‹ Étude descriptive de la grande attaque hystériqueChapitre 41 sur 70 · ATTAQUE D’ATTITUDE PASSIONNELLE · texte numérisé non relu

ATTAQUE D’ATTITUDE PASSIONNELLE

des exemples de ce genre d’attaque. Les poses plastiques les plus variées durent parfois sans discontinuer pendant une demi-heure, puis une distorsion des traits, quelques battements de paupières, un grincement de dents, quelques grands mouvements toniques à peine esquissé.s, marquent le début d’une nouvelle attaque, et les poses plastiques recommencent aussitôt. La seconde phase, grands' mouvements et contorsions, n’existe pas.

L’influence de l’éther sur les attitudes passionnelles elles-mêmes est de les prolonger; chaque attitude dure beaucoup plus lontemps ainsi qu’on le remarque dans les attaques complètes qui surviennent quelquefois à la suite des inhalations d’éther.

« Les attaques d’extase, dit Briquet, peuvent se produire de deux manières ; quelquefois elles sont précédées par les préludes ordinaires des attaques de spasme ou de convulsions hystériques, de sorte que l’extase n’est qu’un des incidents de l’attaque ; d’autres fois les malades tombent brusquement en extase sans aucun prodrome. »

«. En somme les hystériques sont susceptibles d’arriver, par

l’excitation des attaques, à un maximum de puissance intellectuelle, comme elles peuvent, dans les convulsions, arriver à un maximum de puissance musculaire. »

C’est dans cette classe qu’il faut ranger les extases de Gen... et le crucifiement de Ler...

Nous empruntons la description de ces deux sortes d’attaques à l’ouvrage de MM. Bourneville et Regnard.

Extase. — G... est assise : tantôt la tête garde une attitude presque naturelle; les yeux sont légèrement dirigés en haut, les mains jointes reposent sur le lit; c’est l’attitude de la prière; — tantôt, la tête est un peu penchée en arrière; — d’autres fois, enfin, l’attitude est celle que l’on attribue a.uxilluminées, comme sainte Thérèse, etc... Dans ce dernier cas, la tête est rejetée en arrière, le regard porté vers le ciel; la physionomie, empreinte d’une grande douceur, exprime une satisfaction idéale ; le cou est gonflé, tendu ; la respiration paraît suspendue ; l’immobilité du corps entier est pour ainsi dire absolue. Les mains jointes, reposant sur la partie supérieure de la poitrine, complètent la ressemblance avec les représentations des saints que l’art le plus parfait nous a données.

Quelle que soit d’ailleurs l’altitude prise par la malade, elle la conserve durant dix, quinze, vingt minutes et même davantage. A la fin, aussi, on observe les mêmes contractions de la face, les mêmes modifications de la physionomie, le même délire érotique qui succèdent d’ordinaire au délire mélancolique. Seulement le contraste, alors, est beaucoup plus frappant. En effet, après avoir assisté à cette extase, dans laquelle la maladeest en quelque sorte transfigurée, l’observateur, non habitué encore à ces scènes, reste tout stupéfait en voyant ces contorsions hideuses de la face, cette expression de lubricité extrême que nous avons signalées. En pareille circonstance, la malade laisse retomber son corps sur le lit, relève sa chemise, écarte les cuisses; — ou bien, s’adressant à l’un des assistants, elle s’incline brusquement vers lui, disant :« Embrasse-moi!... Donne-moi... Tiens, voilà mon... «Et sesgestes accentuent encore la signification de ses paroles'. »

Crucifiement. — Les attaques dont nous avons parlé jusqu’ici constituent de véritables attaques démoniaques. Celles que nous allons décrire, et qui sont très rares, ont un caractère toutà fait opposé. Nous les désignerons sous le nom d’attaques de crucifiement. Elles sont précédées d’ordinaire par de l’agitation, un hoquet fatigant et des mouvements de déglutition. Bientôt, la tête se porte en arrière, les bras s’étendent, le tronc se raidit, les jambes deviennent rigides. Alors, le crucifiement est complet. Voici les caractères qu’il présente :

D’une façon générale, immobilité complète de la face, du tronc et des membres. La tête est rectiligne, fortement portée en arrière; les paupières sont entr’ouvertes et parfois animées de mouvements convulsifs très rapides; elles laissent voir les globes oculaires, qui sont immobiles, portés en haut et en dedans. Les muscles des mâchoires sont contracturés et les arcades dentaires, distantes d’un centimètre l’une de l’autre, ne peuvent être ni rapprochées, ni écartées.

La face antérieure du cou, arrondie, comme gonflée, est soulevée momentanément par de bruyants mouvements de déglutition. Les muscles du cou sont durs, tendus.

Les membres supérieurs, très contracturés et étendus perpendiculairement au tronc, sont en croix ; les mains sont fermées et les doigts fléchis si violemment sur la paume des mains qu’il est impossible de les allonger.

Le tronc est légèrement incurvé, de telle sorte que sa face postérieure est concave et que le ventre, par conséquent, est un peu projeté en avant. Les membres inférieurs sont rapprochés, allongés, les orteils sont fléchis, crochus.

En un mot, la rigidité est si accusée qu’on pourrait soulever le corps tout d’une pièce comme une barre de fer.

Ces attaques durent quelquefois six ou sept heures. La. descente de croix s’effectue peu à peu. Les membres qui, pendant l’attaque, étaient pâles, presque froids, deviennent bleuâtres et chauds ; les avant-bras se fléchissent,

t. Bourneville et Regnard, loc. cit. Observ. gén., t. I, p. 70.

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