‹ Étude des ipécacuanhas (volume 2)Chapitre 17 sur 44 · APPLICATIONS EXTERNES DE L ’ IP É CAC U A N H A · texte numérisé non relu

APPLICATIONS EXTERNES DE L ’ IP É CAC U A N H A

Grâce à ses propriétés irritantes la poudre d'ipécacuanha a été employée avec succès comme traitement externe, soit pour guérir certaines affections cutanées, soit pour produire une contre-irritation sur le tégument. En 1842, Turnbull étudia l’action de l’Ipéca sur la peau, il employa concurremment le Uniment de Hannay et une pommade àbase d’émétine (voir Pharmacologie). Il a trouvé ces deux modes de traitement sensiblement égaux. En frottant pendant quelques minutes une ou deux fois par jour le tégument avec une pommade à base d’ipéca, on observe une série de petites éruptions incolores qui persistent quelque temps. 11 est supérieur au tartre émétique, car il ne laisse jamais de cicatrices sur la peau, avantage

précieux, particulièrement quand on veut produire la contre- irritation sur le cou. Chez quelques sujets les pustules ressemblent à des dartres, mais elles ne sont pas implantées sur une base enflammée, comme celle produite par le tartre stibié.

L’éruption est accompagnée d’une sensation de chaleur et de démangeaison. Ce mode d’application de l’Ipéca rend de réels services dans les maladies de la poitrine et de l’abdomen, et souvent même l’action du médicament commence à produire son eüét avant l’éruption des pustules. On n’observe jamais de vomissements si l’épiderme est intact. Au contraire, quand on applique l’Ipéca ou l’émétine par la méthode endermique (Gehrardt), on produit au bout d’un quart d’heure des vomissements abondants. Si les pustules étant bien développées, le malade persévère dans ses frictions avec l’onguent d’ipéca, il ressent une vive chaleur et une démangeaison intense, mais, contrairement à ce qui se passe avec le tartre stibié, l’éruption ne prendra jamais un caractère ulcéreux.

En 18G5, William Kent, de Birmingham, rapporte que pendant son séjour en Australie il a entendu citer l’efticacité de ripécacuanha contre les piqûres de moustiques, de myriapodes et les piqûres de serpents. 11 en conclut que les cataplasmes de cette nature pourraient être utiles contre les morsures des chiens enragés. De telles assertions demandent vérification.

Delioux de Savignag (1874) démontre l’efficacité de l’Ipéca sur les plaies; sa poudre sèche en quelques heures une large surface cutanée, dénudée par un vésicatoire volant; elle active la cicatrisation d’une plaie simple du tégument externe.

Nous terminerons cet exposé des applications externes de ripécacuanha par le traitement au moyen de cette substance de l’anthrax et de la pustule maligne, tel qu’il vient d’être publié il y a quelques mois.

Anthrax . — En wiN Muskett relate Lancet, 1 888)

un procédé simple dé traitement de cette affection. L’auteur cite quatre cas d’anthrax traités au moyen de ripécacuanha; c’étaient des formes graves et justiciables d’un traitement énergique, et dans chacun de ces cas l’application de la pâte d’ipéca a été suivie le jour même ou le jour suivant d’un amendement des phénomènes généraux. Quant à la lésion locale elle n’a laissé d’autres traces que celles d’un abcès plus ou moins étendu. L’auteur ajoute que l’insuccès qu’il a observé dans le traitement du furoncle par le même procédé lui confirme la non-identité de l’anthrax et du furoncle.

Pour employer ainsi l’Ipéca, Muskett le délaye dans l’eau (de préférence à la glycérine, en raison de son pouvoir exosmotique plus grand) jusqu’à consistance de crème, puis il l’étend largement sur l’anthrax.

Pustule maligne. — Muskett a employé pendant quinze ans l’Ipéca dans le traitement de la pustule maligne. Durant cette période il n’a pas eu à en soigner moins de cinquante cas. Les cinq observations qu’il cite au hasard (The Lancet, 1888) dans ce nombre sont relatives à des hommes que leur profession (bergers, fermiers, bouchers) obligeait à être en rapport avec des animaux atteints du charbon. Les pustules malignes qu’ils présentaient s’accompagnaient de phénomènes généraux graves et pourtant l’usage de l’Ipéca a toujours réussi : l’état général s’améliorait en quelques heures, le délire cessait, la fièvre tom-

IfD

bail. Le jour suivant la jaistule diminuait de volume, le g'ontiemeut et riuduration périphérique disparaissaient, puis l’eschare se détachait et la plaie se cicatrisait comme une plaie simple.

Cet auteur emploie pour ce traitement la pâte dont nous avons donné plus haut la composition. 11 l’étend largement sur la pustule et le tissu œdématié qui l’entoure. 11 administre en même temps à l’intérieur, deux ou trois jours de suite, 5 à 10 grains d'ipéca (30 à 60 centigrammes). Muskett s'est bien trouvé })hisieurs fois de l'application d’un petit vésicatoire précédant de quei(pies heures celle de l'Ipéca.

