‹ Etude des ipécacuanhasChapitre 9 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le premier chimiste qui ait fait une analyse de la racine d'Ipécacuanha est Bouldug. Lassone fils et Cornette reprirent cette étude, en 1779.

En 1784, Irvine fit de l'Ipéca une analyse qui obtint le prix de The Harveian Society, à Edimbourg. Il y trouva une matière gommo-résineuse, dans laquelle résidait principalement l'activité de la substance, de la résine pure et de l'extractif. « Lorsque, dit-il, on fait bouillir longtemps cette racine dans l'eau, elle perd sa propriété caustique ; si ou la distille avec Peau, le liquide qui passe est inactif, mais la décoction qui reste dans la cucurbite a une action très forte dans l'économie animale. »

En 1806, Henry retira de cette substance un acide organique libre, divers sels à base de chaux, une matière résineuse et une matière extractive soluble dans l'eau, Tune et l'autre vomitives. Cet auteur regarde cependant la

matière résineuse comme plus vomitive que la seconde ; il pense, comme Lassonne et Murray , que la partie ligneuse de l'Ipéca est à peu de chose près aussi active que Técorce.

Màsson-Four, en 1809, publia aussi une série de recherches sur ce sujet. Il en conclut qu'il existait dans l'Ipéca : 1° de l'acide gallique; 2° de la go'mme ou du mucilage; 3° de l'extractif; 4° de la résine ; ces deux dernières substances paraissant être les principes actifs de la racine. Il montra que l'alcool à 36° dissolvait la résine, l'acide gallique et une partie de l'extractif; que l'eau s'emparait dit mucibge, de l'acide gallique et de l'extractif, mais qu'elle ne paraissait pas retenir une quantité notable de résine; il ajoutait, enfin, que le meilleur dissolvant des parties médicinales de l'Ipécacuanha était l'alcool à 20°.

Ce n'est qu'en 1817 que Pelletier et Magendii: firent l'analyse complète de la racine brésilienne; toute fois, l'identification des substances qu'ils examinèrent avait été mal faite, et il faut considérer comme des variétés d'Ipéca annelé les racines qu'ils étudièrent sous le nom de Psychotria emelica et Callicocca Ipecacuanha, le premier étant V Ipéca gris de Mërat et le second son Ipéca g?ns rouge i .

Voici les résultats de cette analyse :

Première variété : A) écorce ; Émétine, 16; Matière grasse huileuse, 2; Cire, 6; Gomme, 16; Amidon, 42; Ligneux, 20; traces d'acide Gallique. — B) &0ts ; Matière vomitive, 1,15; Matière extractive non vomitive, 2,45;

1 Pelletier reconnaît lui-même sou erreur dans sou rapport sur la thèse de Richard (Journal de pharmacie et des sciences accessoires, 1820 p. 261). Mérat la rappelle aussi dans le Dictionnaire des sciences médicales de 1818.

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Gomme, 5; Amidon, 20; Ligneux, 66,60; des traces d'acide Gallique et de Matières grasses.

Dans la deuxième variété, on trouva : Substance vomitive, 14 ; Matière grasse, 2 ; Gomme, 16 ; Amidon, 18 ; Ligneux, 48.

Pelletier et Magendie donnèrent le nom d'Émétine à la matière vomitive. Ils la décrivaient ainsi :

Elle se présente sous forme d'écaillés transparentes, d'une couleur brun rougeâtre ; son odeur est presque nulle; elle a cependant un peu d'analogie avec celle du sucre caramélé. Sa saveur est amère, un peu acre, mais nullement nauséabonde. Une chaleur moins forte ou égale à celle de l'eau bouillante ne lui fait éprouver aucune altération. A une chaleur supérieure, elle se boursoufle, noircit et se décompose, donne de l'eau, de l'acide acétique, de l'acide carbonique, très peu d'huile ; il reste un charbon très spongieux et très léger. On ne peut, dans les produits de la distillation, trouver aucune trace d'ammoniaque, ce qui indique que l'azote n'entre pas dans la composition de cette matière. Exposée à l'air, elle n'éprouve aucune altération que de tomber en déliquescence. On ne peut l'obtenir cristallisée par aucun moyen.

En 1820, Richard et Barruel reprirent l'analyse de Tlpécacuanha et obtinrent : Emétine, 16; Cire, Matières grasses de différentes natures, 1.2; Matière résineuse, 1,2; Gomrne et différentes subs lances salines, 2,4; Amidon, 53; Matière animale albumineuse, 2,4; Ligneux, 12,5; des traces d'acide Gallique.

Pelletier et Dumas obtinrent, en 1823, de YÈméline blanche et Magendie montra que cette substance était trois fois plus active que Pémétine colorée. Ces savants avaient trouvé pour la composition de 99,59 d'émétine : Carbone, 64,57. — Azote, 4. — Hydrogène, 7,77. — Oxygène, 22,95. Ce qui donnerait la formule C?°H tt Az0 8 .

