ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE
Les premiers essais- sur l’émétine ont été faits en 1817 par Magendie et Pelletier sur des chats, des chiens et sur Thomme lui-même. Bien que ces auteurs se soient servis de préparations impures, ils ont démontré avec certitude : 1° qu’on doit attribuer l’action de l’Ipéca à l’alcaloïde qu’il contient ; 2° que l’alcaloïde de l’Ipéca possède, outre l’effet vomitif, une influence considérable sur l’estomac et l’intestin, produisant différents degrés d’inflammation de la muqueuse digestive, aussi bien après l’ingestion jper os qu’après l’injection dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans les veines. Magendie et Pelletier trouvèrent aussi les poumons des animaux tués par l’émétine dans un état d’inflammation assez intense. ScHROPP et ScHUHHARDT Ont fait des constatations analologues sur des lapins; mais Schroff nie les effets de l’Ipéca,
sur le poumon, effet affirmé par Magendie, tandis que Schuliliardt constate une rougeur plus intense de la muqueuse broncliique. Les essais de Pégholier (1862) n’ont rien apporté de nouveau au tableau de l’effet de l’émétine. 11 n'a fait qu’une description plus détaillée de l’action contro-stiraulante de l’alcaloïde sur le système nerveux central déjà indiquée par les autres auteurs. A la suite de ces expériences, il a coiistaté ; 1" une diminution des battements du cœur et de la respiration; 2° un abaissement de la température dans la bouche et dans l’oreille, en même temps qu’une faible élévation de cette température (5/10 à 7/10) dans le rectum, à cause de l’hyperhémie de l’estomac et de la partie supérieure de l’intestin; 3“ diminution de l’activité du système nerveux central, colla})Sus, paralysie des nerfs sensitifs, diminution de la motricité nerveuse et de la contractibilité musculaire. Les muscles donnaient encore de faibles contractions après la paralysie complété des réflexes. ° 11 a constaté l’action émétique de l’Ipéca après l’introduction, per os, et la faiblesse de ses effets lorsqu’il était introduit par le rectum; une action irritante sur la muqueuse digestive pouvant aller jusqu’à l’ulcération; 5“ la disparition du sucre dans le foie ; G*" enfin, l’action initante de l’Ipéca sur la peau et les muqueuses. Dyce Dugkworth (1869) a remarqué dans de nombreuses expériences, outre les modifications de la muqueuse digestive, l’hyperhémie et l’œdème des poumons et des bronches. Il a constaté que des doses plus fortes d’émétine en injections hypodermiques ou intraveineuses, tuent par paralysie du cœur, et que, si l’on n’injecte que de petites doses, la circulation du sang, peu altérée, ne diminue rapidement que quelques instants avant
la mort. Dyce Duckworth a remarqué, en, outre, qu’un chat, dont les pneumogastriques avaient été sectionnés, n’avait pas de vomissements après injection d’émétine.
En 1873 et 1874, parurent les importants travaux de d’Ornellas, Ghouppe et Polichronie. Les résultats obtenus par ces auteurs concordent assez bien, sauf en quelques points. Ainsi, d’Ornellas a prétendu avoir obtenu des vomissements après section des nerfs vagues. Polichronie sur ce sujet est complètement d’accord avec Duckworth. Ghouppe et Polichronie ont constaté une inflammation très considérable de la muqueuse digestive après injection sous- cutanée ou intraveineuse de .décoction d’ipéca ou de solution d’émétine. D’Ornellas a prétendu encore avoir, dans ces conditions, constaté sa présence dans le contenu même de l’estomac, par le fait qu’ayant donné ce contenu à des pigeons, il en a obtenu des vomissements.
En 1879, VON Podwyssotzki fit une étude assez complète des effets de l’émétine sur la grenouille, le chat et le chien. Au lieu de se servir, comme les auteurs que nous avons cités précédemment, delà substance même de l’Ipéca ou de l’émétine impure, von Podwyssotzki employa dans ses expériences l’émétine pure qu’il avait pu obtenir cristallisée par les procédés énoncés plus haut. Il en résulte que ce sont ces expériences qui doivent être considérées comme les plus concluantes. Nous indiquerons plus loin d’une façon complète les résultats auxquels il est arrivé.
