‹ Étude des ipécacuanhas (volume 2)Chapitre 25 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

AUTRES SORTES D ’l P É C AC U A N HA S

Nous avons étudié dans les chapitres précédents les Ipécacuanhas qui portent le nom à'annelê mineur et de 'strié noir. II nous reste, pour compléter l’étude des Ipécas fournis par la famille des Rubiacées, à décrire l’Ipécuanha annelé majeur, le strié violet, Y ondulé majeur et Y ondulé mineur. Nous allons les décrire successivement.

IPÉCACUANIiA ANNELÉ MAJEUR

Cette sorte assez commune, paraît-il, dans le commerce, bien que nous ne Payons rencontrée chez aucun droguiste de notre ville, a été décrite sous ce nom par Guibourt. Elle est beaucoup plus connue sous les noms û! Ipéca de Caf'thagène ou Ipéca de la Nouvelle-Grenade . Hanbury rapporte qu’il a reçu de Medellin (Nouvelle-Grenade) un

écliantillon de la plante avecses racines, otilajunteqne cette plante ressemble tout à fait an Ps.ychotria Ipecacuanlia. Triana, cpii en 1867 apporta de la Nouvelle-Grenade des échantillons autlientiqiies, pense qn’ils appartiennent à une espèce diflerente. H. Bâillon attribue la racine d’ipéca annelé niajenr à l’Uragoga granatensis; toutefois il ne dit pas d’une façon très affirmative si cet IJrcujofja constitue un espèce distincte ou si ce n’est qu’une simple variété de l’espèce officinale.

Examen macroscopique. — L’ipécacuanlia annelé majeur SJ })résente sous forme de fragments peu allongés et d'un diamètre de 5 à 8 millimètres. Ils sont cjdindriques et marqués d’anneaux })cu saillants ou parfois presque nuis. Leu!- coloration est d'un gris jaunâtre ou }>arfois légèrement l’ongeâtro. La section montre une écorce très épaisse, dure, cornée, un peu translucide, d’un gris brunâtre ou noirâtre, et un méditullium relativement très petit et jaune. Son odeur est forte et irritante, sa saveur âcre et amère. Cet Ipécacuanba se différencie aisément del’Ipécaciianha du Brésil par sa grosseur plus considérable, sa coloration grise à l’extérieur, la moindre épaisseur relative de son méditullium et la faiblesse de son annulation.

Les })remiers arrivages en France de cette sorte d’ipéca ne furent pas acceptés avec une grande faveur par la droguerie, parce que les échantillons, recueillis sans doute à des époques inopjiortunes, s’éloignaient trop de l’Ipéca cuanba du Brésil, comme richesse en alcaloïde, et ensuite parce qu’on le considérait comme un faux I})écacuanba très inférieur â la sorfe officinale. Mais vers 1864, l’opinion se répandit parmi les exportateurs américains que, d’après Guibourt, l’Ipécacuaidia de la Nouvelle-Grenade pouvait

l'iy'- l. — C’ijU|.g Iransvei'sale.

Hg-. — Rncinos <1 Ipponcuanha aiinolé majpur.

l'’ig. O — Section lie la racine pour montrer le rapport du diamètre do l'écorce à celui du bois.

IPECACUANHA ANNELÉ MAJEUR

être aussi actif que celui du Brésil. Ces industriels apportèrent plus de soin à la récolte de cette racine et alors l’importation en Europe ne tarda pas à acquérir une véritable importance.

D’après Lefort, qui a spécialement étudié cette substance, ripécacuanha de la Nouvelle -Grenade arrive presque toujours en caisse, quelquefois en tonneaux et' par la voie du Havre. 11 y a quelques mois encore, Planchon présenta à la Société de pharmacie des racines d’ipéca annelé majeur qui avaient été proposées à Paris enveloppées dans des feuilles de Marantha.

Examen histologique. — Nous avons fait dessiner pour la Matière médicale de M. le professeur Gauvet une coupe transversale de l’Ipéca annelé majeur que possède le droguier de la Faculté de Lyon. Nous reproduisons ici cette figure (voir planche V).

