie tenait non seulement au vomissement qu’elle procurait, mais encore à une action astringente assez marquée.
Tous les auteurs qui ont écrit à cette époque sur l’Ipécacuanha citent son utilité dans la dysenterie, mais ils emploient un certain nombre de méthodes différentes. PoMET dit que la dose ordinaire est de 1/2 gros à 1 gros en poudre dans une potion à prendre le matin à jeun; on donne ensuite un bouillon gras deux heures après l’ingestion du médicament. Saint-Hilaire pense que la racine de Piquaquana opère plus sûrement et plus doucement quand on la réduit en pilules et qu’on l’incorpore avec le sirop de pavot blanc et un peu de laudanum.
Après avoir été très usité pendant un demi-siècle, l’Ipéca tomba en défaveur en France et en Angleterre, mais on l’employa cependant à petites doses jusqu’à la fin du siècle dernier. On le préconisa ensuite dans les contrées tropicales ; les médecins de la marine française sc servent
encore très fréquemment de hautes doses d’ipéca dans la dysenterie et Docker introduisit cette méthode dans l’armée de l’Inde, où elle rendit les plus grands services.
Nous allons exposer brièvement les divers modes d’application de ripécacuanha dans les principales formes de dysenteries.
A. Dysenterie aiguë. — Cette variété a été traitée avec succès par l’Ipécacuanha. En 1794, Righter employait déjà cette substance au début de la maladie, et la préférait au tartre stibié. Dep>uis cette époque, les observations de guérison par cette méthode ont été très nombreuses, et il ne faudrait pas croire, comme l^eaucoup de praticiens, se le figurent que l’Ipéca n’est utile que dans les dysenteries des pays chauds. En France même il a été employé avec succès, et, dans sa thèse, Polichronie cite un cas de guérison rapide d’une dysenterie aiguë par l’Ipéca à hautes doses et en lavements. C’est qu’en eflèt, les modes d’administration de ce médicament varient avec les auteurs, et si Bourdon et Polichronie ont utilisé avec succès en France les lavements d’ipéca, la potion brésilienne de Pison et les préparations lés plus variées ont donné les mêmes résultats. Les uns prescrivent l’Ipéca en infusion, d’autres l’administrent en poudre soit en cachet, soit dans de l’eau de menthe, d’autres enfin combinent l’Ipéca à diverses substances : calomel, tamarin, etc. La difficulté d’embrasser d’un coup d’œil toutes ces méthodes nous oblige à indiquer rapidement les divers auteurs qui ont fait usage de l’Ipéca et la manière dont ils l’ont employé. Hunter donne 1 scriquile de poudre dans un peu d’eau dans la dysenterie aiguë ; il n’a pas observé d’intolérance de l’estomac. L’effet des premières doses estl’abais-
sement du pouls, une légère chaleur de la peau, une diminution de fréquence et de quantité des selles. Une seconde dose, 25 grains (U56O) 4 ou 5 heures après la première dose, amende les symptômes, change le caractère des évacuations et modifie la nature des selles qui, de sanglantes, deviennent muqueuses.
Le D' Yandell (1869) donne 65 centigrammes à un gramme de poudre dlpéca dans de l’essence de menthe, qu’il juge préférable comme véhicule à la teinture d’écorce d’oranges amères. Il fait préalablement une injection de morphine pour assurer la tolérance de l’estomac.
Levagher (1840) a employé l’Ipéca de façon à obtenir un seul vomissement et à précipiter toute son action sur les intestins à l’aide de thé très chaud donné de quart d’heure en quart d’heure. De cette façon, il obtenait des selles fréquentes le premier jour, rares le second, nuUes le troisième et qui changeaient d’ailleurs immédiatement d’aspect et devenaient muqueuses, de sanguinolentes qu’elles étaient. Elles perdaient leur odeur spéciale. Levacher a remarqué que l’infusion d’ipéca avait pour résultat immédiat de déterminer un calme parfait et de rendre le sommeil, tout en augmentant les forces du malade, par la disparition des évacuations alvines.
Turelluti (1844) emploie contre la dysenterie une décotionde tamarin dans laquelle on fait infuser de l’Ipéca. Voici comment il prépare cette infusion : On prend 60 à 90 grammes de tamarin qu’on fait bouillir dans 150 grammes d’eau; on y fait infuser de 1 gramme à 4 grammes d’ipéca finement pulvérisé et on donne au malade une cuillerée à bouche de cette potion toutes les 20 minutes. Par cette méthode il a obtenu la guérison, on
48 heures et quelquefois en 24 .heures, de plus de deux cents cas de dysenteries épidémiques. 11 n’accuse qu’un décès, ce qui tendrait à faire croire que ces résultats sont peut-être exagérés.