Gerhardt, de Philadelphie, étudia l’action de l’émétine par la méthode endermique : il obtint des vmmissements. Schutz (1886) a expérimenté l’action de l’émétine sur les mouvements de l’estomac.
En 1879, Rutherp^ord, Vignal et Dodds étudièrent l’action cholagogue de l’Ipéca; enfin, citons encore parmi les travaux physiologiques importants, ceux de Grasset (1881) sur l’action simultanée de l’atropine et de l’émétine.
Dans ce cliapitre, nous étudierons successivement l’action de l’Ipéca et des diverses substances qu’on en retire, sur les appareils digestif, respiratoire, circulatoire et sécréteur, le système nerveux, le système musculaire et la peau. Nous nous efforcerons de résumer à ce sujet les travaux les plus importants qui ont été faits jusqu’à ce jour. Nous aurions voulu y ajouter quelques expériences nouvelles, mais le temps restreint qui nous a été laissé pour notre travail ne nous a pas permis de le faire.
ACTION SUR l’appareil DIGESTIF
Les premiers essais physiologiques qui aient été faits sur la substance qui nous occupe ont eu pour but l’étude de l’action de l’Ipécacuanha sur l’appareil digestif. On connaissait déjà ses propriétés vomitives et, comme le disaient les anciens auteurs, antidysentériques. Il fallait donc rechercher quelle était l’action directe du médicament sur la muqueuse gastro-intestinale. Un des premiers qui ait fait ces recherches est Pécholier (1862), qui se servit pour cela soit de la poudre d’ipéca, soit de l’émétine brune du commerce. Dyge Dugkworth, d’Ornellas, Giiouppe et PoLiGHRONiE Complétèrent ces travaux ; plus tard, VON Podwyssotzki, Gerhardt et Sghütz se servi-
rent dans le même but de l’émétine pure. Nous allons étudier successivement l’action sur l’appareil digestif de ripécacuanha en nature, de l’émétine du commerce et de l’émétine pure.
A. Action de l’Ipécacuanha.
Citons seulement les expériences de Pécholier qui constata, après l’introduction per os de l’Ipécacuanha, une action irritante sur la muqueuse digestive. Cette imitation , pouvait même aller jusqu’à l’ulcération. Chouppe, d’Ornellas et Polichronie ont obtenu des résultats analogues.
Nous résumerons deux expériences, l’une de Chouppe, l’autre de Polichronie, montrant, l’une, l’absence de vomissement, mais une irritation considérable de la muqueuse gastro-intestinale, après l’injection de 5 grammes d’Ipécacuanha ; l’autre, de nombreux vomissements, mais aucune altération appréciable des viscères, après l’injection de 2°'', 50 de la même substance.
Exp. 2 (Chouppe). — Injection intraveineuse de la décoction de racine d'ipéca. Mort.
Le 22 mars 1874. L’on injecte dans la veine crurale d’un Chien de petite taille le produit de la décoction de 5 grammes de racine d’ipéca dans 40 centimètres cubes d’eau (le mélange a été préalablement filtré). L’injection est faite à 3** 15; à 5 heures il ne s’est produit aucun effet. L’animal est alors renfermé dans une cabane où on le trouve mort le lendemain matin.
Nécropsie. — Les poumons, le cœur et les reins sont sains. — Estomac : muqueuse fortement congestionnée et injectée, présentant même plusieurs petites hémorrhagies, surtout dans le grand cul-de-sac. La muqueuse de toute la première portion de l’intestin grêle présente le même aspect que la muqueuse gastrique. L’ensemble des parois est œdémateux et gris transparent.
Exp. 4 (Polichronie). — Injection intraveineuse de décoction déraciné d^ Ipéca; vomissements. Mort.
Le 23 mars 1874. L’on injecte dans la veine crurale d’un chien de petite taille le produit de la décoction de 2'L50 d’ipéca. Véhicule: 20 centimètres cubes. L’injection est faite à 9'* 52. — 10'‘ 15. Vomissement. — 10'' 20, Vomissement. L’animal est affaibli et tend à se coucher. — 10’’ 25 et 10*' 35. Nouveaux vomissements. — 11 heures. L’animal ne vomit plus, mais il est triste et reste couché. — 4 heures soir. Le chien a vomi encore une fois dans la cour. Il meurt dans la nuit ; il n’a eu ni nouveaux vomissements, ni selles sanguinolentes.
