‹ Étude des ipécacuanhas (volume 2)Chapitre 7 sur 44 · HUILE · texte numérisé non relu

HUILE

Cette substance, reconnue dès les premières analyses de ripécacuanha, s’obtient en traitant la poudre d’ipéca par de l’éther sulfurique ou de l’éther de pétrole ; elle est

jaune clair, sa couleur rappelle un peu celle de l’huile d’olive tout en étant légèrement plus rougeâtre. Elle se trouve en petite quantité dans l’Ipéca annelé. Outre cette huile, l’éther retire encore de l’Ipéca une matière grasse résineuse non encore étudiée. Von Podwyssotzki en traitant l’extrait éthéré d’ipéca par de l’hydrate de baryte a obtenu une substance d’une belle couleur pourpre. « On l’obtient, dit-il, en mélangeant quelques centimètres cubes d’extrait éthéré avec l’hydrate de baryte solide ou dissous ; la liqueur devient d’un rouge pourpre, soit immédiatement, soit après l’avoir agitée pendant quelques minutes. Von Podwyssotzki a réussi à isoler cette matière colorante qu’il a reconnue être un acide et qu’il a pu faire cristalliser en aiguilles d’un jaune paille. Il lui a donné le nom di Èrijthrocêphæline et il a reconnu que les racines qui en renfermaient le plus étaient aussi celles qui fournissaient de l’émétine en plus grande abondance.

Maintenant que nous avons décrit les principales substances que l’on trouve dans l’ipécacuanha annelé et que nous avons donné leur mode de préparation, il nous reste à indiquer d’une façon sommaire en quelle quantité elles se trouvent dans la racine. Les recherches ont porté surtout sur les dosages de l’émétine et, il faut bien l’avouer, les résultats sont loin d’être identiques. Ceci provient évidemment de la diversité des méthodes, mais peut-être aussi des sortes étudiées et de l’époque de l’année où les échantillons ont été recueillis, La plupart des chimistes qui ont étudié l’Ipécacuanha ne se sont pas toujours assurés de la substance employée, car, comme nous le verrons plus loin, les falsifications de l’Ipéca sont nombreuses, qu’elles soient volontaires ou qu’elles proviennent du peu

de soins accordés à la récolte dans les pays d’origine.

D’autre part, nous savons que dans nos plantes indig'ènes la quantité d’alcaloïde contenue dans les rhizomes, les bulbes et les racines varie dans d’assez fortes proportions suivant l’époque de l’année où on les recueille; pourquoi n’en serait -il pas de même de l’Ipécacuanlia ?

Ceci posé, voyons rapidement le résultat des analyses des principaux chimistes qui se sont occupés de cette question.

En 1817, Pelletier trouvait dans l’Ipéca gris noirâtre, qu’il appelait par erreur Psychotria emetica,

16 pour 100 d’émétine impure pour l’écorce et 1,15 pour 100 dans la partie ligneuse. Une autre variété d’ipéca annelé, auquel il donne cette fois son vrai nom, lui a fourni 14 parties d’émétine pour lOO parties d’écorces.

En 1853, Laprat dit qu’un bon Ipéca renferme de 6 à 7 pour 100 d’émétine.

En 1869, Attpield a ti’ouvé pour 100 parties d’ipéca

17 d'émétine impure ou 10 d’émétine pure.

La même année, Lefort avait trouvé 1 pour 100 d’émétine. En 1874, Legrip, dont les recherches sont consignées complètement dans la thèse de Polichronie, indiqua 5“'’, 8 d’émétine pour 100 grammes de racines. Depuis cette époque les recherches ont été nombreuses à ce sujet.

VuN PoDWYSsoTSKi, qui le premier a obtenu l’émétine nettement cristallisée, indique que dans les bonnes qualités on peut trouver de 7 décigrammes à 1 gramme d’éméûne, et seulement 25 à 40 centigrammes dans les qua lités inférieures.

Lôsch a fait l’analyse de ripécacuanha par cinq métliodes différentes : la méthode de Stass, de Dragendorf, etc., lui a donné 0,72 d’émétine; celle de Claus 0,8 pour 100 d’émétine, celles de Wagner, Husmann, Marmé, Schültz, etc., lui ont fourni 0,55 pour 100 d’alcaloïde ; celle de Meyer, 0,475 pour 100 de la même substance, et enfin la sienne propre, 0,875 pour 100 d’émémétine. En 1887, Flückiger obtient par sa méthode 1 pour 100 d’alcaloïde. Lignon, par la sienne, a trouvé 1,45 pour 100. Tout dernièrement, Kremel a obtenu par sa méthode 1,80 pour 100 d’émétine.

