CHAPITRE V
Les emplois thérapeutiques de l'Ipécacuanha sont excessivement nombreux, ce qui est facile à comprendre lorsqu'on connaît les actions physiologiques multiples de ce médicament. Pour simplifier cette étude nous énumérerons d'abord les différentes maladies dans lesquelles l'Ipécacuanha a été donné avec succès, puis nous essayerons de grouper les indications principales de l'Ipéca en les rapportant à ses propriétés physiologiques. Nous diviserons pour plus de facilité les maladies que nous devons examiner en maladies des organes digestifs, de l'appareil respiratoire, du système nerveux, maladies générales, maladies de femmes et maladies des enfants. Nous terminerons enfin par quelques mots sur les applications externes de la substance qui nous occupe.
L'historique de cette question est difficile à faire, car
si l'on peut préciser qu'au début l'Ipéca était surtout employé pour combattre la dysenterie, le nombre de ses applications thérapeutiques s'est accru considérablement avec rapidité, et il est peu de noms de cliniciens qui ne se trouvent plus ou moins mêlés à cette histoire. Nous traiterons donc, quand il sera nécessaire, l'historique de la question à propos de chacune des maladies que nous allons successivement passer en revue.
MALADIES DE L'àPPARBIL DIGESTIF
Dyspepsie. — Napheys croit à l'efficacité de l'Ipécacuanha contre les dyspepsies qui sont liées à des troubles de la sécrétion biliaire. Il le donne avant le repas sous forme de pilules et uni à la rhubarbe. L'Ipéca pourrait aussi dans cette affection être combiné avec un sédatif.
Hématémèses. — L'Ipécacuanha exerce souvent une influence salutaire sur les vomissements de sang ; il faut alors l'employer aux doses qui sont prescrites d'habitude contre les hémoptysies.
Vomissement. — Nous verrons plus tard l'utilité de l'Ipécacuanha contre les vomissements du choléra et ceux de la grossesse. Nous ne nous occuperons ici que des autres modes de vomissements. En 1859, Douglas Gh. Phillips établit le bon effet de l'Ipéca pour combattre les vomissements obstinés et continus, quand l'estomac n'était
pas lésé primitivement. R. Hughes G. H., d'Edimbourg (1869), cite quelques observations de vomissements guéris par une dose très faible de teinture d'Ipéca (7/10 mmgr.de la substance pure) prise trois fois par jour. C'est là, à n'en
pas douter, une formule homéopathique. Sydney Ringer (TherapeuticSy 1878) indique l'utilité de l'Ipécacuanha dans les cas suivants : 1° le vomissement matinal des ivrognes; 2° le vomissement matinal accompagnant souvent la faiblesse et qui existe chez les convalescents des maladies aiguës; 3° le vomissement des petits enfants; 4° le vomissement hystérique; 5° le vomissement du cancer de l'estomac.
Les vomissements de la fièvre typhoïde sont souvent arrêtés par l'administration de l'Ipéca; toutefois cette médication est contre-indiquée après le dixième jour.
Indigestion ou désordres gastriques. — L'Ipécacuanha rend de grands services dans ces affections et amène rapidement un soulagement suivi bientôt de gué rison. Higginbottom vante son efficacité contre les désordres gastriques persistants; il indique alors comme traitement tout d'abord l'Ipéca, puis une boisson saline gazeuse, la diète lactée et une nourriture légèrement féculente; la guérison est alors rapide.
Diarrhée. — On trouve déjà dans le Journal de médecine de 1795 l'indication de l'Ipéca comme étant le remède le plus convenable pour arrêter une diarrhée tenace, grâce, disait-on, à ses propriétés évacuantes et astringentes. Mais c'est surtout dans la seconde moitié du siècle que des essais nombreux ont été pratiqués à ce sujet. En 1869, Douglas Phillips dit que l'Ipéca est très utile pour amender la diarrhée. En août 1873, Bourdon employa pour la première fois des lavements de décoction d'Ipéca. 11 avait été conduit à cette pratique par la constatation des effets vomitifs si fréquents à la suite de l'administration de la racine brésilienne. Il faut citer enfin les travaux
dé Thorowgood (1873), Chouppe (1874), Polichronie (1874) f , Delioux de Savignac (1874) et Constantin Paul (1874 et 1875).
De tous ces travaux il résulte que l'Ipéca, soit en potions, soit en lavements, a une action curative très nette dans les diarrhées chroniques, dans celle des tuberculeux, dans la diarrhée simple ou catarrhale liée à un embarras gastrique, dans les diarrhées bilieuses des pays chauds ou des pays tempérés pendant la saison chaude. Nous parlerons plus loin de l'efficacité de l'Ipéca dans la diarrhée infantile.
Dans tous ces cas on peut employer soit l'Ipéca à la brésilienne, la potion de Parry donnée par cuiller à café deux ou trois fois par jour, ou enfin les lavements d'Ipéca de Bourdon qui ont réellement rendu de très grands services, bien que Moutard -Martin, après deux insuccès, les ait jugés plus nuisibles qu'utiles. Résumons, en terminant, les principales observations de diarrhée guérie par cette médication :
Observation I (Chouppe). — X..., phthisique parvenu à Ja période cachectique, caverne dans les deux poumons, sujet depuis trois mois à une diarrhée abondante fétide (douze à quinze selles par jour), traitée sans succès par l'opium. — 9 et 10 septembre. Deux lavements d'Ipéca à 10 grammes 8 . — 11 septembre. Dispa-
1 Voici à ce sujet les conclurions de sa thèse : i° Dans la dysenterie comme dans les diarrhée?, l'Ipéca, administré en lavement produit les mêmes effets que lorsqu'il est donné par la bouche. 2° Dans la diarrhée des tuberculeuses, quelle que soit la période, les lavements d'Ipéca donnent de bons résultats; ils peuvent être employés avec avantage pour combattre les sueurs profuses des phthisiques.
