‹ Étude des kystes d'origine dentaireChapitre 11 sur 12 · Réunion delà plaie buccale · texte numérisé non relu

Réunion delà plaie buccale

Aucune particularité notable aux premier et deuxième temps, sinon que l'incision de la muqueuse doit être faite au point le plus saillant, ou bien, si la table externe n’est pas soulevée, dans le sillon naso-génien dans toute l’étendue du kyste ; en outre, la muqueuse doit être refoulée avec soin à la rugine. Après un curettage parfait de la paroi kystique, qui se fait avec autant de rigueur que dans le procédé classique, on établit la communication avec l’antre d’Highmore ; la perforation peut se pratiquer à la curette, et l’on abat complètement la cloison de séparation du kyste et du sinus.

L’opération ne se réduit plus qu’àtraiter convenablement la plaie gingivale. Pour la suture on se sert de catgut fin, et d’une aiguille de Reverdin légèrement coudée ; cette suture, assez délicate à pratiquer, peut nécessiter l’empioi d’une petite lampe électrique intrabuccale.

Les suites opératoires sont bonnes, et les soins consécutifs se réduisent à faire faire au malade des lavages antiseptiques de la bouche ; il ne sera alimenté que le deuxième jour, avec des aliments liquides dont on évitera, autant que possible, le contact avec la plaie. La guérison s’obtient en trois ou quatre semaines ; à peine constate-t-on une poussée de sinusite très éphémère. Tous les cas observés par MM. Jacques et Michel eurent une heureuse terminaison.

Voici d'ailleurs l’observation (1) d7un kyste osseux radiculo-dentaire intrasinusien, opéré par M. Moure, selon le procédé de MM. Jacques et Michel:

Kyste osseux radiculaire intra-sinusien. Extirpation sanglante après ouverture large du sinus. Guérison.

M. T..., 29 ans, est affligé, depuis huit ans, d’une fistule dentaire consécutive à l’ouverture spontanée d’un abcès développé au niveau de la première molaire supérieure gauche. Obligé de partir pour Taïti, le malade va consulter, au bout d’un an seulement, un dentiste qui tente d’arracher la dent, cause de la fistule, et ne réussit qu’à la casser au niveau de la couronne, en laissant la racine, qu'il ne peut extirper.

Rentré en France un an plus tard, en 1895, M. T..., sur les conseils deM. le docteur Moure, se remet de nouveau entre les mains d’un dentiste ; celui-ci, plus adroit, enlève deux ou trois dents cariées et la racine fistuleuse de la première molaire supérieure gauche. Par l’orifice alvéolaire, du pus s’écoule abondamment et d’une façon persistante. M. Moure, qui revoit le malade, introduit dans le trajet fistuleux un stylet ; celui-ci s’enfonce de 6 à 7 centimètres dans une cavité vaste et à parois osseuses, qui est prise pour le sinus maxillaire. Aussi portet-on le diagnostic d’empyème chronique du sinus maxillaire gauche, d'origne dentaire. Notons, cependant, que l’injection poussée dans cette cavité ressortait par l’orifice -alvéolaire, et jamais par le nez, et que, d’autre part, le malade n’avait jamais mouché de pus.

Comme traitement, on prescrit des lavages bi-quotidiens du sinus maxillaire à pratiquer par l’orifice alvéolaire que l’on agrandit, et dans lequel on met un clou en ébonite.

Depuis cette époque, le traitement a été rigoureusement

(I) Publiée par Lafarelle dans la liée. hebd. de Laryngologie .

suivi sans résultats : l’écoulement purulent persiste, aussi abondant. Aussi, malgré l’absence de troubles fonctionnels, le malade se décide-t-il enfin à accepter la cure radicale que M. Moure lui propose depuis longtemps.

