‹ Étude des ipécacuanhas (volume 2)Chapitre 24 sur 44 · IPÉCACUANHA STRIÉ NOIR · texte numérisé non relu

IPÉCACUANHA STRIÉ NOIR

Il est à peu près impossible de dire à quelle époque précise cette sorte ^ parut dans le commerce. Elle existait dans le drog’uier du père de Pelletikr, sousle nom d' IiJécacuanha des Côtes d' Or (Minas de Oro) et l’illustre chimiste la retrouva également dans une maison de commerce, qui l’avait reçue du Pérou, parla voie de Cadix ; il en fît une analyse, sur laquelle nous reviendrons plus tard. Cette racine se trouvait, d’ailleurs, à cette époque, dans toutes les collections ; c’est elle que Guibourt mettait surtout en évidence à l’Ecole de pharmacie et c’est la seule que Planchon, au

I Synonymie; Tpécaouanha des Côtes-d'Or, Pelletier, 1820. — Ipècorcv.anha noir. Pelletier, Méral et de Lens, Guibourt. — Ipécacuanha strié (partim), Mérat et de Lens, Guibourt, Thénot. — Ipécaouanha strié noir, Ch. Menier. — Ipecacuanha striata seu nigra, Vog'l. — Ipécaouanha striated britlle, Attfield. — Ipécaouanha strié mineur, Planchon.

moment où ilia différencia, ait trouvée sous le nom à'Jpêcacuanha strié à la Pharmacie centrale des hôpitaux. VoGL l’a vue dans la collection de Vienne et décrite sous le nom à' Jpecacuanha striata seu nigra. Attfield l’a indiquée dans le Musée de pharmacie de Londres et l’a analysée, en la décrivant, sous le nom àé Ipecacunaha striated hrittle. Dans un mémoire sur l’utilité du microscope en pharmacie, Pockligton l’a étudiée en détail; mais tous ces auteurs l’avaient considérée comme venant du Psychotria emetica. C’est Planchon (Journal de pharmacie, 1872), qui le premier a différencié les deux espèces d’ipécacuanha strié, en nommant celle qui nous occupe Ipéca eu an ha STRIÉ MINEUR. Voici la description qu’il eii douiie :

Cette sorte se distingue tout d’abord de la précédente par ses dimensions beaucoup moindres ; elle est en fragments très courts, longs de 2 à 3 centimètres ; les uns, à peu près cylindriques, à peine étranglés dans leur largeur, n’ont guère que 3 millimètres de diamètre ; d’autres sont étroitement fusiformes ; d’autres, enfin, sont comme formés de segments cylindracés ou pyriformes, placés bout à bout ; ceux-là sont, en général, plus épais et atteignent 6 millimètres de diamètre. La couleur générale est d’un gris brun plus foncé que dans le strié majeur. Les stries longitudinales sont fines et régulières. Sur la coupe transversale, la portion verticale est comme cornée ; sa consistance est plus ferme que dans l’Ipécacuanha strié majeur. Le méditullium est jaunâtre et marqué d’un grand nombre de pores visibles à la loupe. — Le microscope montre dans la portion corticale : 1° une première zone formée de sept à neuf couches de cellules tubulaires très étroites ; 2° un parenchyme épais formé de cellules à parois irrégulièrement sinueuses, toutes remplies d’amidon et contenant eà et là des paquets de raphides ; 3“ une zone libérienne, dans laquelle se, trouvent rangées en série radiale des cellules et des fibres étroites polygonales. Le méditnllium ligneux se distingue par la dimension des vaisseaux, qui

tranchent nettement, parleur capacité, sur les cellules ligneuses qui les entourent.

De Lanessan (Ilist. nat. médicale) décrit deitx variétés de cette sorte. De ces deux sortes, l’ime répond bien, selon l’anteur, à rij)éca strié mineur de Planchon ; quant à l’autre, nous crojons nécéssaire d’en citer la description, })our mieux étaltlir lacomparaison avec les échan tillons étudiés plus bas.

L’autre échantillon, étiqueté Ipécacuanha strié du Pérou, se présente en fragments de tailles très diverses, les uns à i>eu près semblables au précédent, les autres ayant de 5 à 8 millimètres ou même 10 millimètres de diamètre et se rattachant aux plus petits, par toutes les dimensions intermédiaires. La coloration est la même que dans la première variété, la saveur est un peu âcre.

