SUBSTANCES EMET1QUES
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cas de nymphomanie déterminés par des lavements avec la plante fraîche. Marchand a extrait de la Gratiole une substance neutre, la Gratioline, à laquelle il attribue les propriétés de la plante. Walzy en a retiré deux glucosides, une huile grasse, une résine brune, du tannin et un acide particulier.
Vandella diffusa L. (Herbe du Paraguay ) . — C'est une petite plante herbacée, quelque peu semblable à la Menthe par son aspect, mais étalée sur le sol. Les tiges sont carrées et légèrement pubescentes ; les feuilles sont opposées, presque sessiles, obtuses, serrato- crénelées, glabres et d'un vert foncé à la face supérieure, un peu pubescentes, et violacées en dessous. Leur longueur est de 20 millimètres. Les fleurs sont axillaires, solitaires, plus petites que les feuilles et d'un blanc rose. Le fruit est une capsule oblongue, de 10 millimètres de longueur, composée de deux loges polyspermées, s'ouvrant par deux valves parallèles; les graines sont petites et jaunâtres. Le Vandella diffusa croît spontanément dans les climats chauds et tempérés de la Colombie, dans toute l'Amérique tropicale, à la Martinique, à la Jamaïque, à la Guyane anglaise, au Brésil et aussi à Madagascar. Cette plante est, à Médellin, le vomitif des gens de la campagne ; ils prennent, à cet effet, une bonne poignée de la plante fraîche, qu'ils font bouillir dans 1/2 litre d'eau et boivent ensuite une petite tasse de cette décoction toutes les dix minutes, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu l'effet demandé. C'est un succédané sûr de Y Ipéca; il n'occasionne ni superpurgation, ni vomissement incoercible, mais il est très amer.
Posada-Arango a fait l'étude chimique de cette substance. Il y a trouvé: 1° une matière grasse colorée en vert
*tt ETUDE GÉNÉRALE DES SUCCÉDANÉS
parla chlorophylle, visqueuse, d'une odeur et d'une saveur nauséeuses, très solubledansl'éther, insoluble dans l'alcool; 2° une matière extractive amère, peu abondante, soluble dans l'eau à toutes les températures et dans l'alcool chaud, mais insoluble dans ce dernier liquide à froid ; 3° enfin, un résidu, en beaucoup plus grande quantité que les autres principes, d'apparence gommeuse, exclusivement soluble dans l'eau. Cette dernière partie est tout à fait insipide et inerte ; la substance amère n'exerce aucune action marquée sur notre organisme, en sorte que la matière grasse est le principe actif de la plante. L'extrait est incomparablement moins actif que la plante fraîche. Pris à l'intérieur, sous forme de pilules, il purge avec de légères coliques, à la dose de 0* r ,75à 1 gramme. Pour provoquer l'action émétique, il faut le porter à i* r ,50 et l'administrer en solution. La matière grasse, incorporée dans des pilules de mie de pain, purge suffisamment, à la dose de 0^,15; mais elle provoque des excitations très désagréables et de fortes nausées, de sorte qu'en l'administrant à gr ,20 ou 0^,25 et ordonnant au malade de boire après l'ingestion du médicament, l'effet vomitif est sûr.
Le sirop fait avec son suc, une teinture éthérée assez concentrée ou bien la plante sèche et réduite en poudre, seraient les meilleures préparations phamaceutiques. Nous empruntons cet extrait à l' Histoire des nouveaux agents médicamenteux de Heckel (1874).
Rubiacèes. — Nous avons déjà étudié, dans la première partie de ce travail, les diverses espèces d'Ipécacuanhas vrais; il ne nous reste plus qu'à passer en revue et à décrire rapidement les autres substances émétiques fournies par cette famille.
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Manettia oordifolia Martius. — Cette plante croît au Brésil près de l'Arroyo de la China, ruisseau qui sépare l'Uruguay et le Rio. On la trouve eu abondance dans la province de Minas Geraes. Uécorce de la racine est regardée au Brésil comme un excellent remède dans la dysenterie. Elle est aussi employée comme émêtique.
Boire ria ferruginea DC. (Spermacoce ferruginea Saint-Hilaire). — Cette plante ainsi que le Borreria Poaya DC. (Spermacoce Poaya, var. «, Saint- Hilaire) ont des propriétés vomitives qui les ont fait considérer comme des succédanés de PIpécacuanha.
Randia dumetorum (Gelaphul). — Arbre commun dans les jungles de l'Inde; les fruits sont très émétiques et employés comme tels par les Indiens.
. Lobéli âgées. — Lobelia inflata L. (Indian tobacco, Herbe à l'asthme, Herbe émêtique) . — Plante annuelle ou bisanuelle, à tige dressée, simple ou rameuse au sommet, haute de 2 à 6 décimètres et à feuilles subentières ; les inférieures pétiolées, les supérieures sessiles, ovales oblongues aiguës. Fleurs lilas clair, en grappe terminale et à réceptacle ovoïde, 10-nervié; calice à 5 sépales libres, triangulaires- subulés; corolle bilabiée, fendue jus qu'à la base et dont le tube offre vers son milieu deux taches jaune clair, au-dessus desquelles s'en trouvent deux autres, répondant à une fossette extérieure ; étamines à filets aplatis, libres et à anthères grises, obtuses, dont
2 sont pénicillées au sommet; ovaires à 2 loges multiovulées.