Maclean donne en Angleterre l’Ipéca aussi près que possible du début de la dysenterie, à la dose de 25 à 3Q grains, dans une très petite quantité de liquide. En 1794, Richter employait d’ailleurs la même méthode. Toutefois Ellioston pense que d’après ses expériences personnelles il ne faut pas donner l’Ipéca dès l’apparition de la dysenterie. Enfin il est certains praticiens qui, à l’exemple de William S. Ecoles, emploient l’émétine au lieu de l’Ipéca \ ils la donnent en jirises à la dose de 3 grains pour 2 grains de chlorhydrate de morphine et 13 grains de sucre blanc. Citons encore, pour être aussi complet que possible, Wood, E. Hewan, Docker, qui ainsi que lieaucoup d’autres médecins ont employé avec succès l’Ipéca dans la dysenterie aiguë.
B, Dysenterie chronique. — L’Ipécacuanha rend d’aussi grands services dans la forme chronique de la dysenterie que dans sa forme aiguë. Presque tous les auteurs que nous avons cités l’ont employé avec succès dans ce cas. Polichronie cite deux observations, dans lesquelles les malades ont été guéries en 2 ou 3 jours, bien qu’au début du traitement elles aient eu encore de, 15 à 20 selles dans les 24 heures. Le traitement emplo}^ était les lavements d’ipéca de Bourdon.
Thompson déclare (1876) qu’après avoir essayé à l’hôpital maritime de Greenwich un très grand nombre de remèdes dans la dysenterie chronique, il les trouve tous inférieurs à ripécacuanlia. 11 croit que la maladie doit être
traitée par un repos rigoureux au lit; il faut régulariser la température de l’appartement, restreindre l’alimentation à un peu de lait et de mouton, et administrer à de fréquents intervalles, toutes les trois heures, par exemple, 3 à 5 grains de poudre d’ipéca, jusqu’à l’apparition de nausées. Il faut éviter d’administrer au malade de l’alcool, sous quelque forme que ce soit. Au dire de Napheys, l’Ipéca sous forme de poudre de Dower donne souvent de très bons résultats dans la dysenterie chronique, soit qu’on donne le médicament à haute dose avant le coucher, soit qu’on le donne fréquemment à petite dose.
SiNDNEY Ringer recommande l’Ipéca dans la dysenterie chronique, quand les selles sont plutôt sanguinolentes que muqueuses et quand il y a beaucoup de ténesme.
G. Formes particulières de la dysenterie. — Ainsi qu’on peut le prévoir lorsqu’on connaît l’action cholagogue de l’Ipéca, c’est surtout dans la forme bilieuse de cette maladie que ce remède est le plus efficace. Tous les médecins qui se sont servis de ce médicament s’accordent à reconnaître son utilité ; citons, entre autres, Laghèze (1825), qui, dans une épidémie de dysenterie bilieuse à Angers, obtint par cette méthode un très grand nombre de guérisons.
Stewart donne, dans la dysenterie associée à une congestion du foie, un traitement mixte ; il alterne l’Ipéca, à la dose de 20 à 30 grains, avec le chlorure d’ammonium jusqu’à guérison. Lorsqu’on craint le vomissement, il juge préférable de donner le médicament par le rectum. Cet auteur juge l’Ipéca à haute , dose comme mal supporté lorsque, concurremment à la dysenterie, il existe une maladie de foie.
Dans la dysenterie adynamique, Zimmermann recommande ripéca (1 à 2 grains toutes les heures dans une tasse de bouillon de poulet, ou dans toute autre boisson mucilagineuse). Toutefois il faut citer le peu d’efficacité de la racine brésilienne dans la dysenterie des scorbutiques.
