III. FALSIFICATIONS DBS PRODUITS PHARMACEUTIQUES
Parmi les préparations officinales, les unes se trouvent adultérées accidentellement par le fait même de l'emploi de racines mêlées ou de poudres falsifiées; d'autres le sont intentionnellement. Les produits les plus falsifisés sont les extraits qui sont la base d'un grand nombre de préparations pharmaceutiques.
Extraits. — L'extrait d' Ipécacuanha annelédeBio a une coloration brun-rouge clair ; il est épais, adhère au verre, sur lequel il laisse une empreinte cireuse. Il se dissout difficilement dans l'eau et lui communique une teinte ambrée; dans l'eau iodée, au contraire, il se dissout avec rapidité et la solution prend alors une coloration ocracéJ. Son odeur est assez forte, sa saveur acre et piquante. — Au microscope cet extrait se présente à l'état sec sous forme de petites masses jaunes amorphes dans lesquelles sont empâtés de petits cristaux qui deviennent très visibles quand on ajoute de l'eau, la matière amorphe se dissolvant alors presque complètement. Traité par l'anaphtol puis l'acide sulfurique, l'extrait d'Ipéca de Rio prend une teinte violacée sale qui bientôt devient verdâtre.
L'extrait d' Ipécacuanha strié noir a en masse une couleur qui rappelle celle du goudron ; il se dissout facilement dans l'eau, à laquelle il communique une teinte de sépia. Il ne laisse pas sur le verre de trace cireuse. Son odeur rappelle assez celle des pruneaux cuits ; sa saveur est presque nulle. — Au microscope l'extrait d'Ipéca strié noir montre au milieu des granulations brunes de grandes plaques cristallines de forme toute particulière qui se dissolvent dans l'eau, tandis que les granulations persistent en grande partie. Il n'y a pas de réaction avec la-naphtol et l'acide sulfurique, rien non plus avec l'eau iodée.
Nous avons examiné encore des falsifications de Yextrait d'Ipéca de Rio par addition de sucre, de mélasse, de dextrine ou de fécule dans la proportion de 1 pour 3. Voici le résultat de nos expériences.
1° Ipéca et sucre. — La réaction par l'a-naphtol et l'acide sulfurique donne une belle coloration violet-pourpre (on sait qu'avec le sucre pur cette coloration est d'un beau violet). L'eau iodée ne donne pas de réaction.
Cet extrait ne réagit que faiblement sur la liqueur de Fehling, mais après interversion par l'acide chlorhydrique il réduit énergiquement. La saveur de cet extrait décèle d'ailleurs suffisamment la fraude.
2° Ipéca et mélasse. — Même réaction avec l'a-naphtol, rien avec l'eau iodée. Il réagit énergiquement sur la liqueur de Fehling, fermente très facilement, et a une saveur caractéristique. On conçoit qu'il est facile par la méthode ordinaire de titrer la quantité de saccharose et de glucose contenue dans cet extrait falsifié.
3° Ipéca et dextrine. — La réaction par l'a-naphtol et
F acide sulfurique donne une coloration violet clair nuancée de carmin. Au microscope la dextrine du commerce, dont la transformation est toujours très incomplète, se présente sous forme de grains ayant la forme des grains d'amidon qui lui ont donné naissance, mais offrant cette particularité que la partie centrale est solide, tandis que la zone extérieure est très réfringente et présente de nombreuses stries circulaires. Cet extrait, dissous dans l'eau, précipite par l'addition d'une grande quantité d'alcool.
4° Ipéca et fécule. — Cet extrait n'est que partiellement soluble dans l'eau et dans l'alcool; le résidu lavé dans ce dernier dissolvant est composé de l'amidon. Avec l'eau iodée on obtient un dépôt gris bleuâtre. Cette falsification est très facile à reconnaître au microscope, car l'extrait se dissolvant en grande partie, on ne voit plus que les grains de fécule.
Outre les falsifications des extraits, nous pourrions encore signaler celles des préparations pharmaceutiques, telles que pastilles, etc. Mais tout pharmacien devant préparer lui-même ces produits, nous croyons avoir fait suffisamment en signalant les falsifications de la matière première, de la poudre et de l'extrait.