‹ Étude des phénomènes volcaniquesChapitre 78 sur 105 · ETNA · texte numérisé non relu

ETNA

!240« — Une éruption (*) a commencé le 30 janvier 1865 à 10^,30 du soir, par une secousse de tremblement de terre des plus violentes, qui s'est fait surtout sentir sur le flanc N.-E. de la montagne. Elle se composait d'oscillations verticales et de mouvements horizontaux.

Dès le début, des gerbes de feu s'élevèrent sur le côté N.-E. de l'Etna à 1700 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 500 mètres du Frumento, vieux cône d'éruption situé à la base du votean principal {a fig. 37).

En trois jours, la lave parcourut 6 kilomètres, présentant une largeur de 4 kilomètres et une épaisseur de 10 à 20 mètres. La pente du terrain était de 4 à 5 degrés.

Le fleuve de feu s'arrêta à Scorica Vacca, à 800 mètres d'altitude.

Le 6 mars, on comptait 7 cratères en activité, dont 5 compris dans une vaste enceinte elliptique à grand axe orienté E.30°N ; à ces 5 cratères correspondaient 5 cônes, dont les plus élevés (60 mètres de hauteur environ) et en même temps les plus échancrés étaient aux extrémités du grand axe. Le sol de cette surface elliptique était partout crevassé. Les deux axes de l'ellipse mesuraient respectivement 400 et 100 mètres, et la direction de la ligne d'implantation des cratères, le grand axe de l'ellipse, ne faisait qu'un angle de 2 degrés avec une fissure orientée E.28 N, partant du pied du Frumento, large de plus de 10 mètres et de profondeur parfois considérable. La direction de la fissure prolongée par le grand axe de l'ellipse, aboutissait, en direction, au sommet du cône central de TEtna.

Le cratère central n'a point jeté de laves, mais il a produit tout le temps une épaisse fumée blanche d'autant plus intense que les autres cratères étaient plus actifs.

La lave rejetée par les 5 bouches était riche enpyroxène.

(1) C. R. LX p. 548.

Les cratères supérieurs délonaient S à 3 fois par minute en produisant un bruit rappelant le tonnerre.

Les cratères inférieurs faisaient entendre sans cesse un bruit rappelant le choc de marteaux sur une enclume.

La coulée de 1669 qui atteignit Catane avait parcouru 40 kilomètres.

Le 21 mars 1883, une fente de 2 kilomètres de longueur s^ouvrit à la cote 1 100 mètres, au nord de Nicolosi, et huit cônes adventifs se formèrent. Le volume de débris projeté fut évalué à 15000 mètres cubes et celui des laves rejetées par les huit cônes et la fente à 14 000 mètres cubes.

!841. — Nous avons vu n** 50 que la direction de la fissure de 1865, fait avec Taxe du Val del Bove, un angle de 55* et que ces deux lignes sont les deux plans éruptifs principaux de TEtna.

Les laves de l'Etna sont basiques.

242* Le Stromboli. — Il est situé dans les ilesLipari, dénommées aussi Eoliennes, au nord dé la Sicile, et présente une allure toute particulière que Sainte-Claire Deville appela Strombolienne lorsqu'il la rencontra, notamment au Vésuve.

Le cône aujourd'hui démantelé est formé de nappes de laves et de couches de scories inclinées de 31°. L'altitude du sommet est de 2600 mètres.

Le cratère, en forme de fer à cheval, mesurant 1900 mètres sur 1 000 mètres, s'ouvre sur le flanc N.-O. du cône.

Au fond, la lave bouillonne depuis les temps préhistoriques, émettant des vapeurs et des gaz qui viennent crever à la surface du bain en bulles de plus de 1 mètre de diamètre, en projetant une pluie de scories et de cendres.

La lave est animée d'un mouvement de va et vient dans

le sens vertical, et c'est quand elle arrive au point le plus élevé de sa course que les bulles de gaz explosent.

L'amplitude du mouvement est de 6 mètres ; il y a 50 ans, la période d'oscillation était parfaitement régulière, et sa durée de 6 minutes ; actuellement elle semble avoir perdii sa régularité car la durée varie de 9 à 45 minutes.

Le Vésuve eut, pendant quelque temps, une allure strombolienne et Sainte-Glaire De ville avait pensé que cet état représentait le passage du volcan actif à la solfatare; mais rien n'est moins prouvé, car un certain nombre de volcans des îles de la Sonde passent sans transition de la période d'activité à l'état de solfatare.

A différentes reprises, le Stromboli eut des réveils quand l'Etna entrait en éruption ; du reste, on a constaté que l'entrée en éruption d'un de ces trois volcans était généralement accompagnée d'un accroissement d'activité des deux autres.