Le Codex français de 1837, Merk, Willigk(1851), Leprat (1853), firent connaître de nouveaux modes de préparation de Fémétine, que perfectionna de nouveau Leport, en 1869. La même année, Attfield reconnut dans Fémétine impure de Pelletier la présence d'une matière sucrée, et il indiqua un procédé de dosage de l'émétine pure. Zinoffsky, en 1873, indiqua un mode de détermination quantitative de Fémétine et admit en la doublant la formule de Pelletier : G 80 H 44 Az 2 O 10 . Il ne put, en aucune façon, faire cristalliser Fémétine et ses sels.

En 1875, M. le professeur Glénard découvrit un nouveau procédé d'extraction que nous exposerons plus loin, fixa la formule de Fémétine pure à G 30 H 82 Az O 4 , montra sa solubilité dans Féther et fut le premier à l'obtenir cristallisée. 11 étudia le chlorhydrate d'émétine, auquel il donna la notation : G 30 H 28 Az O 4 , H Cl, et qu'il reconnut pour un sel neutre.

Lefort et Fréd. Wurtz (1877) indiquèrent comme formule de Fémétine G 28 H 20 Az O 5 et étudièrent l'azotate d'émétiife qu'ils considérèrent comme neutre. Depuis cette époque, il faut citer les travaux de Power, qui indiqua des réactions de Fémétine; cette étude fut complétée par von Podwyssotzki, qui retira de l'huile d'Ipéca un nouveau corps, Yérythrocéphœléine. Enfin, de nouvelles réactions de Fémétine furent indiquées par Sneling, Hamelin et Arnold.

Nous allons étudier successivement les différentes substances que l'on peut retirer de Flpécacuanha. Nous donnerons ensuite l'analyse de cette racine et le dosage des matières qui en sont extraites.

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EMKTINE

Équivalents : G 30 H* Az O 4 (Glénard) ou G^H^AzO 5 (Lefort et Wurtz).

Atomique : C 15 H**AzO* (Glénartl) ou C 28 H*°Az 2 5 (Lefort et Wurtz).

Propriétés physiques. — L'émétine se présente sous forme d'une poudre blanche, légèrement jaunâtre ; elle est douée d'une saveur amère très faible, mais désagréable, et ramène au bleu le tournesol rougi parles acides. Dissoute dans de la ligroïne, elle se présente après évaporation sous forme de croûtes blanches, dans lesquelles le microscope permet de distinguer de fines aiguilles cristallines, peu réfringentes. Tantôt ces cristaux sont groupés en étoiles, tantôt sous forme de corps sphériques. Ces croûtes sont donc des masses cristallines. D'une solution éthérée ou alcoolique, Pévaporation se faisant très lentement, l'émétine se sépare en fines paillettes ; par évapo ration rapide, cette substance prend la forme de grains arrondis. Elle se dissout facilement dans l'éther sulfurique à froid, est également soluble dans le chloroforme, l'éther acétique, les alcools méthylique, éthyiique et amylique, le sulfure de carbone, l'essence de térébenthine, les huiles essentielles, les huiles grasses et l'acide oléique ; elle est soluble dans 1000 parties d'eau froide.

L'émétine pure fond de 02° à 65°; l'émétine impure commence à fondre vers 50°.

Elle se colore en jaune, sous l'influence des rayons solaires, surtout quand elle est exposée à l'air. A l'obscurité, elle reste blanche. Elle est très facilement altérable.

KTUDK CHIMIQUE 39

Propriétés chimiques et réactions. — Le tannin donne, avec l'émétine, un précipité blanc et l'acide gallique, une combinaison soluble.

L'éméline est précipitée de ses solutions aqueuses par les terres alcalines, les alcalis et leurs carbonates. Le précipité est partiellement soluble dans un excès d'alcali.

L'acide sulfurique concentré donne, avec l'émétine, de l'acide oxalique. — Chauffée à 150° avec de l'acide sulfurique dilué, dans un tube scellé, l'émétine se change en une masse brunâtre, de saveur amère; une grande quantité d'émétine reste inaltérée.

Quand on ajoute à une solution saturée de phosphomolybdate de soude dans l'acide sulfurique un fragment d'émétine, on constate que l'alcaloïde brunit. La réaction est surtout sensible dans une petite capsule de porcelaine. Si on ajoute rapidement une goutte d'acide chlorhydrique au mélange, celui-ci perd la coloration brune et devient bleu-indigo foncé.

Si l'on verse quelques gouttes d'acide chlorhydrique dans un tube contenant une petite quantité de chlorate de potasse, puis une goutte de solution d'émétine, on observe une coloration rouge-orange, qui passe au violet (Sneling).

L'hypochlorite de chaux donne, avec l'émétine, une coloration jaune- orange ou jaune-citron. La réaction se produit surtout en présence d'un acide faible, l'acide acétique, par exemple, qui assure le dégagement de l'acide hypochloreux. Cette coloration se produit même avec une goutte d'une solution d'émétine au 1/5000. Elle peut être utilisée avec avantage pour un dosage rapide de l'alcaloïde (Wellcome et Sneling).

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Le bichromate de potasse donne, avec cet alcaloïde, une coloration verte (Hamelin).

