‹ Etude des Représentations Pathologiques dans l'Art EgyptienChapitre 40 sur 44 · LEE · texte numérisé non relu

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Fig. 7. — Dessin par O. Tolstoï.

Elle est rendue avec une exactitude et une précision frappantes.

La jambe droite est à la fois raccourcie et atrophiée ; le raccourcissement étant compensé par l’extension du pied qui tombe en équin, reposant sur le sol par la

face inférieure de ses orteils repliés. La cuisse est

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légèrement fléchie sur le tronc et le genou légèrement fléchi également. Par ailleurs, l’atrophie musculaire de la jambe et du pied semble plus prononcée que celle : de la cuisse; cette impression est encore confirmée par le fait que la marche est encore possible par appui, sur la pointe du pied, ce qui serait incompatible avec un membre paralysé dans sa totalité. Ce dernier trait nous permet d'éliminer d’autres paralysies d’origine différente qui n'auraient pas ce caractère parcellaire que réalise l’allure régressive de la poliomyélite.

Ce cas de paralysie infantile nous a semblé unique dans l’iconographie égyptienne, mais par contre son existence à cette époque éloignée est encore confirmée par l’étude anatomique de la momie d’un roi de la XIXe dynastie, le pharaon Si-Ptah. Sloman, dans une excellente étude, réfute le diagnostic un peu hâtif d'Elliot Smith qui désigne la difformité du membre inférieur gauche sous le nom de « club-foot», laissant ainsi penser que ce roi était atteint d’un pied bot, varus equin congénital.

En réalité Sloman montre parfaitement que si le pied est bien en équinisme, la déformation en varus est à peine sensible ; par ailleurs le raccoursissement de la jambe est net et assez considérable ; bref, tout permet de penser que le roi Si-Ptah a été frappé dans son enfance de la même affection qui avait atteint Ruma

deux ou trois siècles avant.

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3) Les obèses et les maigres

L’obésité a été de tout temps le tribut des sédentaires et de ceux que poussent aux excès les avantages de la fortune. L'Egypte ancienne n’en a pas été épargnée. L'’obésité est si couramment représentée dans l’iconographie égyptienne qu’elle est un trait banal et mérite peu qu'on s’arrête à son étude.

L'une des plus anciennes de ces représentations semble être la statue du prince Hemioun, retrouvé dans un Serdab à Ghizeh et qui remonte à la IIIe ou la IVe dynastie. L’embonpoint est considérable, et la façon dont est traité ce personnage rappelle assez celle d’une estampe japonaise (IIe volume des documents de Capart).

Au Moyen Empire, l'obésité est traitée avec un sens du réalisme si poussé parfois qu’il donne à ses personnages un aspect souvent repoussant.

Les pectoraux sont considérablement hypertrophiés, des plis graisseux sillonnent l’abdomen; c’est un tel aspect que réalise un torse saisissant de réalisme se trouvant au musée du Caire sous le n° 902 (Borchardt volume III pl. 356).

Souvent l’obésité est en quelque sorte suggérée, soit par une hypertrophie isolée des pectoraux, soit

par une sorte de stylisation des plis graisseux sous la

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forme de lignes ou de sillons parallèles et légèrement ondulés.

Ces obèses sont le plus souvent des sujets de haute classe : grands dignitaires, hauts fonctionnaires, tel par exemple le fameux Cheik el Beled.

C'est une statue en bois se trouvant au musée du Louvre représentant un fonctionnaire pharaonique de l’époque memphite.

Le réalisme contenu dans cette œuvre d'art datant de plus de 2000 ans avant J.-C. est saisissant.

L'homme d’allure énergique est un rustre râblé, bas sur jambes. Comme il était obligé par ses fonctions de mener une vie sédentaire, il souffrait d’une obésité marquée.

L'artiste a rendu avec une grande exactitude la surabondance de chair qui charge les gens de sa classe et de son tempérament.

Il arrive même que dans certains bas-reliefs l’intention du dessinateur soit nettement satirique. Tel ce bas-relief du moyen empire (Bifao, Meir, fig. 3, p.22) où un surveillant de travaux dans la plénitude de ses formes considère le travail de ses subordonnés.

A l’opposé des obèses existent les maigres et ceux-ci sont des travailleurs soumis au dur labeur des champs.