2 Chouppe donne toujours deux lavements par jour, le premier entre ? et 8 heures du matin, c'est- à dire deux heures avant le repas; celui du soir vers 8 heures, c'est-à-dire au moins trois heures après le dernier repas. De -celte manière il n'a jamais observé de vomissement. (Voir le mode de préparation à la pharmacologie.)
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rition complète de la diarrhée, le malade n'a eu que trois garderobes depuis le premier lavement. La diarrhée reparaît le 25 et est arrêtée le 27 par deux lavements d'Ipéca, pour ne plus reparaître.
Obs. II (Ghouppe). — Homme, quarante-sept ans, troisième période de la phthisie; durée de la diarrhée avant le traitement, trois mois et demi. Cinq à six selles par jour, guérison complète après huit lavements. Cet homme étant mort un mois après, sans diarrhée, on constata à l'autopsie qu'il n'y avait pas de lésions intestinales.
Obs. III (Ghouppe). — Homme, vingt-quatre ans, période cachectique de la phthisie. Diarrhée depuis quatre jours, vingt-cinq à trente selles dans les vingt-quatre heures. Guérison complète après six lavements. Meurt quinze jours après sans diarrhée. Aucune lésion intestinale.
Obs. IV (Ghouppe). — Homme, trente-trois ans, deuxième période de la phthisie. Diarrhée depuis trois semaines, quinze à vingt selles par jour. Guérison après six lavements. Mort cinq jours après sans diarrhée. Aucune lésion intestinale.
Obs. V (Thorowgood). — William B..., vingt ans, est sujet à une diarrhée obstinée à la suite d'une fièvre typhoïde survenue il y a plus d'un an. Douze à quinze selles liquides dans les vingtquatre heures. Traité sans succès pat l'opium, les lavements d'amidon, la mixture de craie et de mercure; il fut guéri en quelques jours par la poudre d'Ipéca, à la dose de 2 à 5 grains.
Obs. VI (Constantin Paul). — Malade atteint d'une pneumonie caséeuse avec diarrhée. Guérison en trois jours par trois lavements avec 5 grammes d'Ipéca dans 250 grammes de liquide.
Les observations de malades guéris par cette méthode sont très nombreuses, nous n'avons cité que les principales. Nous avons pour notre part employé avec succès les lave-
ments d'Ipéca pour combattre la diarrhée des tuberculeux. Nous aurions trois observations de ce genre à citer, si nous ne craignions pas d'allonger sans profit cette étude déjà si étendue. Disons en terminant qu'on a employé avec succès les lavements d'Ipéca dans des diarrhées tendant à se transformer en dysenterie.
Huss (1855) recommande fortement contre la diarrhée de la fièvre typhoïde de petites doses d'ipécacuanha combiné avec de l'acide phosphorique, des fomentations sur l'abdomen et, si besoin est, des lavements amidonnés et laudanisés. Nous avons dans un cas de fièvre typhoïde obtenu une diminution notable de la diarrhée à l'aide des lavements d'Ipéca, donnés suivant la méthode de Bourdon.
Dysenterie. — Les propriétés antidysentériques de l'Ipécacuanha sont les premières qui aient été signalées. On les trouve indiquées dans Purchas en 1625 et dans Jean de Laet en 1640. Marcgrave ainsi que Pison, qui donnèrent en 1648 la première description satisfaisante de l'Ipéca, vantent son utilité contre le flux de sang et, dans la seconde édition de son ouvrage, Pison donne d'une façon précise la méthode à employer. Nous l'indiquerons sous le nom d'infusion à la brésilienne quand nous traiterons de la pharmacologie. Rappelons ici l'histoire de l'introduction en France de l'Ipécacuanha en 1672 pjir Le Gras et en 1686 par Garnier et Helvetius. C'était alors seulement comme antidysentérique que l'on préconisait cette substance. Nous renvoyons à l'historique que nous avons donné au commencement de notre travail pour tous les détails qui concernent l'introduction en Europe de la Racine brésilienne et la vogue dont elle a été l'objet. Nous ne croyons toutefois pas inutile d'indi-
quer ici l'action que Ton supposait alors à cette substance dans les affections intestinales : ce L'effet qu'elle produit, dit le P. Labat, est une bile acre dont l'effet corrompt les aliments et excorie les intestins; après quoi, elle resserre par une opération qui lui est particulière. » Vers la même époque Bœclekus pensait que son efficacité dans la dysenterie tenait non seulement au vomissement qu'elle procurait, mais encore à une action astringente assez marquée.