Sur une coupe transversale on trouve, de dehors en dedans : 1“ une couche de suber,& cellules quadrangulaires brunes ; 2° une couche de parenchyme cortical, à cellules polygonales, irrégulièi’es, remplies de grains d’amidon ; 3° un liber formé d’éléments à contours irréguliers, à parois épaisses, cornées, jaunâtres, contenant de l’amidon. Certains de ces éléments sont relativement assez longs et contiennent des faisceaux de longues aiguilles cristallines blanchâtres, très pressées les unes contre les autres et agglutinées en une masse dense, qui, sur la coupe transversale, peut, au premier abord, être prise pour du latex ; k° le bois séparé du liber par une zone étroite de cambium et formé de fibres ligneuses fusiformes à contours rectangulaires, à parois très épaisses et ponctués, colorées en jaune foncé. Au milieu de ces fibres, sont dispersées un grand nombre de vaisseaux ponctués très larges ; les faisceaux ligneux sont séparés les uns des autres par des rayons médullaires formés chacun d’une seule rangée de cellules allongées radialement, étroites, remplies d’amidon.

Blondel, dans sa Matière médicale, prétend que l'é corce se détache du cjdindre central avec un’e facilité

beaucoup plus grande que dans l’Ipéca strié majeur ; il dit que le cylindre central est beaucoup plus développé, que la section est grise, brune ou noire sur la coupe, résistante, compacte et ne se rayant pas sous l’ongle.

Une quantité considérable de racines de cette espèce ayant été proposée dernièrement à un droguiste de Lyon, celui-ci l’a gracieusement mise à notre disposition. Notre examen portant ainsi sur plus de 250 kilogrammes, nous croyons pouvoir en donner une description aussi complète que possible. On verra qu’elle ne se rapporte pas tout à fait à celles des auteurs précédemment cités ; mais nous croyons notre étude assez complète pour affirmer son exactitude. C’est, d’ailleurs, sur cet échantillon qu’ont porté les recberclies, tant chimiques que physiologiques, dont nous parlerons plus loin.

Examen macroscopique. — Cette racine se présente sous des aspects très divers; la grosseur est très variable, depuis 1 millimètre jusqu’à 10 millimètres de diamètre; toutefois, les morceaux de 5 à 6 millimètres sont les plus nomljreux. Sa couleur brun foncé, parfois légèrement rougeâtre, devient noire dans certains échantillons. Les racines sont tortueuses et présentent de nombreuses stries longitudinales, dues probablement à la dessiccation. Les unes sont ondulées, comme celles du Richardsouia scahra, c’est-à-dire, possèdent des étranglements n’embrassant que la moitié de la circonférence. Ces étranglements ressemblent parfois à des encoches faites avec un instrument tranchant. Outre ces stries, la surface présente souvent de nombreuses petites saillies, qui lui donnent un aspect grossier et rugueux. Les grosses racines préseutcnt parfois des saillies très volumineuses, qui sont

peut- être les restes des radicelles. Outre les ondulations dont nous avons parlé, on trouve souvent des étranglements complets, enserrant toute la racine et devenant, chez quelques unes, de véritables solutions de continuité, qui mettent à jour le méditullium. Les [)etites racines présentent très souvent des rentlements en chapelet, entre lesquels l’écorce se continue sur le bois. Ces rentlements sont ovoïdes ou pyriformes et rappellent assez ceux de la Filipendule. Les morceaux sont souvent fortement coudés, quelquefois même entortillés et chez certains échantillons présentent de nombreuses ramifications (voir pi. 11).

La longueur des fragments de cette sorte d’ipéca varie entre 3 et 25 centimètres.

Parmi les échantillons soumis à notre examen, nous en avons rencontré un assez grand nombre qui sont de véritables rhizomes. Ceux-ci sont en général très volumineux et j)ortent, à leur partie supérieure, des rameaux aériens, contenant une moelle abondante, quel(|uefois résorbée, ce qui les rend cassants et leur donne l’aspect de tiges lierbacées, sèches. On trouve encore, mêlées à ces racines, un grand nondn-c de tiges présentant une écorce très luince et longues, pour la plupart, de près de 20 centimètres.

