ATTAQUE D’ATTITUDE PASSIONNELLE
puis s’étendent comme si la malade se délirait. Elle porte les mains à son cou, qu’elle déchirerait si on ne la surveillait. Elle a un hoquet qui se précipite de plus en plus. La tête se fléchit. L... semble se réveiller d’un songe : « Où suis-je? » Elle se soulève, s’assied, se lamente : «J’étais si bien là-haut, dit-elle... C’était si beau! » Enfin, elle se plaint d’être fatiguée, courbaturée.
Lorsqu’on demande à L... de raconter ce qu’elle a vu, sa physionomie revêt une expression de bonheur ; « Elle était dans le ciel au milieu d’une lumière éblouissante. Partout il y avait de la mousse, des petits saint Jean, des moutons frisés, des diamants qui brillaient, des dessins, des tableaux, des étoiles de toutes les couleurs... Notre-Seigneur a de longs cheveux bouclés, une grande barbe rouge; il est beau, grand, fort, tout en or. La sainte Vierge est dorée. Notre-Seigneur lui a parlé, mais elle ne peut se rappeler ses paroles. Elle n’a pu lui répondre, tant elle était émue. »
Elle gémit et paraît regretter de ne plus avoir ses visions L
Les convulsionnaires de Saint-Médard, dans ce que Carré de Montgeron appelle les représentations, prenaient des attitudes qu’on peut rapprocher de celles de Ler...
Non seulement de jeunes convulsionnaires prononcent de tels discours avec dignité, mais ils représentent de la manière la plus vive et la plus frappante sur leurs visages, par leurs gestes et toute leur attitude, les différents sentiments qui sont contenus dans leurs discours... Souvent, après de pareils discours, le convulsionnaire devient lui-même le portrait vivant de la passion de Jésus-Christ. Il tient ses bras en croix d’une manière immobile, pendant tout le temps que dure cette représentation, et toute l’attitude de son corps prend celle d’un crucifix.
Une douleur vive et tendre, supportée avec la patience la plus héroïque et la résignation la plus parfaite, se peint avec les traits les plus caractérisés sur son visage devenu plombé, dans ses yeux mourants, et dans les tressaillements de son corps.
Après être resté longtemps dans cet état, la pâleur de la mort couvre entièrement son visage : la couleur de ses lèvres desséchées devient noirâtre : ses yeux à demi fermés paraissent tout à fait éteints : sa tête, ne pouvant plus se soutenir, tombe sur sa poitrine, et j’en ai même vu une, dont la langue s’était si fort retirée dans le gosier, qu’on n’en apercevait plus aucune partie dans sa bouche, qui était restée entr’ouverte...
Au reste le surnaturel est bien plus marqué et plus frappant dans les tableaux vivants, qu’ils mettent sous nos yeux, des supplices que doivent endurer plusieurs des disciples du prophète (Élie), tableaux qui ne sont guère moins propres à édifier notre piété, que ceux des souffrances de notre divin modèle ^
1. Bourneville et Regnai'd, loc. cit., Observ. Ler., t. I., p. 22.
1. Carré de Montgeron, La vérité des miracles opérés à l'intercession de M. de Paris, t. II.