Arnold a indiqué de nouvelles réactions de l'émétine ; nous allons exposer sa méthode : 1° On triture une petite partie de l'alcaloïde avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, on chauffe doucement et l'on ajoute ensuite avec un tube capillaire, goutte à goutte et en remuant, une solution potassique aqueuse ou alcoolique, à 30 ou 40 pour 100, jusqu'à changement de couleur. La solution d'émétino passe du brun au blanc jaunâtre, avec la potasse alcoolique, et du brun au vert sale, puis au jaune et enfin au jaune sale, avec la solution aqueuse. — 2° On triture un peu de l'alcaloïde avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, dans une capsule de porcelaine blanche, et on introduit, en remuant, dans le mélange successivement quelques cristaux d'azotite de soude ; on obtient alors une coloration d'un vert noir. En ajoutant goutte à goutte une solution potassique aqueuse, la couleur passe au rouge, puis au jaune; si c'est une solution alcoolique, on a alors une coloration d'abord brun sale, puis blanc jaunâtre.

Préparation de VEmétine. — Il existe un très grand nombre de procédés de préparation de l'émétine, et chaque auteur a pour ainsi dire le sien ; nous n'indiquerons que les principaux.

1° Procédé de Pelletier et Magendte (1817). — Ce procédé, le premier qui ait été employé, ne donne que l'émétine impure ou brune : 1° On épuise la poudre d'Ipécacuanha par l'cther sulfurique, d'abord à froid, puis à chaud, pour en enlever la matière grasse ; 2° on traite ce qui reste par l'alcool à 40° et à chaud, jusqu'à ce que l'alcool ne se colore plus ; 3° on filtre, on traite la teinture

par l'eau, et on filtre de nouveau ; 4° la matière soluble dans l'eau froide est obtenue par l'évaporation au bainmarie ; on la mêle avec du carbonate de baryte et on l'abandonne quelques jours ; 5° on redissout la matière dans de l'eau distillée et on y ajoute peu à peu et par partie de l'acétate de plomb, puis on lave à l'eau distillée le précipité ainsi obtenu ; 6° on traite par de l'hydrogène sulfuré et on obtient ainsi, après évaporation, l'émétine brune.

2° Procédé de Richard et Barruel (1820). —On épuise l'Ipécacuanha ]fer l'eau froide qui dissout : i° l'émétine ; 2° la gomme ; 3° l'acide gallique , 4° l'albumine ; 5° la matière résineuse ; 6° les différents sels végétaux. Parce moyen on n'attaque ni l'amidon, ni la cire, ni les huiles, ni le ligneux. On fait évaporer la liqueur au bain de sable ; on projette dedans, sur la fin de l'opération, une certaine quantité de sous- carbonate de magnésie en excès, pour neutraliser les acides; on évapore jusqu'à siccité. On traite le résidu par l'alcool à chaud, qui ne dissout que l'émétine et la résine. On filtre, on évapore la solution alcoolique jusqu'à siccité. On traite le résidu par l'eau qui ne dissout plus que l'émétine, et, pour obtenir cette dernière, il suffit d'évaporer à siccité.

3° Procédé de Dumas et Pelletier (1825). — On substitue, dans le procédé que nous avons indiqué en premier lieu, la magnésie calcinée au carbonate de baryte. On décante le liquide et on lave le dépôt avec de l'eau très froide, pour le débarrasser de la matière colorante non combinée à la magnésie. On dessèche soigneusement ce dépôt et on en retire l'émétine par l'alcool rectifié. On combine celle ci avec un acide, on traite le sel par le char-

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bon animal et on reprend par l'acool l'émétine précipitée de nouveau par la magnésie. On obtient par cette méthode de l'émétine blanche.

Ces deux procédés ne donnent que de l'émétine impure. Pour obtenir l'émétine vraie, il faut employer une des méthodes suivantes.

4° Procédé de Glénard ( 1875) . — L'Ipéca, mélangé de chaux en poudre, est épuisé par l'éther dans un appa^ reil à déplacement. Les solutions éthérées sont agitées avec de l'eau additionnée d'un peu d'acide à laquelle elles cèdent leur alcaloïde. On précipite celui-ci par l'ammoniaque. Lorsqu'on s'est servi d'acide chlorhydrique, la précipitation par l'ammoniaque est incomplète, mais, par évaporation, on obtient une masse cristalline de chlorhydrate d'émétine.

5° Procédé de Lefort et Fréd. Wurtz (1877). — Ces auteurs mettent à profit le peu de solubilité de l'azotate d'émétine. Le précipité étant lavé suffisamment est dissous dans l'alcool, ce qui donne une liqueur incolore, que l'on verse dans un lait de chaux. Le mélange, exposé au bainmarie jusqu'à siccité, réduit en poudre, puis mis en digestion avec de l'éther sulfurique, lui abandonne tout son alcaloïde. On volatilise l'éther et on obtient une substance jaunâtre, qu'on traite par l'acide sulfurique. L'émétine seule se dissout et la solution versée dans l'ammoniaque étendue fournit l'alcaloïde, sous la forme d'un précipité blanc, qu'on purifie par des lavages à l'eau distillée.

