‹ Étude descriptive de la grande attaque hystériqueChapitre 16 sur 70 · II. — PHASE TONIQUE · texte numérisé non relu

II. — PHASE TONIQUE

La tétanisation musculaire n’arrive pas d’emblée à son maximum. Elle débute d’une façon brusque et s’accuse par degrés, comme le montre la ligne de début de nos tracés. Mais avant d’arriver à Vimmobilité tétanique, la malade exécute avec les membres quelques grands mouvements; ce qui nous conduit, pour plus de clarté, à subdiviser la phase tonique en deux parties ;

a. phase tonique avec mouvements à grand rayon ou convulsions toniques. (Fig. 5).

b. phase tonique avec immobilité tétanique ou tétanisme. (Pl.ll, p. 27).

a). — Phase tonique avec mouvements.

Les mouvements alors exécutés par la malade ont une grande analogie avec ceux qui se rencontrent dans Yépilepsie partielle. Ils ont pour caractères d’être d’une certaine lenteur, puisqu’ils sont exécutés par des parties du corps dont tous les muscles sont déjà contractés à un assez haut degré; de plus, ils sont étendus, ils produisent un déplacement du membre dans sa totalité; le plus souvent, ce sont des mouvements de circumduction. Ces deux qualités les distinguent des mouvements de la phase clonique, qui

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ïvlCHER,

sont précipités et provoquent dans les membres de courtes oscillations.

Cette parlie de la phase tonique se trouve représentée sur nos tracés (fig. 1, 2, 3, 4, 6, 8 et 10.) par une ligne, dont la courbe générale s’élève au-dessus du niveau de la résolution musculaire, pouT se rapprocher de plus en plus du plateau de la tétanisation. De plus, cette ligne est ondulée, et cette ondulation répond aux grands mouvement de flexion, d’extension ou de rotation du membre, pendant lesquels les muscles [sur lesquels se trouve appliqué le tambour explorateur, sont alternativement dans un état de contraction et de relâchement relatif.

Enfin, on peut remarquer une petite dentelure fine et assez irrégulière de toute la ligne, qui correspond à une légère trépidation dé tout le membre, et qui semble être la marque d’une tétanisation incomplète.

Ces convulsions toniques ont une physionomie particulière suivant les malades. Elles sont générales, mais le plus souvent avec une prédominance marquée d’un côté.

La tête se raidit, se renverse lentement en anâère, faisant saillir le cou qui se gonfle, ou bien subit un mouvement de rotation, tournant habituellement la face du côté du corps où prédontinent les convulsions, ou bien demeure rectiligne, un peu penchée en avant et s’enfonçant entre les deux épaules qui s’élèvent. La face, excessivement pâle tout d’abord, ne tarde pas à se congestionner. Le front se ride, les yeux convulsés cachent habituellement leur pupille sous la paupière supérieure, ou roulent dans l’orbite. La pupille est dilatée, quelquefois au contraire elle semble resserrée. L’immobilité n’existe pas plus là que sur le reste du corps. La bouche s’ouvre démesurément, la langue sort quelquefois et se meut d’une commissure à l’autre : ou bien les mâchoires sont fortement serrées, et, par un mouvement de déduction du maxillaire inférieur, la malade fait entendre un grincement de dents souvent très intense. Le nez se plisse différemment. Enfin toute la figure est grimaçante. Cette distorsion de la physionoinié se produit avec une lenteur relative, et par là même se distingue

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facilement de l’agitation convulsive et partielle des traits qui marque la phase clonique.

La respiration s’arrête brusquement comme dans le phénomène de l’effort. Mais nos tracés montrent qu’elle n’est pas dans les premiers instants complètement suspendue. Il se fait de temps à autre de rapides mais profondes inspirations. Le soulèvement de l'abdomen se produit en même temps que l’ampliation thoracique et aussi brusquement. Et pendant cette phase tonique les deux tracés du pneumographe, tracé du thorax et tracé de l’abdomen, marquent de grandes oscillations isochrones et à peu près identiques, tandis que, comme nous le verrons plus loin, dans la phase clonique, l’antagonisme règne entre les mouvements du thorax et ceux de l’abdomen.

Le gonflement du cou qui accompagne constamment la convul-

Fig. 5.

sion épileptoïde de l’hystérie est un phénomène important à signaler, car il ne se rencontre pas au même degré dans l’épilepsie vraie. Nous avons pu, M. Régnard et moi, en appliquant au tour du cou un des tambours du pneumographe, obtenir plusieurs tracés dont la courbe permet d’étudier plus sûrement les modifications de volume qu’il subit. On y voit (fig.IO, n“ 3) que le gonflement du cou débute brusquement. La ligne du graphique baisse par une ascension presque verticale et le plateau s’établit, mais il est bientôt interrompu par de soudaines ascensions. Ces ascensions de courte

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durée correspondent aux quelques inspirations rapides indiquées sur le tracé pneuinographique.

