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EMPLOI DE L'IPÉCA DANS LA THERAPEUTIQUE VÉTÉRINAIRE

Nous terminerons cette étude de l'emploi thérapeutique de l'Ipéca par quelques lignes sur son usage dans la médecine vétérinaire.

Cette substance a été vantée autrefois par Barri er (Instruc. vétér.y t. V, p. 143), contre la maladie des chiens, surtout après la saignée. La dose était de 5 à 10 centigrammes, sans doute à cause de l'extrême jeunesse des sujets à traiter. Bourgelat (Mat. méd., t. II,

p. 194), et Delabere-Blaine (Not. fondament., t. III, p. 238) ont préconisé, à l'imitation de ce qui se passe chez l'homme, l'Ipéca contre la dysenterie du cheval et des autres animaux domestiques; dans ces conditions, Tlpéca paraît jouir d'une assez grande efficacité. Lafosse Ta conseillé aussi contre l'entérite couenneuse du cheval. Il le donne à la dose de 30 grains en lavement. La diarrhée du chien et des jeunes herbivores cède facilement à l'usage de l'Ipécacuanha. Delafond a employé avec succès le sirop à la dose d'une cuillerée à café dans un breuvage approprié contre la diarrhée des veaux à la mamelle. Enfin les vétérinaires du Midi ont fait une heureuse application de l'Ipécacuanha à la médecine bovine : administré au bœuf, à la dose de 4 à 8 grammes, avec le double ou le triple de son poids d'aloès, il rétablit la rumination assez rapidement lorsque la suspension n'est pas liée à une affection grave des estomacs et qu'elle tient surtout à la paresse du rumen. Donné seul, l'Ipéca ne réussit pas aussi bien. Cette substance convient surtout contre l'affection catarrhale et muqueuse des jeunes Chiens, contre la bronchite chronique, la gourme, l'angine tonsillaire, le croup, etc. Enfin il a été employé avec succès pour arrêter certaines hémorragies.

Maintenant que nous avons successivement étudié les diverses indications de l'Ipécacuanha, il nous reste à grouper ces données et à exposer la thérapeutique générale de la substance qui fait le sujet de notre travail. Nous essayerons de rapprocher ces^indications des effets physiologiques que nous avons étudiés dans le précédent chapitre et nous emprunterons la plupart de nos conclusions aux

leçons que M. le professeur Soulier a faites sur ce sujet à la Faculté de Lyon.

On peut, d'après lui, grouper les indications de l'Ipéca cuanha en six principales :

1* Gomme vomitif. C'est surtout chez les enfants et les vieillards qu'il faut avoir recours à l'Ipéca plutôt qu'à l'émétique. Dans le croup, à titre de désobstruant, l'Ipéca est Tégal du tartre stibié et il a sur lui l'avantage de ne pas déprimer. L'émétique lui semble supérieur pour produire dans les névroses un choc perturbateur. Dans les empoisonnements l'Ipéca est relativement peu employé.

2° Gomme nauséeux. Quoique l'Ipéca le soit moins que l'émétique, il Test néanmoins bien suffisamment pour produire un état nauséeux continu, sans les mouvements de dépression fâcheuse du tartre stibié.

3° A la fois comme expectorant et comme nauséeux. L'action expectorante peut, d'après M. Soulier, être considérée comme le premier degré de l'action nauséeuse et se continue, s'accentue même pendant le stade nauséeux, vu l'exagération de la sécrétion salivaire et bronchique. L'Ipéca à dose simplement nauséeuse ou expectorante est indiqué dans les affections bronchiques avec sécrétion visqueuse, dans l'asthme, la coqueluche, etc.

Dans la dyspepsie ou l'embarras gastrique, soit à dose nauséeuse, soit comme vomitif, il paraît inférieur au tartre stibié. L'Ipéca à dose nauséeuse est employé avec succès dans les vomissements incoercibles de la grossesse.

4° G'est surtout dans les maladies du tube disgestif que l'Ipéca est utilisé ; il à alors une action substitutive.

