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ACTION SUR LES TEGUMENTS

Nous terminerons l'étude des actions physiologiques de l'Ipécacuaiiha par l'examen des effets qu'il produit sur le tégument lorsqu'on l'applique à l'extérieur. Quand on frictionne la peau avec une pommade à base d'émétine ou d'Ipéca, il se produit bientôt une vive irritation. Des pustules se forment en grand nombre, mais elles sont indolores et ne persistent pas très longtemps. Turnbull (1842) et Deliouxde Savignag sont ceux qui se sont le plus occupés de cette question. Citons en terminant trois expériences de Dycb Duckworth qui montrent l'action irritante de l'Ipéca ou de son alcaloïde lorsqu'on en fait une application sur la conjonctive.

Expérience 1 (Dyce Duckworth). — lpècacuanha appliqué sur la conjonctive. — On place un peu de poudre d'Ipéca sur la paupière gauche d'un jeune lapin. En cinq heures, légère congestion. On met encore un peu de poudre. — En vingt-quatre heures les paupières sont adhérentes, les cartilages tarses sont rouges, les conjonctives enflammées et très œdématiéos. La cornée et l'humeur aqueuse paraissent opaques. — Le cinquième jour la conjonctive est encore congestionnée. — Lo sixième jour la congestion diminue un peu. La cornée est épaisse. Hypersécrétion de mucosité*.

Exp. 2 (Dyce Duckworth). — Ipéca appliqué sur la conjonctive. — L'expérience est faite dans les mêmes conditions que la précédente. — Il se produit en vingt-quatre heures une conjonctivite et une kératite graves. — Le troisième jour la cornée est encore irritée, la conjonctive enflammée sécrète davantage.

Exp. 3 (Dyce Duckworth). — Èmétine appliquée sur lacon* jonctive. — Un peu d'émétine est placé en dedans des paupières d'un jeune chat. — En douze heures congestion et œdème avec

photophobie. — En vingt-quatre heures production considérable de matières pur i formes. — Quatrième jour : moins d'irritation de la conjonctive, cornée opaque; elle finit par se perforer. — Le cinquième jour la conjonctive a repris son état normal, mais la cicatrisation de la cornée ne s'opère pas.

D'après Dyce Duckworth, l'émétine appliquée sur le prépuce ne produit pas tout (Tabord une irritation ; celle-ci n'apparaît que le second jour. Le troisième jour, il se forme une ulcération superficielle et un engorgement des ganglions inguinaux. Cette ulcération se guérit vers le cinquième jour, et l'épithélium détruit commence à se reformer.

En résumé, on voit donc que l'Ipécacuanha et l'émétine ont une action irritante sur la muqueuse et sur la peau. Lorsque cette action s'exerce sur une muqueuse déjà enflammée, elle peut avoir une action substitutive et rempla cer, comme on dit, une inflammation de mauvaise nature par une inflammation qui peut facilement disparaître. Nous reviendrons sur ces faits, quand nous traiterons de la thérapeutique de Tlpécacuanha.

Cette substance a aussi une influence très marquée sur le cœur, l'expérience trOs démonstrative de M. le D r Reboul et les nombreux travaux de von Podwyssotzki le prouvent avec la dernièro évidence. Le tonus du cœur et la pression sanguine intracardiaque sont d'abord augmentés, puis le nombre des battements diminue dans de fortes proportions, les pulsations des oreillettes cessant moins vite que les pulsations cardiaques. On remarque aussi, d'après von Podwyssotzki, une diminution de la pression sanguine dans les artères. Pécholier et Mourson ont constaté également un abaissement notable de la tempe-

rature et plus spécialement dans la région où s'élimine le médicament.

Les poumons deviennent exsangues, dit Pécholier ; on remarque, au contraire, une congestion pulmonaire avec hépatisation rouge, disent d'autres expérimentateurs. Ceci nous prouve que tout n'est pas dit sur cette question et que de nouvelles expériences seraient désirables. Veràrdini cependant reconnaît que l'action de l'Ipéca sur le poumon n'est pas la même que celle de l'émétine sur le même organe. Le premier amène de l'ischémie ; la seconde, au contraire, produit une hyperhémîe très marquée.

Nous pouvons en dire tout autant de l'action de l'émétine sur le système nerveux. Toutefois, on peut admettre comme démontré que cette substance agit sur le pneumogastrique, puisque la section de ce nerf empêche le vomissement. D'autre part, von Podwyssotzki a constaté sur les grenouilles une paralysie progressive à la suite de l'empoisonnement par l'émétine.

L'étude de l'action de l'Ipécacuanha sur les muscles striés est certainement à reprendre, en présence des conclusions contradictoires des auteurs qui se sont occupés de cette question.

Quand nous avons commencé notre travail, nous nous étions promis d'expérimenter l'action de i'Ipécacuanha sur les fibres utérines, mais il nous a été impossible de mener à bien nos expériences; nous espérons les continuer dans la suite.

Enfin, nous terminerons cette étude en signalant l'action de l'émétine et de l'Ipéca sur la peau, action dont nous verrons dans le prochain chapitre les applications thérapeutiques.

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