Nécropsie. — A l’ouverture du chien, l’on ne trouve aucune altération appréciable d’aucun viscère.
B. Action de l’émétine du commerce.
En se servant de cette préparation "per os, Pécholier a constaté les mêmes résultats (jii’avec l'Ipéca ; de deu.x: à trois minutes environ après l’administration de l’émétine survenaient des efforts de vomissement souvent fort énergiques. Le diaphragme et les muscles abdominaux se contractaient violemment. Les lapins ne pouvant pas réaliser le vomissement, les choses en restaient là, mais l’action vomitive de l’émétine n’en était pas moins très indiquée. A mesure qu’on répétait les doses sur le même lapin et le même jour surtout, les efforts de vomissement devenaient de moins en moins prononcés et finissaient même par dis • paraître, Pécholier constatait à l’autopsie une injection considérable de la muqueuse gastro-intestinale. 11 a remarqué encore la disparition de sucre dans le foie.
Nous allons citer des expériences de d’Ornellas, de Chouppe et de Polichronie. Les conclusions de ces auteurs sont que l’émétine est le véritable principe actif de l’ipécacuanha ; que-, loroqu’ellci est injectée, elIeprovo |ue
des vomissements au moment où elle s’élimine par la muqueuse gastrique, ce qui est prouvé par le retard du vomissement. Elle occasionne, disent ces expérimentateurs, une inflammation intense de la muqueuse intestinale, et ils en concluent son action substitutive dans la diarrhée et la dysenterie.
Expérience 1 (Ghouppe). — Injection sous-cutanée d’émétine. Mort en deux jours.
Le 16 février 1874, sur un chien de forte taille, l’on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané et par trois piqûres, la solution suivante: émétine 0=’',20; eau, 15 centimètres cubes; alcool, 5 centimètres cubes. Trois heures après l’animal est faible, triste, mais il ne vomit pas. — 17. L’animal va bien. — 18. Sans que l’on ait fait subir au chien aucune nouvelle manœuvre, il a deux selles sanglantes. — 19. Il va bien, n’a pas eu de nouveau de selles sanglantes; on lui injecte alors sous la peau, en cinq piqûres, la solution suivante : émétine 0s‘',50; eau, 16 centimètres cubes ; alcool, 9 centimètres cubes. L’animal meurt dans la matinée du 20. A la nécropsie l’on trouve une congestion assez vive de la muqueuse intestinale.
Exp. 3 (Policbronie). — Chien tué en deux heures et demie par injection répétée de petites doses d'émétine.
1874. Chien de moyenne taille, vigoureux. — 2'' 30. Injection sous-cutanée de 0='‘,10 d’émétine. — 2*' 50. Aucun effet. Injection sous-cutanée de O®"", 05. — 3** 10. Vomissement. Injection de 0s'’,05. — S** 55. Vomissements répétés. L’animal est un peu triste. Injection de O^^OS, — A*" 10. Animal affaibli, ne vomit plus; nouvelle injection de Os^lO. — 4*“ 45. Même état, et de plus, un peu . d’excitation. Injection do O^LlO. — 5 heures. L’animal meurt sans aucune convulsion après s’être affaibli de plus en plus.
Nécropsie. — Aucune lésion viscérale. L’estomac, le duodénum et leur contenu sont mis dans l’alcool pour en faire un extrait. On n’y trouve pas d’émétine.
Exp. 5 (d’Ornellas). — Chienne tuée en six quarts d'heure par 24 centigrammes d' émétine en injection sous-cutanée : convulsions et efforts pour vomir atroces et sans résultats; injection rouge noirâtre de tous les viscères; injection rouge noirâtre de la muqueuse gastrique et intestinale, la rectale étant saine. On démontre la présence de l'émétine dans le foie.