L’Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade offre la structure histologique suivante :

Suber (a) brun jaunâtre, à 5 ou 6 rangées de cellules tabulaires, recouvrant une zone de 5 à 6 séries de cellules petites, quadrilatères, un peu allongées tangentiellement. Le 'parenchyme cortical (b) est composé de cellules gorgées de fécule, disposées en séries concentriques, grandes, irrégulières, d’abord tangentielles, puis à peu près d’égale dimension dans tous les sens. En se rapprochant du centre de la racine, ces cellules se rapetissent et s’allongent dans le sens du rayon. Le liber (d) est formé de faisceaux déliés, distincts, courts, inégaux, subarrondis ou appointis au sommet et composés d’éléments délicats, à parois un peu épaissies; la cavité de cés éléments contient de la fécule. Quelques îlots d’épaississement occupent

le parenchyme cortical, au voisinage du liber. La constitution du bois (c) est peu différente de celle que présentent les mêmes couches, dans Tlpécacuaidia du Brésil. Peutêtre les fibres ligneuses i?ont-elles un peu moins épaisses ; elles contiennent aussi de la fécule.

Nous donnerons dans le chapitre suivant la description de la poudre d’ipéca aniielé majeur en décrivant les diverses falsifications de la poudre d’ipéca.

Etude chimique. — L’analyse de l’Ipécacuanha de la Nouvel le-CIrenade n’a été, à notre connaissance, faite que i)ar Lefort en 18G0. En opérant avec de la poudre privée du méditullium, ce chimiste a trouvé pour l’Ipéca annelé majeur P"', 380 d’émétine dans une première expérience et dans une seconde, ce qui donne une

moyenne de P3341 pour l’écorce de cette substance. 11 trouvait en même temps pourl’annelé mineur P'',441 d’émétine dans une première expérience et P‘',448 dans une seconde, soit une moyenne de P'',449. L’émétine qu’a retirée cet auteur est une émétine impure analogue à celle qu’étudièrent Dumas et Pelletier. 11 serait à désirer que de semblables recherches fussent reprises par les procédés actuels.

Pour Lefort, si l’Ipécacuanha de la Nouvelle- Grenade possède une composition et des propriétés qui le rappro client beaucoup de ripécacuanha de Rio, la pharmacie ne doit cependant pas remplacer Fun par l’autre. Mais si par suite de l’épuisement des forêts ou par une autre cause, l’Ipéca du Brésil venait à disparaître, ou à peu près, la médecine trouverait encore dans l’Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade un succédané excessivement précieux.

IPÉCAGUANHA STRIÉ VIOLET

Nous avons vu dans le chapitre vu que pendant longtemps on a confondu les deux sortes d’ipéca strié. Plan- CHON est le premier, en 1872, qui les ait différenciées d’une façon nette; il faut cependant dire qu’ATTPiELD avait déjà caractérisé l’espèce dont nous parlons, à' Ijpecacuanha striated elaüic

Cette sorte d’ipécacuanha est produite par le Psychotria emetica Mut. (Ronabea enietica A. Richard, — üragoga emeticaW.^i^) .Cb un arbuste des forêts ombragées de la Nouvelle-Grenade et dont voici les caractères : Souche presque horizontale, cylindrique, grosse comme le petit doigt, étranglée de loin en loin et à radicules grêles. Tige ligueuse, haute de 3 à 5 décimètres, simple, un peu pubescente; feuilles lancéolées-aiguës, brièvement pétiolées, entières, glabres en dessus, pubescentes en dessous et à stipules étroites aiguës. Fleurs en glomérules axillaires brièvement pédonculées; corolle infundibuliforme, étamines incluses; le fruit est ovoïde, bleuâtre, et renferme deux nucules plan-convexes.

t Synonymie de l'Ipécacuanha strié violet: Ipecacuanha gris cendré glycyrrhizà Lémery (Dict. drog. simples, 4f9). — Ipécaeuanha sirié Richard (Thèse inaug ). • — Ipécaeuanha strié (partim) Mérat et de Lens (Dict. mat. méd., t III, p. 643), Guibourt (Diog. simples, t. III, p. 9i). — Ipecacuanha fjlycyphlœa Vogl (Zeitschrilt des Œster. Apothekervereins). — Ipecacuanha strié Durand (Th. inaug., p. 19). — Ipecacuanha striated elastic Aitfield p^harm. Journ, sér. II, t. XI, [). 14). — Ipécacuanhn strié de la Nouvelle- Grenade Ch. Ménier (Th. inaug., p. 15). — Ipecacuanha de Sainte-Marthe, Ipécaeuanha de Carthagène du commeerc. — Iphacuanhn strié majeur Planciion.

