TROUBLES PSYCHIQUES
Les troubles psychiques sont les premiers qui apparaissent. Quelquefois huit jours avant l’attaque, la malade, ainsi quelle le "dit elle-même, se trouve changée. Elle est incapable de se livrer à un travail assidu, quel qu’il soit. Elle néglige ses occupations habituelles et dédaigne ses. distractions. Les sou.venirs de son passé et surtout ceux qui l’impressionnent péniblement, reviennent en foule à son esprit; elle ne peut s’en distraire. Les contrariétés du présent l’affectent vivement et les circonstances les plus insignifiantes prennent à ses'yeux une importance exagérée. Parfois elle tombe dans une mélancolie profonde qui peut aller jusqu’au désespoir.
Il n’est pas difficile aux personnes qui ont l’habitude de la fréquenter de prévoir l’imminence des attaques. Tout dans son extérieur trahit le trouble de son esprit; sa mise, habituellement empreinte d’une certaine recherche, est négligée; elle abandonne jusqu’aux soins élémentaires de propreté. On la voit les cheveux épars, la figure défaite, demeurer absorbée dans des réflexions sans fin; ou bien son regard perdu fixe un point dans l’espace et l’expression changeante de sa physionomie trahit la présence d’hallucinations dont nous aurons à parler dans un instant.
Ces accès de tristesse ou de mélancolie alternent avec des moments de folle gaieté, dont la cause est souvent aussi insaisissable. Les malades se livrent à toutes sortes d’enfantillages et un rien excite chez ellesunrire inextinguible. Souvent Marc... ^ trois ou quatre heures avant ses attaques, commence lé long répertoire de ses chansons et ne cesse qu’au moment où la crise convulsive vient brusquement l’interrompre.
Les facultés affectives sonf en même temps exaltées ou perverties. Les malades sont inquiètes, jalouses, soupçonneuses et
1. Voyez son observation dans l’Iconographie photographique de la Salpêtrière, par Bourueville et Regnard, t. I, page H0.
très-irritables. Elles ne peuvent plus supporter la moindre observation, et les personnes qui d’habitude ont quelque influence sur elles perdent tout leur ascendant. Elles ont envers leurs compagnes des élans d’amitié insolites, ou des mouvements d’une haine tout instinctive. Elles se renferment dans un mutisme obstiné que rien ne peut rompre, ou elles entrent dans des confidences sansraison et nullement provoquées.
Le plus souvent elles ne paraissent chercher la dispute que pour satisfaire à un besoin d’activité. Elles ne peuvent rester en place; elles ont des inquiétudes dans tous les membres, et il n’est pas rai’e de les voir tournei' contre les objets inanimés lé surcroît d’énergie qui les tourmente. Elles renversent et brisent ce qui se trouve sous leur main.
Cette agitation,accompagnée de grands cris, a parfois un aspect effrayant, mais elle n’offre jamais le danger du délire des épileptiques. L’impulsion à laquelle la malade obéit alors n’est pas un instinct de destruction envers autrui ou envers elle-même, c’est une agitation qui ne semble, avoir d’autre but que celui de faii’e du bruit et de dépenser au dehors un excès d’activité L
L’état psychique dont je viens dé parler, trouve encore un nouveau sujet de trouble dans des hallucinations qui obsèdent la ma¬
i. Au sujet de ces impulsions des hystériques le docteur .T. Moreau s’exprime
« C’est sous la pression d’idées de vengeance, de terreur, le plus souvent dans le but de prévenir un danger imaginaire, de repousser l’agression d’un ennemi, etc., que les aliénés, en général, se livrent à des actes dont ceux qui les entourent et les soignent sont trop souvent victimes. Il n’en est pas de même des hystériques et des hystéro-épileptiques. Un irrésistible besoin d’étreindre fortement les objets qui se trouvent à leur portée, de frapper, de mordre même, de déchirer leurs vêtements, ou tout simplement d’injurier, de chercher querelle, de taquiner, d’exciter l’impatience et la colère, s’empare d’elles brusquement, sans cause, et comme on dit vulgairement, sans rime ni raison. Elles n’en veulent aucunement aux personnes contre lesquelles elles s’emportent, ne sont mues ni par la haine, ni par la vengeance. L’impulsion, l’acte, semblent n’avoir aucune raiso n d’être et obéir aux mêmes lois que les mouvements désordonnés qui constituent leurs attaques, s (Traife pratique de la Folie névropathique, par le docteur J. Moreau. Paris, 1869, p. 17.)
PRODROMES
ladeet peuvent affecter tous les sens. Les hallucinations de la vue et de l’ouïe sont les plus fréquentes.
Il est une loi sur laquelle M. Charcot a insisté et qui établit une relation constante entre les sens atteints d’hallucinations et le siège de l’hémianesthésie. Les hallucinations de la vue les plus communes consistent en des visions d’animaux, chats noirs, rats gris ou diversement colorés, araignées, corbeaux, vipères... etc., ou animaux fabuleux. La vision n’est pas immobile, elle apparaît en marchant dans un certain sens, et dans une direction qui est toujours la même, et que M. Charcot a le premier indiquée.
Les chats, les rats, etc., courent en passant devant la malade, de gauche à droite ou de droite à gauche, suivant que l’hémianesthésie siège à gauche ou à droite. Le point de départ de l’hallucination est toujours du côté hémianesthésié. Mais, le plus souvent, le fantôme passe aux côtés de la malade, il vient de derrière elle pour s’évanouir en avant, et cela toujours du côté insensible. Ces visions sont diversement colorées; la malade voit aussi des scintillements d’étoiles, des boules brillantes et de diverses couleurs.
Gl... ^ quelques jours avant ses attaques, pendant qu’elle travaille à l’atelier, voit par instants aux fenêtres les carreaux se nuancer de teintes .variées, au point de ressembler à un vitrail d’église. Elle ajoute, ce qui est bien fait pour mettre le comble à l’illusion, qu’elle voit les reflets colorés à terre ou sur ses voisines.
Elle voit aussi des « rats très noirs et très sales », qui passent à sa droite et d’arrière en avant ; une fois, un gros chat saute sur ses genoux.
Wit... voit un lion rouge à sa gauche elle a par instants comme un brouillard devant les yeux.
Marie B... voit des chats noirs, des rats grimper a la tête de son lit, du côté droit ^ Aussitôt qu’elle s’assoupit, elle voit des hommes au pied de son lit, passant dans un sens ou dans