Voyons maintenant quelle peut être l’action de l’Ipéca dans la dysenterie. Les plus anciens auteurs, ainsi que nous l’avons montré dans l’bistorique de cette question, croyaient que l’Ipéca purgeait d’abord pour resserrer ensuite ; ils lui accordaient donc à la fois des vertus émétiques, purgatives et astringentes. Policbronie, à la suite des nombreuses expériences faites avec l’émétine sur les animaux, conclut que deux hypothèses sont possibles pour expliquer l’action favorable de l’Ipéca dans la dysenterie. Tout d’abord, une action vaso-constrictive qui diminuerait l’abondance des sécrétions. Cette action ne serait pas admissible quand on songe que l’Ipéca favorise les sécrétions. La seconde hypothèse serait celle d’une action substitutive résultant de l’intlammation de la muqueuse intestinale. Policbronie pense que la production d’inflammation gastro- intestinale dans ses expériences, à la suite d’ingestion d’émétine et la durée prolongée après laquelle ce vomissement se produit, semblerait plaider en faveur de cette seconde hypothèse. Nous reviendrons sur cette question.
Choléra. — Les effets remarquables de la poudre d’Ipécacuanha dans la diarrhée et la dysenterie ont suggéré à plusieurs cliniciens l’idée de l’employer dans le choléra. En 1832, Martin Salon obtint d’assez nombreux succès par cette méthode. Pendant l’épidémie de 1849, Briquet, en France, et John W. Tripe, en Angleterre, réussirent souvent avec cette médication.
Briquet employait l’Ipéca en poudre à la dose de 2 grammes en quatre paquets, un chaque demi-heure. Pour aider l’action du médicament, on faisait boire, dans l’intervalle, de l’eau tiède ou des boissons théiformes. Lorsque l’Ipéca avait produit son effet et que la réaction commençait à se faire, en général au bout de trois à huit heures, on aidait à cette réaction par l’emploi continu de boissons aromatiques. La dose et le mode d’administration étaient les mêmes pendant les deux premières périodes du choléra. En général, ce médicament donnait d’excellents résultats et dans tous les cas modifiait la susceptibilité de l’estomac et diminuait les vomissements.
Tripe, à la même époque, traitait ses malades en leur faisant prendre tous les quarts d’heure des prises composées de 6°’’, 5 de calomel et 3'’°'’, -5 d’ipéca. Sur les douze cas dont il donne les observations, il n’y eut que quatre décès, dont deux pendant la période algide et deux pendant l’attaque subséquente de fièvre typhoïde, encore ces deux derniers sont-ils plutôt dus à des complications secondaires. En 1853, Legointe employa à Paris avec succès l’Ipéca à la dose de 2 à 4 grammes pendant la période algide et de 5 centigrammes à 1 gramme dans les vingtquatre heures pendant la première période.
Naphbys (Therapeutics, 1881) indique l’utilité de petites doses d’ipéca (6^55 à 13 centigrammes) répétées jusqu’à l’apparition de nausées.
Il faut se garder d’employer cette médication chez les sujets très épuisés, chétifs et présentant des phénomènes algides très intenses et déjà anciens.
Cholérine. — En 1853, Legointe vanta l’emploi de la poudre d’ipéca contre la cholérine ; il a obtenu de bons
résultats par l’emploi simultané du sous-nitrate de bis inuth et de l’Ipéca. Il le considère dans ces conditions comme liypostliénisant et capable de modinfier d’ue façon utile les sécrétions de la muqueuse intestinale.
Maladies du foie. — Dès 1690, on connaissait l’action que l’Ipéca pouvait avoir sur la sécrétion biliaire, car dans une thèse publiée à cette époque, il est dit qu’il faut se garder d’en faire prendre à ceux qui ont un tlux hépatique. Nous avons étudié dans le chapitre précédent l’action physiologique de l’Ipécacuanha sur le foie ; nous avons montré d’après les travaux de Rohrig, Rutherford, Vignal, Larbé, Dodds, que cette substance pouvait être placée en première ligne parmi les stimulants hépatiques. Il nous reste à indiquer rapidement son emi)loi thérapeutique dans les maladies du foie AVooDet Lauder Burntox pensent que l’Ipéca rend cliniquement de grands services dans l’ictère catarrhal; d’après ces auteurs, il diminue probablement la ténacité du mucus dans les canaux biliaires et tendrait ainsi à enlever l’obstruction a fronte, tandis qu’en meme temps, il accroîtrait la sécrétion a tergo, par son action cholagogue. L’Ipéca présenterait la même utilité, que ce soit un catarrhe des voies biliaires ou de l’orifice duodénal.
Napheys dit que cette substance employée à petites doses d’une façon continue est fréquemment employée avec succès dans les dérangements fonctionnels du foie. Ronald Martin l’ordonne dans l’inflammation chronique et l’hypertrophie de cet organe. Enfin Maglean la recommande dans l’hépatite aiguë comme ayant une valeur aussi spécifique que celle qu’elle possède dans la dysenterie. WoodiiULL a publié plusieurs cas de succès avec ce traitement.
