Étude descriptive de la grande attaque hystérique
Sous le nom d’hystéro-épilepsie la plupart des auteurs ont désigné une affection mixte, composée à la fois d’hystérie et d’épilepsie. Les deux névroses seraient là à l’état de mélange ou de combinaison, à doses variables selon les cas.
Ils ont distingué deux formes principales : dans la première, il y a tantôt des accès d’hystérie, tantôt des accès d’épilepsie, toujours parfaitement distincts les uns des autres; dans la seconde, les accès se composent en môme temps de symptômes hystériques et de symptômes épileptiques réunis.
Sur la première forme, hystéro-épilepsie à crises distinctes, tous les auteurs sont d’accord. — Ce n’est pas que la dénomination d’hystéro-épilepsie qu’on lui donne, ne soit susceptible de discussion. Car si les deux maladies se rencontrent bien là chez une même malade, elles se montrent distinctes, se manifestant d’une façon complètement indépendante l’une de l’autre, et par les signes propres à chacune d’elles. De sorte qu’une malade peut être à la fois hystérique et épileptique, hystéro-épileptique si l’on veut, sans que pour cela il soit nécessaire de créer une espèce nosologique distincte, sorte d’hybride composé mi-partie d’hystérie et d’épilepsie.
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Mais c’est surtout sur la seconde forme, hystéro-épilepsie à crises combinées, que les avis sont partagés. —■ Les partisans de l’hystéro-épilepsie, affection distincte, veulent y trouver un argument en leur faveur. Les autres au contraire (Lonyer-Villermay, Tissot, Dubois d’Amiens, Briquet, Charcot) ne voient là qu’une forme grave de l’hystérie. L’épilepsie ne serait là que dans la forme extérieure; elle ne serait pas dans le fond des choses... La convulsion à forme épileptique y apparaîtrait, comme elle apparaît dans tant d’autres affections du système nerveux, à titre d’élément accessoire, sans rien changer à la nature de la maladie primitive (Charcot). C’est Vhystérie épileptiforme de Lonyer-Villermay, de Tissot, — Yhystérie à attaques mixtes de Briquet, — Yhystéria major, comme l’appelle quelquefois M. Charcot.
Il est donc intéressant pour juger la question de bien connaître la forme de ces attaques mixtes, où les symptômes hystériques et épileptoïdes se montrent à la fois. Or tous les auteurs n’ont vu là qu’un mélangeconfus de phénomènes, les uns hystériques, les autres épileptoïdes, enchevêtrés d’une façon plus ou moins inextricable et échappant, par le désordre dans lequel ils se produisent, à toute description méthodique et régulière.
Dans un des derniers ouvrages écrits sur la matière, Dunant, qui a puisé les éléments de son travail à la Salpêtrière, rapporte, en 1863, l’histoire d’une malade, Bosalie Ler., qui est encore à l’hospice, que nous avons pu observer, et dont les attaques, particulièrement intéressantes, nous offrent l’exemple d’une variété bien curieuse de l’attaque d’hystéro-épilepsie, comme nous aurons occasion de le montrer dans le cours de ce travail.
L’observation de Dunant nous montre que les attaques de Ler. ont toujours eu le même caractère, mais aussi que l’auteur n’a pas su en saisir la signification. Il n’est pas douteux en effet, que ce que nous voyons aujourd’hui n’ait existé de tout temps, et que l’hystéro-épilepsie.ne se soit présentée aux yeux des médecins d’autrefois sous les mêmes dehors que maintenant. Mais tous les ob-
•I. Ce sont les expressions mêmes de Dunant. Recherches et observations sur riiysléro-épilepsie. Thèse, Paris, 18(33.
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servateurs avaient passé sans en comprendre le sens caché, et sans découvrir les lois qui président à son développement. Ils avaient regardé sans voir. « C’est l’esprit qui oye et qui veoid », dit Montaigne. — C’est à M. le professeur Charcot que revient l’honneur d’avoir vu le premier en semblable matière, et d’être arrivé à une conception claire et simple de l’attaque d’hystéro-épilepsie. Pénétré de l’idée que rien n’est livré au hasard dans la nature, même quand il s’agit d’hystérie, et que les phénomènes en apparence les plus variables et les plus irréguliers obéissent toujours à une loi, M. Charcot a découvert l’ordre caché sous ce désordre apparent.
Il a groupé les symptômes de même ordre, divisant ainsi l’attaque en plusieurs périodes. — Il a montré ensuite comment les diverses périodes, subdivisées elles-mêmes en plusieurs phases, se succédaient toujours dans le même ordre pour constituer une attaque complète d’hystéro-épilepsie, et comment elles pouvaient se modifier diversement pour former autant de variétés, dérivant directement du type principal.
C’est sur ces données que j’ai entrepris ce travail qui n’est que la confirmation des idées de l’éminent professeur. Le titre que j’ai adopté montre le point de vue spécial auquel je me suis placé, m’attachant surtout à la description du symptôme. Ainsi restreint, le sujet est encore assez vaste. Si j’ai osé l’aborder et si j’ai pu le mener à bonne fin, je le dois à la bienveillance et aux conseils de M. le professeur Charcot, sous la direction duquel j’ai eu l’honneur et la bonne fortune de terminer mon internat. Je saisis avec empressement l’occasion de lui témoigner ma profonde gratitude.
