‹ Étude des phénomènes volcaniquesChapitre 65 sur 105 · THÉORIE DE M. DE LAPPARENT · texte numérisé non relu

THÉORIE DE M. DE LAPPARENT

qui tendent à s'échapper. M. de Lapparent cite à Fappui que les éruptions d'un volcan sont généralement d'autant plus violentes qu'elles succèdent à une période de repos plus longue pendant laquelle les gaz se sont accumulés et ont vu leur pression augmenter. En outre, on a cru constater un avancement du foyer volcanique dans certaines régions le long de la ligne de fracture, ce qui, par analogie avec le même phénomène au cours des séismes successifs d'une même région, tendrait à faire rentrer dans la même cause le séisme et le volcanisme.

Enfin, les gaz réducteurs existent dans le magma interne et ne résultent pas de réactions ultérieures : la formation des filons métallifères dans un milieu réducteur ne serait qu'une des conséquences de cet état de choses qui, né avec notre globe, subsisterait encore de nos jours et se manifesterait par les dégagements d'hydrocarbures des fumerolles.

211. Théorie de II. Fouqué. — Celle-ci ne diffère de celle de M. de Lapparent que par l'hypothèse explicative des paroxysmes.

Remarquant avec juste raison la proximité constante des volcans et des océans, M. Fouqué admet que l'eau de mer s'înflltrant par une faille, arrive au contact de la lave et se volatilise brusquement. Une quantité énorme de vapeur d'^eau prend naissance subitement à une pression très élevée, et provoque la rupture du sol, la production des cratères et des fissures adventives.

Conséquemment, les vapeurs salines dégagées par les fumerolles auraient emprunté leurs éléments à l'eau de mer.

M. Fouqué appuie son hypothèse sur les faits suivants :

La vapeur d'eau est l'élément consécutif principal de la colonne de fumée et des fumerolles, à ce point que, en 1865, en cent jours, VEtna rejeta 2 millions de mètres cubes

d*eau. Une telle quantité de liquide ne saurait préexister dans la lave, elle doit venir dune source extérieure, et celle ci est toute indiquée : les Mers.

Bien que formés des mêmes éléments constitutifs, les sels de l'eau de mer ne sont pas, à part le chlorure de sodium, les mêmes que ceux des fumerolles.

Mais, M. Fouqué a obtenu les sels des fumerolles par réaction chimique entre eux des'Sels d'origine marine.

Il a obtenu la soude et Tacide chlorhydrique par réaction de la vapeur d'eau sur le chlorure de sodium ; le sulfate de soude par réaction de la vapeur d'eau sur le sulfate de chaux et le chlorure de sodium.

On peut admettre que, dans un milieu réducteur, la vapeur d'eau réagissant sur le sulfate de chaux, donnerait de l'hydrogène sulfuré par réduction de Tacide sulfurique engendré.

!812. — A cette conception très séduisante, on a fait diverses objections :

La vapeur d'eau comprimée provoquant la sortie des laves devrait sortir en dernier lieu alors que c'est le contraire qui se produit.

La vapeur d'eau se dissocierait en ses éléments et l'oxygène réagissant sur les corps environnants, transformerait ce milieu réducteur qu'est l'intérieur d'un volcan, et dont on retrouve ce caractère jusque dans les produits épanchés et déjà partiellement refroidis.

L'eau de mer ne peut fournir les torrents d'acide carbonique rejetés par le cratère et les fumerolles.

On eut à Hawaï divers exemples de mise en contact des laves liquides du Kilauea avec la mer, et aucune explosion n'en est résultée.

Enfin, il nous semble que si l'eau de mer arrivait par une faille en contact avec la lave, la vaporisation brusque, résultante aurait pour effet de refouler la colonne liquide, en

THÉORIE DE M. STANISLAS MEUNIEB i45

bouleversant au besoin les parois de la faille. On s'explique donc difficilement la pénétration de l'eau à l'intérieur et sa vaporisation qui fracturerait le sol à une distance plus ou moins grande du rivage, comme ce serait le cas pour les volcans du Thibet, distants de 1 500 kilomètres de la mer la plus proche.

213. Théorie de M. Stanislas Meunier (')• — L'eau est encore la cause du paroxysme ; elle n'est plus empruntée aux mers, mais aux roches elles-mêmes, et .c'est à elle que les laves doivent la propriété de s'épancher hors du cratère. C'est Veau de carrière qui descend peu à peu de la surface et s'occlut dans la lave par dissolution, en transformant cette dernière en une matière susceptible de foisonner, comme Test l'eau de seltz par l'acide carbonique.

Le refroidissement du noyau central en fusion provoque les plissements de l'écorce que nous connaissons et des roches froides, imprégnées de leur eau de carrière, viennent en contact avec des roches chaudes, lorsqu'à la suite de la production d'une faille, un des paquets s'est effondré ; rappelons que, dans cette circonstance, c'est le mur qui, généralement, descend et non le toit. Mais, si la roche chaude dont nous venons de parler est à ce moment à une température trop élevée pour absorber une partie de l'eau de carrière du paquet effondré, elle verra, par la suite du refroidissement du globe, sa température s'abaisser, et elle acquérera la faculté de s'hydrater, de sorte que chaque jour, le niveau inférieur de l'eau de carrière descend d'une certaine quantité.

Entre temps, de même que dans l'appareil de Sénarmont, l'eau prend un état physique que l'on a pas à préciser davantage, abaisse le point de fusion de la roche froide  que l'effondrement a placé en dessous de la roche ignée B, et s'y

(1) Revue soientifiquef 2 août 1902, et d'après une lettre de M. Stanislas Meunier à Tauteur.

MiROM. — Les phénomènes volcaniques. 10

occlut de façon à produire par ce fait même» une masse foisomiante c dont les propriétés, comme la composition» sont nécessairement celles de beaucoup de laves volcaniques » (flg. 28).

Fig. 28

A cet égard, M. Stanislas Meunier rappelle la transformation d'argile en lave à anorthite au cours de Tincendie de houillères, et conclut que s'il n'y a pas eu foisonnement de la matière, c'est que les gaz pouvaient se dégager librement.

La roche A qui, en acquérant la propriété foisonnante est devenue lave, restera en Tétat jusqu'à ce que la faille qui fut la cause première de sa transformation se réouvre. N'étant plus comprise dans un espace clos, la lave laisse échapper la vapeur d'eau occluse et foisonne au point de gravir la cheminée et de venir s'épancher au dehors du cratère.

Ce qui précède suffit pour que Ton conçoive bien comment

Page 1