6° Procédé de von Podwyssotzki (1879). — I. On épuise par l'éther la racine d'Ipécacuanha pulvérisée, afin d'en extraire une huile et un mélange de matières grasses et cireuses. Il est avantageux de laver d'abord à l'éther

sulfurique,puis avecdel'éther de pétrole à chaud : on arrive ainsi à obtenir l'émétine dans un état de pureté parfaite. — Le résidu de l'action de l'éther ordinaire ou de l'éther de pétrole sur la poudre est soumis à l'action de l'alcool a 85° à chaud. On reaouvelle deux ou trois fois le traitement par l'alcool, l'Ipéca étant difficile à épuiser.

On chasse l'alcool par distillation, de façon à obtenir un extrait sirupeux à peu près exempt d'alcool. — A cet extrait alcoolique refroidi, on ajoute du perchlorure de fer dissous dans une petite quantité d'eau (environ 10 à 13 pour 100 du poids de la racine d'Ipéca). On fait en sorte de précipiter tout le tannin, puis on ajoute du carbonate de soude jusqu'à alcalinité.

Le mélange alcalin est additionné d'une petite quantité d'éther de pétrole et chauffé dans un matras, au bain-marie. — L'émétine se dissout dans cet éther qui, par évaporation, la laisse complètement blanche. L'éther do pétrole étant décanté, on le remplace par un nouveau volume de ce même liquide et on renouvelle ce traitement, tant que le liquide enlève des traces d'émétine. Par un repos d'une douzaine d'heures, dans un endroit frais, l'émétine se sépare presque complètement, sous forme d'un précipité blanc cristallisé.

IL On peut encore profiter de ce que l'émétine est très soluble dans l'éther. On traite alors une épaisse bouillie de poudre d'Ipéca par un peu d'acide chlorhydrique, puis par une quantité suffisante de perchlorure de fer ; on ajoute du carbonate de soude et, après un long repos, on agite ce mélange, qui est en consistance de bouillie, avec de l'éther sulfurique. Les extraits éthérés sont agités avec un volume d'eau peu considérable, après avoir été additionnés d'acides

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acétique, chlorhydrique ou sulfurique, pour dissoudre l'alcaloïde dans le liquide aqueux.

Les solutions acides sont traitées par un excès de soude, et l'émétine qu elles renferment en est retirée par l'éther de pétrole bouillant .

7° Procédé de Losch. — On prend un poids donné de poudre d'Ipécacuanha et on le soumet à la chaleur pendant trois heures, au bain-marie, avec de l'alcool à 90° et un peu d'acide chlorhydrique. On exprime le résidu, on lave à l'alcool et on distille jusqu'aux deux tiers; on filtre à froid, on traite de nouveau à l'alcool, puis on filtre de nouveau, et le produit est débarrassé complètement d'alcool dans un bain-marie. L'extrait obtenu est chauffe avec le double de son poids d'eau acidulée d'acide sulfurique. On filtre à froid, on mêle la liqueur obtenue avec trois fois son volume, à la température ordinaire, d'une solution saturée d'alun et on chauffe. On ajoute de l'ammoniaque, un peu plus qu'il n'est nécessaire, pour faire précipiter le sel d'alumine et l'alcaloïde. On évapore à siccité au bain-marie et- on pulvérise le résidu. On traite alors cette poudre par les dissolvants et on obtient l'émétine. L'auteur classe ainsi par ordre de puissance les dissolvants neutres •: alcool amylique, éther, chloroforme et benzine.

Dosage. — Outre les procédés de préparation que nous venons d'indiquer plus haut, on peut se servir, pour doser cet alcaloïde, de différents autres moyens qui, tout en n'isolant pas l'émétine, permettent cependant de connaître la proportion dans laquelle elle se trouve dans le végétal.

1° Procédé d'Attfield (1869).— Ce procédé, antérieur

à l'étude de Témétine faite par Glénard, Lefort, etc. , ne donne pas des résultats très précis ; mais nous devons toutefois le citer, pour être complet. Attfield a imaginé de reprendre l'extrait alcoolique de l'Ipéca par l'eau et de doser l'azote dans le produit d'évaporation de la liqueur qui en résulte. Pour cela, il calcine un poids connu de ce produit avec de la chaux sodée et, du poids de l'azote formé, il conclut à la proportion d'émétine, en se basant sur cette donnée que l'alcaloïde pur renferme 4,3 pour 100 d'azote. Il s'est assuré préalablement de l'absence de toute matière azotée autre que l'émétine.

2° Procédé de Zinofîsky (1873). — On traite 15 grammes de poudre d'Ipécacuanha par de l'alcool à 85° additionné de quelques gouttes d'acide sulfurique, de manière à avoir un volume de 150 centimètres cubes. On filtre et on prend 100 centimètres cubes de liquide, dont on chasse l'alcool par la distillation ; puis l'on ajoute au résidu une solution titrée d'iodomercurate de potassium, jusqu'à ce qu'on n'obtienne plus de trouble par ce réactif, après filtration. Le nombre de centimètres cubes d'iodomercurate employé, multiplié par 0,0189 (1/10000 de l'équivalent de l'émétine), donne la quantité d'émétine contenue dans 10 grammes de racines. La solution normale d'iodomercurate s'obtient en mélangeant les solutions aqueuses de 13 8r ,546 de bichlorure de mercure, avec 49 gr ,8 d'iodure de potassium et complétant un litre avec de l'eau. Un centimètre cube de cette solution précipite 1/10000 d'équivalent d'alcaloïde.