On peut donc, à notre avis, admettre que l’Ipéca annelé mineur de bonne qualité doit contenir en moyenne de 0,8 à 1 ,50 d’émétine, résultats qui varient beaucoup pour les raisons énoncées plus haut, mais qui peuvent néanmoins permettre de déceler les fraudes, car il ne faudrait pas accepter une racine titrant moins de 0,7 pour 100 d’alcaloïde.

M. Florence étudie en ce moment à notre prière l’Ipéca de Rio; il a suivi, dans cette analyse nouvelle, rigoureusement la marche analytique édictée par Dragendorf et Schlagdenhauffen comme donnant le plus de sécurité et devant laisser dans leur état d’intégrité le plus grand les principes immédiats de racines. •

Le traitement par l’éther de pétrole delà poudre d’ipéca desséchée convenablement lui a donné l’huile dont il étudie en ce moment même par saponification les divers acides gras. L’éther ordinaire, desséché sur le chlorure de calcium, lui a laissé par évaporation une petite quantité de la substance que von Podwyssotzki a appelée erythrocéphæline et que cet auteur considère comme un principe

défini capable de s’unir ainsi qu’on l’a vu, à la baryte pour donner un sel parfaitement cristallisé. Selon M. Florence, ce corps très faiblement acide est un mélange de plusieurs substances que les dissolvants neutres permettent facilement de séparer. Ainsi l’alcool la dissout partiellement en laissant une masse poisseuse insoluble dans l’eau et très partiellement soluble dans les hydrates alcalins. Cette masse poisseuse examinée directement au microscope était formée d’une substance amorj)lie servant de gangue à de magnifiques petits cristaux rliomboédriques.

Le traitement par l’alcool absolu de la poudre d’ipéca épuisée préalablement par les dissolvants ci-dessus a donné une grande quantité d'un extrait d’une belle couleur brune que l’eau a dissous en très grande partie, ne laissant qu’un résidu d’aspect gommeux. Cette solution, filtrée et acidulée par de l’acide sulfurique jusqu’à réaction franche, a été épuisée par agitation dans un entonnoir à boule par l’éther de pétrole, la benzine, le chloroforme, l’alcool amylique. La solution a été alcalinsée ensuite par de l’ammoniaque et épuisée par les mêmes dissolvants, pris dans le même ordre. La benzine et le choroforme agissant en solution alcaline ont seuls donné des résultats intéressants : ce sont des alcaloïdes dont l’un est l’émétine et l’autre à réactions différentes ne donnant aucune de celles de l’émétine, précipitant toutefois très franchement par les l'éactifs généraux des alcaloïdes. Cet alcaloïde nouveau, en raison des précautions prises pour n’altérer en rien, par aucun réactif énergique, les principes immédiats, doit exister dans ripécacuanha et ne semble pas pouvoir être considéré comme un accident de préparation. 11 ne ci'istallise pas et sa solution sulfurique n’a pas cristallisé non plus

jusqu’ici. M. le professeur Glénard a, paraît-il, déjà entrevu l’existence d’un deuxième alcaloïde dans l’Ipéca/ il dit toutefois que l’altérabilité excessive de l’émétine doit engager les expérimentateurs à se mettre en garde contre des conclusions trop précipitées. Aussi jusqu’à nouvel ordre M. Florence fait-il toutes ses réserves au sujet de ce nouvel alcaloïde qu’il se propose d'étudier et dont nous avons vu nous-même les réactions toute différentes de celles de l’émétine.

En résumé, la racine d’ipécacuanha annelé mineur contient donc un ou plusieurs alcalo'ïdes, dont un seul est jusqu’ici bien connu, Vémétine. Cette substance, bien définie maintenant, cristallise nettement et donne en se combinant avec les acides des sels également cristallisables. Nous montrerons dans le chapiti'e suivant que c’est bien certainement cet alcalo'ïde qui est le principe actif de l’ipécacuanha et qu’il possède à peu près complètement les [iropriétés de l’Ipéca en nature. Ce n'est pas à dire pour cela que les autres alcaloïdes que nous n’avons fait qu’entrevoir n’aient pas aussi une activité propre; nous nous réservons de faire avec eux des expériences physiologiques dès que nous aurons pu les obtenir à l’état de pureté.

On trouve encore dans la racine d’ipéca un glucoside particulier, bien défini, que nous avons décrit sous le nom de céphæline, une huile non encore complètement étudiée, du sucre de canne, de l’albumine, de l’amidon et d’autres substances moins importantes. Quant à l’existence de Vacide lyécacuanhique, elle reste encore à vérifier. Peut-être même, comme le pense M. Glénard, n’est ce là qu’un produit de décomposition.

Nous continuerons cette étude avec l’aide de M. Flo-

rence et nous espérons pouvoir bientôt avoir des données plus complètes sur les alcaloïdes de Tlpécacuanha et sur leur action physiologique. Nous nous proposons également d’étudier les elfets de l’huile, de la céphæline et des autres substances que l’on peut retirer de la racine d’Ipécacuanha.

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