Les membres exécutent dès le début de la phase tonique quelques grands mouvements qui varient suivant les malades, mais qui, chez le même sujet, se répètent toujours à peu près de la même façon. Ce sont bien là les véritables convulsions toniques. Le plus souvent les bras exécutent de grands mouvements de circumduction qui peuvent se décomposer ainsi : (fig. 5) d’abord, mouvement de pronation avec flexion du poignet, le pouce contre la paume de la main et recouvert plus ou moins par les doigts fortement fléchis. Puis les bras s’élèvent, le coude se fléchit ramenant la main au niveau de la figure, et le membre tout entier reprend sa position première, étendu le long du corps, en accusant le mouvement de pronation. Ces mouvements se répètent trois ou quatre fois de suite.

Les jambes sont en même temps animées d’un mouvement analogue, se fléchissant et s’étendant tour à tour avec lenteur. La convulsion se montre quelquefois d’un seul côté et un seul bras exécute le grand mouvement dont il vient d’être question.

Le tronc, pendant que les membres s’agitent ne demeure pas immobile : il se tourne de côté, se fléchit ou s’étend.

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Marc... présente une grande variété dans ses mouvements toniques.

La face grimace affreusement. Les bras s’élèvent alternativement et exécutent une espèce de moulinet, par lequel les mains passent successivement devant la figure. Le poignet est fléchi, et les trois premiers doigts de la main, pouce, index, et médius sont étendus et écartés, pendant que les deux derniers sont fléchis. Le moulinet s’exécute parfois en plusieurs temps, et le bras demeure unmomentélevé au-dessus delà tête avant de redescendre, (fig. 7.) Les jambes non seulement se fléchissent mais s’élèvent et se croisent diversement. Parfois elle se trouve ramassée en boule et fait un tour complet sur elle-même. (Fig. 9.)

Si nous avons décrit aussi longuement ce commencement de

la phase tonique, ce n’est pas sans quelque raison, car bien que cette partie de la phase puisse être très courte et même ne pas exister du tout, il n’en est pas moins vrai qu’elle paraît spéciale à l’hystéro-épilepsie et que son extension explique l’aspect effrayant que revêt une des variétés de l’attaque hystéro-épileptique que nous étudierons plus loin, je veux parler des attaques démoniaques.

b). — Phase tonique avec immobilisation. (PI, 11, p. 27.)

Après les convulsions toniques, la malade se trouve bientôt immobilisée par la tétanisation musculaire portée à son comble. Ce,

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mcHËU.

moment est marqué sur nos tracés par une ligne droite, un plateau qui est le point culminant de toute la courbe.

La position de la malade ainsi immobilisée est variable, le plus souvent elle est dans l’extension complète et le décubitus dorsal.

La tête est renversée en arrière, le cou gonflé au plus haut degré, les veines y dessinent des cordes saillantes. Il est fortement cyanosé, ainsi que la face,- devenue bouffie et dont tous les traits sont contracturés et immobiles. L’écume apparaît aux lèvres.

Les bras sont étepdus dans l’addubtion et la rotation en dehors, le poignet fléchi, le poing fermé; parfois les deux mains, ramenées vers le milieu du corps, se touchent par leur dos etmêmese croisent. Les membres inférieurs sont également dans l’extension, les

genoux fortement appliqués l’un contre l’autre, et les pieds en pied bot équin tournés en dedans ou en dehors. (PI. il. p. 27.)

Le tronc, roidi comme une barre de fer, repose sur le dos ou sur l’un des côtés; il est fréquemment courbé en arrière comme dans l’opisthotonos.

Telle est l’attitude qui paraît la plus commune, mais elle peut varier beaucoup.

Le tronc et les membres diverseraerlt fléchis ou étendus peuvent donner aux malades les positions les plus imprévues et les

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plus bizarres (Fig. 11), que l’on serait tenté de confondre avec les contorsions de la deuxième période, dont nous parlerons plus loin, si l’on ne remarquait qu’au tétanisme musculaire s’ajoutent ici deux phénomènes épileptiques importants : la perte de connaissance, et le spasme de la respiration.

C’est ainsi que le corps, courbé en arrière et ne reposant plus que sur les pieds et la tête, peut simuler l’arc de cercle, et que les bras, étendus perpendiculairement au tronc, peuvent faire croire à l’attitude du crucifiement, qui est le plus souvent une attitude passionnelle de la troisième période.