— iOl
Dans ce but, l’Ipéca doit être employé à fortes doses (1°%30 à 2"'', 10), répétées souvent, jusqu’à l’amélioration. Signalons encore son emploi dans les abcès hépatiques et la congestion du système porte.
MALADIES DE l’aPPAREIL RESPIRATOIRE
Les applications de l’Ipécacuanha dans les maladies de l’appareil respiratoire sont presque aussi nombreuses que dans les affections du tube digestif. On l’a préconisé comme expectorant, sudorifique, antispasmodique, dans le catharrhe pulmonaire chronique, dans l’asthme, la bronchite, la pneumonie, etc. 11 est préférable à l’émétique dans le croup, car il débilite moins et ses effets vomitifs sant aussi énergiques. Nous allons aborder successivement les diverses applications de l’Ipécacuanha dans les affections des organes respiratoires. Nous suivrons dans notre énumération l’ordre indiqué dans les manuels de pathologie interne.
Laryngite. — L’Ipéca a été rarement employé pour combattre cette affection. Cependant, Whiphans et Lennox Browne, de Londres ont employé avec succès des prépa rations à base d’Ipécacuanha contre la laryngite catarrhale. Quant aux applications de cette substance dans le croup, nous l’étudierons quand nous traiterons des maladies des enfants.
Bronchite. — Un des premiers cliniciens qui ait employé l’Ipécacuanha dans la bronchite est Higginbot- TOM, deNottingham (1845). Il a trouvé que ce médicament réussissait à doses convenables dans la bronchite
aiguë, lorsqu’il existe de l’afFaissement et de l’épuisement joints à l’oppression de la poitrine, à la difficulté d’expec torer et à la suffocation. Le vomissement par l’Ipéca non seulement fait disparaître de suite tous ces symptômes, mais encore relève l’organisme et produit un tel changement que le malade entre en peu dé jours en convalescence. C’est, dit-il, la médication de choix dans pareille circonstance. Da Costa, de Philadelphie, Ross, d’Ohio, Turnbull, de Liverpool, Williams, de Londres, ont obtenu les mêmes résultats, et tous préconisent l’Ipéca dans les bronchites aiguës ou chroniques. C’est surtout du vin (l’Ipéca que se servent ces auteurs. Turnbull s’est bien trouvé aussi de l’application sur la peau de la pommade que nous indiquons dans le chapitre suivant sous le nom de linimeiit de Hannay. La ruhefaction ainsi produite a été un bon dérivatif et a pu amener rapidement la guérison de la bronchite.
William Murell et Sydney Rinobr ont, en 1874, publié les bons résultats qu’ils ont obtenus dans la toux hivernale en pulvérisant le vin d’ipéca. Ils citent vingtciii(| observations de cas assez graves qu’ils ont complètement guéris par cette méthode. « Il faut, disent-ils, autant cfue possible éviter de produire des nausées et des vomissement^, et bien recommander au malade de se rincer la bouche et de cracher après chaque inhalation. Six à quatre inhalations suffisent ordinairement; on se sert pour cela du pulvérisateur ordinaire. En général, au commencement de la pulvérisation il se produit un paroxysme de la toux qui s’arrête bientôt, et le malade finit par respirer librement le liquide pulvérisé. Le premier symp tôrne que soulage cette médication est la dyspnée, et cela
presque immédiatement; les autres no tardent pas à disparaître par la continuation du traitement.
Asthme. — L’Ipécacuanha a été recommandé par un grand nombre d’auteurs dans cette maladie. Citons en première ligne Hyde Salter, qui recommande beaucoup cette substance dans l’asthme des foins et dans les autres formes pour couper court à un accès. Il reconnaît à l’Ipéca une action déprimante analogue à celle du tabac et de l’antimoine. Il le préfère toutefois à ces dernières substances et le donne à doses assez fortes pour amener la dépression. Il le donne au début de l’attaque de dyspnée, car, dit-il, l’influence du remède est moins considérable quand l’attaque est venue. D’après Napheys, toutefois, ripéca peut être donné indifféremment pendant l’accès ou au début.
Salter préfère la poudre au vin et la donne généralement à la dose de 20 grains (l^SSO). Ce traitement, dirigé contre chaque accès de dyspnée, ne change rien aux autres symptômes, et le malade doit suivre un régime approprié et aller, s’il le peut, dans un climat convenable.