Tous les auteurs qui ont écrit à cette époque sur l'Ipé cacuanha citent son utilité dans la dysenterie, mais ils emploient un certain nombre de méthodes différentes. Pomet (1694) dit que la dose ordinaire est de 1/2 gros à 1 gros en poudre dans une potion à prendre le matin à jeun; oit donne ensuite un bouillon gras deux heures après l'ingestion du médicament. Saint-Hilaire (1702) pense que la racine de Piquaquana opère plus sûrement et plus doucement quand on la réduit en pilules et qu'on l'incorpore avec le sirop de pavot blanc et un peu de laudanum*
Tissot (Avis au peuple sur sa santé, Lyon, 1779), dit : « L'Ipécacuanha est le principal remède de la dysenterie maligne, et il est de la plus grande importance de le donner dès les commencements, avant que toutes les humeurs intestinales soient infectées. On en seconde l'effet par un thé de camomille, qui est peut-être plus indiqué dans cette maladie que dans aucune autre. Sept ou huit heures après cette première évacuation par le vomissement, il faut en procurer une seconde par les selles avec de la rhubarbe. Quand cette seconde évacuation est finie on recommence l'usage de l'Ipécacuanha, mais à petites doses : deux, trois ou quatre grains tout au plus, de deux
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heures en deux heures, avec une tasse do bouillon do poulet ou de veau, avec un peu de poule et quelques racines de chicorée amère, ou, si l'on n'en a pas, de scorcenoires, de salsifis, de carottes jaunes, de céleri. Ces bouillons doivent être la seule nourriture. Si Ton croit avoir besoin de soutenir plus efficacement les forces du malade, on peut y faire cuire un peu de croûte de pain et donner, de deux bouillons l'un, une cuillerée de vieux vin blanc qui ne soit pas trop spiritueux. » L'auteur préconise aussi l'efficacité de l'infusion à la brésilienne.
Après avoir été très usité pendant un demi-siècle, l'Ipéca tomba en défaveur eu France et en Angleterre, mais on l'employa cependant à petites doses jusqu'à la fin du siècle dernier. On le préconisa ensuite dans les contrées tropicales; les médecins de la marine française se servent encore très fréquemment de hautes doses d'Ipéca dans la dysenterie et Docker introduisit cette méthode dans l'armée de l'Inde, où elle rendit les plus grands services.
Nous allons exposer brièvement les divers modes d'application de l'Ipécacuanha dans les principales formes de dysenteries.
A. Dysenterie aiguë. — Cette variété a été traitée avec succès par l'Ipécacuanha. En 1794, Richtbr employait déjà cette substance au début de la maladie, et la préférait au tartre stibié. Depuis cette époque, les observations de guérison par cette méthode ont été très nombreuses, et il ne faudrait pas croire, comme beaucoup de praticiens se le figurent, que l'Ipéca n'est utile que dans les dysenteries des pays chauds. En France mèrne il a été employé avec succès, et, dans sa thèse, Polichronie cite un cas de guérison rapide d'une dysenterie aiguë par
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Tlpéca à hautes doses et en lavements. C'est qu'en effet, les modes d'administration de ce médicament varient avec les auteurs, et si Bourdon et Polichronie ont utilisé avec succès en France les lavements d'Ipéca, la potion brésilienne de Pison et les préparations les plus variées ont donné les mêmes résultats. Les uns prescrivent l'Ipéca en infusion, d'autres l'administrent en poudre soit en cachet, soit dans de l'eau de menthe, d'autres enfin combinent l'Ipéca à diverses substances : calomel, tamarin, etc. La difficulté d'embrasser d'un coup d'œil toutes ces méthodes nous oblige à indiquer rapidement les divers auteurs qui ont fait usage de l'Ipéca et la manière dont ils l'ont employé. Hunter donne i scrupule de poudre dans un peu d'eau dans la dysenterie aiguë ; il n'a pas observé d'intolérance de l'estomac. L'effet des premières doses est l'abaissement du pouls, une légère chaleur de la peau, une diminution de fréquence et de quantité des selles. Une seconde dose, 25 grains (l gr ,60) 4 ou 5 heures après la première dose, amende les symptômes, change le caractère des évacuations et modifie la nature des selles qui. de sanglantes, deviennent muqueuses.
Le D r Yandell (1869) donne 65 centigrammes à un gramme de poudre d'Ipéca dans de l'essence de menthe, qu'il juge préférable comme véhicule à la teinture d'écorce d'oranges amères. Il fait préalablement une injection hypodermique de morphine pour assurer la tolérance de l'estomac. Parfois il administre de l'opium dans le même but.
Levacher (1840) a employé l'Ipéca de façon à obtenir un seul vomissement et à précipiter toute son action sur les intestins à l'aide de thé très chaud donné de quart d'heure en quart d'heure. De cette façon, il obtenait des
selles fréquentes le premier jour, rares le second, nulles le troisième et qui changeaient d'ailleurs immédiatement d'aspect et devenaient muqueuses, de sanguinolentes qu'elles étaient. Elles perdaient leur odeur spéciale. Levacher a remarqué que l'infusion d'Ipéca avait pour résultat immédiat de déterminer un calme parfait et de rendre le sommeil, tout en augmentant les forces du malade, par la disparition des évacuations alvines.
Turelluti (1844) emploie contre la dysenterie une décotion de tamarin dans laquelle on fait infuser de l'Ipéca. Voici comment il prépare cette infusion : On prend 60 à 90 grammes de tamarin qu'où fait bouillir dans 150 grammes d'eau; on y fait infuser de 1 gramme à 4 grammes d'Ipéca finement pulvérisé et on donne au malade une cuillerée à bouche de cette potion toutes les 20 minutes. Par cette méthode il a obtenu la guérison, en 48 heures et quelquefois en 24 heures, de plus de deux cents cas de dysenteries épidémiques. Il n'accuse qu'un décès, ce qui tendrait à faire croire que ces résultats sont peut-être exagérés.
