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cruauté instinctive qui est propre aux enfants et aux peuples dans leur enfance, a tout naturellement poussé les humoristes de l’antiquité classique à exploiter la veine du comique de la laideur et de la maladie. Ainsi l’art du coroplaste grec s’exerce avant tout aux dépens des malades et des esclaves. Est risible en principe tout ce qui est en état d’infériorité ; et le malade, le difforme, l’estropié, sont d’éclatants exemples de l’infériorité par rapport à l’homme bien portant et bien conformé. Ces thèmes satyriques faciles ou les sujets obscènes et scatologiques abondent se développeront jusqu’à l’avènement du Christianisme qui avec sa morale de pitié, sa religion de pardon et d’oubli, métamorphosera la mentalité populaire.
A la vérité le terme de caricature médicale ne s'applique pas en général aux sujets pathologiques de l’art égyptien si l’on excepte bien entendu les productions de Basse-Epoque déjà soumises à l’influence grecque.
Pour ces raisons nous avons délibérement éliminé du cadre de cette étude les productions d’époque alexandrine pour nous cantonner à l’art egyptien proprement dit jusqu’à la fin du Nouvel Empire. Nous ne ferons donc pas allusion à la très riche collection Foucault dont les figurines en terre cuite abondent en sujets médicaux de toutes sortes à caractère net-
tement satyrique. Par ailleurs le terme de caricature
ne peut pas s'appliquer aux divinités pathologiques, véritables complexes de laideur et de difformités multiples accumulées sur un même personnage pour lui conférer un caractère protecteur.
Les seules représentations à tendance caricaturales que nous aurons l’occasion d’étudier concernent le plus souvent des nains. Ces nains qui sont souvent des Pygmées étaient ramenés des colonies à la Cour du Pharaon ou ils servaient en qualités de bouffons aux distractions du roi et de ses courtisans. Mais dans tous les cas il s’agit là de caricatures aimables et non choquantes. La signification de ces représentations pathologiques doit être recherchée ailleurs; et le caractère funéraire de la statuaire egyptienne donne seul une explication plausible à ce problème.
Nous nous excusons de cette incursion dans les croyances philosophiques et religieuses des Egyptiens, mais elle nous semble indispensable à la compréhension du sujet qui nous occupe. Ces théories d’un spiritualisme mitigé expliquent seules la rigueur des représentations pathologiques que nous avons sous les yeux et leur extrême précision anatomique.
La vie du mort dans l’au-delà n’est possible que si elle est exactement calquée sur la vie du vivant.
Cette idée se retrouve à toutes les époques même à
celles où complétée par les conceptions nouvelles du
Le]
Tolstoï
LE
culte solaire elle saura s'élever au spiritualisme le plus raffiné.
Pour mettre le mort en état de mener son existence terrestre il faut lui assurer l'intégrité de son corps, et celle du principe qui l’anime. Ce principe qui équivaut pour nous à l’âme était considéré par les Égyptiens comme unélément destructible et par conséquent partiellement matériel tout au moins. Sous le nom de Double il était en quelques sorte l’émanation vivante du mort. Grâce à lui, le défunt pouvait vivre d’une vie véritable aussi intense et complète que la première. Mais le Double privé de son corps se serait trouvé désincarné, et frusté de ce fait du bénéfice de l’offrande funéraire ; c’est précisément pour le mettre à l’abri de ce danger que l’on apportait tant de soins à la momification du cadavre et que l’on murait le sarcophage dans l’espoir de le rendre inviolable. Malgré ces précautions la momie pouvait se décomposer ou être détruite par les profanateurs : c’est dans cette crainte que l’on fournissait au mort un corps de substitution ; une statue essentiellement destinée à remplacer pour le Double, au cas ou il Jui manquerait, le support matériel que constituait pour lui le corps véritable.
Bien entendu cette statue du Double devait être la représentation exacte du défunt; En général, la
tête seule était un portrait fidèle « c'était seulement
Ep Rae
dans le cas d’une difformité trop forte qu’on se départait de cet idéal; on donnait à la statue d’un nain toutes laideurs du corps d’un naïn et il fallait bien qu'il en fut ainsi. Si l’on avait mis dans la tombe une statue retouchée, le Double habitué pendant la vie terrestre à la difformité des membres n'aurait pu s'appuyer sur ce Corps qu'il n’aurait pas reconnu. L'artiste n’était libre que de varier le détail et de disposer les accessoires à son gré et n'aurait pu rien changer à l’attitude et à la ressemblance générale sans manquer à la destination de l’œuvre ».
La statuaire egyptienne nous donne ainsi à juger de véritables portraits qui permettent le plus souvent de porter un diagnostic précis.
Mais l’étude de l’iconographie egyptienne dans ses représentations pathologiques suggère maintes autres réflexions. L’on ne pourra manquer d’être frappé de rencontrer chez de grands personnages, de grands dignitaires de la Cour ou de l'Eglise des difformités qui pourtant n’ont pas été incompatibles avec l’accès du personnage à ses hautes fonctions.
Il ne s’agit pas là pourtant de ces blessures acquises sur les champs de bataille et qui ne font qu’ajouter à la gloire de celui qui les porte, mais il s’agit de déformations amoindrissantes et laides acquises dans l'enfance, et qui pourtant ne semblent pas avoir pesé
sur la destinée de ceux qui en furent affligés. Nous
LI pe re
n'approfondirons pas ces questions sur lesquelles il y aurait certes à méditer, mais il est permis d’admirer le raffinement de cette civilisation si lointaine où les vertus et les mérites de l’esprit pouvaient libre-
ment s'imposer.