Pereira donne aussi bien le médicament à doses nauséeuses ou vomitives qu’à petites doses répétées ; il trouve que les effets sont les mêmes.
Phillips donne dans l’asthme nocturne spasmodique de petites doses de vin d’ipéca toutes les dix ou treize minutes, pendant deux ou trois heures.
Sydney Ringer a employé avec succès des pulvérisations d’infusion d’ipéca dans des cas graves d’asthme. Toutefois il cite un cas où chaque pulvérisation fut accompagnée d’une augmentation de la dyspnée.
Enfin, en France, Leclerc a préconisé contre l’asthme les pilules à base d’Ipécacuanha.
Congestion pulmonaire. — Les bons effets des vomitifs dans les fluxions de poitrine sont aujourd’hui admis par tout le monde et cités dans tous les ouvrages classiques. Toutefois, les recherches à ce sujet ne sont pas très anciennes. Vers le milieu de ce siècle Brousson- NET insistait beaucoup dans sa clinique sur l’efficacité de l’infusion d’Ipécacuanha dans les fluxions de poitrine malignes. Le praticien de Montpellier recommandait de donner dans ces cas l’Ipéca en infusion et par cuillerée à bouche à des intervalles d’une à deux heures. En 1856, C.\DE, médecin d’Avignon, publia un travail sur l’emploi de ripécacuanha dans la fluxion de poitrine muqueuse. Il signale l’efficacité de ce médicament qu’il donne sous forme d’infusion mêlée à la dose de 1 gramme avec 4 grammes d’écorce d’orange et 300 grammes d’eau, à prendre par cuillerée à bouche de deux heures en deux heures. La guérison est facilement obtenue par cette méthode, qui amène rapidement la disparition de la dyspnée et la résolution de l’engorgement pulmonaire.
Pneumonie. — Parmi toutes les afïèctions de l’appareil respiratoire c’est surtout dans la pneumonie que l’Ipéca est le plus employé. Les travaux publiés à ce sujet sont très nombreux. Broussonnet, que nous avons déjà cité à propos de la congestion pulmonaire, employait l’Ipéca à haute dose dans le traitement de la pneumonie. D’après cet auteur, l’Ipécacuanha administré en infusion à à la dose de P', 50 jusqu’à 5 grammes, dans 120 ou 180 grammes de véhicule, a des propriétés qui rappellent celles des préparations antimoniales données à haute
dose. Gomme celles-ci il abat l’intensité de la pneumonie, soit par une action hyposthénisante, soit en provoquant des sueurs copieuses qui favorisent la crise de la maladie. Les malades traités par cette méthode prenaient, toutes les heures, une cuillerée à bouche de cette infusion, à laquelle on ajoutait parfois 15 à 30 grammes de sirop diacode pour faciliter la tolérance du médicament. Les premières doses amenaient quelquefois des vomissements, mais avec quelques ménagements, en éloignant ou en diminuant, par exemple, les doses pour les augmenter plus tard progressivement, le malade finissait par les bien tolérer. Toute la potion était prise dans les vingt-quatre heures. Broussonnet, toutefois, ne donnait ordinairement ce médicament que le deuxième ou le troisième jour, après avoir pratiqué une saignée ou appliqué quelques sangsues sur la région correspondant à la pneumonie. Il ne négligeait pas non plus l’emploi des vésicatoires, pour aider la résolution si elle venait à se ralentir. Des guérisons inespérées ont été obtenues par lui au moyen de cette méthode en peu de jours. L’ipécacuanha ainsi administré était surtout efficace contre les pneumonies des vieillards; il convenait également aux individus lymphatiques, disposés à la scrofule et chez qui la pneumonie offre quelque tendance à la chronicité. En 1850, Rességuier, élève de Broussonnet, a employé avec succès la même méthode. En 1851 , Delioux de SA.VIGNAC publia le résultat de ses expériences sur le traitement de la pleuro -pneumonie. Il reconnaît h l’Ipéca une importance aussi grande qu’aux préparations antimoniales ; sur onze malades soumis à l’Ipéca à haute dose, il n’y eut qu’un décès. Quels que fussent l’âge et le tempérament, l’Ipéca a été également efficace.
Delioux a constaté que les effets principaux de cette méthode avaient été les suivants :
(( L’Ipéca a été généralement toléré par l’estomac avec assez de facilité; il l’a été plus complètement encore parle tube intestinal, et loin de déterminer la diarrhée comme le font si souvent les antimoniaux, il a parfois laissé persister une constipation qu’il a fallu vaincre par les lavements laxatifs.