Le 27 mars 1874. Petite chienne ratière, du poids de 6 kilogrammes, bien portante. — 3 heures. G., 86 à 92. Pouls, 84. R., 16 ; T. R., SQ”, 3; à jeun. — A 3'“ 15. Injection sous-cutanée de 24 centigrammes d’émétine. Solution nitrique à 50“. L’injection est faite sous la peau des deux flancs en quatre points differents et de chaque coté, c’est-à-dire en huit seringuées, soit un total de 12 grammes de liquide. — 3'' 43. Vomissement d’une petite quantité de liquide écumeux d’un jaune vert clair ; puis régurgitation. — 3'* 50. Vomissement plus abondant teint par la bile. — 4 heures. L’animal fait des efforts terribles pour vomir et n’y parvient pas. Il se traîne poussé par ses membres postérieurs, parce que les antérieures ne le soutiennent plus. Les efforts pour vomir continuent sans succès. La chienne se couche de tout son long dans un coin, sans pouvoir se mouvoir. Les souffrances et les efforts pour vomir sont extrêmes
4*“ 5. Couché de tout son long sur le côté droit, comme mourant, l’animal ne parvient plus à vomir malgré ses efforts. Diarrhée. — 4M8. G., 160 à 166; Pouls, 152 à 160; R., 52; T. R. 33»,8. L’animal continue à faire des efforts de vomissement avec état convulsif, qui le fait se traîner et se coucher alternativement. — 4** 30. Urine abondante. — 4'' 35. Mort.
Nécropsie. — A 4^ 50. La chienne est encore toute chaude. Tous les organes sont congestionnés, couleur violacée et claire presque partout, car partout il y a des congestions. Poumons distendus par l’air, ils s’affaissent à l’ouverture de la trachée. Ils sont sains, d’une couleur violacée, claire, et quoique gorgés de sang, ils surnagent. Cœur distendu par du sang rouge noirâtre, très liquide. Les grosses veines sont distendues de même par du sang ayant les mêmes caractères. Le cœur est arrêté en diastole. Bouche et
œsophage pleins d’écume. Estomac énorme, distendu par une écume très visqueuse; vésicule biliaire distendue par de la bile; duodénum très injecté ; jéjunum injecté aussi, mais moins, et sa muqueuse injectée se voit mieux en raclant la couche de mucus adhérente à la surface. Iléon plus injecté, mais perdant complètement l’injection, et se présentant à l’état sain, 15 centimètres avant la valvule iléo-cæcale. Celle-ci est injectée intérieurement, mais beaucoup moins que le gros intestin. Rectum presque sain. Mésentère très gorgé de sang noir dans toutes ses veines. Reins très congestionnés, cerveau et méninges très gorgés de sang noir. L’extrait injecté dans le tissu cellulaire d’un pigeon produit le vomissement.
G. Action de l’émétine pure et de ses sels.
Djee Duckworth a employé l’acétate d’émétine soitjser os, soit en injections sous-cutanées. Nous résumerons plus loin deux de ses expériences. C’est également soit le même sel, soit l’émétine pure qu’ont employés dans leurs expériences von Podwyssotzki et Schütz. Le second a pu obtenir les tracés des contractions stomacales.
Expérience 1 (Djee Duckworth). — Injection sous-cutanèe d'acétate d'émétine sur un chat.
Il injecte une solution d’acétate d’émétine (20 cgr. dans 40 gr. d’eau) en deux places sous la peau d’un chat vigoureux. Au bout de 15' T. R. 40°, IG. — 20' vomissements d’un mucus écumeux (l’estomac était vide). Onze heures après le commencement de l’expérience T. A = 38°, 8; ’f.R. = 40®, 1. — 14 h. Injection sous la peau de 7 centigrammes d’acétate d’émétine, T. R. = 39°,73. L’animal refuse toute boisson et nourriture. Les paupières sont presque fermées. — 19 h. T. R. 38°, 88, l’animal pousse des cris. — 22 b. Evacuations alvines de matières liquides; T. R. 39°, 4. Les matières examinées au microscope montrent les corpuscules muqueux et les cristaux de phosphate. — L’animal meurt trente-trois heures aptes le début de l'expérience.
A la nécropsie, on remarque des ecchymoses aux points d’injection. Poumons non affaissés, couleur normale. Un peu d’emphysème à la partie supéro-antérieure, œdème postérieur et un peu de congestion de la trachée. A l’examen du cœur on trouve du sang coagulé dans le ventricule droit. Vésicule biliaire pleine. L’estomac est contracté et rempli de mucosités visqueuses. Sa paroi est congestionnée. Congestion de tout l’intestin, excepté la portion inférieure de l’iléon qui est saine, mais pleine de mucosités. Cæcum normal. Côlon congestionné. Rate presque exsangue.
