MALADIES DES ENFANTS
Embarras gastrique. — L'Ipécacuanha doit être donné au début. Il est préférable au tartre stibié, car il irrite moins localement et il est mieux toléré par les enfants, surtout par les plus jeunes. L'amélioration est en général très rapide et apparaît après un sommeil de quelques heures. Il est rare qu'un second vomitif devienne nécessaire, mais le traitement demande le plus souvent, pour être mené à bonne fin, l'administration d'un purgatif dans les vingt -quatre heures qui suivent.
Diarrhée; dysenterie; choléra infantile. — Chez les enfants, l'Ipéca réussit très bien à arrêter les diverses formes de diarrhée et de dysenterie. Sydney Ringer a insisté sur les bons effets de cette médication ; il a montré que dans les cas, en vérité très rares, où l'Ipéca n'a pas arrêté définitivement la diarrhée, il a du moins modifié utilement les selles. Farquharson a fait, en 1874, une étude sérieuse sur ce point; il dit que l'Ipéca
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rend de très grands services dans cette affection, et que de petites doses répétées améliorent non seulement le caractère et la consistance des évacuations alvines, mais encore arrêtent leur fréquence et leur rendent bientôt leur cours normal. Il ajoute que l'Ipéca est non seulement utile, mais nécessaire quand les selles sont blanchâtres et aqueuses. Il trouve enfin que ce médicament a une action toute spécifique dans les cas de dysenterie avec selles sanguinolentes et boueuses, accompagnées de violentes douleurs abdominales, de sensibilité extrême et de ténesme. Les observations que cite cet auteur à ce sujet sont nombreuses et très concluantes. Dessau, de New- York, emploie avec succès la même médication dans la diarrhée simple ou compliquée de l'enfance. En France, Gendrin, Barrier, Legendre, Barthès, ont préconisé aussi l'emploi de l'Ipécacuanha.
La nature muqueuse et sanguinolente des selles de quelques cas d'entéro- colite aiguë a été combattue souvent par l'Ipécacuanha pris à dose non vomitive. Henoch recommande une infusion de 10 centigrammes de poudre dans 60 gratiames d'eau.
Enfin, dans le choléra infantile, l'Ipécacuanha réusssit le plus souvent à faible dose répétée toutes les trois heures. Dans les cas où la maladie n'est pas d'une violence extrême, West donne de la poudre de Dower. Goudie, et Trousseau après lui, ont recommandé d'ajouter au calomel de petites doses d'Ipécacuanha (2 à 5 centigrammes).
Les lavements d'Ipécacuanha proposés par Ghouppe et Polichronie donnent, dans certains cas, de bons résultats. Us se préparent de la manière suivante. On fait une décoction de 5 grammes de racine d'Ipéca concassée dans
100 grammes d'eau, et Ton fait bouillir jusqu'à réduction à 50 grammes. Lss mêmes racines une fois retirées de l'eau servent à faire dans 100 grammes d'eau une seconde décoction que l'on réduit encore à 50 grammes. On mélange ensuite les deux décoctions et on les divise en lavements de 50 grammes que l'on administre le même jour, à huit heures d'intervalle. Picot, d'Espine, Barthes, se louent aussi de cette médication. Citons, à l'appui de ce que nous avançons, quelques observations de Ghouppe :
Observation. I. — Enfant de 10 mois, sevré prématurément. D'une bonne santé habituelle; cet enfant a cependant eu au mois de juin une diarrhée assez prolongée qui l'avait notablement affaibli. Depuis cette époque la santé est revenue. Il entre salle Sainte- Julie, le 20 juillet 1873. Il est encore un peu faible, cependant les fonctions digestives se font régulièrement; il est amené par sa mère, malade elle-même ; l'enfant est considéré comme étant en bonne santé. — Le 29 juillet, il est pris de vomissements avec diarrhée abondante; Ton prescrit une potion avec laudanum (2 gouttes) et sous-nitrate de bismuth (1 gramme). — Le 30, la diarrhée et les vomissements continuent ; môme traitement. — Le 31, les symptômes sont les mômes : potion avec 5 grammes d'Ipéca. — Le 1 er août, les vomissements ont redoublé sous l'influence de la potion ; la diarrhée cependant est moins fréquente, le nombre des selles est tombé de 30 à 20. Voyant que la potion n'est pas tolérée, on prescrit deux lavements d'Ipéca à 5 grammes. — Le 2, toujours quelques vomissements; la diarrhée qui jusqu'à ce jour avait été séreuse devient un peu plus épaisse. Les selles sont . beaucoup moins fréquentes (12 en vingt-quatre heures) ; môme traitement. — Le 3 X l'enfant n'a pas vomi ; il n'a eu que deux selles depuis hier. L'appétit qui était supprimé est revenu ; môme traitement. — Le 4, l'enfant n'a plus de diarrhée. 11 boit maintenant très bien ; il est gai ; môme traitement. — Les 5, 6 et 7, les deux lavements sont continués sans qu'il se manifeste aucun trouble des fonctions digestives. Il sort de l'hôpital en parfait état, le 12 août.