À Meir, sur un tombeau de la XIIe dynastie consacré à Senbi, se trouve un bas-relief représentant un

maigre.

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Nous examinerons en détail cette représentation car le sujet qui y figure a en plus de sa maigreur un genu

recurvatum manifeste ; Chassinat en 1912 avait remar-

qué cette malformation, qui est d’ailleurs frappante.

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Fig18:

Le personnage de ce bas-relief présente sur toute sa personne les stigmates d’une déchéance physique manifeste très prononcée.

C’est un bouvier tirant à la longe un bœuf gras et magnifique dont l’état enviable fait ressortir la maigreur squelettique de son gardien.

Les côtes saillent à percer la peau, l’ossature se dessine tout entière sous les muscles atrophiés.

Son costume, par sa pauvreté, contraste avec le

costume des garçons de ferme qui l’avoisinent. De la

main droite, il s'appuie sur une courte canne pour assurer sa marche que l’on devine difficile et chancelante.

Son membre inférieur droit accuse une difformité très prononcée. Il s’infléchit en arrière dans un mouvement contraire à la nature, tandis que le gauche, pour assurer l’équilibre, forme un angle accentué en avant.

Le genou recurvatum caractérisé par un sinus ouvert en avant de la jambe sur la cuisse peut être congénital ou consécutif à une lésion articulaire traumatique du genou ou à une paralysie des muscles fléchisseurs de la jambe.

Cette malformation s’observe parfois au cours du rachitisme.

Quelle est donc la cause de l'affection présentée par notre bouvier ?

S'agit-il d’un yenu recurvatum congénital ? Est-elle due à un rachitisme présenté dans le jeune âge par ce sujet misérable ? Ou encore représente-t-elle la séquelle d’une paralysie infantile, dont nous connaissons l'existence en Egypte ?

L'état social du sujet nous fait penser à la cause la plus plausible : une arthrite traumatique.

Il arrive fréquement, en effet, que les valets chargés de prendre soin des bestiaux, soient blessés par les

animaux dont ils ont la garde et il paraît probable

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qu'on à voulu représenter dans le bas-relief qui nous occupe un individu estropié à la suite d’un coup violent reçu dans la région de l'articulation du genou.

Le traumatisme provoque souvent un épanchement séreux qui peut suppurer. La déformation et l’ankylose en position vicieuse peuvent en être la conséquence.

Quant à la maigreur du sujet, elle peut être due aux privations ou être liée, ce qui est plus vraissembla-

ble, à son état maladif.

Les ascites

Nous pensons pouvoir porter le diagnostic d’hydropisie à forme ascitique chez un personnage de la XIIIe dynastie du nom de Ilmeru dont la statue de grès se trouve au musée du Louvre.

Ce sujet est représenté debout vêtu d’une longue jupe montant presque jusque sous les épaules. Son thorax émacié et aplati, contraste avec un abdomen proéminent, qui saille en avant comme distendu sous la jupe. S'il s'agissait d’un cas d’obésité, l’on comprendrait mal que celle-ci soit localisée uniquement à l'abdomen et ne soit pas accompagnée de l’hypertrophie mammaire et de l’infiltration graisseuse qui en sont les corollaires habituels dans les représentations égyptiennes. Nous pensons donc à une distension

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ascitique sans en préjuger l’origine, et ce que nous avons dit au sujet de Toueris nous dispensera d'y

insister davantage.

Les aveugles

La cécité, affection si fréquente dans tous les peuples de l'Orient est largement représentée en Egypte.

Parmi ses nombreuses représentations nous signalerons un très remarquable relief de la XVIIIe dynastie, retrouvé dans la chapelle du tombeau de Mery-Ra à Tel-el-Amarna. (Capart, l’art égyptien, Ile série, pl. 172). Tournant le dos au pharaon à qui leur disgrâce pourrait être pénible, un chœur de huit chanteurs le charment de leurs chants ; l’un d’eux s’accompagne sur une harpe les autres scandent la mesure en frappant leurs mains. Le visage ravagé de ces malheureux êtres, leurs orbites vides levées vers la lumière toute cette scène est rendue avec un réalisme si poignant qu'elle constitue à elle seule un véritable chef-

d'œuvre.

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