Maintenant que nous avons successivement étudié les diverses indications do blpécacuanha, il nous reste à grouper ces doiwiées et à exposer la thérapeutique générale de la substance qui fait le sujet de notre travail. Nous essayerons de rap}>rocher ces indications de effets physiologiques que nous avons étudiés dans le précédent chapitre et nous emprunterons la plupart de nos conclusions aux leçons que M. le professeur Soulier a faites sur ce sujet à la Faculté de Lyon.

On peut, d’après lui, grouper les indications de l’Ipécacuanha en six principales :

1" Gomme fomi///’. C’est surtout chez les enfants et les vieillards qu’il faut avoir recours à l’Ipéca j)lutùt qu’à l’émétique. Dans le croup, à titre de désobstruant, l’Ipéca est l’égal du tartre stibié et il a sur lui l’avantage «le ne pas déprimer. L’érnétique lui sendjle supérieur pour produire dans les névroses un choc perturbateur. Dans les empoisonnements l’Ipéca est relativement peu employé.

2° Gomme nauséeux. (Juoique l’Ipéca le soit moins que

l’émétique, néanmoins ill’estbien suffisamment pour produire un état nauséeux continu, sans les mouvements de dépression fâcheuse du tartre stibié.

3“ A la fois comme expectorant et comme nauséeux. L’action expectorante peut, d’après M. Soulier, être considérée comme le premier degré de l’action nauséeuse et se continue, s’accentue même pendant le stade nauséeux, vu l’exagération delà sécrétion salivaire et bronchique. L’Ipéca à dose simplement nauséeuse ou expectorante est indiqué dans les affections bronchiques avec sécrétion visqueuse, dans l’asthme, la coqueluche, etc.

Dans la dyspepsie ou l’embarras gastrique, soit à dose nauséeuse, soit comme vomitif, il paraît inférieur au tartre stibié. L’Ipéca à dose nauséeuse est employé avec succès dans les vomissements incoercibles de la grossesse.

4° C’est surtout dans les maladies du tube disgestif que l’Ipéca est utilisé; il a alors une action substitutive.

5° Gomme antiphlogistique , comme antipyrétique, contro-stimulant , à dose nauséeuse surtout, l’Ipéca a été conseillé à l’égal du tartre stibié dans tous les cas où on indiquait ce dernier.

6° Gomme sudorifique et enfin comme antihéniorrhagique.

Nous croyons que parallèlement à cette classification on peut en placer une autre basée sur les effets physiologiques constatés de ripécacuanha. Toutefois cette classification ne saurait être définitive, à cause de l’incertitude où l’on est encore au sujet de l’action du médicament. Les expériences faites sur les animaux ne sauraient prouver que tout se passe chez l’homme comme chez eux. Nous avons vu que l’Ipéca ne faisait pas vomir les Lapins et qu’au contraire il

avait une action vomitive très marquée chez le Chien. C’est, peut-on (lire, parce que le Lapin ne vomit pas naturellement et que le Chien au contraire le fait avec la plus grande facilité. Nous l’admettons, mais il n’en est pas moins vrai que les actions ne sont pas identiques et de ce que nous avons constaté une augmentation du tonus cardiaque chez la Grenouille il n’est pas absolument prouvé (pi’il en soit absolument de même chez rilomme. Nous ne pouvons donc fournir que des données approximatives. Quoi qu’il en soit, il nous semble (pie l’Ipéca a surtout une action irritante locale et une action générale sur le système nerveux.

C’est à cette action irritante que l’on doit attribuer l’inilammation de la mmpieuse gastro-intestinale à la suite de l’ingestion d’ipéca ou de l’injection d’émétine, l’augmentation des contractions stomacales produites alors même que l’estomac est absolument détaché do l’animal. Peut être aussi faut-il attribuer a cet effet l’orgasme du coeur dont les battements diminuent de fréquence alors que son tonus est très sensiblement accru.

Lorsque l’estomac ou le cœur sont en place, ces effets se compliquent d’une action sur le système nerveux.

Quoi qu’il en soit, puisqu’à l’état physiologique, on observe une irritation des muqueuses, il faut eu conclure que l’action de ri[)éca, lorsque rintlammation existe, est une action contro ■stimulante, une action substitutive. Elle est la même que celle que l’on veut obtenir quand on cautérise une ])laie de mauvaise nature ou qu’on traite une diarrhée par l’huile de ricin à petites doses.

G’est à cette action physiologique qu’il faut attribuer l’efticacité de ripécacuanba dans les maladies du tube digestif et dans les affections pulmonaires.

Son action sur le système nerveux montre que c’est peut-être par une soi-te d’inhibition que se produit l’arrêt des vomissements lorsqu’on le donne à faible dose.

Enfin, les expériences sur le cœur de la grenouille montrent que peut-être faut-il trouver dans la diminution des battements du cœur la cause de l’arrêt des hémorrhagies par cette méthode. Peut-être aussi faut-il voir là une action locale qui existe d’ailleurs au sujet de la température, ainsi que le montrent les expériences de Pécholier et de Mourson.

Quoi qu’il en soit, nous concluons de ce que nous avons dit au sujet de l’étude physiologique et thérapeutique de ripécacuanha, que le no.mbre des inconnues qu’il reste à résoudre est considérable et que les succès que l’on a pu obtenir jusqu’ici doivent servir à encourager les expé-

riences.

Page 1