THÉORIE DB H. STANISLAS MEUNIER
la lave volcanique, loin d'être une matière répartie sous forme de couche continue dans toutes les régions de la Terre, est un apanage spécial des régions récemment remaniées par les grandes failles, et Ton verra l'importance de cette remarque en ce qui concerne la distribution générale des volcans sur le globe. En second lieu, on comprend aussi que, suivant les cas, la profondeur à laquelle s'établira un laboratoire volcanique, c'est-à-dire une masse de roche foisonnante, pourra varier considérablement. Du même coup on s'expliquera comment des volcans, même assez voisins, pourront être tout à fait indépendants les uns des autres (s'ils sont sur des cassures distinctes), ou, au contraire, en communication, même à longue distance (s'ils sont sur la même géoclase). Enfin, on remarquera que, suivant les volcans, la lave pourra résulter de roches initiales fort diverses, depuis les masses cristallines de toutes les catégories jusqu'aux masses stratifiées comparables à l'argile houillère citée tout à l'heure. On comprendra même qu'à la rigueur la propriété foisonnante indispensable à la manifestation volcanique soit communiquée à la masse par un autre principe volatil que l'eau et, par exemple, par des chlorures tels que des amas de sel gemme, ce qui expliquerait la composition des émanations de volcans exceptionnels comme ceux d'Hawaï, où l'eau est vraiment remplacée par l'acide chlorhydrique; par des sulfates qui rendraient compte de Tacide sulfurique si abondant au Puracé ; par des combustibles charbonneux qui donneraient la clé de l'origine des gaz hydrocarbonés de certaines salses, etc.
Si l'on jette un coup d'œil sur un globe terrestre ou mieux sur un planisphère établi d'après la projection de Mercator, on est frappé de voir que les continents placés très symétriquement et tous dans un même hémisphère, se répartissent en deux grands blocs allongés, dans des directions respectivement perpendiculaires. L'un d'eux correspond aux
Amériques et Tautre à TAncien Monde. La grande longueur de celui-ci s'étend du nord-est au sud-ouest et la grande longueur des Amériques va du nord-ouest au sud-est.
Malgré de grandes irrégularités apparentes, les principales chaînes de montagnes, c'est-à-dire les directions des grandes cassures et des grands recouvrements de roches sont, dans chaque bloc, plus ou moins parallèles au grand axe du bloc. En Afreurasie, ce sont le ridement archéen, les Alpes Scandinaves, les monts de Bretagne, les Pyrénées et l'Atlas ; dans les Amériques, ce sont les Appalaches, les Montagnes Vertes, les Alleghanys, les Montagnes Rocheuses et la Cordillère.
De plus, les géologues ont reconnu que ces chaînes, loin d'être synchroniques les unes des autres, se sont produites à des époques très différentes de l'histoire de la terre, et dans chaque bloc on voit les chaînes d'âge de moins en moins ancien se placer au voisinage les unes des autres d'une façon extrêmement régulière. Dans l'Ancien Monde, les vieilles chaînes sont au nord-ouest et les plus récentes au sud-est ; dans les Amériques, les plus vieilles sont au nord-est et les plus récentes au sud-ouest. On trouve même des ressemblances pour l'âge des soulèvements dans les deux cas.
Ainsi, les Appalaches sont d'âge antédiluvien comme le ridement archéen ; les Montagnes Vertes sont diluviennes comme les Alpes Scandinaves et les Grampians; les Alleghanys datent de la fin des temps primaires comme les monts d'Arrée, les Vosges, les Sudètes et l'Oural; les Montagnes Rocheuses sont en partie tertiaires comme les Pyrénées, les Alpes, le Caucase et l'Himalaya; enfin la Cordillère est toute récente, en voie actuelle d'exhaussement, comme le Grand Atlas, l'Apennin, les sommets de l'Archipel et les Montagnes de l'Asie Mineure.
Et, ceci posé, on reconnaît que les volcans actifs sont,
pour Timmense majorité au moins, placés sur les lignes de surrection récente ; celles où les provisions de matière souterraine foisonnante peuvent aisément être renouvelées par le jeu des géoclases encore actives. C'est un premier point très important.
Un autre point, de même valeur, concerne la signification qu'il faut attribuer à la situation fréquente des volcans près du bord de la mer, et qui a d'habitude été mal comprise.
On ne tarde pas, en effet, à constater que le voisinage de la mer est bien loin de suffire à l'établissement des volcans. Si la rive du Pacifique présente tout un chapelet de bouches ignivomes, au contraire, la rive de TAtlantique en est dépourvue sauf pour le travers de la Méditerranée prolongée.
Or, il est facile de s'apercevoir que les rivages du Pacifique contrastent profondément par leur profil abrupt avec les rivages de l'Atlantique qui, au contraire, sont en pente douce : la conclusion, c'est que la mer n'est pas la cause des volcans, mais son rivage peut être déterminé par les accidents de reliefs qui dérivent directement des déplacements souterrains dont les volcans sont les effets. De sorte que le rapprochement observé entre les volcans et les lignes littorales ne tient pas à ce que celles-ci déterminent les premiers, mais de ce que les uns et les autres dérivent d'une même cause profonde.