« 11 a ralenti, déprimé le pouls, tantôt progressivement, tantôt avec une promptitude remarquable. 11 a presque constamment provoqué de la moiteur ou des sueurs plus ou moins abondantes.
(( 11 a changé promptement les caractères pathognomoniques des crachats et facilité l’expectoration. — Il a paru activer la résolution des engorgements pulmonaires, la résorption des épanchements pleuraux. C’est-à-dire qu’en somme il a modifié, dans le sens le plus désirable, les symptômes les plus expressifs et en même temps les plus graves de la pleuro-pneumonie. »
Contrairement à ce quefaisaitBroussonnet, Delioux prescrivait l’Ipéca dès le début, faisant marcher cette méthode de front avec les émissions sanguines. Il ne reconnaît pas à ripécacuanha une action tonique et stimulante, il lui croit plutôt des propriétés hyposthénisantes et sédatives. Je ne sais jusqu’à quel point cette théorie peut concorder avec l’action physiologique de l’Ipécacuanha que nous avons exposée dans le chapitre précédent.
Chauffard en 1869 a employé Tlpécacuanha à la dose de 5 à 8 grammes dans la pneumonie, toutefois il ne le prescrivait que suivant les indications. Il donnait l’Ipéca en infusion à prendre par cuillerée à bouche d’heure en
heure. Sous l’influence de cette médication le malade ne tardait pas à avoir quatre ou cinq vomissements assez abondants et une ou deux selles. Ce double effet est variable, certains sujets vomissant beaucoup et n’ayant pas de selles, d’autres n’ayant que des évacuations alvines. 11 faut noter que, d’après cet auteur, si le remède est absolument toléré il n’agit point. Il faut remarquer d’un autre côté que le premier jour du traitement est en général le seul pendant lequel se produisent les effets signalés plus haut. Au bout de vingt-quatre heures et même plus tôt la tolérance s’établit et les malades ont à peine deux vomissements encore et une selle dans les vingt-quatre heures qui suivent, quelque élevée que soit toujours la dose du médicament. L’indication de cette dose, dit Chauffard, n’est nullement modifiée par le sexe ou l’âge du sujet. Le traitement dure de quatre à cinq jours en diminuant progressivement la dose; la règle est de suspendre l’administration de l'Ipéca dès que le pouls est abaissé et que la température est redevenue presque normale. Dans le cas de phlegmasie pulmonaire légère, ou lorsque celle-ci est arrivée à son déclin, il suffit de 3 grammes d’ipéca pour amener la guérison en vingtquatre heures.
Trousseau, Peter et plusieurs autres praticiens ont utilisé avec succès l’Ipécacuanha dans le traitement de la pneumonie.
Davis en Angleterre donne dans les deux ou trois premiers jours de la pneumonie des prises à base d’ipéca et de calomel que le malade doit prendre toutes les quatre * heures. Enfin en Italie Verardini a publié en 1885 une étude sur l’action de l’Ipéca dans la pneumonie. Il a constaté qu’après l’administration du médicament la tempéra-
tare et le pouls s'abaissent ainsi que la respiration; les frissons et la dyspnée disparaissent. Ses expérience s’accordent donc en tous points avec celles des auteurs que nous avons cités plus haut.
Emphysème. — Da Costa, de Philadelphie, préconise dans cette affection une potion à base d’ipéca et de Scille à prendre par cuillerée à café trois fois par jour. Il dit avoir obtenu de bons résultats de cette médication.
Hémoptysies. — C’est là une des applications de l’Ipéca le plus généralement admises. Dès le siècle dernier cette substance avait la réputation d’être hémostatique; 011 l’employait avec succès dans les épistaxis, les hémoptysies, les hémorrhagies utérines. Cette propriété de l’Ipéca était quelque peu tombée dans l’oubli quand les travaux de Pécholier vinrent de nouveau attirer l’attention sur elle. Presque tous les auteurs sont d’accord sur ce point; il serait trop long de citer ceux qui ont préconisé l’emploi de l’Ipéca dans le crachement de sang ; aussi nous en tiendrons-nous à ces généralités. Disons en terminant que les hémoptysies de la première période de la phthisie peuvent être arrêtées net par ripécacuanha.
A la suite de cet usage de la racine brésilienne, citons son efficacité contre la fièvre des tuberculeuses et la réelle utibté de l’emploi de la poudre de Dower à faible dose pour arrêter les sueurs nocturnes des phthisiques.