LUEURS CRÉPUSCULAIRES
les observations qui furent faites en différents points du globe.
Paris. — Les 2& et 27 novembre 1883, à 6>», 12 du soir (*), le ciel se teinta, au couchant, d'une lueur pourpre extrêmement lumineuse, analogue, comme aspect, à une aurore boréale.
Le phénomène cessa 2 heures après le coucher du soleil.
Le lendemain 28^ au matin, Taurore, avant le lever du soleil, était embrasée.
Le baromètre assez bas» le 26, était remonté assez rapidement le 27 et s'était maintenu pendant les jours suivants.
La température moyenne de la journée avait été :
Le 25 et le 26 novembre lO» C.
Les lueurs paraissaient occuper une large éclaircie du ciel où circulaient des cirrhus très légers et très élevés. Le 28 novembre et le 1" décembre (*), le ciel était pur
àro.
 4'sl5, dans la région inférieure, on vit une lueur insolite, jaune vif qui prit ensuite une nuance jaune orangé jusqu'à une hauteur de 20^^, tandis qu'une teinte rouge clair, intense s'étendait jusqu'au zénith et même un peu à TE. La région N ne présentait aucune particularité.
M. Decharme a fait observer que le phénomène qui ne prit fin qu'à 5'>,30 avait eu une durée trop longue pour qu'il put être attribué à la présence de vapeur d'eau.
Berlin, — Pendant les derniers jours de novembre, la lune se levait ei les étoiles devenaient visibles à l'œil nu ; puis, à l'O, naissait une lueur cramoisie occupant 45°,
ce qui implique une hauteur de 60 kilomètres au siège du phénomène (*).
York. — Deux heures après le coucher du soleil, de 5^38 à 6 heures, des lueurs furent visibles^ tandis que de 4^s25 à i'<,4S, la lune paraissait verte.
Worcester. — Pendant un mois le phénomène fut visible.
Le 4 novembre, on vit le soleil vert émeraude à 8 heures du matin, et le soir, de 4^,45 à 5 heures, la lune prit la même nuance.
Le 17 novembre, après une pluie, les objets furent trouvés recouverts d'un enduit noir.
A 5aw Cm/oô«Z (Venezuela), à 6>y fan, à Madras ^ à Honoluhi, à la Trinité^ à Calcutta, en Italie^ au Cap de Bon7ie Espérance où le phénomène dura un mois, à la Côte dOr^ au Japon j le soleil avait Taspect d'un globe bleu, passant quelquefois au vert, et d'autres fois au rouge. Aux Etats- Unis, dans Y Amérique du Sud les lueurs crépusculaires se manifestèrent avec éclat.
112^^.^ Contrairement à l'opinion émise par M. Chapel {^) que ces lueurs étaient dues au passage de la terre dans Tessaim des Léonides, M. de Gasparin (^) les attribue à des poussières cosmiques.
Le 13 décembre, à Tarascon, M. de Gasparin constata que la durée des lueurs devenait de plus en plus grande, à mesure que l'angle du cercle parcouru par le soleil — avec le plan d'un cercle horizontal — diminuait : Le phénomène était plus longtemps visible à Tarascon qu'à Paris.
A cette même date, il observa Torientation rigoureuse du centre de la lueur et de celui du soleil qu'elle suivait dans sa marche. Ainsi, un bouquet d'arbres qui paraissait de
couleur noire, au début du crépuscule, se teintait de rose lors du coucher du soleil et conservait cette couleur pendant 1^4^' après la disparition de Tastre. La persistance du phénomène était due, d'après M. de Gasparin, à ce qu'un déplacement de 20* au-dessus de l'horizon sur le cercle parcouru par le soleil mettait le bouquet d'arbres en dehors du cône d'ombre.
M. Landerer (*) ne partagea point l'avis de M. de Gasparin relativement à Torienlation rigoureuse des centres respectifs du soleil et des lueurs; il constata que le centre de la partie colorée du ciel était à gauche d'un plan vertical passant parle centre du soleil.
De fines particules de glace, trop peu nombreuses pour être visibles, seraient pour M. Alluard (*) la cause du phénomène que M. Ângot attribue à l'interposition de vapeur d'eau, dans un état physique particulier.
2>2^. — En même temps que les lueurs crépusculaires étaient encore visibles, au mois de janvier 1884, on observa en différents lieux un phénomène d'un autre ordre. Le 2i janvier, M. Ricco (^)vit autour du soleil, une grande co?/ronne circulaire rougeâlre qui, à Tintérieur était blanc bleu, et à l'extérieur se fondait avec le violet du ciel.
