‹ Étude descriptive de la grande attaque hystériqueChapitre 11 sur 70 · TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

U anesthésie totale, ou le plus souvent d’une moitié du corps (hémianesthésie), est un symptôme de l’hystéro-épilepsie et existe en dehors des attaques. Elle peut n’être pas complète, la piqûre est sentie, mais elle n’est pas douloureuse; c’est-l’analgésie. Pendant les jours qui précèdent l’attaque, l’anesthésie survient si elle n’existe pas et remplace l’analgésie. Dans tous les cas elle acquiert une fixité, rendant inutiles tous les moyens qui la font disparaître momentanément toutefois dans l’intervalle des attaques .

U hyperesthésie cutanée, limitée à certains territoires nerveux, n’est pas rare chez les hystériques et peut se rencontrer parmi les prodromes de l’attaque.

L’observation deRosenthal rapportée plus haut en est un exemple; mais il est à remarquer queles jours où l’hyperesthésie précédait les attaques, elle était remplacée par de l’anesthésie quand celles-ci devenaient imminentes.

La sensibilité spéciale est également affectée, et du même côté que la sensibilité générale, dont elle partage le sort. Les deux sensibilités sont également modifiées par les mômes agents, ce qui ne veut pas dire que l’une ne saurait exister sans l’autre. L’anesthésie cutanée peut exister sans que les sens soient atteints, bien que le fait soit rare, il est vrai. Et l’on conçoit parfaitement que l’anesthésie à un degré quelconque puisse intéresser l’un des sens, sans que la peau perde sa sensibilité. Cette considération ferait rentrer dans le cadre de l’hystérie ovarienne des cas qui s’en séparent jusqu’à présent, parce que l’altération des sens qui demande à être recherchée avec soin, a passé jusqu’ici inaperçue.

i. C’est ce que nous avons pu facilement observer chez M. B... dont nous avons parlé dés le début de ce travail. Après une guérison temporaire de huit mois, l’anesthésie revient précédant de huit jours une rechute. La veille de ses attaques on essaye de répéter, mais sans succès, une expérience qui autrefois ne manquait jamais de réussir chez elle. L’application d’une plaque de cuivre .sur une partie du corps anesthésiée, ramenait infailliblement en quelques minutes la sensibilité au point de contact. Dans la tentative faite peu de temps avant l’apparition des attaques, l’anesthésie ne s’est trouvée modifiée en aucune façon.

Ayant déjà traité longuement des hallucinations, je n’en parlerai pas ici.

La vision des couleurs se perd complètement, achromatopsie. L’amblyopie même peut être très accusée.

Ler... dit qu’elle devient sourde de l’oreille droite.

AURA HYSTERICA.

J’arrive maintenant aux phénomènes douloureux, qui constituent à proprement parler l’aura hysterica.

Les hystériques dont il s’agit portent en tout temps au ventre une douleur fixe, plus ou moins intense, et que M. Charcot, d’accord avec Schutzenberger contre Briquet, rapporte à l’ovaire. C’est l’hyperesthésie ovarienne ou ovarie.

Tous les caractères en ont été parfaitement tracés, il y a longtemps déjà parM. Charcot, dans ses Leçons sur les maladies du système nerveux. Nous lui laissons la parole :

« 1° Tantôt, c’est une douleur vive, très vive même : les malades ne peuvent supporter le moindre attouchement, le poids des couvertures, etc. ; elles s’éloignent brusquement par un mouvement instinctif, du'doigt investigateur. Joignez à cela un certain degré de gonflement de l’abdomen, et vous aurez l’ensemble clinique de ldi fausse péritonite — spurious peritonitis des médecins anglais. Il est évident qu’ici les muscles et la peau elle-même sont de la partie.

» 2° D’autres fois, la douleur n’est pas spontanément accusée; il faut la rechercher par la pression, et, en pareille circonstance, on noteles phénomènes suivants : a. la peau est partout anesthésiée; — b. les muscles, s’ils sont lâches, peuvent être pincés et soulevés sans douleur; — c. cette première exploration montre que le siège de la douleur n’est pas dans la peau ni dans les muscles. Il est par conséquent indispensable de pousser l’iuvestigation plus loin, et, en pénétrant en quelque sorte dans l’abdomen, à l’aide des doigts, ou arrive sur le véritable foyer de la douleur.