Jadis, le Stromboli produisit des coulées de laves andésitiques qui forment le soubassement du cône, mais aujourd'hui ses laves sont basiques et analogues à celles de TEtna.

243. Groupe de Santoriii. — Les Sles Santorin, dans l'archipel des Cyclades, comprenaient, en Tan 97 avant notre ère, deux îles Thera et Therasia, débris d'un ancien cône volcanique dont le cratère ébréché, rempli par les eaux de la mer, formait un bras de mer de 300 mètres de profondeur. Les deux axes formés par ces deux îles ont respectivement il et 7o kilomètres de longueur (flg. 38).

Les falaises de Thera sont verticales et formées de nappes de lave noire, de bancs de scories rougeâtres et de nappes de cendres grises ; leur hauteur varie de 200 à 400 mètres. Les deux îles Thera et Therasia sont recouvertes d'un manteau de tuf ponceux, blanc dont voioi la composition : un

feldspath monocliaique accompagné de labrador, d'oligo-

Columbo

ILE DE J /S.'-f 7 \.

THERASIA J8- f^^ ^ 7 «N

KAMLNI /S O ^ V. A L.

.# #ii/vr>> • ♦ '

•^ Gtoneios d\ ' \

K)/can sous-marin.

PMg. 38. — Carte de l'archipel Santorin. — 1, marbres et phyllades; 2, roches acides d'Acrotiri; 3, laves du Mavro ; 4, Tufs et projections; 5, Scories; 6» Massif du Petit Saint-Elie ; 7, Laves de Therasia; 8, Dépôt ponceux supérieur ; 9, Laves basiques d'Acrotiri.

clase, de pyroxène, d'hypersthène, est pris dans une matière amorphe formée de :

Si02 . . . , 71

Si02 0,5

Fe203 0.8

CaO , 0,8

MgO 0,7

NaO 7,4

GBOL'PE DE SANTOBIN

mtCSLA

CrAlèr»

L'iaclinaison des nappes de lave est dirigée généralement vers Textérieur, et dans l'ile de Thera ces nappes viennent buter contre le Mont Saint- Elie (ait, 567 m.) formé de schistes et de calcaires métamorphiques, en strates redressées.

En 46, Palœa Kameni sortit des flots; en 1373 une éruption sous-marine construisit Mikra Kameni, et en 1707 Kea Kameni se forma (fig. 38 et 39).

Les objets recueilUs dans une habitation découverte sous le tuf blanc, par M. Fouqué, établissent que l'île de Thera fut habitée au temps où l'usage du fer et du bronze étaient encore inconnus, environ 2000 ans avant notre ère, date de la catastrophe qui produisit le dépôt de tuf blanc.

Les auteurs anciens» Strabon, Ovide, rapportent que ces îles furent le siège d'éruptions nombreuses, et nous arriverons de suite à celle qui dura de 1866 à 1870 et dont nous rapporterons les faits caractéristiques d'après les études de M. Fouqué (^).

Voici d'abord des indications intéressantes sur la constitution de ces îles.

Palœa Kameni. — Longueur 1 450 mètres, largeur 400 mètres ; ses falaises hautes de 98 mètres plongent dans la mer. Une fissure ayant pour longueur, largeur et profondeur 500, 3 et 15 mètres, court dans la direction N 40° 0.

Elle est formée de couches de laves à texture très diverse : schisteuses, compactes, huileuses, vitreuses; les gros cristaux de labrador sont fréquents et souvent des lamelles de tridyinite tapissent des druses.

Ou ne rencontre pas de scories^ de tufs, et l'on ne trouve aucun cratère dans l'île.

(1) Fouqué — Santorin et ses éruptions.

Vutcên»

Cap Phi«v«

Fie. 39. — Nea Kameni.

Micra Kameni. — Longueur 490 mètres, largeur 320 mëlres, altitude moyenne 71 mètres.

Au sud de Tile se trouve un cône de 300 mètres de diamètre surmonté d'un cratère mesurant 60 mètres de diamètre et 40 mètres de profondeur.

Des Assures multiples orientées N. N.-E., S. S.-O. sillonnent nie. On ne trouve pas de scories ; les laves sont vitreuses et le labrador en est le feldspath dominant, accompagne d*olivine.

Nea-Kameni. — Longueur 1350 mètres, largeur 660 mètres. Les rivages sont déchiquetés ; le point culminant a une altitude de 160 mètres.

Elle renferme un cratère mesurant 110 mètres de longueur, 80 mètres de largeur et 18 mètres de profondeur.

L'éruption de 1866 lui fit perdre 300 mètres de longueur dans la direction N.-S.

Au cours de l'éruption de 1707 les laves coulèrent dans les directions S.-N., S.-O. et S.E. Les laves à labrador sont le plus souvent scoriacées et quelquefois vitreuses et compactes. On trouve peu de cendres datant de la même époque.