Grâce au concours de mon excellent ami le D' Regnard, j’ai pu enregistrer, au moyen des procédés graphiques du D' Marey, les convulsions épileptiformes du commencement de l’attaque (première période, période épileptoïde). Les autres périodes échappent par la violence et l’étendue des mouvements à ces procédés d’investigation. Nous aurions désiré compléter nos recherches, en appliquant les mêmes moyens d’étude aux convulsions de l’épilepsie vraie. Mais malgré le grand nombre de malades épileptiques qui composent une partie du service de M. Charcot, nous n’avons pas
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été assez heureux pour donner suite à notre projet. La soudaineté des accidents de l’épilepsie vraie, leur peu de durée, la rareté de l’état de mal, l’impossibilité de provoquer l’attaque expliquent notre insuccès. La tâche nous a été au contraire relativement facile pour ce qui est de l’hystéro-épilepsie. Les malades sont prévenues longtemps à l’avance de l’invasion des attaques, l’état de mal hystéroépileptique est fréquent, et de plus l’existence de zones hyperesthé-. siées connues nous donne le moyen de provoquer et d’arrêter les attaques à notre gré. Nos graphiques ont donc pu être pris avec toute la précision des expériences de laboratoire, dans lesquelles l’expérimentateur dispose complètement du phénomène à enregistrer.
La plupart des malades hystéro-épileptiques qui ont été soumises à mon observation ont déjà leur histoire scientifique. Leurs observations ont été publiées tout au long, par M. Bourneville, dans diverses publications et principalement dans Y Iconographie photographique de la Salpêtrière. M. Charcot en a cité plusieurs dans ses Leçons sur les maladies du système nerveux. Les autres seront l’objet d’une description détaillée dans le IP volume de l’Iconographie, actuellement en cours de publication.
Mon intention n’est donc pas de rapporter tout entière l’histoire de chacune de nos malades. Je me suis contenté de consigner ce qui se rapportait directement à mon sujet, me bornant à l’étude de l’attaque. Le lecteur trouvera les détails de l’observation complète dans les ouvrages ci-dessus mentionnés.
Le but que j’ai poursuivi dans ce travail est triple ;
1° Démontrer par l’étude des faits soumis à notre examen la régularité de l’attaque hystéro-épileptique ou grande attaque hystérique.
2° Démontrer que la grande attaque hystérique est la même, quel que soit le climat sous lequel l’hystérie s’est développée ; démontrer par l’histoire des anciennes épidémies convulsives, que sous ce rapport l’hystérie n’a pas changé avec le temps.
3° Enfin démontrer que fattaque régulière peut se modifier diversement pour constituer de nombreuses variétés qu’il est possible
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de rattacher au type principal. L’attaque d’hystérie vulgaire ou petite hystérie n’est qu’une atténuation de la grande attaque hystérique ou attaque d’hystéro-épilepsie.
Ce cadre est fort vaste, comme on le voit, puisqu’il comprend non seulement l’affection que l’on désigne sous le nom d’hystéroépilepsie, mais l’hystérie tout entière et son étude dans l’histoire. Il demanderait pour être bien rempli, l’exposé de nombreux documents qui excéderaient les limites d’une thèse. J’espère cependant avoir indiqué les grandes lignes et n’avoir rien négligé d’essentiel à la démonstration. J’y ai joint les figures qui m’ont paru nécessaires à la compréhension du texte, et que j’ai recueillies moi-même dans le cours de mes observations.
Je me propose, dans un travail plus étendu, de traiter avec plus de détails un sujet si fécond, et de l’orner des nombreux dessins pris d’après nature, que je conserve encore en portefeuille.
La présente étude est divisée en deux parties principales. La première partie est consacrée à la description de la grande attaque hystérique dans son état de régularité et de complet développement. Les diverses périodes de l’attaque y sont décrites en autant de chapitres, suivant l’ordre de succession des symptômes. Dans le dernier chapitre se trouvent réunies les observations que j’ai pu re-cueillir en dehors de l’hôpital, et qui montrent que l’hystérie est la même partout, en France comme à l’étranger. Un parallèle établi entre notre description et celle que les auteurs classiques ont donnée de l’attaque d’hystérie vulgaire révèle les connexions intimes et souvent méconnues qui existent entre la grande et la petite hystérie.
Dans la seconde partie, les notions acquises plus haut sont utilisées pour l’étude des principales variétés : a, variétés résultant de modifications survenues dans les symptômes déjà existants, d’où : attaque épileptoïde, attaque démoniaque ou de contorsion, attaque d’extase, attaque de délire; b, variétés résultant de l’immixtion de phénomènes habituellement étrangers à l’attaque, d’où ; attaque de léthargie, attaque de catalepsie, attaque de somnambulisme, etc. L’étude de ces dernières variétés a pu recevoir quelque lumière.
INTRODUCTION
des observations de catalepsie et de somnambulisme hystériques provoqués, récemment faites sur nos malades de la Salpêtrière.
Enfin une troisième et dernière partie renferme un exposé succinct des divers moyens usités pour arrêter les attaques.
PRODROMES
Agitation et contractures partielles