La Lobélie enflée habite le nord de l'Amérique, elle s'étend du Mississipi à la baie d'Hudson et au Kamtchatka. Les sommités et les semences de cette plante
sont très employées aux État -Unis par les médecins éclectiques comme êmêtiques et expectorantes.
1° Sommités. — Elles sont récoltées parles quakers de New Lebanon qui les expédient en Angleterre sous forme de paquets rectangulaires fortement comprimés avec cachet et signature sur le papier servant d'enveloppe. Ces sommités ont une couleur vert jaunâtre, une odeur herbacée, irritante et une saveur acre, brûlante, analogue à celle du tabac; quand on les mâche, elles provoquent une salivation abondante. Leur poudre est verdâtre.
2° Les semences de la Lobélie enflée sont petites, brunes, ovales ou en forme d'amandes ; elles sont marquées de rides longitudinales et transversales, obliques, interceptant de nombreuses fossettes ovales.
Gapripoliacées. — Triostum perfoliatum L. — Cette plante est utilisée comme émétique sous le nom d' Ipécacuanha de Virginie.
Synanthérées. — Senecio vulgaris L. — Tige de 1 à 5 décimètres, dressée-rameuse, glabre ou parsemée de quelques poils aranéeux ; feuilles un peu épaisses, pennatifides ou pennatipartites , à divisions inégalement sinuées-dentées : les inférieures atténuées en pétiole, les caulinaires amplexicaules ; involucre cylindrique à calicule formé d'une dizaine de petites écailles fortement tachées de hoir au sommet, ainsi que les folioles ; graines pubescentes ; fleurs composées, jaunes, en petits corjmbes irréguliers. Cette plante, commune partout, fleurit toute Tannée. Elle serait, suivant Quincy et Poidevin, un vomitif bon et sûr dont on pourrait certainement tirer de grands avantages.
Eupatorium cannabinum L. — La racine d'Eupatoire fibreuse est blanchâtre ; à l'état frais elle exhale
uùé odeur aromatique assez analogue à celle du Panais, et exhale une saveur amère, aromatique et piquante. Elle agit comme un éméto-cathartique assez violent. Il paraît toutefois qu'elle perd une partie de ses propriétés si on la récolte au moment delà fortification.
Eupatorium perfoliatum L. 1 (Boneset, Thoroughworty Crosswort, Indian Weed, Ague Weed, Herbe à la fièvre). — Cette plante croît abondamment dans les lieux marécageux, le long des cours d'eau de l'Amérique du Nord, où elle s'étend depuis la Nouvelle-Ecosse jusqu'à la Floride. C'est une herbe vivace, à tige vigoureuse, dressée, cylindrique, rameuse à son extrémité supérieure. Ses feuilles sont opposées-counées par leur base, qui est sagittée, aiguës au sommet; ses capitules sont blancs, très nombreux, et disposés en cymes corymbiformes, portées à l'extrémité des rameaux supérieurs qui sont opposéscroisés. Les fleurs s'épanouissent de juillet en septembre*
Les indigènes d'Amérique employaient de toute antiquité cette substance dans le traitement des fièvres intermittentes* Les fleurs et les feuilles mâchées développent un goût amer, d'une saveur particulière et dépourvue d'âcreté et d'astringence : ce sont ces parties qui sont officinales aux Etats* Unis. Vers le commencement de ce siècle, il apparut en Pensylvanie une épidémie particulière de fièvre qui fut dénommée break-bones fever (fièvre qui brise les os) à cause des vives douleurs ostéocopes qui en étaient le symptôme dominant; cette fièvre fut arrêtée par l'eupatorium qui en reçut le nom de Boneset (qui calme les os) ♦ De cette époque date sa vogue en Amérique. Smith Barton vantait déjà à cette époque ses propriétés émétiqtces*
1 Synonymie : Eupatorium connatum Msghx. — E, salvmfolium SiUâ t
Peterson y a trouvé un principe amer, une résine, uue matière cristalline, de la gomme, du tannin, etc. — Beckley en a retiré des traces d'une huile volatile et de V acide gallique. Il a proposé le nom d'Eupatorine pour en désigner le principe amer, principe qu'il ne faut pas confondre avec la substance complexe que les médecins éclectiques des Etats-Unis appellent aussi Eupatorine. Selon Rapines V Eupatorine est une matière rési ni forme brune, araère, soluble dans l'eau et dans les acides, avec lesquels elle forme des sels .
Le Boneset est inusité en Europe ; mais il est très réputé aux Etats-Unis comme tonique et diaphor étique ; il est vomitif à hautes doses. Les Indiens l'emploient contre les fièvres intermittentes. En infusion chaude, il détermine de larges vomissements, suivis de sueurs profuses et, ensuite, d'une action apéritive. On le recommande, à cet effet contre la grippe et le rhumatisme aigu. En substance (1 gramme à l ,r ,50) ou en infusion froide (30 grammes d'infusé) souvent répétée, il agit comme tonique dans la dyspepsie et dans tous les états où les amers sont recommandés. Enfin on les prescrit comme éméto-catharlique sous forme de décocté (30 pour 1000) que l'on donne à la dose de 250 à 500 grammes et même plus.
Nous avons décrit dans ce chapitre un grand nombre de substances émétiques ; nous ne prétendons pas que toutes puissent être des succédanés de l'Ipécacuanha, mais nous pensons qu'elles peuvent rendre de réels services à titre de vomitif quand on n'a pas sous la main des émétiques d'une efficacité reconnue.