Examen macroscopique. — L’Ipéca strié violet se présente sous forme de petites I^aguettes de 4 à 8 millimètres d’éi)aisseur, longues de 4 à 10 centimètres, droites ou faiblement courbées. Elles sont rarement sinueuses, parfois seulement un peu étranglées en quelcpies ])oints. La surface est grise ou brune, nettement striée suivant la longueur, un peu molle, se rayant sousTongle et se déprimant sous la dent. L’écorce, qui est fort épaisse, peut s’isoler du bois [)ar places en reproduisant la forme en chapelet qu(' nous avons signalée dans l’Ipéca annelé. La cassure est cireuse, sans trace d’amidon; elle est d’un brun plus ou moins foncé ou violacé, et bordée d’une écorce noire. Elle est d’ailleurs rarement homogène et le plus souvent marbrée de taches irrégulières, bien visildes sur la section nette. Le cylindre central, très grêle proportionnellement au })arenchyne cortical, est jaunâtre, compact, et n’oftre jamais de poi-es même à la loupe. L’odeur de cette racine est nulle. Si on place dans la bouche un fragment de cette substance, il se gontie légèrement et paraît à peu près insipide. dette description se rapporte absolument à ce que nous avons remarqué sur l’Ipéca strié noir, avec cette diffé rence toutefois que, dans l’espèce déjà étudiée, on trouve une grande quantité d’amidon dans le parenchyme et beaucoup de vaisseaux dans le bois. Notre Ipéca ne seraitil pas par hasard une sorte intermédiaire ?

Examinée au microsco[)e (pl. 111), cette racine se distingue iiettement de blpécacuanha annelé par V absence presque complète (mais non absolue) de fécule. Elle se comjiosc des éléments ci-après : 1" Un subci' (a) formé de cellules brunâtres et sèches. 2° \jw parenchyme cortical (b), à cellules grandes, irrégulièrement [)olyédriques

IPECACUAJN'H A STRIE VIOLET

et pourvues de parois relativement très minces. Ges cellules ne renferment pas d’amidon ; mais beaucoup d’entre elles contiennent des raphides souvent très allongées et disposées en amas serrés. 3“ Un liber (c) formé de fibres rectangulaires, irrégulières, à parois à peine plus épaisses que celles des cellules du parenchyme cortical. Ges fibres sont également plus petites que ces dernières et leur calibre diminue progressivement du pourtour de la zone libérienne à la portion la plus interne de cette zone, où elles offrent des parois épaisses. 4“ Une couche cambiale comprenant un petit nombre de cellules. 5” Un bois (d) composé de fibres de grandeur variable, mais plus grandes en général que les fibres les plus' intérieures du liber. Ges fibres ont des parois relativement peu épaisses ; elles sont disposées en séries rayonnantes et constituent la totalité du bois, au sein duquel elles forment une masse compacte, dans- laquelle on ne trouve ni vaisseaux ni rayons médullaires apparents.

Etude chimique. — L’espèce étudiée chimiquement par Pelletier sous le nom de Psychotria emetica n’est autre, d’après Mérat et comme nous l’avons déjà dit plus haut, que V Ipéca annelé brun. La seule analyse qui à notre connaissance ait été faite des racines de l’Ipéca strié violet est celle d’ATTFiELD. Get auteur a trouvé : émétine pure, 2,75; sucre de raisin, 5,39; sucre de canne ou matières analogues, 34; matières albuminoïdes, 3,02; matières grasses, fibres et sels, 54,83, pour 100 parties de substance, soumise à l’analyse. La pauvreté de cette sorte en alcaloïde est encore un point de rapprochement avec notre Ipéca strié noir. Gette sorte étant très peu active doit être

considérée comme une véritable falsification de l’Ipéca

annelé auquel, d’après certains auteurs, elle esttrèssouveiit mêlée. Pour nous, c’est surtout l’Ipéca strié noir, histologiquement caractérisé, que nous avons rencontré assez souvent dans l’Ipéca de Rio. Nous n’y avons jamais vu l’autre.

IPÉCAGUANHA ONDULE MAJEUR

Quelques auteurs font mention d’une sorte d’Ipécacuanha ondulé qu’ils nomment Ipéca ondulé majeur ou Ipécacuanha ondulé de Colombie. Cette sorte n’est point commerciale, elle est par conséquent sans intérêt pour nous.

La production de cette espèce est attribuée avec incertitude par Bâillon au Psychobàa undata, de Jacquin (Uragoga undata, H. Bn.). Nous ne décrirons pas cette espèce; toutefois, nous en donnons la figure d’après Jacquin.

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