Leur section montre, à l’œil nu, un bois blanc ou jaunâtre, très [)oreux, dont les orifices deviennenf neffement visibles à la loupe. La portion corticale est d’un noir tirant sur le bPu ou sur le gris; elle est généralement cirée et brillante. Sur les racines âgées, elle devient quelquefois d’un gris Ijlancliâtre et se brise facilement. Cette écorce se coupe avec assez de facilité, est rave par l’ongle et se sépare d’ordinaire très difficilement dubois. Cette séparation ne peut se faire que dans les points où nous" avons signalé

IPECACUANHA strie noir

ces sortes d’étranglements formant de vraies solutions de continuité. En général, l’épaisseur de la paroi corticale est, à l’état sec, au moins égale, souvent double et quelquefois triple de l’épaisseur du bois.

Dans les tiges, au contraire, l’écorce est très comprimée et fort mince.

Gomme nous venons de le dire, les échantillons de 5 à 6 millimètres de diamètre sont de beaucoup les plus fréquents ; ceux de 10 et 11 millimètres sont loin d’être rares ; ils sont toujours plus nombreux que ceux de 2 ou 3. Aussi, nous refusons-nous à appeler cett(î espèce Ipêcacuanha strié mineur, lui maintenant le nom d’IpÉCA- CUANHA STRIÉ NOIR qui lui 0 été donné par Vogl. De Lanessan, tout en conservant cette dénomination, a cru pouvoir lui ajouter celle de dur, que l’examen des échantillons multiples étudiés par nous ne nous permet pas de maintenir.

M. Holmes a envoyé au laboratoire de matière médicale de la Faculté de Lyon, sous le nom de F aise Ipecacuanha, un échantillon assez considérable, absolument identique à celui que nous venons d’étudier, comme aspect et structure histologique, mais dont les morceaux ne dépassent pas 4 centimètres de long et 3 ou 4 millimètres de diamètre.’ 11 est très probable que ces racines ne doivent pas être les plus volumineuses du lot primitif.

Examen histologique. — A. Coupe transversale. 1“ Suber, composé de cellules à paroi assez mince, à alignement radial et à grand diamètre tangentiel. Cette couche est composée le plus souvent de cinq à six rangées de cellules et se distingue assez nettement du parenchyme cortical sous-jacent. Sa coloration est légèrement brunâtre.

2" Parenchyme cortical, cellules irrégulières, à plus grand diamètre tangentiel, parfois mêmetrès allongé dans ce sens; la portion externe présente généralement des cellules plus grandes, contenant peu amidon, quelques rap/wdes et de nombreuses gouttes d'huile facilement colorables en rose, par la teinture d’Orcanette; ces gouttes sont plus grosses que les grains d’amidon environnants. La partie interne du parenchyme est composée de cellules plus petites, présentant une tendance à l’alignement radial et à l’égalité de leurs diamètres ; les paquets de rapbides sont beaucoup plus nombreux; encore beaucoiq) d’huile, mais une grande quantité d’amidon. Enfin, les cellules les plus proches du liber et qui peut-être en font déjà partie, présentent un alignement radial assez net; elles sont plus petites et leurs diamètres sont sensiblement égaux. Déjà, à ce niveau, on aperçoit quelques îlots d’épaississement. 3° Liber, constitué par des cellules polygonales, assez petites, à alignement radial et à zone longitudinale d' épaississement interstitiel. Cet épaississement est beaucoup plus considérable à la [)ortion interne, où se trouvent d’ailleurs des tabes criblés, dont les cals sont nettement visibles, après coloration au bleu d’aniline. 4“ Bois, constitué par des fibres ligneuses à parois très épaisses .et ponctuées; elles sont carrées ou rectangulaires et de coloration plus ou moins foncée. On trouve, à l’intérieur, de ti ès nombreux vaisseaux de calibres difiérents ; les plus externes sont généralement les plus grands; ils sont souvent remplis d’une matière résineuse rougeâtre, qui inültre parfois les parois des fibres elles-mêmes. Cette résine se Irouve en quantité très variable, suivant les échantillons. Les rayons médullaires sont constitués par des cellules en files radiales unisériées, rare-

ment bisériées. Elles ne diffèrent des fibres ligneuses que par leur plus grand diamètre radial, leur étroitesse et leur moindre épaisissement. La partie centrale dubois est souvent plus infiltrée de substance résineuse. La plupart du temps, les vaisseaux y sont plus petits, les parois des fibres plus épaisses, les rayons médullaires plus rares, ce qui donne un aspect plus compact à cette région et la fait se colorer d’une façon plus intense par les réactifs.

