‹ Étude des kystes d'origine dentaireChapitre 3 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous avons eu, durant ces derniers mois, l’occasion d’observer, à la clinique de l’Ecole Dentaire de Paris, dans le service de M. le docteur Maurice Roy, un certain nombre de cas de kystes des mâchoires, les uns déjà opérés et en voie de guérison, les autres avant tout essai de traitement. Ayant alors désiré approfondir l’histoire de cette affection, compléter nos connaissances sur cette question qui nous intéressait, et les fixer définitivement en notre esprit, nous nous sommes heurté à des difficultés d’un ordre tout particulier. Feuilletant les ouvrages didactiques pour trouver l’opinion classique, nous nous sommes bientôt aperçu que celle-ci, un peu indécise, hésitante, se ressentait des fluctuations qu’avaient subies les idées sur la pathogénie de ces kystes.

C’est que nulle question, en effet, ne fut plus fertile en controverses et ne souleva des discussions plus passionnées ; l’écho en est à peine affaibli aujourd’hui,

d’opinions quant à l’origine de ces tumeurs kystiques, la pathogénie en’est restée confuse. En se reportant aux

discussions auxquelles prirent part des savants, dont la rigueur scientifique est avérée, histologistes ou cliniciens également distingués, on ne peut s’empêcher d’être frappé par l’argumentation serrée et logique, consacrée par les uns et les autres à la défense d’opinions tout à fait opposées, et l’on se trouve un peu désemparé, en rencontrant au hasard de ces discussions les éléments de vérité que l’esprit se plairait à réunir en un faisceau homogène.

Il nous a donc semblé intéressant, sans prétendre faire œuvre originale, de consacrer ce travail à la mise en lumière des résultats acquis, et de constituer, en quelque sorte, la monographie des kystes des mâchoires.

A l’exception de quelques cas isolés, ces kystes sont d’origine dentaire ; mais la plupart du temps le traitement en appartient au seul chirurgien. Cependant, s’il est vrai que la grande généralité des kystes des mâchoires échappent, en dépit de leur siège et de leurs rapports anatomiques, aux moyens thérapeutiques du dentiste vraiment digne de ce nom, il n’en est pas moins certain que presque constamment, c’est celui-ci qui est le premier appelé à poser un diagnostic ; et nous verrons qu’en dehors des rapports de voisinage, il existe des relations d’origine, de développement et d’évolution, d’un grand intérêt en art dentaire. Nous aurons, en outre, au cours de ce travail, l’occasion de montrer 1 importance en rhinologie de certains kystes du maxillaire supérieur.

Notre intention première était de ne consacrer cette

étude qu'aux kystes radiculo-dentaires ; cependant il nous a semblé arbitraire d’en éliminer d’autres affections kystiques des mâchoires, qui peuvent avoir des caractères cliniques différents, mais dont le point de départ est le même ; aussi étudierons-nous simultanément les kystes congénitaux et les kystes multiloculaires. Ces derniers surtout, peut-être à cause de leur rareté relative, peut-être à cause de leur évolution clinique particulière, ont toujours été décrits séparément ; mais aujourd’hui que l’on en commit l’origine, et que l’on sait qu’ils peuvent apparaître comme récidives de kystes uniloculaires, nous avons cru devoir leur marquer une place dans une étude consacrée aux kystes d’origine dentaire.

Quelques mots sur la terminologie que nous emploierons nous paraissent nécessaires. La nomenclature des kystes des mâchoires, très variée, se ressent delà complexité du sujet, chaque dénomination portant l’empreinte d’une théorie, ou d’une modification nouvelle apportée à la théorie ayant cours. Successivement les auteurs ont décrit les kystes dentaires, ou dentifères, ou dentigères ( dentigerous des Anglais) folliculaires, embryoplastiques, odontoplastiques, séreux, alvéolodentaires, périostiques, radiculaires, radiculo-dentaires, uniloculaires.

Nous établissons d’abord, indépendamment des kystes multiloculaires, deux grandes divisions, et décrivons séparément les kystes des mâchoires suivant qu’ils résultent d’un état pathologique des dents, ou qu’ils sont d’un ordre purement congénital en rapport

avec un trouble survenu dans l’évolution dentaire ; les premiers sont les kystes radiculo-dentaires, les deuxièmes répondent à ceux qu’on nomme en général dentifères.

En adoptant le terme de radiculo-dentaire de préférence à celui d’alvéolo-dentaire, nous ne faisons que rappeler l’origine du kyste, sans en préciser le siège exact, qui peut ne pas être alvéolaire. De même nous rejetons l’épithète uniloculaire appliquée à ces seuls kystes parce qu’elle ne se justifie que par leur constitution en une loge unique, du moins macroscopiquement , caractère qni se retrouve également dans les kystes congénitaux; nous n’en userons donc que pour l’opposer au terme multiloculaire. Pour ce qui est des kystes d’ordre congénital, nous les nommerons simplement congénitaux et non dentaires ou dentifères ou dentigères, épithètes qui se rapportent au fait qu’ils contiennent une dent bien conformée, ou même au fait que la dent a été produite par le kyste (Malassez).

En somme les chapitres qui suivent comprennent l’étude :

Des kystes multiloculaires ;

Des kystes congénitaux contenant ou non des dents ou des rudiments de dents ;

Des kystes radiculo-dentaires .

Parmi ces derniers nous aurons encore à distinguer une variété de kystes dits appendiculaires , petits kystes qui s’extirpent au moment de l’extraction delà dent sur laquelle il s s’insèrent, et à laquelle ils restent a ppendus.

Page 1