En 1884, Seaton traitait avec succès la dysenterie par la méthode suivante : 1° abstinence de liquide pendant 2 heures et introduction dans le rectum d'un suppositoire d'opium ; 2° application, vingt minutes après, d'un cataplasme de farine de lin et de moutarde sur l'épigastre ; 3° dix minutes après, ingestion de 10 grains (7 décigr.) de poudre d'Ipéca dans un biscuit ou un cachet, suivie de celle d'une cuillerée à bouche de lait ou d'eau de riz pour aider la déglutition; 4° le malade est prié de garder le décubitus pendant deux heures au moins et de s'abstenir de boire.
Maclean donne en Angleterre l'Ipéca aussi près que possible du début de la dysenterie, à la dose de 25 à 30 grains, dans une très petite quantité de liquide. En 1794, Richter employait d'ailleurs la même méthode. Toutefois Ellioston pense que d'après ses expériences personnelles Une faut pas donner l'Ipéca dès l'apparition de la dysenterie. Enfin il est certains praticiens qui, à l'exemple de William S.Eggles, emploient l'émétine au lieu de l'Ipéca; ils la donnent en prises à la dose de 3 grains pour 2 grains de chlorhydrate de morphine et i3 grains de sucr^ blanc. Citons encore, pour être aussi complet que possible, Erhel 1 , Wood, E. Hewan, Docker, qui ainsi que beaucoup d'autres médecins ont employé avec succès l'Ipéca dans la dysenterie aiguë.
B. Dysenterie chronique. — L'Ipécacuanha rend d'aussi grands services dans la forme chronique de la dysenterie que dans sa forme aiguë. Presque tous les auteurs que nous avons cités l'ont employé avec succès dans ce cas. Poltchronie cite deux observations, dans lesquelles les malades ont été guéries en 2 ou 3 jours, bien qu'au début du traitement elles aient eu encore de 15 à 20 selles dans les 24 heures. Le traitement emploj'é était les lavements d'Ipéca de Bourdon.
Thompson déclare (1876) qu'après;avoir essayé à l'hôpital maritime de Greenwich un très grand nombre de remèdes dans la dysenterie chronique, il les trouve tous inférieurs à l'Ipécacuanha. 11 croit que la maladie doit être traitée par un repos rigoureux au lit; il faut régulariser
* Cet auteur donne l'Ipéca dans les dysenteries récentes et peu graves; dans les autres cas il préfère le calomel qui est sans action cependant dans les formes légères.
la température de l'appartement, restreindre l'alimentation à un peu de lait et de mouton, et administrer à de fréquents intervalles, toutes les trois heures, par exemple, 3 à 5 grains de poudre d'Ipéca, jusqu'à l'apparition de nausées. Il faut éviter d'administrer au malade de l'alcool, sous quelque forme que ce soit. Au dire de Napheys, l'Ipéca sous forme de poudre de Dower donne souvent de très bons résultats dans la dysenterie chronique, soit qu'on donne le médicament à haute dose avant le coucher, soit qu'on le donne fréquemment à petite dose.
Houghton donne dans la dysenterie chronique l'Ipéca à la dose de 1 scrupule à I drachme (1 à 4 grammes), à des intervalles de 8 à 12 heures, selon les cas.
Sindney Ringer recommande l'Ipéca dans la dysenterie chronique, quand les selles sont plutôt sanguinolentes que muqueuses et quand il y a beaucoup de ténesme.
G. Fo? % mes particulières de la dysenterie. — Ainsi qu'on peut le prévoir lorsqu'on connaît l'action cholagogue de l'Ipéca, c'est surtout dans la forme bilieuse de cette maladie que ce remède est le plus efficace. Tous les médecins qui se sont servis de ce médicament s'accordent à reconnaître son utilité; citons, entre autres, Lachkze (1825), qui, dans une épidémie de dysenterie bilieuse à Angers, obtint par cette méthode un très grand nombre de guérisons.
Stewart donne, dans la dysenterie associée à une congestion du foie, un traitement mixte ; il alterne l'Ipéca, à la dose de 20 à 30 grains, avec le chlorure d'ammonium jusqu'à guérison. Lorsqu'on craint le vomissement, il juge préférable de donner le médicament par le rectum. Cet auteur juge l'Ipéca à haute dose comme mal supporté
lorsque, concurremment à la dysenterie, il existe une maladie de foie.
Dans la dysenterie adynamique, Zimmermann recommande l'Ipéca (1 à 2 grains toutes les heures dans une tasse de bouillon de poulet, ou dans toute autre boisson mucilagineuse). Toutefois il faut citer le peu d'efficacité de la racine brésilienne dans la dysenterie des scorbutiques.
Voyons maintenant quelle peut être Faction de l'Ipéca dans la dysenterie. Les plus anciens auteurs, ainsi que nous l'avons montré dans l'historique de cette question, croyaient que l'Ipéca purgeait d'abord pour resserrer ensuite ; ils lui accordaient donc à la fois des vertus émétiques, purgatives et astringentes. Polichronie, à la suite des nombreuses expériences faites avec l'émétîne sur les animaux, conclut que deux hypothèses sont possibles pour ( xpliquer l'action favorable de l'Ipéca dans la dysenterie. Tout d'abord, une action vaso-constrictive qui diminuerait l'abondance des sécrétions. Cette action ne serait pas admissible quand on songe que l'Ipéca favorise les sécrétions. La seconde hypothèse serait celle d'une action substitutive résultant de l'inflammation de la muqueuse intestinale. Polichronie pense que la production d'inflammation gastro- intestinale dans ses expériences, à la suite d'ingestion d'émétine et la durée prolongée après laquelle ce vomissement se produit, semblerait plaider en faveur de cette seconde hypothèse. Nous reviendrons sur cette question.