Lorsque le soleil était près de l'horiaon, la couronne devenait elliptique et s'excentrait vers le bas, et après que le soleil était disparu elle subsistait sous la forme d'un arc gothique.
Le rayon interne mesurait 10o,8 =fc 9
» de plus grande intensité » 15o,10 =b 11
» externe j> 21o,26=b20
Le phénomène fut particulièrement visible le 8 avril de
4\ n T» iOOO ^ ÂK^t
7^,30 à 8 heures du soir, le 21 mars de 3 heures à 4 heares, et le 7 mars de 5 heures à 5^,45. II débutait avec les kieurs crépusculaires, avait son plus grand éclat en même temps qu*eUes, et il était encore visible après que les lueurs étaient éteintes.
227. — M. Tacchini (*) auquel on doit des observations très précises, a observé le phénomène des couronnes en plein jour, et il a noté les particularités suivantes.
Tant que le soleil est au-dessus de Thorizon, la couronne lui est concentrique, mais dès qu'il baisse, la partie inférieure de la couronne s'élargit et le soleil se déplace par rapport au centime de l'espace brillant intérieur.
Avant midi» la couleur de la couronne est rouge cuivre, et quand le soleil est près de disparaître, elle devient grisâtre à l'extérieur.
Le 13 mars. M. Tacchini mesura la couronne et lui trouva un rayon de i8°, dont 7 pour la partie brillante et 11 pour la partie externe.
Après le coucher du soleil, le crépuscule se teintait de rouge violet.
Pendant Tété, le phénomène perdit de sa netteté.
Fig. 29
Fig. 30
M. Tacchini observa que le vent du nord en atténuait Tintensilé, comme s'il dispersait la cause première, et pense
que Forigine des lueurs crépusculaires et des couroiiiies réside dans la présence de poussières dans les hautes régions de ratmosphëre.
Les figures 29, 30, 31 et 32 représentent des vues de la couronne et du soleil relevées par M. Tacchini.
Fig. 31
Fig. 32
928* — Le o décembre, dans Taprès-midi, et les 19 et 20 décembre dans la matinée, M. Marchand (*) observa autoui' du soleil un espace annulaire de 10 degrés de rayon, éclairé en blanc. Au-delà, il aperçut une grande couronne concentrique à Tastrc, de nuance rosée, passant à Forangé à l'intérieur et au bleu à Textérieur ; les contours étaient irréguliers. La couronne resta visible pendant une demi heure après le coucher du soleil^ puis disparut brusquement.
220. — Nulle part, pendant la durée des lueurs, on ne constata d'oscillations dans la région embrasée ni des perturbations magnétiques comme au cours des aurores boréales, et le spectroscope montrait une bande d'absorption allant de la raie D à la partie du spectre la moins réfrangible.
230. — D'autre part les chutes de cendres d'origine volcanique constatées aux époques même où se produisaient
les lueurs crépusculaires qui, très brillantes à la fmde 1883, s'alténuërent rapidement pour disparaître dans les premiers mois de 1884, semblent bien indiquer que les phénomènes que nous avons décrits étaient un effet de diffraction de la lumière solaire pour un nuage de ces fines particules.
Le 17 novembre, à Storelwad, en Norwège, la neige blanche se couvrit d'une poussière noire.
M. Yung, à Genève, constata depuis le 1*" décembre^ que Tair par lavage abandonnait de nombreux globules de fer.
Il constata le 5 décembre qu'une couche de neige colorée en gris par une poussière riche en globules de fer recouvrait le mont Salève qui, la veille, avait un manteau de neige absolument blanche.
Le 12 décembre, la neige du Mont-Blanc prenait une teinte rose.
Le 19 décembre, en Westphalie, une couche de neige colorée en gris noir s'étalait sur la neige blanche de la veille.
Le même phénomène se produisit à Stockholm à fin décembre.
M. Nordens Kiold put recueillir un peu de cette poussière et il constata qu'elle contenait une matière charbonneuse qui, sèche, brûlait avec flamme, laissant un résidu rougeâtre renfermant Fe^O^ APO*. Ph. Go. Ni. — La proportion du cobalt et du nickel atteignait 0,5 pour cent.
A Queenstown (Cap de Bonne Espérance), une poussière sulfureuse recouvrit les parties E et de la région.