B. Coupe longitudinale.

Les cellules du suber se présentent sous le même aspect qu’à la coupe transversale. CqWqs àv. parenchyme cortical paraissent plus isiodiamétriques et plus régulières ; elles se distinguent mieux de la région libérienne. Le liber en effet est constitué par des cellules allongées étroites, à parois inégalement épaisses; on ne remarque pas de véritables fibres. Le bois n’offre rien de particulier.

Examen histologique des tiges. — Uécorce est en général très comprimée et contient beaucoup d’amidon et quelques raphides.

Le liber et le bois sont constitués de la même façon que les parties correspondantes des racines que nous avons décrites plus haut. Au centre existe une moelle plus ou moins abondante à grandes cellules polygonales, régulières et sensiblement isiodiamétriques. Le plus souvent ces cellules sont vides, parfois cependant elles contiennent de l’amidon. En général, les tiges contiennent moins de raphides que les racines.

Nous venons de décrire l’Ipéca strié noir^tel que nous le possédons et tel que nous avons pu l’étudier sur une quantité considérable qui avait été mise à notre disposition. Nous ne savons pas si nous avons eu là exactement le type

KiO —

décrit par Plaiichon et les autres auteurs qui se sont occupés de cette question. Les résultats que nous avons obtenus dans l’étude chimique de cette racine et les recherches physiologiques que nous avons faites avec elle semblent prouver que, si nous avons lhen la substance si souvent décrite, nos devanciers se sont trompés en bien des points, sans doute à cause de la faible quantité de sul)stance qu’ils avaient à leur disposition ; peut-être aussi avons-nous sous les yeux une substance nouvelle. Quoi qu’il en soit, nous l’avons étudiée d’une façon aussi complète que possible, d’autant plus que si elle arrive rarement dans le commerce en grandes quantités, nous l’avons rencontrée plusieurs fois mêlée à l’Ipéca de Rio : aussi croyons-nous faire oeuvre utile en la faisant connaître.

Lorsque M. le professeur Cauvet publia ses Eléments (le matière médicale, nous dessinâmes pour lui une coupe transversale microscopique d’ipéca strié noir. Nous garantissons l’exactitude de cette dgure que nous fîmes, le droguier ne possédant pas cette substance, d’après des préparations toutes faites qui faisaient partie de la collection. Evidemment cette substance n’est pas la même que la nôtre ; nous en reproduisons néanmoins la figure comme étant la représentation d’une variété d’ipéca noir (voir planche IV) et nous en empruntons la description à M. Cauvet.

Sur une section transversale, cette racine offre la constitution suivant'.' ; 1° un suber composé de cellules tahu laires; 2“ \m parenchyme à cellules régulières, sinueuses, REMPLIES d’amidon et Contenant parfois des raphides; 3“ une zone libérienne formée de faisceaux soudés en une couche continue- et dont les extrémités extérieures.

IPECACUANHA STRIE NOIR var

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saillantes au sein du parenchyme, sont irrégulières et inégalement espacées. Les éléments de cette zone sont irréguliers, pourvus de parois cornées, épaisses, jaunâtres; ils contiennent de l’amidon ; quelques-uns sont occupés par des raphides groupées en une masse compacte. Ces éléments sont beaucoup plus étroits et proportionnellement plus épais, au voisinage de la zone cambiale. 4° Le ôois est composé de fibres fusiformes, à parois épaisses, ponctuées, beaucoup plus grandes que les fibres Les faisceaux ligneux sont séparés les uns des autres par des rayons médullaires constitués par une seule rangée de cellules étroites, mal définies et remplies d’amidon. 5° La zone cambiale, est très mince et formée d’un petit nombre de cellules.

Étude chimique. — La première analyse de l’Ipéca strié noir qui ait été faite est due à Péciiolibr, qui l’entreprit sur la prière de Mérat, qui la publia dans l’article li’ÉCACUANHA du Dictionnaire des sciences médicales de 1818. Le savant chimiste trouva comme composition de cette racine : matière vomitive, neuf giains; matière grasse, douze grains. Le reste était formé d’amidon très abondant, de gomme et de ligneux; il ne releva que des traces d’acide gallique. Attfield, en 1869, reprit cette analyse et trouva 10,5 pour 100 d’émétine impure ou 6,4 pour 100 d’émétine pure.

Depuis les nouveaux procédés d’extraction de l’émétine, aucune analyse de l’Ipéca strié noir n’a été tentée. Voulant profiter de la grande quantité de substance que nous avions à notre disposition, nous avons prié M. Florence de vouloir bien entreprendre ce travail. Malheureusement, le peu de temps qui nous restait ne nous a pas permis

d’achever ce travail assez tôt pour pouvoir le publier in extenso dans notre thèse et nous a empêché également de pousser hien loin les expériences physiologiques que nous avons entreprises. Nous ne pouvons donner que les résultats que nous avons obtenus à cette heure, nous réservant de publier plus tard le reste de nos expériences.