Choléra. — Les effets remarquables de la poudre d'Ipécacuanha dans la diarrhée et la dysenterie ont suggéré à plusieurs cliniciens l'idée de l'employer dans le choléra. En 1832, Martin Salon obtint d'assez nombreux succès par cette méthode. Pendant l'épidémie de 1849,
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Briquet et Mignot, en France, et John W. Tripe, en Angleterre, réussirent souvent avec cette médication.
Briquet employait l'Ipéca en poudre à la dose de 2 grammes en quatre paquets, un chaque demi-heure. Pour aider Faction du médicament, on faisait boire, dans l'intervalle, de l'eau tiède ou des boissons théiformes. Lorsque l'Ipéca avait produit son effet et que la réaction commençait à se faire, en général au bout de trois à huit heures, on aidait à cette réaction par l'emploi continu de boissons aromatiques. La dose et le mode d'administration étaient les mêmes pendant les deux premières périodes du choléra. En général, ce médicament donnait d'excellents résultats et dans tous les cas modifiait la susceptibilité de l'estomac et diminuait les vomissements. Toutefois Briquet n'administrait jamais ce médicament dans les cas de phénomènes algides très intenses et déjà anciens, ou à des sujets considérablement épuisés ou chétifs. D'autre part, il favorisait l'actieft4e l'Ipéca par quelques moyens excitants plus ou moins énergiques.
Tripe, à la même époque, traitait ses malades en leur faisant prendre tous les quarts d'heure des prises composées de 6 gr ,5 de calomel et 3^,25 d'Ipéca. Sur les douze cas dont il donne les observations, il n'y eut que quatre décès, dont deux pendant la période algide et deux pendant l'attaque subséquente de fièvre typhoïde, encore ces deux derniers sont-ils plutôt dus à des complications secondaires.
En 18o3, Lecointe employa à Paris avec succès l'Ipéca à la dose de 2 à 4 grammes pendant la période algide, jusqu'à cessation des vomissements, et de 5 centigrammes à 1 gramme dans les vingt- quatre heures pendant la première période.
Napheys (Therapeutics, 1881) indique Futilité de petites doses d'Ipéca (6 gr ,5 à 13 centigrammes) répétées jusqu'à l'apparition de nausées.
11 faut se garder d'employer cette médication chez les sujets très épuisés, chétifs et présentant des phénomènes algides très intenses et déjà anciens. En général, après la production des vomissements, il survient une dépression produite par le choléra ; le pouls peut s'affaiblir, la voix s'altérer, et le malade peut tomber dans une espèce d'état syncopal dans lequel il succombe. Mais, le plus souvent, ce moment de dépression est bientôt suivi, dans l'espace de trois à six heures en général, d'une réaction forte et suffisante. La plupart du temps, sous l'influence de cette médication, la susceptibilité de l'estomac se modifie et les vomissements diminuent, s'ils ne sont pas complètement arrêtés.
Cholérine. — En 1853, Legointe vanta l'emploi de la poudre d'Ipéca contre la cholérine ; il a obtenu de bons résultats par l'emploi simultané du sous-nitrate de bismuth et de Tlpécacuanha. 11 le considère dans ces conditions comme h} r posthénisant et capable de modifier d'une façon utile les sécrétions de la muqueuse intestinale. Citons, en les résumant, quelques-unes de ses observations.
Maladies du foie. — Dès 1690, on connaissait l'action que l'Ipéca pouvait avoir sur la sécrétion biliaire, car dans une thèse publiée à cette époque, il est dit qu'il faut se garder d'en faire prendre à ceux qui ont un flux hépatique. Nous avons étudié dans le chapitre précédent l'action physiologique de Tlpécacuanha sur le foie ; nous avons montré d'après les travaux de Rôhrig, Rutherford, Vignal, Larbé, Dodds, que cette substance
pouvait être placée en première ligne parmi les stimulants hépatiques. Il nous reste à indiquer rapidement son emploi thérapeutique dans les maladies du foie. Wood et Lauder Bhunton pensent que l'Ipéca rend cliniquement de grands services dans l'ictère catarrhal; d'après ces auteurs, il diminue probablement la ténacité du mucus dans les canaux biliaires et tendrait ainsi à enlever l'obstruction a fronte 9 tandis qu'en môme temps, il accroîtrait la sécrétion a tergo, par son action cholagogue. L'Ipéca présenterait la même utilité, que ce soit un catarrhe des voies biliaires ou de l'orifice duodénal.
Naphbys dit que cette substance employée à petites doses d'une façon continue est fréquemment employée avec succès dans les dérangements fonctionnels du foie. Ronald Martin l'ordonne dans l'inflammation chronique et l'hypertrophie de cet organe. Enfin Maglban la recommande dans l'hépatite aiguë comme ayant une valeur aussi spécifique que celle qu'elle possède dans la dysenterie. WoodhuUj a publié plusieurs cas de succès avec ce traitement. Dans ce but, l'Ipéca doit être employé à fortes doses (l gr ,30 à2 gr ,10), répétées souvent, jusqu'à l'amélioration. Signalons encore son emploi dans les abcès hépatiques et la congestion du système porte.
