Le Progrès médical, ii“= 35, 36 et 39, année
2. L’expérience attribuée à Kirscher, (1616), était déjà connue de Schwenter (Deliciœ physicomathematicæ,l!iüriiherg, 1636), qui l’avait empruntée à un ouvrage publié sans nom d’auteur, par un Français. Sur l’état cataleptique chez les animaux, voy., en outre des travaux du D' Michea : Czermak, Archives de physiologie de l’homme et des animaux, Bonn, 1873 ; Preyer, die Kataplexie und der Tliiersehhellypnotismus, avec planches, léna, 1878.
ment d’un fort diapason; ce diapason, en métal de cloche, vibre soixante-quatre fois à la seconde. Il est mis en vibration au moyen d’une tige de bois qui en écarte violemment les branches ou d’un archet qui frotte son extrémité ouverte. Au bout de peu d’instants les malades entrent en catalepsie, les yeux restent ouverts, elles paraissent absorbées, elles n’ont plus conscience de ce qui se passe autour d’elles, et leurs membres conservent les diverses attitudes qu’on leur imprime ^ Si l’on arrête brusquement les vibrations du diapason, immédiatement se fait entendre le bruit laryngien, les membres tombent dans la résolution et les malades sont plongées dans la léthargie. — Ici la léthargie possède tous les caractères décrits précédemment. Au milieu de l’état léthargique, de nouvelles vibrations du diapason ramènent la catalepsie.
Il semblerait donc que la suppression de l’agent qui a provoqué la catalepsie soit la condition nécessaire de sa disparition pour faire place à la léthargie. Mais il faut que la transition soit brusque, la lumière par exemple éteinte tout d’un coup, ou bien les vibrations du diapason arrêtées soudaineraeût ; si on laisse les vibrations s’épuiser d’elles-mêmes, la catalepsie persiste.
L’action de l’agent quiaproduit la catalepsie peut donc s’épuiser, disparaître, et la catalepsie n’en persister pas moins. En effet, nous voyons la malade sur laquelle on a répété ces diverses expériences, demeurer pendant quelque temps, un quart d’heure ou une demi-heure — jusqu’à ce que les distractions, une petite promenade au grand air, aient tout fait disparaître, — dans un état de prédisposition tout spécial qui fait qu’elle entre en catalepsie toute seule sans l’intervention appréciable d’aucun agent extérieur, comme par les seules tendances de son organisme ébranlé.
1. Nous avons vu que lorsque les malades étaient rendues cataleptiques par la lumière, il suffisait de leur fermer les yeux pour les plonger dans Télat léthargique. Dans le cas présent, la même manoeuvre ne conduit pas au même résultat. Tant que dure la vibration sonore, l’on peut fermer les yeux de la malade, et la catalepsie n’en persiste pas moins.
SIXIÈME OBSERVATION. — CATALEPSIE ET SOMNAMBULISME HYSTÉRIQUES PRODUITS SOUS l’influence D’UN BRUIT INTENSE ET INATTENDU.
Il était intéressant de rechercher si dans l’expérience précédente la catalepsie et le somnambulisme hystériques étaient survenus sous l’influence d’une impression auditive ou de l’ébranlement communiqué à tout le corps par la propagation des vibrations de la caisse sonore.
L’observation suivante, sans éliminer l’influence de la vibration communiquée au corps, montre que l’impression auditive suffit pour produire la catalepsie.
28 novembre 1878. —Plusieurs hystériques sont réunies dans une même salle, et pendant que d’un côté l’on cherche à détourner leur attention, de l’autre un coup vivement porté sur un gong chinois produit le bruit assourdissant que tout le monde connaît. L’émoi est grand, une seule. B..., tombe subitement en catalepsie; elle est immobilisée dans l’attitude de la frayeur, le corps penché en avant et les deux mains levées à hauteur des oreilles. La catalepsie paraît plus intense qu’habituellement, ses membres se laissent déplacer et conservent la nouvelle attitude qu’on leur communique, mais ils sont le siège d’une certaine raideur.
En lui fermant les yeux, la léthargie ne survient pas. Mais en répétant les coups sur le gong et en arrêtant subitement les vibrations, elle tombe en léthargie; de nouveaux coups de gong la mettent en catalepsie.
On la réveille par la pression ovarienne : elle recouvre ses sens, mais un rééultat bien inattendu se produit. —Elle ne reconnaît personne, ne répond en aucune façon aux questions qu’on lui adresse, récite d’une voix monotone, avec des gestes incohérents, une sorte de discours interminable, composé de mots et de membres de phrases sans suite, et n’ayant aucun sens déterminé. Em voici un exemple :
« C’est ainsi qu’il a jugé le contraire de se mettre à la portée... C’est ainsi qu’il court sans cesse avec les générosités à lui pré-
sentes, qu’une personne était seùle à remettre les endroits difficiles de la terre... Il était lâche de comprendre cette défiguration personnelle... Le raisonnement était bien humble, bien pensif à tous ses devoirs... C’est certain, c’est sa manière de vivre,.. Le redoutable coup de tonnerre fait écrouler les maisons. Le reçu de coup fatal de sa poitrine, une partie du monde qui était entré dans Paris... Il s’était fait mourir pour s’atténuer le complément, car la fin du mois est arrivée capable de dissimuler dans les siècles des siècles... C’était le premier juin, il était rentré dans sa maison, il a fait beaucoup de peine, il avait voulu se venger contre les coupables des coupables, il s’était arrangé de manière à défiler les ‘couteaux pour donne'r des coups de pied... etc. »
Elle est anesthésique totale et n’a plus de zone hystéro-épileptogène.