M. Florence a suivi ici encore la méthode d’analyse des végétaux de Dragendorfï'et Schlagdeiihauffen pour l’étude générale de tous les principes contenus dans la racine ; toutefois, en raison delà petite quantité d’alcaloïdes qu’il a pu en retirer par cette méthode, il a traité la poudre de racine par le tiers de son })oids de chaux éteinte, et a ensuite épuisé par les dissolvants neutres le mélange calcaire desséché à 35°.

Des circonstances fortuites l’ont empêché de terminer ce travail aussi vite qu’il l’aurait désiré ; il a bien voulu cependant nous communiquer quelques-uns des résultats déjà obtenus.

1 kilogramme de poudre de cet Ipéca a fourni par épuisement avec l’éther de pétrole un peu plus de 90 grammes d’une huile trouble, à odeur nauséeuse. Après filtration, elle est devenue d’une limpidité parfaite, brillante, rougeorange ; son odeur a persisté même après plusieurs jours d’exposition dans une étuve à 60°; sa saveur était nulle. Le résidu que cette huile a laissé sur le filtre contenait de nombreuses aiguilles cristallines non encore déterminées. Ce sont sans doute des raphides entraînées mécaniquement. L’huile plongée dans un mélange réfrigérant (acide chlorhydrique et sulfate de soude) ne s’est pas figée. Elle a été saponifiée par une solution alcoolique de potasse caustique. Cette saponification a été lente et diffi-

cile et a donné naissance à un savon de couleur jaune à odeur franche. Repris par l’eau et décomposé par l’acide sulfurique, il a abandonné des acides gras, tous insolubles et non volatils à 100° et infusibles même à cette température. M Florence poursuit leur étude.

L’éther ordinaire provenant de l’épuisement de l’Ipéca a laissé par évaporation une quantité notable d’un corps rouge sirupeux qui s’est refusé à cristalliser. Son odeur est faible, mais âcre et nauséeuse. Ce principe doit correspondre à l’érythrocéphæline de l’Ipéca de Rio , dont il a l’odeur et la coloration, bien que cette dernière soit plus vive et plus foncée. Ce corps réagit fortement sur le tournesol bleu et ne se dissout qu’en très petite quantité dans la solution d’eau de baryte. Cette solution, après avoir été filtrée, a été abandonnée à l’étuve et n’a laissé qu’un faible résidu possédant un aspect confusément cristallin. La portion non dissoute, poisseuse, devenue gris- perle sous l’inlluence de l’hydrate de baryte, a été lavée par l’eau acidulée d’acide chlorhydrique pour la débarrasser de la baryte. Pendant ce lavage elle a passé de la teinte grise au rose pur. Elle ne s’est pas dissoute dans l’eau à la suite de ce traitement. Mais l’eau chargée de soude caustique la dissout partiellement en laissant encore un résidu gris, actuellement à l’étude.

L’alcool absolu a épuisé très rapidement l’Ipéca préalablement traité par les deux dissolvants que nous venons d’indiquer. Par évaporation, il a laissé un extrait soluble dans l’eau et ne laissant qu’un résidu d’aspect gommeux. Cette solution, épuisée successivement en solution acide, puis en solution alcaline par l’éther de pétrole, la benzine, le chloroforme et l’alcool amylique, n’a donné que des

traces d’alcaloïdes. Les dissolvants agissant sur la solution acide ont laissé au fond des capsules des vernis résineux insolubles dans l’eau et les acides et d’une odeur forte et désagréable. L’éther de pétrole en solution alcaline n’a rien laissé, mais la benzine d’une part, le chloroforme d’autre part, ont abandonné en petite quantité des résidus qui se sont dissous dans les acides et ont donné nettement les réactions des alcaloïdes, mais il n’a pas été possible de faire cristalliser ces solutions, car les alcaloïdes isolés atteignaient à peine quelques centigrammes, bien qu’on eût mis 1 kilogramme de poudre en traitement. Cet échec a fait que l’on a traité la poudre de cet Ipéca par de la chaux éteinte, pour l’épuiser ensuite parla benzine et le chloroforme. Le résidu laissé par l’évaporation de ces dissolvants était très abondant, analogue à du caoutchouc, ne se dissolvant pas dans les acides étendus auxquels il n’a cédé qu’une quantité très petite encore d’alcaloïde.