3° Procédé de Flùckiger (1887). — On épuise, dans l'appareil à déplacement, 10a 12 grammes d'Ipéca en poudre fine par du chloroforme bouillant additionné de 1 centi-

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mètre cube d'ammoniaque à 0,920. LTémétine est dissoute en totalité, si l'on continue l'extraction, jusque ce que le liquide lixiviateur ne soit plus troublé par le réactif de Mayer. On soumet alors le chloroforme à la distillation et on obtient, comme résidu, de l'émétine pure que Ton dessèche à 100°.

3° Procédé de Liynon ( 1 887) . — On place , dans un mortier, 25 grammes d'Ipéca pulvérisé (écorce et bois), on y ajoute 25 centimètres cubes d'eau distillée, puis on saupoudre avec 20 grammes de chaux éteinte. Après quelques minutes de trituration, on ajoute de nouveau 30 grammes de chaux éteinte. La poudre ainsi préparée est introduite dans l'allonge d'un appareil à épuisement, qui surmonte un matras dans lequel on place environ 300 centimètres cubes d'éther; on chauffe au bain-marie. Après 3 heures d'épuisement, toute l'émétine en solution dans la chaux a passé en solution dans l'éther; on obtient ainsi eiivirou 200 centimètres cubes de solution éthérée, légèrement colorée en jaune et faiblement fluorescente, que l'on filtre. On complète le volume dans un flacon jaugé. On prélève rapidement, au moyen d'une pipette graduée, 50 centimètres cubes de ce liquide, on les introduit dans un petit flacon long et étroit, et l'on y ajoute 10 centimètres cubes d'une solution deini-décime normale d'acide sulfurique, puis 4 à 5 gouttes d'une solution concentrée et fraîchement préparée de bois de Campèche ; on agite vivement le flacon.

On obtient deux couches : une éthérée, incolore ; l'autre aqueuse et jaune. On fait arriver goutte à goutte le long des parois du flacon, en agitant constamment, une solution demi-décime normale d'ammoniaque et on s'arrête quand

la dernière goutte ajoutée fait virer la couche aqueuse au rose; on sature ainsi la portion d'acide restée libre. La différence entre la quantité d'acide saturée et celle qui a été employée donne la quantité d'émétine, que l'on calcule d'après sa formule. — On peut également par ce procédé doser l'émétine dans l'extrait d'Ipéca.

5° Procédé de Ramson (1887). — La racine finement pulvérisée est traitée, par déplacement, avec du chloroforme rendu alcalin par l'agitation avec une solution ammoniacale concentrée. L'épuisement est complété dans un appareil à épuisement continu par le chloroforme bouillant. On sépare l'alcaloïde de la liqueur, en agitant cette dernière avec l'acide sulfurique très dilué et en dosant l'alcaloïde par la méthode volumétrique avec le réactif de Meyer.

6° Procédé de Kremel (1888). — On mélange lOgrammes de racine finement pulvérisée avec de l'hydrate de chaux et de l'eau de façon à obtenir une bouillie claire. On dessèche ce produit au bain-marie ; on le réduit en poudre et on l'épuisé dans un appareil à déplacement avec du chloroforme bouillant. Après évaporation de la solution chloroformique, qui est presque incolore, il reste une masse légèrement jaunâtre, qui est l'émétine. On dessèche à 100° et on pèse. D'après Kremel, l'émétine que donne le procédé de Flùckiger est trop impure, pour qu'on puisse se servir de ce procédé pour faire une analyse précise de la- racine d'Ipécacuanha.

Il existe un grand nombre d'autres procédés de dosage de l'émétine, chaque auteur ayant pour ainsi dire le sien ; nous n'avons voulu citer que les plus importants.

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CHLORHYDRATE D'ÉMÉTINE

C30H»AzO4,HC1

Propriétés. — Ce sel se présente en niasses cristallines incolores, en forme de petites sphères, constituées par des aiguilles très fines, réunies en faisceaux et rayonnant autour d'un point central. Ces masses ont à peu près l'aspect de mûres ou de frambroises.

Préparation. — On traite la solution éthérée d'émétine par de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique, on agite et on sépare l'éther. La solution aqueuse ainsi obtenue est êva~ porée et abandonne le chlorhydrate d'émétine, sous forme de masses solides, légèrement colorées. On comprime ces masses, afin d'en séparer l'eau mère colorée, et le gâteau ainsi obtenu est redissous dans l'eau. La solution de ce sel est alors incolore; par une nouvelle cristallisation, on a du chlorhydrate d'émétine absolument pur.

AZOTATE D'ÉMÉTINE CAO ]{44 Az 08, 2 (Ho, Az 05)

Propriétés. — Ce sel est cristallisé. Il est soluble dans 100 parties d'eau froide. Pour Lefort et Wurtz, il aurait pour formule G 56 H 40 Az O 10 , 2 (HO, Az O 5 ).

