‹ Etude des Représentations Pathologiques dans l'Art EgyptienChapitre 39 sur 44 · ER - EE · texte numérisé non relu

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de l’ancien empire memphite une lésion d’arthrite Sacro ilaque sans doute tuberculeuse.

Le climat de l'Egypte, par ses journées ensoleillées et sèches, est néanmoins peu favorable à cette maladie ; cependant pendant les premiers mois du printemps souffle le Khasmin, vent du désert. Il coïncide avec une recrudescence de certaines maladies et entre autre des affections des voies respiratoires.

Regnault signale le pernicieux effet de cette période pour les tuberculeux qui font à ce moment des poussées aigués. Les constatations scientifiques modernes donnent une réalité aux croyances anciennes sur l’action maléfique du dieu Seth, dieu du desert.

La localisation du Bacille de Koch au niveau de la colonne vertébrale est illustrée dans l’ancienne Egypte par quelques représentations dont Ia plus ancienne a fait l’objet d’une très intéressante publication du Professeur Schrumpf-Pierron.

Jl s’agit d'un vase en terre rouge contenant une statuette de même couleur, trouvée par les Bédouins dans le désert d’Assouan en Haute-Egypte aux confins de la Basse Nubie et appartenant au Docteur Innes Bey.

Le vase et la statuette datent de l’époque dite prédynastique qui s'étend d'environ 4000 à 3400 avant J.-C.

« La statuette, haute de 20 cm. représente un bossu

accroupi et, sa base non terminée, qui s'adapte au fond du vase a donc été vraisemblablement faite pour y être placée ».

Cette figurine représentant apparemment le malade de son vivant semble être celle d’un bossu pottique. Le rachitisme il est vrai donne parfois des gibbosités mais aucun autre signe de cette maladie ne peut être remarqué sur cette statuette, tandis qu’au contraire « l’habitus phtisicus » d’un bossu avec sclérose des poumons est reproduit avec un réalisme impressionnant.

Le même auteur émet une hypothèse intéressante pour expliquer la raison de l’enterrement de cette statuette dans un pot à côté du cadavre de celui qui avait servi de modèle à l'artiste. « Le malade de son vivant prenait les bains de sable au soleil, tout comme les Nubiens tuberculeux le font aujourd’hui. À sa mort l’artiste a modelé son effigie qui fut entourée de sable dans un vase, la tête et les épaules dépassent afin qu'il put continuer sa cure dans l’au-delà ».

Cette statuette de bossu tuberculeux est non seulement intéressante comme docuinent plastique médical datant de près de 6000 ans, mais encore parce qu’il permet de penser que l’héliothérapie était un procédé

connu et employé à cette époque.

Res

Sur un bas-relief de fausse porte de Mastaba de la VIe dynastie se trouvant à la glyptotèque Ny-Carlsberg à Copenhague figure un prêtre ayant un mal de Pott dorsal supérieur.

Sur le montant de droite l’exécution des hiéroglyphes et de la figure humaine sont d’une habilité et d’une précision nettement supérieures à la représentation qui figuresur le côté opposé ; c’est donc la première qu'il convient d'étudier.

Ce personnage est un prêtre du nom de Onck-Utus ; il est debout vêtu d’une peau de léopard jetée sur les épaules, insigne de sa fonction sacerdotale. Il s’avance avec dignité tenant d’une main le Khem, sceptre de commandement et symbole à la fois d'autorité et de vie éternelle, et de l’autre le bâton qui lui permettra de cheminer sur la longue route qui mène aux champs d’Ialou.

Plusieurs particularités sont dignes de retenir l’attention chez ce haut dignitaire atteint de mal de Pott.

Tout d’abord il existe une gibbosité cervico-dorsale dont la réalité s’impose.

Par ailleurs la figuration des épaules sort nettement du canon habituel. Les sujets représentés de profil

sont toujours dessinés avec les épaules et la poitrine

nr Vu

de face, ce qui joint à la pose des jambes dans une attitude de lente progression processionnelie leur confère une dignité grave et calme.

Nous ne pouvons souscrire à l’opinion de Henry

Madson qui voit dans le cas qui nous occupe la tenta-

tive artistique d’un sculpteur cherchant à rompre avec les conventions traditionnelles de l’art égyptien.

Nous nous rangerons, par contre, aux conclusions de Sloman qui, après une étude minutieuse, ne voit dans l'attitude de l’épaule que la déformation nécessaire à la gibbosité cervico-dorsale.