5° Gomme antiphlogistique, comme antipyrétique, contro-stimulant, à dose nauséeuse surtout, l'Ipéca a été

conseillé à l'égal du tartre stibié dans tous les cas où on indiquait ce dernier. Il a de plus l'avantage incontestable de fatiguer beaucoup moins l'organisme.

6° Gomme sudorifique et enfin comme antihémorragique. Nous pouvons ajouter à ces indications celles de l'Ipécacuanha, contre les vomissements de la grossesse et comme ocytocique, indications qui, ainsi que nous l'avons démontré plus haut par de -nombreux exemples, existent avec la dernière évidence.

Nous croyons que parallèlement à cette classification on peut en placer une autre basée sur les effets physiologiques constatés de l'Ipécacuanha. Toutefois cette classification ne saurait être définitive, à cause de l'incertitude où l'on est encore au sujet de l'action certaine du médicament. Les expériences faites sur les animaux ne sauraient prouver que tout se passe chez l'homme comme chez eux. Nous avons vu que Tlpéca ne faisait pas vomir les Lapins et qu'au contraire il avait une action vomitive très marquée chez le Chien. C'est, peut-on dire, parce que le Lapin ne vomit pas naturellement et que le Chien au contraire le fait avec la plus grande facilité. Nous l'admettons, mais il n'en est pas moins vrai que les actions ne sont pas identiques et de ce que nous avons constaté une augmentation du tonus cardiaque chez la Grenouille il n'est pas absolument prouvé qu'il en soit absolument de même chez l'Homme. Nous ne pouvons donc fournir que des données approximatives. Quoi qu'il en soit, il nous semble, en résumé, que l'Ipécacuanha a surtout une action irritante locale et une action générale sur le système nerveux.

C'est à cette action irritante que l'on doit attribuer en premier lieu l'inflammation de la muqueuse gastro-intes-

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tinale à la suite de l'ingestion d'Ipéca ou de l'injection d'Emétine, en second lieu l'augmentation des contractions stomacales produites alors môme que l'estomac est absolument détaché de l'animal. Peut-être aussi faut- il attribuer à cet effet l'orgasme du cœur dont les battements diminuent de fréquence alors que son tonus est très sensiblement accru.

Lorsque l'estomac ou le coeur sont on place, ces effets se compliquent en outre d'une action sur le système nerveux.

Quoi qu'il en soit, puisqu'à l'état physiologique, on observe une irritation dos muqueuses, il faut en conclure que l'action de l'Ipéca, lorsque l'inflammation existe, est une action contro -stimulante, une action substitutive. Elle , est la même que celle que l'on veut obtenir quand on cautérise une plaie de mauvaise nature avec le nitrate d'argent ou qu'on traite une diarrhée par l'huile de ricin à petites doses.

C'est à cette action physiologique qu'il faut attribuer l'efficacité de l'Ipécacuanha dans les maladies du tube digestif et dans les affections pulmonaires. Dans ce der nier cas, il faut encore voir une des propriétés de l'Ipécacuanha de diminuer l'afflux sanguin au poumon.

Son action sur le système nerveux montre que c'est peut-être par une sorte d'inhibition que se produit l'arrêt des vomissements lorsqu'on le donne à faible dose.

Enfin, les expériences sur le cœur de la grenouille montrent que peut-être faut-il trouver dans la diminution des battements du cœur due à l'excitation du pneumo gastrique la cause de l'arrêt des hémorragies par cette méthode. Peut-être aussi faut-il voir là une action locale

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qui existe d'ailleurs au sujet de la température, ainsi que le montrent les expériences de Pécholier et de Mourson.

Quoi qu'il en soit, nous concluons de ce que nous avons dit au sujet de l'étude physiologique et thérapeutique de l'Ipécacuanha, que le nombre des inconnues qu'il reste à résoudre est considérable et que les succès que l'on a pu obtenir jusqu'ici doivent servir à encourager les expérimentateurs.

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