Préparation. — On dissout de l'émétine pure dans de l'acide acétique et on précipite la solution par le nitrate de potasse. L'azotate d'émétine ainsi obtenu est lavé avec soin, puis dissous dans l'alcool absolu. La teinture alcoolique exposée au bain -marie donne l'azotate d'émétine que Ton sèche dans le vide.

ÉTUbE CHIMIQUE Â&

GHROMATB D'eMBTINB

C'est un sel cristallisé, d'une belle couleur jaune et difficilement soluble dans l'eau.

Nous pouvons encore ajouter à ces sels le tannate d'émétine, l'acétate d'émétine, le sulfate d'émétine et le bromhydrate d'émétine. Ce dernier sel offre la même forme cristalline que le chlorhydrate. Le tannate ne se colore pas en jaune à la lumière, il fait en cela exception aux autres sels d'émétine . Tous les sels de cet alcaloïde se dissolvent en général facilement dans l'eau, l'alcool et les huiles grasses.

ACIDE IPBCAGUANHIQUE G«8 Hi« 012

Historique. — Cet acide, que Maoendie et Pelletier (1817), et plus tard Richard et Baruel (1820) nommèrent acide gallique, fut étudié par Willigk, qui l'appela acide vpécacuanhique.

Propriétés. — C'est une substance amorphe, rouge brunâtre, d'une saveur amère et piquante, très hygrométrique, soluble dans l'alcool et dans l'eau, un peu moins soluble dans l'éther.

L'acide ipécacuanhique se dissout dans l'acide sulfurique concentré avec coloration rouge brunâtre; après addition d'eau, il se forme des flocons gris. L'acide nitrique le dissout et lui communique une couleur jaune rougeâtre.

Par l'action de la chaleur, l'acide ipécacuanhique fond, dégage une odeur pénétrante d'acide formique et laisse finalement un charbon très léger, mais très difficilement combustible.

L'acétate neutre de plomb ne donne pas de précipité dans la solution aqueuse étendue d'acide ipécacuanhique; l'acétate tribasique donne un précipité blanc brunâtre, qui absorbe facilement l'oxygène de l'air, en même temps qu'il se fonce en couleur. Cet acide réduit les sels d'argent et donne, avec les sels de cuivre, un précipité blanc grisâtre, mais à la condition d'y ajouter de l'ammoniaque.

Il se dissout dans l'acide sulfurique concentré, avec une coloration rouge brunâtre et dans l'acide nitrique, avec coloration jaune-rougeâtre foncé.

En solution, même très étendue, il donne une coloration verte dans une solution de perchlorure de fer. L'ammoniaque y produit une coloration violette et, s'il est en excès, le liquide devient noir comme de l'encre, en même temps qu'il se forme un précipité brun noirâtre.

Les sels d'argent et de mercure sont réduits par cet acide. Les sels de cuivre ne donnent pas de précipité, mais, si Ton ajoute de l'ammoniaque, il se forme un précipité brun grisâtre.

Préparation. —Pour obtenir l'acide ipécacuanhique, Willigk a fait bouillir de la poudre d'Ipécacuanha dans de l'alcool à 84° et a traité la liqueur filtrée par l'acétate tribasique de plomb. Il se forme de l'ipécacuanhate et en même temps du phosphate de plomb.

On traite par l'acide acétique faible, le phosphate reste insoluble. La dissolution acétique, en présence de l'acétate tribasique de plomb et d'une petite quantité d'ammoniaque,

régénère le précipité d'ipécacuanhate de plomb. On délaye, après lavage à l'alcool, ce précipité dans l'éther et on le décompose par un courant d'hydrogène sulfuré. On sépare, par filtration, le sulfure de plomb, on place dans une capsule l'éther contenant l'acide ipécacuanhique et on évapore dans un courant d'acide carbonique sec.

On reprend le résidu par l'eau et on décolore par le charbon. On évapore à siccité au bain -marie et l'on obtient enfin l'acide ipécacuanhique.

Cette substance, qu'on nomme aussi acide Ipécacua • nhatannique, n'a pas été étudiée, à notre connaissance, depuis Willigk, et nous allons montrer que son existence n'est pas absolument démontrée. Cet acide n'est peut-être qu'un produit de décomposition.

CSPHJSLINE C48 H32 As 0*2

M. le professeur Glbnard a bien voulu nous communiquer les résultats encore inédits de ses travaux sur cette substance qu'il a découverte il y a déjà quelques années.

Préparation. — 1 kilogramme de racines d'Ipécacuanha grossièrement pulvérisées a été lavé avec de l'eau distillée froide, ce qui a donné 5 litres d'un liquide coloré en jaune un peu brunâtre. Ce liquide a été porté à l'ébullition pour déterminer la séparation de Y albumine qui se coagule à partir de 70°. Il a été ensuite filtré et traité après refroidissement par de l'acétate neutre de plomb, puis filtré de nouveau. Le liquide a été d'abord additionné d'acétate basique de plomb en excès. Il s'est

formé un nouveau précipité très peu coloré, qui a été lavé et séché.