Dans les cas d’atteinte vertébrale bas située il

n'existe aucune déformation de la région scapulaire ; par contre, une gibbosité énorme apparaît souvent par affaissement de tout le milieu du tronc. Au contraire dans les cas d’atteinte vertébrale haut située, l’effondrement et la déformation angulaire se produisent à la partie supérieure de la colonne vertébrale ; la gibbosité est moins saillante mais les déformations de l'épaule sont plus accentuées. En effet, les corps vertébraux situés immédiatement au-dessus de la lésion s’affaissent et se projettent en avant, leur partie antérieure inclinée en bas; les côtes qui y sont attachées suivent un mouvement analogue ; elles perdent leur courbure habituelle et deviennent presque horizontales, aidées encore dans ce mouvement par l’affaisement du sternum en avant. De ce fait, la partie supérieure de l’omoplate glisse en avant avec l'articulation scapulo-humerale. Le bras étant forcément obligés de suivre ce mouvement, il en résulte que, vu de profil, le point de son attache au corps paraît plus antérieur, et pendant le long du corps il se rapproche de la partie

antérieure du thorax.

La malformation d’Onch-Utus semble répondre à une telle pathologie et il est intéressant d’en comparer l’image avec l'illustration que donne Ménard d’un mal de Pott dorsal supérieur dans son ouvrage « Le mal de Pott » (p. 296 fig. 175). Ces deux figurations

MT vues

se ressemblent trait pour trait, tant dans leurs déformations scapulo-humérales que dans l’aspect de leur gibbosité à concavité inférieure.

Une représentation d’un mal de Pott dorso-lombaire se trouve au musée de Bruxelles.

C’est une statuette mutilée, en bois datant de l'Ancien Empire. Elle représente un homme ayant une barbiche pointue. La double gibbosité antérieure et postérieure figure un véritable thorax de polichi-

nelle.

Un autre exemple de mal de Pott dorso-lombaire est fournie par une statuette du musée du Caire trouvée dans un «serdab » intact. Elle date de la Ve dynastie ; -elle est connue sous le nom de Bossu de Mitre. Cette figurine a une forte gibbosité d’origine probablement

tuberculeuse.

Une représentation retrouvée sur la tombe d’un prince de la IVe dynastie s’attachant au groupe des pyramides de Ghizeh (Lepsius Denkmacler aegyptus u. aethiopieus vol II pl. XXVII, tombeau n° 45) donne un exemple de spondylite peut-être aussi tuberculeuse, localisée à la partie inférieure de la colonne dorsale. Il s’agit d’une petite servante bossue représentée en compagnie d’un nain achondroplase ; l'épaule est ici dessinée selon le mode habituel, et la ligne du

dos profile une importante gibbosité.

Deux figurines, vieilles de 4000 ans, découvertes dans des tombes deBeni Hassan (XIeet XIIe dynastie) signalées par Ruffer, présentent des lésions de mal de Pott. Ce sont deux nains : l’un présente une gibbosité dorso-lombaire, tandis que chez l’autre la déformation semble sièger à la région cervicale.

Un autre exemple de nanisme pottique peut-être relevé sur une tombe de Tel el Amarna (XVIIIe dynastie). Ce nain présente une lésion de mal de Pott dorsolombaire.

L'aspect physique de quelques bossus dans l’art égyptien permet donc d’affirmer avec une quasi certitude l'existence du mal de Pott à cette époque. Les recherches de quelques paléopathologues (Ruffer et Fergusson) apportent des confirmations bactériologiques et anatomo-pathologiques à ces constatations.

La momie d’un prêtre d’Amon se trouvant au musée de l'Ecole de médecine du Caire, a été en effet étudiée au point de vue anatomo-pathologique. L'examen a montré que la lésion porte sur la première lombaire et les trois ou quatre dernières vertèbres dorsales. De plus, au niveau de la fosse illiaque droite, il existe un abcès du Psoasilliaque dont le diagnostic fut confirmé

microscopiquement par le Docteur Ruffer.

Er RE 2) Paralysies infantiles

Un cas de paralysie infantile représenté sur une stèle de la XVIIIe dynastie de la glyptothèque Ny- Carlsberg à Copenhague, permet d’affimer que cette terrible affection exerçait déjà ses ravages épidémiques dans la population enfantine 1500 ans avant l'ère

chrétienne.

Cette stèle offre à beaucoup d’égards des particularités archéologiques intéressantes, mais nous nous bornerons à une analyse purement médicale. L'homme du nom de Ruma est représenté debout devant une table d’offrandes vêtu d’un pagne court plissé et portant au cou le large collier traditionnel. Fait important : ses mains sont occupées ; l’une, la droite, tient une fleur de lotus et un vase de libation, l’autre, la gauche, lève le pain de sacrifice. Mais tout en ayant ainsi les deux mains pleines, il ne lâche cependant pas son long bâton à pommeau. Sans doute le bâton est-il un attribut fréquent, mais il est loin d’être un attribut courant à la XVIIIe dynastie ; d’autre part, la présence de ce bâton fortement serré entre le bras gauche et la poitrine paraît vraiment insolite alors que les deux mains sont occupées au sacrifice ; à notre connaissance il n’existe pas d’autre cas analogue et,

dépassant les conclusions de Sloman nous n’hésitons

RE pas à considérer ce bâton comme une véritable béquille imposée par l’infirmité du sujet.

Cette infirmité saute aux yeux au premier abord.

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