Opération le 27 décembre 1900, sous chloroforme. Incision habituelle de M. Moure pour la cure radicale des sinusites à 1 centimètre environ au-dessous du sillon gingivo-labial, sur la face postérieure de la lèvre supérieure. La muqueuse décollée, on fait sauter d’un coup de gouge la paroi osseuse de la fosse canine dénudée, et 1 on tombe, non dans la cavité du sinus, mais sur une nouvelle paroi osseuse, fortement bombée en haut et en avant. On l’effondre à son tour, et l’on a sous les yeux une double cavité : en haut et en arrière, celle du sinus maxillaire absolument sain, en bas, celle d’un kyste développé dans Lépaisseur du bord alvéolaire, à contenu purulent ; il communique directement avec le pertuis alvéolaire. Il s’agit donc d’un kyste dentaire uniloculaire développé au niveau de la racine de la première molaire, et qui, refoulant devant lui la lame osseuse, a soulevé le plancher du sinus dont il comble en partie la cavité. Cette cloison osseuse, doublée naturellement d’un côté par la muqueuse sinusienne, de l’autre par la paroi propre du kyste, fibreuse et adhérente, n’est pas amincie, mais, au contraire, épaisse et bosselée. C’est cette barrière osseuse que l’on détruit pour établir une large communication entre les cavités sinusienne et kystique ; cette dernière est soigneusement curettée, ainsi que le trajet fistuleux alvéolaire.

M. Moure pratique alors, comme dans la cure radicale des sinusites, une large brèche dans la paroi interne du sinus, audessous du cornet inférieur, de façon à créer une large voie de drainage par la fosse nasale. L’opération est terminée par la suture au catgut de la plaie gingivo-buccale .

Les suites opératoires ont été des plus simples. Le gonflement considérable de la joue, conséquence forcée de l’intervention, a diminué dès le quatrième jour et avait presque disparu

quand le malade a quitté, au bout d'une quinzaine de jours, la maison de santé. 11 n’y a pas eu de réaction fébrile, pas de douleurs. A peine a-t-on noté un léger écoulement de muco-pus dans la fosse nasale (cette sécrétion s’est tarie plus tard). La plaie vestibulaire s’est réunie par première intention. En somme, la guérison est complète, et le résultat opératoire aussi satisfaisant que possible.

Parle court exposé de la méthode, et par la lecture de cette observation typique, on se rend compte des avantages du procédé ; ajoutons qu’il s’applique également aux kystes ayant non seulement refoulé la paroi sinusienne, mais aussi pénétré dans la cavité, que cet envahissement résulte d’un traumatisme, ou soit le fait d’une ostéite raréfiante due à la pression exercée par le kyste.

Malgré les bons résultats de la méthode de MM. Jacques et Michel, nous la croyons passible de quelques objections. Avec le procédé jusqu’à présent classique, la récidive ne constituait qu’un accident facilement réparable ; au contraire, à la suite du procédé bucco -nasal, une récidive exigerait une nouvelle opération, au cours de laquelle on ne trouverait peut-être pas la muqueuse gingivale en état de subir une nouvelle suture. D’ailleurs la récidive est heureusement rare, et on ne l’a jamais vue encore compromettre les résultats de la méthode de MM. Jacques et Michel.

D’autre part la communication entre la loge kystique etles fosses nasales, réduite à l’orifice méatique, peut ne pas suffire à assurer l’écoulement des sécrétions postopératoires ; ce n’est qu’un examen minutieux de la

fosse nasale, montrant l’intégrité absolue de la muqueuse et des cornets, qui pourrait renseigner sur le degré de perméabilité du méat. Un moyen de prévenir les accidents, qui pourraient tenir à l’obstruction méatique, est de pratiquer une large brèche au niveau même du méat inférieur, ainsi qu’il fut procédé au cours de l’opération relatée plus haut, et nous ne voyons pas pourquoi cette mesure préventive ne deviendrait pas la règle ; elle présenterait en outre l’avantage de permettre le séjour dans la cavité, d’une bande de gaze antiseptique, dont on amènerait Tune des extrémités àl’entrée de la narine, et que Ton pourrait enlever au bout de quelques jours.

Page 1