C'est ce dernier précipité qui contenait la substance qui nous occupe. Pour l'en retirer, M. Glénard a d'abord dosé l'oxyde de plomb du précipité, puis il l'a délayé dans l'eau distillée et il y a ajouté peu à peu de l'acide sulfurique, en quantité un peu inférieure à celle nécessaire pour saturer tout l'oxyde de plomb. Après avoir laissé quelque temps la réaction s'opérer et s'être assuré que le liquide coloré, qui surnageait le dépôt de sulfate de plomb, ne con tenait pas d'acide sulfurique libre, il a porté la capsule au bain- marie et évaporé à siccité.

Le résidu composé de sulfate de plomb et de la matière organique primitivement associée à l'oxyde de plomb a été repris par l'alcool absolu et bouillant jusqu'à épuisement complet. Il s'est fait ainsi une solution alcoolique colorée en brun jaune. La majeure partie de l'alcool a été retirée par distillation, de manière à ramener le volume du liquide à 60 centimètres cubes environ.

Le liquide ainsi concentré, d'une couleur presque noire, abandonné à lui-même dans un matras non bouché, a déposé au bout de vingt-quatre heures une masse solide d'une couleur rubis foncé, dans laquelle, en l'examinant au microscope, M. Glénard a pu voir une cristallisation confuse. La portion restée liquide a été décantée, puis mêlée dans un matras avec cinq ou six fois son volume d'éther à 65°. Il s'est séparé immédiatement une matière floconneuse jaunâtre, qui a bientôt gagné le fond du matras, tandis que l'éther a pris l'apparence d'un liquide louche à peine coloré. L'éther a été transvasé dans un flacon à large ouverture soigneusement bouché. Au bout de quel-

ques heures le liquide s'est éclairci, et en même temps de petits grains arrondis blancs ou légèrement jaunâtres se sont déposés çà et là sur les parois et au fond du flacon. Peu à peu ces grains se sont multipliés au point de recouvrir comme d'un enduit toute la surface du flacon bai gnée par l'éther. En examinant ces grains à l'aide d'une forte loupe, il est facile de reconnaître que ce sont de petites masses cristallines. Elles sont formées par de ânes aiguilles rayonnant autour d'un point central.

La matière solide, qui s'était déposée dans l'alcool, redissoute dans un peu de ce véhicule et traitée de même par l'éther, fournit les mêmes résultats.

Ces grains cristallisés représentent la substance nouvelle, mais à cet état elle n'est pas pure et retient un peu de la matière colorée à laquelle elle se trouvait mêlée primitivement. On la purifie aisément par des lavages à l'eau froide, dans laquelle elle est très peu soluble. En mettant un peu d'eau dans le vase où ils se sont déposés, les grains se détachent aisément ; on les jette sur un filtre où on les lave jusqu'à ce que l'eau sorte incolore , puis on laisse sécher.

En redissolvant cette matière dans de l'alcool ou mieux dans l'esprit de boisa chaud on l'obtient en belles aiguilles disposées en étoiles ou en faisceaux.

Le mode d'obtention qui vient d'être exposé est long et compliqué, il donne en outre prise au doute sur la préexistence dans l'Ipécacuanha de la matière ainsi isolée. On peut craindre en effet que cette matière n'ait pris naissance sous Faction de l'acide sulfiirique employé pour la séparer du composé plombique. Voici une autre méthode plus simple, plus rapide et qui ne saurait inspirer semblable crainte.

100 grammes d'Ipéca en poudre ont été lavés par déplacement avec un demi- litre d'alcool absolu à froid. Le liquide, fortement coloré en jaune brun, a été distillé et ramené au volume de 50 centimètres cubes. Le liquide restant, fortement coloré, presque noir, a été mêlé et agité avec environ 2 décilitres d'éther à 65°. L'éther décanté dans un flacon bouché n'a pas tardé à déposer sur les parois du vase les petits grains cristallins dont il a été question plus haut.

Dans une autre opération M. le professeur Glénard a employé l'alcool méthylique pour le lavage de la poudre d'Ipéca. Mais comme ce liquide dissout des substances que l'alcool vinique ne dissout pas, on dut évaporer à siccité la solution et reprendre le résidu par l'alcool absolu. La nouvelle solution distillée convenablement et traitée pNr l'éther a fourni un produit très blanc et plus abondant que celui obtenu par la première opération, i kilogramme d'Ipéca contient 7 gr ,10 de cette substance à laquelle M. Glénard a donné le nom de Cêphœline.

Propriétés. — La céphaeline est solide, incolore; elle se présente sous deux formes : en petits grains arrondis, qui sont de petites masses cristallisées, ou en fines aiguilles groupées autour d'un centre commun. Elle a une saveur très amère.

Soumise à l'action de la chaleur, elle entre en fusion à la température de 175°; elle forme un liquide épais, à peine coulant, d'une couleur de succin. Elle n'est pas volatile; elle commence à se décomposer à 185°. A mesure que la température s'élève, elle noircit, se boursoufle considérablement, dégage des vapeurs odorantes et laisse un charbon volumineux. Sur la lame de platine, elle brûle avec

flamme et produit un charbon volumineux qui disparaît sans laisser de cendre.

Chauffée avec de la chaux sodée, elle donne de l'ammoniaque.