*i4^4L. — Eruption de 1866, — Le 26 janvier, des secousses de tremblement de terre furent ressenties qui se continuèrent plusieurs jours, tandis que le rivage nord de Nea- Kameni s'enfonce peu à peu sous les flots. Des fissures se forment, Peau de la mer s'échauffe et des fumerolles d'acide sulfhydrique se dégagent des flots. La pointe S. de Tile s'affaisse (flg. 39 et 40).

Le l^"" février, le volcan sous-marin Vulcano entre en éruption et une colonne de flammes de 5 mètres de hauteur et de 15 mètres carrés de superficie à la base s'élève audessus de la mer.

Le sol de Nea continue à se fissurer et une fente E.-O. bifurque et atteint le cratère de 1707.

MICRA KAMCNI

Le 4 février, au point où la mer bouillonne avec le plus d'activité, au S.-O de Nea, apparaît une lueur, puis surgit un ilôt fait de blocs noirs, entassés pêle-mêle et qui s*élève peu à peu, sans bruit et sans secousses. A sa surface, on trouve des débris du fond marin et même un morceau de carène de navire échoué, long de 20 mètres.

Lllot baptisé Giorgios, croît peu à peu. La journée il paraît noir et la nuit il est rouge. De toutes parts sorteut de ses flancs des torrents de vapeur d*eau mélangée de gaz acides.

La température de la mer aux alentours du Giorgios est de 50° G.

Des fumerolles naissent à Nea, et le fond de la mer s'exhausse.

A différentes reprises, le Giorgios est le siège d'explosions violentes avec projections de cendres et de lapilli incen- ^ig. 40. ~ Nea Kameni et le Giorgios.

diant les brousses de Nea et de Micra et blessant différentes personnes.

La colonne de fumée accompagnant ces explosions s'élevait à 220 mètres avec une vitesse de 27",50 par

seconde.

Des orages et des cyclones se produisent à de nombreuses reprises.

L'ilôt Giorgios continue à s'accroître en hauteur et en diamètre et, cependant, il ne porte aucun cratère; les matériaux qui ;le forment sont toujours des blocs scoriacés, informes, empilés les uns sur les autres et dont une partie retombe à la mer sous le choc des explosions.

MiaoN. — Les phénomènes volcaniques. 13

Une fente N.-S. se dessine au sommet.

Des fumerolles acides se développent, redoublent d'activité au moment des explosions et déposent une couche de sel marin sur les lèvres des fissures qui leur donnent passage.

A Nea, le nombre des fumerolles à acides carbonique et sulfhydrique augmente et leur température monte à200°C, pendant que sur le sol se dispose une couche de gypse, de sel ammoniac et de sulfate d*ammoniaque.

Le 24 mars, deux fissures du cône de 1707 dégagent de Tacide chlorhydrique.

L'accroissement du Giorgios se poursuit jusqu'en 1870 au milieu d'explosions précédées de grondements rappelant le bruit fait par le passage d'un train sur un pont métallique, et suivies de l'émission d'un nuage de vapeurs noires en choux-fleurs.

Peu à peu, le Giorgios se rapprocha de Nea dont, aujourd'hui, il recouvre une partie (fîg. 39 etfîg. 40).

En 1869, Janssen constata que la déclinaison magnétique avait son maximum dans la direction de la fissure dont le Giorgios et Aphroessa sont les deux points principaux et que parmi les vapeurs dégagées par cette fissure figuraient l'hydrogène, le chlore et le cuivre.

Aujourd'hui, Aphroessa, Giorgios et Nea Kameni sont réunis et ne forment qu'un bloc; sorti d'un fond de 300 mètres de profondeur, Giorgios s'élève à 80 mètres au-dessus des flots. De nouvelles sources thermales se sont formées dont la température est comprise entre 4S et 60° G, et le débit variable avec la hauteur de la marée. Leur composition est celle de l'eau de mer avec un peu de carbonate ferreux.

Des fumerolles représentant un mélange de vapeur d'eau e des éléments de l'air sortaient de Gioi'gios, il y a quelques années, à une température assez élevée pour enflammer du bois.

On en trouvait, à 300* G, chargées d'acide chlorhydrique ;

d'autres à une température moins élevée, riches en acide sulfureux attaquaient les roches voisines avec formation de perchlorure de fer, sesquioxyde de fer, gypse.

Enfin, des fumerolles d'acide carbonique et d'acide sulfhydrique mélangées de vapeur d'eau étaient réparties en de nombreux points.

A Aphroessa, on trouvait le long d'une fente large de 10 mètres un composé déposé par les fumerolles les plus chaudes, de couleur blanche, exempt d'iode, de brome, de potassium et dont voici la composition :

' Mg0C02 . .

Page 1