Mais dans quelque situation qu’il immobilise la malade, le tétanisme se résout bientôt et la deuxième phase, celle des mouvements cloniques, apparaît.

§ ni. — PHASE GLONIQDE.

La phase clonique commence par de rapides et brèves oscillations du membre tétanisé. Elle est marquée sur nos tracés par une suite de dentelures, d’abord très fines, qui succède à la ligne droite du tétanisme. Peu à peu les dents s’accusent davantage en même temps que la courbe baisse vers la résolution. Dans son en-

Fig. 12.

semble la phase clonique est représentée par une ligne de descente. Les secousses élémentaires, dont le plateau du tétanisme représente la fusion, deviennent de plus en plus accentuées. Enfin suit souvent un plus ou moins grand nombre de grandes secousses très rapprochées les unes des autres et qui agitent le membre,

alors qu’il n’existe plus trace de tétanisation. En effet ces secousses sont marquées sur le tracé par de grands crochets, la plupart dicrotes, et dont la base ou point de départ est au niveau de la ligne de la résolution musculaire.

Les mouvements cloniques sont généralisés (fig. 12). Ils affectent tout le corps, les traits de la face sont agités convulsivement, la tête est animée d’oscillations rapides aussi bien que les membres. Mais le plus souvent ils prédominant d’un côté du corps, ils peuvent même s’y montrer exclusivement.

Ils surprennent la malade dans la position que lui a donnée la phase tonique, et à mesure que la résolution s’opère, le corps s’affaisse peu à peu et quitte par degrés l’attitude tétanique qu’il avait. En même temps la respiration suspendue reprend péniblement. Puis elle s’effectue dans le plus grand désordre, l’inspiration est sifflante et l’expiration saccadée; il y a parfois du hoquet; des mouvements bruyants de déglutition se produisent et le ventre est agité de secousses avec borborygmes sonores.

Nos tracés pneumographiques montrent bien le désordre qui existe à ce moment dans le jeu des agents mécaniques de la respiration. Dans la respiration normale, l’ampliation thoracique sefait en même temps que le soulèvement de l’abdomen; et il ne peut en être autrement, puisque l’augmentation de la capacité de la cage thoracique se fait par un double moyen, le développement des côtes et l’abaissement du diaphragme. Or le diaphragme en s’abaissant refoule les viscères ; et ceux-ci soulèvent passivement la paroi abdominale, qui ne joue plus que le rôle d’une membrane élastique. Mais supposons que les muscles de la paroi abdominale se contractent brusquement, leur effort vient combattre et annihiler celui du diaphragme. C’est ce qui arrive dans la phase‘clonique dont il s’agit : les muscles de l’abdomen sont pris de convulsions cloniques comme celles de tout le corps, et il en résulte, entre les mouvements du thorax et ceux de l’abdomen, l’antagonisme nettement indiqué sur nos tracés (fig. 10) où l’on remarque :

1° D’abord un petit tremblement fin de toute la ligne, qui n’existe qu’au commencement de la phase clonique et coïncide

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avec les courtes et rapides oscillations de tout le corps.

2° Les crochets sont en nombre égal aux deux tracés, ce qui montre la relation constante qui existe entre les mouvements du thorax et ceux de l’abdomen.

3“ Ils sont très rapprochés, en moyenne deux à trois par seconde. Rapidité des mouvements respii’atoires.

4° Ils sont irréguliers en hauteur, les petits s’entremêlant avec les grands. Inégalité des mouvements respiratoires.

5° Les crochets des deux tracés sont souvent opposés par leur pointe. Antagonisme du thorax et de l’abdomen.

Le gonflement du cou subit les mêmes variations, il diminue de volume à chaque inspiration, et les mouvements cloniques se trouvent aussi représentés par le tracé qu’il a fourni. Dans l’inspiration,les dépressions susclaviculaires font saillir les sternomastoïdiens.

Toute la face est agitée de contractions qui se succèdent rapidement, et l’écume coule en abondance.

Cependant le calme se fait peu à peu, troublé seulement par les grandes secousses dont nous avons parlé, qui prédominent souvent aux membres supérieurs ou d’un seul côté du corps. La tête elle-même participe à ces mouvements, qu’on ne saurait mieux comparer qu’à ceux produits par une commotion électrique. Mais d’abord très rapprochées, les secousses s’éloignent de plus en plus, pour faire place au relâchement musculaire complet qui constitue, la troisième phase de la période épileptoïde.

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