Très peu soluble dans l'eau froide, elle se dissout assez bien dans l'eau chaude. La solution faite avec de la céphaeline bien lavée, incolore, n'exerce aucune action sur les . réactifs colorés; elle est neutre. Cette solution, opérée à chaud et suffisamment concentrée, se prend par le refroidissement en une sorte de gelée blanchâtre ; moins con centrée, elle dépose la céphœline sous forme de petites masses gélatineuses transparentes comme Teau. Lacéphœ Une en gelée abandonnée à l'air se dessèche et se transforme en une matière d'apparence cornée, dure et friable.

Soluble, mais bien plus à chaud qu'à froid, dans Y alcool et dans V esprit de bois 9 elle se sépare des dissolutions faites à chaud dans ces deux véhicules et surtout dans le dernier sous forme de belles houppes aiguillées.

Elle se dissout à peine dans Yéther.

Mise en contact à froid avec l'acide sulfurique, la céphaeline sèche, ne se dissout, ni ne se colore; elle ne paraît pas s'altérer.

Avec l'acide azotique, il se produit une coloration jaune orangé, en même temps qu'il se développe une odeur nitreuse.

Avec l'acide iodique, on remarque une réaction immédiate semblable à celle de la morphine ; de l'iode est mis à nu. Cette réaction est très sensible, elle se produit même avec des solutions étendues de céphœline.

Elle se dissout facilement dans les liquides alcalins de

potasse, soude, baryte, chaux. Ses solutions paraissent s'altérer à l'air.

Une solution alcoolique de céphœline donne un précipité quand on y ajoute de l'eau de baryte. La céphseline se sépare de ses solutions aqueuses lorsqu'on y ajoute certaines solutions salines, telles que le chlorure de sodium, le sulfate, le phosphate de soude.

Une solution aqueuse de céphœline ne précipite pas par l'acétate de plomb neutre, elle précipite par l'acétate basique.

Le nitrate d'argent n'y produit pas de réaction, mais si on fait bouillir ou si on ajoute une trace d'ammoniaque, il se fait un dépôt noir d'argent réduit.

Mise en ébullition avec de la liqueur de Fehling, elle le réduit difficilement, mais sensiblement.

Avec une solution de sulfate ferroso-ammonique, elle produit immédiatement une coloration bleu verdâtre.

Composition. — M. Glénard a fait trois combustions qui lui ont donné pour le carbone et l'hydrogène des chiffres très rapprochés et dont voici la moyenne : C = 56,41 ; = 6,40. La recherche de l'azote lui a donné le chiffre 2,53. On peut donc représenter ainsi la composition en centièmes

C = 56,40 H = 6,40 Az= 2,53 == 34,67

Si on essaye de traduire ces nombres en équivalents, on arrive à la formule G 48 H* Az 0*. Cette formule donne en

effet pour la composition en centièmes des chiffres sensiblement concordants avec ceux obtenus par l'analyse.

C 4 *. . . . théorie =56,47. . . .analyse = 56,40

Az — = 2,74. ... — =. 2,53

Cette formule n'est peut-être pas définitive, mais elle est certainement très approchée.

M. le professeur Glénard pense que Y acide ipécacuanhique de Willigk et la céphœline ne sont qu'une seule et même substance. Pour lui, si l'acide ipécacuanhique est amorphe, brun rougeâtre, acide, c'est qu'on n'a pas su le faire cristalliser et qu'il a subi un commencement d'altération qui a déterminé sa coloration et son acidification. S'il ne contient pas d'azote, c'est qu'on a omis de faire la recherche de cet élément. Cette manière de voir se justifie par les considérations suivantes.

L'acide ipécacuanhique, de même que la céphœline, est rétiré d'un composé plombique obtenu au moyen de l'acétate basique de plomb .

Il contient la même quantité de carbone et d'hydrogène que la céphœline : G = 56,37 (acide ipécac); 56,40 (céph.). — H = 6,23 (ac. ipéc.); 6,40 (céph.).

Il forme avec l'oxyde de plomb un composé qui contient la même proportion d'acide que celui formé par la céphœline. Willigk a trouvé 45,9 d'oxyde, M. Glénard a trouvé 45,40, Il est difficile de croire que deux corps différents présentent entre eux de semblables concordances.

Après tout ce qui vient d'être dit sur les propriétés et la

composition de la céphœline, on se demande dans quelle élasse de corps cette substance doit être placée. M. Glénard pense que jusqu'à étude plus complète, la céphaeline doit être classée parmi les glucosides. Ce classement se justifierait par l'expérience suivante :

Une solution de céphaBline additionnée d'acide chlorhydrique a été évaporée à sec au bain-marie. 11 en reste un résidu fortement coloré en brun ; ce résidu a été traité par l'eau bouillante, une très faible partie s'en est dissoute. La solution,essayée par la liqueur de Fehling, s'est comportée comme une solution de sucre, La portion qui a résisté a l'eau s'est dissoute facilement dans l'alcool en donnant un liquide brun foncé. Il semble résulter de cette expérience que la céphœline sous l'influence de l'acide chlorhydrique se transforme en sucre et en une matière résinoïde inso lubie dans l'eau.

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