PRODROMES

Cette manœuvre permet de s’assurer que le siège de la douleur en question est à peu près fixe, qu’il est toujours à peu près le même : aussi n’est-il pas rare de voir les malades le désigner avec une concordance parfaite. Sur une ligne horizontale passant par les épines iliaques antérieures et supérieures, faites tomber les lignes perpendiculaires qui limitent latéralement l’épigastre, et à l’intersection des lignes verticales avec l’horizontale se trouve le foyer douloureux qu’accusent les malades et que la pression exercée à l’aide du doigt met d’ailleurs en évidence.

» L’exploration profonde de cette région fait reconnaître aisément la portion du détroit supérieur qui décrit une courbe à concavité interne : c’est là un point de repère. Vers la partie moyenne de cette crête rigide, la main rencontre le plus souvent un corps ovoïde, allongé transversalement et qui, pressé contre la paroi osseuse, glisse sous les doigts. Lorsque ce corps est tuméfié, ainsi que cela se présente fréqueinm.ent, il peut offrir le volume apparent d’une olive, d’un petit œuf. Mais, avec un peu d’habitude, sa présence peut être facilement constatée, alors même qu’il reste bien au-dessous de ces dimensions.

» C’est à ce moment de l’exploration que l’on provoque surtout la douleur, et qu’elle se révèle avec des caractères pour ainsi dire spécifiques. Il ne s’agit pas là d’une douleur banale, car c’est une sensation complexe qui s’accompagne de tout ou partie des phénomènes de y aura hysterica, tels qu’ils se produisent d’eux-mêmes à l’approche des crises, et cette sensation provoquée, les malades la reconnaissent pour f avoir ressentie cent fois.

«En somme, messieurs, nous venons de circonscrire le foyer initial de l’aura, et du même coup, nous avons provoqué des irradiations douloureuses vers l’épigastre {premier nœud de l’aura, dans le langage de M. Piorry),compliquées parfois de nausées et de vomissements; puis, si la pression est continuée, surviennent bientôt des palpitations de cœur avec fréquence extrême du pouls, et enfin se développe au cou la sensation du globe hystérique {deuxième nœud).

» En ce point, s’arrête dans les auteurs la description des irra-

diations ascendantes qui constituent l’aura hystérique. Mais, d’après ce que j’ai observé, l’énumération ainsi limitée, serait incomplète, car une analyse attentive permet de reconnaître, le plus souvent, certains troubles céphaliques qui ne sont évidemment que la continuation de la même série de phénomènes. Tels sont, s’il s’agit par exemple de la compression de l’ovaire gauche, des sifflements intenses qui occupent l’oreille gauche et que les malades comparent au bruit strident que produit le sifflet d’un chemin de fer; une sensation de coups de marteau frappés sur la région temporale gauche; puis, en dernier lieu, une obnubilation de la vue marquée surtout dans l’œil gauche.

y> Les mêmes phénomènes se montreraient sur les parties correspondantes du côté droit, dans le cas où l’exploration porterait, au contraire, sur l’ovaire droit.

» L’analyse ne peut être poussée plus loin : car, lorsque les choses en sont à ce point, la conscience s’affecte profondément, et dans leur trouble, les malades n’ont plus la faculté de décrire ce qu’elles éprouvent. L’attaque convulsive éclate d’ailleurs bientôt, pour peu qu’on insiste L »

Aux approches de l’attaque la douleur ovarienne s’exaspère et toute la suite des phénomènes douloureux de Vaura hysterica se produit spontanément. Ils reviennent sous forme de petits accès, d’abord éloignés, et qui se rapprochent à mesure que l’attaque devient plus imminente.

Gl... décrit ainsi un de ces petits accès : d’abord l’ovarie droite augmente subitement d’intensité. Puis la douleur monte au creux épigastrique, et de violentes palpitations soulèvent la poitrine. A la gorge, ce n’est plus une douleur, c’est une sensation de suffocation ; elle sent à la base du cou comme une petite pomme d’api qui l’étouffe (boule hystérique). Ensuite les sifflements d’oreille, qui peuvent exister dès le début, redoublent surtout du côté droit ; elle éprouve la sensation de coups de marteau dans la tempe droite et en môme temps celle de pression sur l’œil droit;

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