MALADIES DE i/APPAREIL RESPIRATOIRE
Les applications de l'Ipécacuanha dans les maladies de l'appareil respiratoire sont presque aussi nombreuses que dans les affections du tube digestif. On l'a préconisé comme expectorant, sudorifiquc, antispasmodique, dans le
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catharrhe pulmonaire chronique, dans l'asthme, la bronchite, la pneumonie, etc. Il est préférable à Témétique dans le croup, car il débilite moins et ses effets vomitifs sont aussi énergiques. Nous allons aborder successivement les diverses applications de l'Ipécacuanha dans les affections des organes respiratoires. Nous suivrons dans notre énumération Tordre indiqué dans les manuels de pathologie interne.
Laryngite. — L'Ipéca a été rarement employé pour combattre cette affection. Cependant, Whiphans et Lennox Browne, de Londres ont employé avec succès des préparations à base d'Ipécacuanha contre la laryngite catarrhale. Quant aux applications de cette substance dans le croup, nous l'étudierons quand nous traiterons des maladies des enfants.
Bronchite. — Un des premiers cliniciens qui ait employé l'Ipécacuanha dans la bronchite est Higqinbottom, de Nottingham (1845). Il a trouvé que ce médicament réussissait à doses convenables dans la bronchite aiguë, lorsqu'il existe de l'affaissement et de l'épuisement joints à l'oppression de la poitrine, à la difficulté d'expectorer et à la suffocation. Le vomissement par l'Ipéca non seulement fait disparaître de suite tous ces symptômes, mais encore relève l'ofganisme et produit un tel changement que le malade entre en peu de jours en convalescence. C'est, dit-il, la médication de choix dans pareille circonstance. Da Costa, de Philadelphie, Ross, d'Ohio, Turnbull, de Liverpool, Williams, de Londres, ont obtenu les mêmes résultats, et tous préconisent l'Ipéca dans les bronchites aiguës ou chroniques. C'est surtout du vin d'Ipéca que se servent ces auteurs. Turnbull s'est
bien trouvé aussi de l'application sur la peau delà pommade que nous indiquons dans le chapitre suivant sous le nom de Uniment de Hannay. La rubéfaction ainsi produite a été un bon dérivatif et a pu amener rapidement la guérison de la bronchite. On prescrit avec succès dans la bronchite chronique l'Ipéca soit sous forme de potion, soit sous forme de pastilles.
William Murell et Sydney Ringer ont, en 1874, publié les bons résultats qu'ils ont obtenus dans la toux hivernale en pulvérisant le vin d'Ipéca. Ils citent vingt cinq observations de cas assez graves qu'ils ont complètement guéris par cette méthode. « Il faut, disent-ils, autant que possible éviter de produire des nausées et des vomissements, et bien recommander au malade de se rincer la bouche et de cracher après chaque inhalation. Six à quatre inhalations suffisent ordinairement; on se sert pour cela du pulvérisateur ordinaire. En général, au commencement de la pulvérisation il se produit un paroxysme de la toux qui s'arrête bientôt, et le malade finit par respirer librement le liquide pulvérisé. Le premier symp tome que soulage cette médication est la dyspnée, et cela presque immédiatement; les autres ne tardent pas à disparaître par la continuation du traitement. »
Bronchite capillaire. — On emploie avec succès dans cette affection l'Ipéca à la dose de 2 grammes. Il rend de très grands services : d'une part, il favorise l'expectoration, et, de l'autre, il décongestionne le poumon par l'action mécanique du vomissement. Dujardin-Baumetz insiste sur la valeur de cette médication.
Asthme. — L'Ipécacuanha a été recommandé par un grand nombre d'auteurs dans cette maladie. Citons en
première ligne Hyde Salter, qui recommande beaucoup cette substance dans l'asthme des foins et dans les autres formes pour couper court à un accès. Il reconnaît à l'Ipéca une action déprimante analogue à celle du tabac et de l'antimoine. Il le préfère toutefois à ces dernières substances et le donne à doses assez fortes pour amener la dépression. Il le donne au début de l'attaque de dyspnée, car, dit-il, l'influence du remède est moins considérable quand l'attaque est venue. D'après Napheys, toutefois, l'Ipéca peut être donné indifféremment pendant l'accès ou au début.
Salter préfère la poudre au vin et la donne généralement à la dose de 20 grains (I* r ,30). Ce traitement, dirigé contre chaque accès de dyspnée, ne change rien aux autres symptômes, et le malade doit suivre un régime approprié et aller, s'il le peut, dans un climat convenable.
Pereira donne aussi bien le médicament à doses nauséeuses ou vomitives qu a petites doses répétées ; il trouve que les effets sont les mêmes.
Phillips donne dans l'asthme nocturne spasmodique de petites doses de vin d'Ipéca toutes les dix ou treize minutes, pendant deux ou trois heures.
Sydney Ringer a employé avec succès des pulvérisations de vin d'Ipéca dans des cas graves d'asthme. Toutefois il cite un cas où chaque pulvérisation fut accompagnée d'une augmentation de la dyspnée. Dans ce traitement le vin d'Ipéca n'est pas employé pur ; on le mêle avec une quantité variable d'eau que l'on règle d'après la facilité avec laquelle la pulvérisation est acceptée par le malade. On se sert pour cela des pulvérisateurs ordinaires.