Obs. II. — Enfant de 15 mois nourri par sa mère. Celle-ci se trouvant malade amena avec elle son enfant à l'hôpital. Au moment de son entrée, l'enfant était en parfaite santé et les fonctions digestives n'étaient troublées d'aucune manière. — Le 14 septembre 1873, l'enfant a perdu l'appétit, il a quelques vomissements et surtout une diarrhée séreuse avec selles abondantes; il a été pris tout à coup dans la nuit. On prescrit une potion à l'Ipéca. Le soir, les vomissements sont devenus plus fréquents sous l'influence de la potion. On donne alors un lavement d'Ipéca. — Le 15, l'enfant va mieux, il tette bien ; la diarrhée a disparu presque complètement, il ne vomit plus; deux lavements d'Ipéca. — Le 16, la diarrhée n'a pas reparu. L'état général est excellent; môme traitement. — Le 17, on supprime le lavement. — Le 18, l'enfant sort de l'hôpital; il est en parfaite santé.
Ghouppe conclue des cinq observations qu'il a publiées :
1° Que l'Ipéca semble agir contre la diarrhée des jeunes enfants avec une grande énergie; que cette action est très puissante quand il est administré en lavements;
2* Que, par ce procédé, Ton a l'avantage de ne pas provoquer de vomissements, ce qui arrive à peu près constamment quand Ton donne la décoction d'Ipéca eu potion ;
3? Enfin, et ce n'est pas là un des moins grands services que puisse rendre ce mode d'administration en lavement, il peut être continué longtemps sans affaiblir les jeunes enfants et, par conséquent, il peut être employé pour combattre les diarrhées rebelles et chroniques.
Nous avons eu nous-même à plusieurs reprises à nous louer de cette médication dans Fentéro -colite cholériforme et nous citerons en terminant cet article l'observation d'une dysenterie chronique guérie en six jours par les lavements d'Ipécacuanha.
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Emile G... de Trept (Isère) âgé de 18 mois a contracté au mois d'avril une dysenterie opiniâtre qui persiste encore au mois de septembre malgré les traitements les plus énergiques et les plus Varies (bismuth, opiacés, etc.). L'infusion d'Ipéca à la brésilienne reste sans effets. La maladie cède en six jours aux lavements d'Ipéca. Actuellement (décembre) elle n'a pas reparu.
Coryza des enfants. — Lewis, de New -York, préconise dans cette maladie le sirop ou le vin d'Ipéca à faible dose toutes les trois heures. Il a reconnu son efficacité même chez les enfants de quelques mois.
Group. — L'Ipécacuanha est de beaucoup préférable à l'émétique dans cette affection, car il débilite moins et ses effets vomitifs sont aussi énergiques. Par son effet sur la muqueuse il aide au détachement des fausses membranes qu'il aide à rejeter par son action expectorante. La plupart des médecins reconnaissent l'efficacité de l'Ipéca dans le croup au moins dans la première période ; il suffit souveut alors à faire connaître la maladie. Malheureusement ce médicament ne détermine pas toujours le vomissement chez l'enfant et l'on est alors obligé d'avoir recours à d'autres vomitifs, tels que le sulfate de cuivre ou Tapomorphine.
Coqueluche — L'Ipéca est fréquemment administré avec avantage dans la coqueluche. On le donne tout d'abord à dose vomitive et on continue ensuite la médication avec des doses nauséeuses. Il doit être préféré à l'émétique, car il fatigue moins les petits malades.
Bronchite. — Dans la bronchite aiguë des enfants Fothbrgill recommande l'emploi combiné du sulfate du zinc et du vin d'Ipéca. Il reconnaît à cette médication une grande efficacité et dit qu'il est préférable d'employer ce
traitement mixte que l'un ou l'autre remède séparément. Ellis donne dans le même cas le vin d'Ipéca associé à la Jusquiame et à l'acétate d'ammoniaque. Douglas Phillipps et da Costa emploient avec succès des préparations à base d'Ipécacuanha dans la bronchite capillaire des enfants.
Enfin nous terminerons cette liste des indications de l'Ipécacuanha dans les maladies de l'enfance en citant son efficacité reconnue dans la pneumonie infantile. L'utilité de cette médication a été signalée par un grand nombre d'auteurs français et étrangers ; elle ne fait l'objet d'aucun doute.
Broncho-pneumonie. — D'après Dujardin-Beaumetz il faut, dans cette affection, se servir de sirop d'Ipéca additionné, selon l'âge de l'enfant et sa résistance au vomissement, de 20, 30, 50 centigrammes de poudre d'Ipéca. L'enfant vomit avec une extrême facilité, et comme il ne crache pas c'est le seul moyen que l'on possède pour débarrasser méthodiquement sa poitrine. Il faut que les personnes qui entourent l'enfant aient soin de retirer de sa bouche les mucosités filantes qui l'encombrent après chaque vomissement.