Exp. 2 (Dyce Duckworth). — Ingestion per os d' acétate d'é métine.
On donne 7 centigrammes d’acétate d’émétine par la bouche à un jeune chat vigoureux. Vomissement en 5'. Dépression consi dérable. Mort en 12 heures après de nouveaux vomissements.
Nécropsie. — Poumons pâles et emphysémateux aux sommets et aux bords antérieurs. Œdème des bases. Congestion légère de la trachée et des bronches. Cœur droit distendu et présentant des caillots. Estomac contracté, sa muqueuse est congestionnée modésément mais uniformément. Injection de la muqueuse intestinale, à l’exception de la partie inférieure de l’iléon, du cœur et du côlon. Foie normal ; un peu de congestion de la veine hépatique.
Exp. 3 (von Podwyssotzki). Injection sous-cutanée d' émétine.
Gros chat gris. — 9'' 30. Injection sous-cutanée de 2 centigrammes d’émétine — 9** 55. L’animal commence à se lécher et à éternuer. — 10'* . Il se lèche continuellement. — 10'’ 50. Vomissement ; les matières vomies analysées ne contiennent pas d’émétine. — 11 heures. L’animal est tranquille. — lU 15.11 montre un peu d’inquiétude. — 11'* 51. L’animal a repris son calme et même sa gaîté.
Exp. 4 (von Podwyssotzki). Injection sous-cutanée d'émétine.
Gros chat noir. — lO** 40. Injection sous-cutanée de 4 centigrammes d’émétine. — 10'' 50.11 commence à se lécher et à miauler. — 11'' 10. Vomissement et selles. — 11'' 25. Vomissement, l’animal se lèche continuellement et fait de continuels efforts pour
Tomir. — 11'' 45. Vomissements répétés. — 11'* 50. Selles et émission d’urine accompagnées d’une grande faiblesse. Pendant la nuit, rien d’extraordinaire. — 10'* 45 du matin. Nouvelle injection de 10 centigrammes d’émétine. — 11 heures. L’animal se lèche très souvent. Il se met à gémir vers 11'* 30. — 11'* 35. Vomissement. — 11'* 45. Vomissement de glaires écumeuses. — 1'* 10. Faiblesse extrême, tremblements. Minuit, mort.
La nécropsie montre dans les intestins, jusqu’au côlon, ainsi que dans l’estomac de nombreuses traces ecchjmotiques rouges et une congestion des capillaires. La base de l’un des poumons est un peu hyperhémiée.
Exp. 3 (von Podwj'ssotzki). — Injection sous-cutanée de 0,05 d'émétine. Mort.
Gros c/m# brun. — 11'* 30. Injection sous-cutanée de 5 centi grammes d’émétine. — O** 30. Gomme il ne s’était passé aucun phénomène, nouvelle injection de 5 centigrammes. — 4'* 5. Vomissement muqueux se répétant à 4** 20, 4'' 30, 4'* 35, 5** 30, 5'* 40. Enfin l’animal reprend son calme mais meurt le lendemain à 6 heures du matin.
La nécropsie montre une hyperhémie de tout le tube intestinal.
Polichronie cite encore un certain nombre crexpériences qui arrivent au même résultat.
Exp. 4 (von Podwyssotzki). — Injection sous- cutanée d'émétine.
Chien caniche de taille moyenne. — 9'* 45. Injection sous-cutanée de 5 centigrammes d’émétine ; T. R. Ob'*,!. — 10'* 45. Vomissement, T., R. 30°, 9. — IP 55. Vomissement de matières très liquides et écumeuses se reproduisant à 11'* 45. — 12'* 45. T. R. 38°, 7. Nouvelle injection de 4 centigrammes d’émétine. — 3'* 5. Vomissement; T. R. 38°, 7. L’animal est faible, selle verdâtre. Vomissements se reproduisant le lendemain ; dans la second nuit, selles sanguinolentes. — 3® jours, 9 heures du matin. Ecoulement rectal continu muqueux et sanglant. T. R. 32°, 5. Faiblesse extrême. — 4 heures. Mort sans convulsion.