Enfin, en France, Leclerg a préconisé contre l'asthme les pilules à base d'Ipécacuanha .
Congestion pulmonaire. — Les bons effets des vomitifs dans les fluxions de poitrine sont aujourd'hui admis par tout le monde et cités dans tous les ouvrages classiques. Toutefois, les recherches à ce sujet ne sont pas très anciennes. Vers le milieu de ce siècle Broussonnet insistait beaucoup dans sa clinique sur l'efficacité de Tinfusion d'Ipécacuanha dans les fluxions de poitrinç malignes. lie praticien de Montpellier recommandait de donner dans ces cas l'Ipéca en infusion et par cuillerée à bouche à des intervalles d'une à deux heures. En 1856, Gade, médecin d'Avignon, publia un travail sur l'emploi de Tlpécacuanha dans la fluxion de poitrine muqueuse. Il signale l'efficacité de ce médicament qu'il donne sous forme d'infusion mêlée à la dose de 1 gramme avec 4 grammes d'écorce d'orange et 300 grammes d'eau, à prendre par cuillerée à bouche de deux heures en deux heures. La guérison est facilement obtenue par cette méthode, qui amène rapidement la disparition de la dyspnée et la résolution de l'engorgement pulmonaire.
Nous avons nous-même, à plusieurs reprises, reconnu l'efficacité de l'emploi des vomitifs au début de la fluxion de poitrine. La préparation qui amène le plus rapidement une amélioration est certainement un éméto-cathartique composé d'Ipéca en poudre et de sulfate de soude. La dose à employer variant naturellement avec l'âge ou le tempérament du malade. Nous pourrions citer à ce sujet un certain nombre d'observations personnelles.
Pneumonie. — Parmi toutes les affections de l'appareil respiratoire c'est surtout dans la pneumonie que
l'Ipéca est le plus employé. Les travaux publiés à ce sujet sont très nombreux. Broussonnet, de Montpellier, que nous avons déjà cité à propos de la congestion pulmonaire, employait l'Ipéca à haute dose dans le traitement de la pneumonie. D'après cet auteur, l'Ipécacuanha administré en infusion à la dose de i gr ,50 jusqu'à 5 grammes, dans 120 ou 180 grammes de véhicule, a des propriétés qui rappellent celles des préparations antimoniales données à haute dose. Gomme celles-ci il abat l'intensité de la pneumonie, soit par une action hyposthénisante, soit en provoquant des sueurs copieuses qui favorisent la crise de la maladie. Les malades traités par cette méthode prenaient, toutes les heures, une cuillerée à bouche de cette infusion, à laquelle on ajoutait parfois 15 à 30 grammes de sirop diacode pour faciliter la tolérance du médicament. Les premières doses amenaient quelquefois des vomissements, mais avec quelques ménagements, en éloignant ou en diminuant, par exemple, les doses pour les augmenter plus tard progressivement, le malade finissait par les bien tolérer. Toute la potion était prise dans les vingt-quatre heures. Broussonnet, toutefois, ne donnait ordinairement ce médicament que le deuxième ou le troisième jour, après avoir pratiqué une saignée ou appliqué quelques sangsues sur la région correspondant à la pneumonie. Il ne négligeait pas non plus l'emploi des vésicatoires, pour aider la résolution si elle venait à se ralentir. Des guérisons inespérées ont été obtenues par lui au moyen de cette méthode en peu de jours. L'Ipécacuanha ainsi administré était surtout efficace contre les pneumonies des vieillards ; il convenait également aux individus lymphatiques, disposés à la scrofule et chez qui la pneumonie offre quelque ten -
dance à la chronicité. En 1850, Ressiguier, élève de Broussonnet, a employé avec succès la même méthode. En 1851 , Delioux de Savignac publia le résultat de ses expériences sur le traitement de la pleuro -pneumonie. Il reconnaît à Tlpéca une importance aussi grande qu'aux préparations antimoniales ; sur onze malades soumis à Tlpéca à haute dose, il n'y eut qu'un décès. Quels que fussent l'âge et le tempérament, Tlpéca a été également efficace. Delioux a constaté que les effets principaux de cette méthode avaient été les suivants :
« L'Ipéca a été généralement toléré par l'estomac avec assez de facilité ; il Ta été plus complètement encore par le tube intestinal, et loin de déterminer la diarrhée comme le font si souvent les antimoniaux, il a parfois laissé persister une constipation qu'il a fallu vaincre par les lavements laxatifs.
« Il a ralenti, déprimé le pouls, tantôt progressivement, tantôt avec une promptitude remarquable. Il a presque constamment provoqué de la moiteur ou des sueurs plus ou moins abondantes.
« Il a changé promptement les caractères pathognomoniques des crachats et facilité l'expectoration. — Il a paru activer la résolution des engorgements pulmonaires, la résorption des épanchements pleuraux. C'est-à-dire qu'en somme il a modifié, dans le sens le plus désirable, les symptômes les plus expressifs et en même temps les plus graves de la pleuro-pneumonie. »
Contrairement à ce que faisait Broussonnet, Delioux prescrivait Tlpéca dès le début, faisant marcher cette méthode de front avec les émissions sanguines. Il ne reconnaît pas à Tlpécacuanha une action tonique et stimulante, il lui
croit plutôt des propriétés hyposthénisantes et sédatives. Je ne sais jusqu'à quel point cette théorie peut concorder avec l'action physiologique de l'Ipécacuanha que nous avons exposée dans le chapitre précédent.