APPLICATIONS EXTERNES DE l'IPECACUANH A
Grâce à ses propriétés irritantes la poudre d'Ipécacuanha a été employée avec succès comme traitement externe, soit pour guérir certaines affections cutanées, soit pour produire une contre-irritation sur le tégument. En 1842, Turnbull étudia l'action de l'Ipéca sur la peau, il employa concurremment le Uniment de Hannay et une
pommade à base d'émétine(voir Pharmacologie). Il a trouvé ces deux modes de traitement sensiblement égaux. En frottant pendant quelques minutes une ou deux fois par jour le tégument avec une pommade à base d'Ipéca, on observe une série de petites éruptions incolores qui persistent quelque temps. Il est supérieur au tartre émétique, car il ne laisse jamais de cicatrices sur la peau, avantage précieux, particulièrement quand on veut produire la contre -irritation sur ie cou. Chez quelques sujets les pustules ressemblent à des dartres, mais elles ne sont pas implantées sur une base enflammée, comme celle produite par le tartre stibié.
L'éruption est accompagnée d'une sensation de chaleur et de démangeaison. Ce mode d'application de l'Ipéca rend de réels services dans les maladies de la poitrine et de l'abdomen, et souvent même l'action du médicament commence à produire son effet avant l'éruption des pustules. On n'observe jamais de vomissements si Tépiderme est intact. Au contraire, quand on applique l'Ipéca ou l'éraétine par la méthode endémique (Gehrardt), on produit au bout d'un quart d'heure des vomissements abondants. Si les pustules étant bien développées, le malade persévère dans ses frictions avec l'onguent d'Ipéca, il ressent une vive chaleur et une démangeaison intense, mais, contrairement à ce qui se passe avec le tartre stibié, l'éruption ne prendra jamais un caractère ulcéreux.
En 1865, William Kent, de Birmingham, rapporte que pendant son séjour en Australie il a entendu citer l'efficacité de Tlpécacuanha contre les piqûres de moustiques, de myriapodes et les morsures de serpents. Il en conclut que les cataplasmes de cette substance pourraient être utiles
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contre les morsures des chiens enragés. De telles assertions demandent vérification.
Delioux de Savignac (1874) démontre l'efficacité de Tlpéca sur les plaies ; sa poudre sèche en quelques heures une large surface cutanée, dénudée par un vésicatoire volant; elle active la cicatrisation d'une plaie simple du tégument externe. Mais alors, si les assertions de Gerhardt sont vraies, il devrait se produire des vomissements. C'est là encore une étude à reprendre.
Nous terminerons cet exposé des applications externes de l'Ipécacuanha par le traitement au moyen de cette substance de l'anthrax et de la pustule maligne, tel qu'il vient d'être publié il y a quelques mois.
Anthrax . — Ed win Muskett rélatef The Lancet, 1 888) un procédé simple de traitement de cette affection. L'auteur cite quatre cas d'anthrax traités au moyen de l'Ipécacuanha; c'étaient des formes graves et justiciables d'un traitement énergique, et dans chacun de ces cas l'application de la pâte d'Ipéca a été suivie le jour même ou le jour suivant d'un amendement des phénomènes généraux. Quant à la lésion locale elle n'a laissé d'autres traces que celles d'un abcès plus ou moins étendu. L'auteur ajoute que l'insuccès qu'il a observé dans le traitement du furoncle par le même procédé lui confirme la non-identité de l'anthrax et du furoncle.
Pour employer ainsi l'Ipéca, Muskett le délaye dans l'eau (de préférence à la glycérine, en raison de son pouvoir exosmotique plus grand) jusqu'à consistance de crème, puis ill'étend largement sur l'anthrax.
Pustule maligne. — Muskett a employé pendant quinze ans l'Ipéca dans le traitement de la pustule maligne.
Durant cette période il n'a pas eu à en soigner moins de cinquante cas . Les cinq observations qu'il cite au hasard (The Lancet, 1888) dans ce nombre sont relatives à des hommes que leur profession (bergers, fermiers, bouchers) obligeait à être en rapport avec des animaux atteints du charbon. Les pustules malignes qu'ils présentaient s'accompagnaient de phénomènes généraux graves et pourtant l'usage de l'Ipéca a toujours réussi : l'état général s'améliorait en quelques heures, le délire cessait, la fièvre tombait. Le jour suivant la pustule diminuait de volume, le gonflement et l'induration périphérique disparaissaient, puis l'escarre se détachait et la plaie se cicatrisait comme une plaie simple.
Cet auteur emploie pour ce traitement la pâte dont nous avons donné plus haut la composition. Ill'étend largement sur la pustule et le tissu œdématié qui l'entoure. Il administre en même temps à l'intérieur, deux ou trois jours de suite, 5 à 10 grains d'Ipéca (30 à 60 centigrammes). Muskett s'est bien trouvé plusieurs fois de l'application d'un petit vésicatoire précédant de quelques heures celle de l'Ipéca.