Le traitement par l’eau a été très long et très pénible. Ce dissolvant entraînait une matière colorante noire d’encre intense qu’il paraissait impossible d’épuiser complètement tant elle était abondante. L’eau a été évaporée à 60° a l’étude et a laissé une masse à reflets brillants, à surface miroitante. Cette substance s’est redissoute intégralement dans l’eau et était d’une richesse colorante telle qu’une seule goutte de solution concentrée colorait une grande quantité de liquide à la façon du caramel. Les acides chlorhydrique, sulfurique, nitrique, les alcalis : soude, potasse, ammoniaque, ne modifiaient pas sensiblement cette couleur, que ne précipitait ni le perchlorure de fer, ni l’acide neutre, ni l’acétate basique de plomb, mais bien l’acétate de plomb ammoniacal. Cette dissolution a été

traitée de la façon suivante en vue d’isoler cette matière colorante sans l’altérer. Elle a été additionnée successivement d’un, deux, trois, quatre volumes d’alcool. Après chaque addition, le liquide a été abandonné au frais pendant quelques heures, puis filtré chaque fois sur des filtres séparés. Les précipités, lavés sur filtre dans l’alcool, dans lequel ils sont totalement insolubles, ont été ensuite repris par de l’eau qui les dissout très facilement, en donnant des solutions d’un brun noir intense, inodores et insipides. Ils ne donnent rien de particulier au spectroscope. Ce liquide ne teint pas directement la laine non mordancée; le perchlorure de fer ne la précipite ni ne la modifie.

Cette analyse est encore très incomplète, mais nous n’avons pu donner que les résultats obtenus à l’heure actuelle.

Etude physiologique. — Nous avons fait avec l’Ipéca strié noir des expériences sur des grenouilles et des chiens, et malgré le nombre restreint de ces observations nous pouvons conclure dès à présent que cette substance est à peu près inactive. En effet, de la poudre d'ipéca strié noir placée directement en contact avec le cœur d’une grenouille a diminué seulement d’une façon passagère le nombre de ses battements. Nous citons à ce sujet une seule expérience qui suffira, croyons-nous, pour montrer cette action.

Exp. 1.3 (personnelle). — Action de la poudre d' Ipécacuanha strié noir sur le cœur de la grenouille dépouillé de son péricarde.

Grenouille n° 1 , àe taille moyenne. — Le cœur est mis à nu ; nombre de pulsations, 74 par minute. — On met sur cet organe un peu de poudre d’Ipécacuanha strié noir. Après 1' : 74 pulsations ;

— 2' : 68 convulsions ; — 3' : 72 ; — 4' : 74 ; — 5' : 74 ; — 8' : 73 ;

— 10' : 70 ; — 12': 70; on met sur le cœur une nouvelle quantité de poudre; — 14' : 69; — 15' : 66; — 17' : 64 ; on lave le cœur; — 18' : 66; on met sur le cœur une nouvelle quantité de poudre; — 19' : 66 ; — 20' : 64. L’expérience est interrompue.

Nous avons fait, avec l’aide deM. le professeur Morat, une expérience analogue à celle que M. le D’’ Reboul a bien voulu nous connnuni(pter au sujet de l’émétine. Le tracé que nous avons obtenu nous a montré (|ue si l’Ipéca strié noir a une action sur le cœur, elle est au moins très faible.

Nous avons donné 7 grammes de poudre d’ipéca noir à un chien, et cette dose n'a produit un vomissement qu’au bout de 20 minutes, encore était-il certainement dû à l’excitation mécanique de la poudre grossière sur la muqueuse stomacale. Pour véritier cette hypothèse nous avons donné à un autre chien une décoction de 7 grammes de racine. L’animal est resté triste pendant quelque temps, a fait quelques efforts, mais n’a pas vomi, et une heure après il avait repris sa gaîté. Un autre chien, à qui nous avons fait prendre 5 grammes d’huile d’ipéca mêlée à 5 grammes d'huile d’olive, n’en a pas été indisposé le moins du monde. Nous continuerons ces expériences, mais mms pouvons, cr'oyons-nous, conclure dès maintenant que ri})éca strié noir que nous avons eu en notre pos session ne saurait être employé à la place de l’Ipécacuanha annelé et qu’il constitue une véritable falsification.

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