Nécropsie — Muscles de couleur foncée, secs; sang liquide et de
la couleur du goudron. Cœur très distendu. Muqueuse trachéale très sèche. Muqueuse stomacale hyperhémiée. On trouve dans l’estomac des glaires noirâtres ou d’un brun vert. Muqueuse intestinale d’une teinte écarlate foncé; elle est couverte de glaires sanglantes. La congestion du cæcum est moins forte; elle diminue encore dans le reste du gros intestin.
Les mêmes lésions ont été observées par Podwjssotzki dans lin grand nombre d’autres expériences.
Exp. 5 (Schütz). — Action de V émétine sur les contractions de V estomac, étudiées après la mort.
Chien de taille moyenne. — • 10*' 45. Injection de 12 centigrammes d’émétine dansla jugulaire : inquiétude, convulsions. — 10'* 50. Etat comateux, battements du cœur très fréquents mais faibles; ralentissement de la respiration. — 10'* 55. Mort par hémorrhagie. — 11 heures. Ouverture de la cavité abdominale; les mouvements péristaltiques de l’intestin ne sont pas exagérés.
Il'* 1. Introduction de l’estomac dans la chambre humide. Cet organe montre aussitôt des contractions vives, atypiques (en long et en travers) ; des constrictions ont lieu en divers points, surtout au cardia et au pylore, soit en même temps, soit séparément. Les contractions qui se montrent en divers points donnent à l’estomac une forme irrégulière ; mais il n’y a pas de changement de forme persistante pendant le repos. Une heure après l’introduction de l’estomac dans la chambre humide on observe encore des contractions spontanées. L’excitabilité électrique est normale.
Les expériences que nous avons faites, avec l’aide de M.le professeur Morat, sur l’estomac des grenouilles n’ont pas pu nous donner de conclusions précises, car sous l’inliuence de n’importe quel liquide (le lait lui- même, l’eau salée, etc.) l’estomac de la grenouille se contracte, l’action de ripéca ne peut donc produire qu’un effet du plus au moins très difficile à apprécier, même à l’aide des graphiques.
En résumé, on peut voir d’après les expériences que nous avons citées plus haut que Y Ipècacuanha et Yêmêtine agissent sur le tube digestif en irritant fortement la muqueuse gastro-intestinale et en excitant les contractions stomacales ainsi que les mouvements péristaltiques de l’intestin. En même temps ces substances augmentent la sécrétion des glandes de la muqueuse. Nous verrons plus tard quelle importance peut avoir la connaissance de ces faits physiologiques pour l’explication de l’utilité de l’Ipéca dans la diarrhée et la dysenterie.
Les contractions de l’estomac, sous l’influence de l’Ipéca, produisent le plus souvent le vomissement. Nous verrons à la fin de ce chapitre qu’il y a là aussi, à n’en pas douter, une action de l’Ipéca sur le système nerveux.
Etudions maintenant l’action de l’Ipécacuanha sur les annexes du tube digestif, et tout d’abord son action sur le foie. PÉGHOLiER avait remarqué, ainsi que nous l’avons dit, que le sucre diminuait dans le foie des animaux soumis à ses expériences. Rohrig, Rutherford, Vignal, Labbé, Dodds, ont étudié avec soin l’action de la substance qui nous occupe sur la sécrétion biliaire. Rutherford fut conduit à ces recherches par l’observation que l’Ipéca donne lieu à des évacuations contenant une forte quantité de bile. Il fit avec l’aide de Robert Ghristison des expériences sur des chiens avec des doses variant de 20 centigrammes à 4 grammes de poudre d’ipéca. Il obtint une hypersécrétion biliaire. G’étaitbien là une excitation de la fonction hépatique, car, le canal cystique ayant été lié, on ne pouvait attribuer cette émission de bile à la contraction de la vésicule biliaire ; on ne pouvait lui attribuer comme cause la contraction des canaux biliaires, car l’hypersécrétion se
prolongea trop longtemps. Rntherford conclut de se& expériences que ripécacuanlia possède à un très haut degré le pouvoir d’activer la sécrétion de la bile. Les travaux des auteurs cités plus haut n’ont fait que confir mer ces données, et nous verrons que ces recherches physiologiques ont reçu en Angleterre et en Amérique une large application thérapeutique.
L’action de ripécacuanlia et de l’émétine sur le cœur est non moins évidente que celle que nous leur avons rereconnue sur l’appareil digestif. Nous suivons dans celle étude la même marche que dans la précédente.