214. Théorie de IL Armand Gautier C). — Dans une série de communications du plus haut intérêt, ce savant chimiste a été conduit à déduire d'expériences fort curieuses, une théorie du volcanisme tout à fait originale. Ces expériences ont permis de constater que : 1** Toute roche acide ou basique, même très compacte, contenait une grande proportion d'eau mécaniquement interposée entre ses molécules;
2"" Que sous TefTet de la chaleur poussée à un degré suffisant, l'eau se vaporisait en même temps que s'évacuaient les gaz les plus divers, ceux que Ton trouve dans les fumerolles et, parmi eux, l'hydrogène en grande proportion.
Admettant Texistence du feu central et le transport sismique d'un paquet de ix>ches d'une région dans une autre plus chaude, M. Gautier trouve l'explication des explosions et éruptions volcaniques dans la pression statique des gaz dégagés par les roches du sous-sol, sous l'influence du feu central, et comprimés entre la lave et le toit.
La colonne de fumée et les fumerolles représenteraient la vapeur et les gaz obtenus au laboratoire et provenant, dans la nature, de réchauffement des couches du sous-sol par les laves, sans préjudice de l'apport gazeux des laves ellesmêmes.
Les expériences de M. Gautier dont nous relatons plus loin les résultats généraux ont été effectuées sur des roches fraiches, de composition et de nature déterminées préalablement avec soin.
a) i kilogramme de granité de Vire chauffé à 100° C avec S parties d'acide phosphorique sirupeux et 1 partie d'eau a
donné.
Pour I 000 grammen dé roehe Volume gazeux en ceiitinièlreseabes
HGI. SiFl* trace
HS 1,32
Hydrocarbures absorbables par Br . . 12,30
eu* trace
Azote et Argon 232,50
soit 572•'^88 ramenés à 0° C et à la pression de 760 millimètres.
b) Le granité chauffé avec de Teau seule à 300'» C dégage aussi des gaz. Voici les résultats de deux analyses :
Pour 1 000 grammes de rocbe
Volame gaseas
en centimètres eabes
HS * 1,3 1,0
Az libre 0,3 5,9
En même temps, des sulfures solubles qui ne préexistaient pas dans Teau, y apparaissent.
Les roches cristallines renferment donc une certaine quantité d*eau, et M. Gautier a pu en extraire les quantités suivantes, déduction faite des gaz qui se dégageaient simultanément :
Perte en eau ponr 1 000 gramme* de roeke
del5à250*C de250àlOOO*G
Granité de Vire 2,29 7,35
Porphyre de TEsterel (Microdiorite
quartzifère) 5,80 12,40
OphitedeVillefranque,prè8Bayonne. » 15,06
Lherzolite de Lherz » 16,80
c) A la température du rouge, le granité de Vire a dégagé des gaz dont les volumes indiqués ci-dessous ont été ramenés à 0* C et à la pression de 760 millimëtres :
Pour 1 000 gramnes de roche
Volame gazeax
eo centimètres «nbes
HS très peu 18,7
Az 22,7 10,3
Par suite, i 000 grammes de granité ou son équivalent 376 centimètres cubes dégagent, au rouge, en moyenne
3160 centimètres cubes de gaz ramenés à O"" G et à 760 millimètres, soit 6, 7 fois le volume de la roche.
1 décimètre cube de granité a donné 20 litres de gaz divers et 89 litres de vapeur d*eau, soit plus de cent fois son volume en gaz.
Ces gaz exempts d'acétylène, d'éthylène, d'oxysulfure de carbone, renferment des traces de benzine, d'hydrocarbure C^H***, du sulfocyanure d'ammonium, de l'ammoniaque et une matière goudronneuse qui rend Teau opaline.
rf) Le porphyre de TEsterel frais, provenant de la carrière de Dramont, près Agay, a donné, après avoir été chauffé au rouge :
Poar 1 000 grammes de roche
Volume gazeux
en centimètres cubei
HS »
Az 59,n
soit 2822,37 C« calculés à 0» G et sous 760 millimètres, soit 7, 6 fois son volume de gaz dont 2, 4 volumes d'H et 12«^%6 d'eau.
M. Gautier n'a pas trouvé trace de benzine, de sulfocyanure d'ammonium ni d'oxysulfure de carbone.
é) L'ophite de Villefranque, près Rayonne, a donné après avoir été chauffée au rouge :
Pour 1 000 grammei de roche
Volume gazeux
en centimètres cubes
HS . • 47,90
AZ ....*■• •>.» y^ui
soit 2469,06 G* ou 7,6 fois le volume de la roche, à 0° G et sous 760 millimètres.
f) La Lherzolite chauflfée au rouge a dégagé :
Pour 1 000 gramme* de roche
Volume gazeux
en centimètres eubes
HS 647
soit 5438,4 G*, à 0» G et sous 760 millimètres, ou 15 fois son volume de gaz et un peu plus de son volume en hydrogène.
De l'avis de M. Gautier, ces gaz ne préexistent pas occlus dans la roche, et se forment sous Taction de la chaleur, et ce qui confirme cette manière de voir, c'est la variation de composition de ces gaz au cours de la chauffe comme le montre le tableau ci-dessous :
Composition
HS
GO