Chauffard en 1869 a employé l'Ipécacuanha à la dose de 5 à 8 grammes dans la pneumonie, toutefois il ne le prescrivait que suivant les indications. Il donnait l'Ipéca en infusion à prendre par cuillerée à bouche d'heure en heure. Il appliquait immédiatement après, dans les cas graves, sur la région du thorax correspondante au point malade, huit ventouses scarifiées, à l'aide desquelles on retirait environ 400 grammes de sang. Sous l'influence de cette médication combinée le malade ne tardait pas à avoir quatre ou cinq vomissements assez abondants et une ou deux selles. Ce double effet est variable, certains sujets vomissant beaucoup et n'ayant pas de selles, d'autres n'ayant que des évacuations alvines. Il faut noter que, d'après cet auteur, si le remède est absolument toléré il n'agit point. Il faut remarquer d'un autre côté que le premier jour du traitement est en général le seul pendant lequel se produisent les effets signalés plus haut. Au bout de vingt-quatre heures et même plus tôt la tolérance s'établit et les malades ont à peine deux vomissements encore et une selle dans les vingt-quatre heures qui suivent, quelque élevée que soit toujours la dose du médicament. L'indication de cette dose, dit Chauffard, n'est nullement modifiée par le sexe ou l'âge du sujet, c'est la violence de la maladie qui doit servir ici de guide. Le traitement dure de quatre à cinq jours en diminuant progressivement la dose; la règle est de suspendre l'administration de l'Ipéca dès que le pouls est abaissé et que la température est redevenue
presque normale. Dans le cas de phlegmasie pulmonaire légère, ou lorsque celle-ci est arrivée à son déclin, il suffit de 3 grammes d'Ipéca pour amener la guérison en vingtquatre heures.
Trousseau, Peter et plusieurs autres praticiens ont utilisé avec succès l'Ipécacuanha dans le traitement de la pneumonie.
Davis en Angleterre donne dans les deux ou trois premiers jours de la pneumonie des prises à base d'Ipéca et de calomel que le malade doit prendre toutes les quatre heures.
Enfin en Italie Verardini a publié en 1885 une étude sur l'action de l'Ipéca dans la pneumonie. Il a constaté qu'après l'administration du médicament la température et le pouls s'abaissent ainsi que la respiration; les frissons et la dyspnée disparaissent. Ses expériences s'accordent donc en tous points avec celles des auteurs que nous avons cités plus haut. Voici les conclusions auxquelles il est arrivé dans son étude : De V action de V Ipéca dans la pneumonie franche : l p les hautes doses d'Ipéca contre la pneumonie fibrineuse sont efficaces et ont été très employées dans le commencement de ce siècle, parce qu'elles étaient connues empiriquement pour leur action dépressive et antiphlogistique; 2 a employées à temps opportun, elles n'ont pas d'action funeste par la stase sanguine qu'elles amènent, peu de danger de paralysie cardiaque, et ne produisent le vomissement que d'une manière exceptionnelle; 3° les hautes doses d'Ipéca modèrent l'arrivée du sang dans les poumons, et facilitent toujours la résolution de la pneumonie franche ; 4° ces hautes doses (2, 4, 6 ou 8 grammes, selon le cas) sont très bien tolérées, ne produisent pas de
vomissements. Elles ont une action vaso-constrictive ; 5° les effets des hautes doses d'Ipéca ne sont pas les mêmes que ceux de l'émétine. Les premières produisant de l'ischémie pulmonaire ; la seconde, au contraire, amenant de l'hyperhémie.
Emphysème. — Da Costa, de Philadelphie, préconise dans cette affection une potion à base d'Ipéca et de scille à prendre par cuillerée à café trois fois par jour. Il dit avoir obtenu de bons résultats de cette médication.
Hémoptysies. — C'est là une des applications de l'Ipéca le plus généralement admises. Dès le siècle dernier cette substance avait la réputation d'être hémostatique; on l'employait avec succès dans les épistaxis, les hémoptysies, les hémorragies utérines. Cette propriété de l'Ipéca était quelque peu tombée dans l'oubli quand les travaux de Pbcholier vinrent de nouveau attirer l'attention sur elle. Presque tous les auteurs sont d'accord sur ce point; il serait trop long de citer ceux qui ont préconisé l'emploi de l'Ipéca dans le crachement de sang ; aussi nous en tiendrons-nous à ces généralités. Disons en terminant que les hémoptysies de la première période de la phthisie peuvent être arrêtées net par PIpécacuanha.
Trousseau vantait beaucoup dans les hémoptysies l'Ipéca qu'il donnait à la dose vomitive; on a proposé aussi de le donner à dose nauséeuse et d'administrer, toutes les dix minutes, 1 centigrammes de poudre d'Ipéca. Dujardin-Beaumetz préfère l'Ipéca au tartre stibié, mais il n'emploie la médication vomitive que lorsque tous les autres moyens ont échoué.
A la suite de cet usage de la racine brésilienne, citons son efficacité contre la fièvre des tuberculeux et la réelle
utilité de Temploi de la poudre de Dower à faible dose pour arrêter les sueurs nocturnes des phthisiques.