Elle s’endort plus difficilement par le regard. Le son, la lumière, la cataleptisent; alors on peut lui donner une attaque convulsive ou la plonger dans le sommeil léthargique. Quand elle se réveille, elle sort comme d’un rêve et conserve pendant quelques instants sa raison, l’hémianesthésie et les points hyperesthésiques. Mais bientôt on voit son visage s’assombrir, elle repousse du geste les personnes avec qui elle causait et reprend ses interminables divagations, perdant à la fois la raison et les points hyperesthésiques et devenant anesthésique totale.
Elle demeure dans cet état mental jusqu’au 3 décembre.
Le 1" et le 2 décembre, elle a des attaques composées d’accès épileptoïdes et de délire avec agitation. Quand on comprime la région ovarienne, elle recouvre la raison avec le calme ; mais, les attaques terminées, elle se trouve dans le même état mental qu’auparavant.
Enfin, le 3 décembre, à la visite du matin, B... vient au-devant de nous, nous annonçant qu’elle a perdu les points hyperesthésiques. — Elle a complètement recouvré la raison. On ne peutlui donner une attaque en lui pressant entre les deux épaules, comme cela a lieu habituellement chez elle. Mais elle reste hémianesthésique. Pendant le sommeil hystérique provoqué par la fixité du re-
gard, retour des points hyperesthésiques, qui disparaissent quand elle est réveillée.
' On comprendra que devant un semblable résultat, nous ne nous soyons plus permis de répéter cette expérience chez nos
autres malades qu’avec la plus grande réserve. Cependant, le bruit du gong est loin d’exercer un effet toujours aussi désastreux sur l’intelligence.
Cl... est très facilement cataleptisée par ce procédé. L’expérience, répétée bien des fois chez elle, n’a jamais eu de consé-. quences fâcheuses. Elle est subitement immobilisée dans l’attitude où elle se trouve. Par exemple : la séance terminée, au moment où elle sort de la salle, on donne un coup sur le gong, elle est subitement immobilisée, la jambe levée, le corps penché en avant, comme dans l’acte de marcher ; seulement ses mains se sont rapprochées des oreilles, comme pour éviter un bruit assourdissant (fig. 30).La physionomie conserve le plus souvent l’expression de l’effroi, les yeux sont ouverts. Si on lui ferme les paupières, survient l’état léthargique et tout le cortège des phéno-
mènes décrits dans la première observation. Un nouveau coup sur le gong la rend cataleptique.
Elle ne conserve au réveil aucun souvenir du bruit qui a causé la catalepsie.
Elle se prête assez volontiers à ces expériences, qui n’ont pas l’air de lui sembler trop pénibles. Un jour nous la prions de frap¬
per elle-même sur le gong (fig. 31). A peine, a-t-elle donné le coup sur l’instrument, qu’elle se renverse en arrière, prenant un point d’appui sur le mur près duquel elle se trouve; ses deux bras, tenant encore les deux parties de l’instrument, s’élèvent presque horizontalement et elle demeure ainsi immobilisée. Au bout de quelques instants, on lui ferme l’œil droit, le bras droit retombe et la main laisse échapper le percuteur; on ferme ensuite l’œil gauche, le bras gauche retombe et la main laisse échapper le gong. La léthargie est complète.
SEPTIÈME OBSERVATION. — CATALEPSIE ET SOMNAMBULISME HYSTÉRIQUES, PRODUITS SOUS l’influence DU REGARD.
Des effets absolument semblables à ceux que nous venons d’exposer, sont obtenus sans l’intervention d’un foyer lumineux ou des vibrations sonores. — Il suffit de fixer la malade dont le regard est dirigé sur celui de l’expérimentateur. B... dont la sensibilité à ce genre d’expériences est ti’ès grande, tombe presque immédiatement dans le carus léthargique, précédé de l’inspiration sifflante habituelle. Chez les malades plus longues à endormir par ce moyen, la léthargie semble précédée d’une sorte d état cataleptique. Tout ceci s’obtient sans passe aucune, et sans que la personnalité de l’expérimentateur y soit pour quelque chose.
Une fois la malade endormie de cette façon, il suffit de lui ouvrir les yeux pour la rendre cataleptique ; et l’on peut répéter à volonté, et nous ajoutons sans grande fatigue pour la malade, toute la série des expériences reproduites plus haut.
Dans cette expérience, la malade paraît être plongée d’emblée dans l’état léthargique sans 'passer par l’état cataleptique comme dans les expériences précédentes. Mais si l’on y regarde de près, on vérra que l’ordre de succession est toujours le même et que la catale^ie passe inaperçue. Chez une malade un peu longue à endormir par ce procédé, on remarque qu’à un certain moment, le regard devient d’une fixité particulière,la conjonctive est injectée, l’œil larmoyant. Si alors l’expérimentateur s’éloigne graduellement, il pourra parvenir à fixer cette phase qui n’est autre que l’état cataleptique; en effet, la malade abandonnée à elle-même ne se réveille pas, elle ne tombe pas non plus dans le sommeil. Son œil demeure toujours grand ouvert, elle est immobile, ses membres conservent l’attitude qu’on leur communique ; en un mot, elle est cataleptique.
Nous avons observé chez une de nos malades endormie par cè procédé, quelques détails de la léthargie hystérique qui, tout en différant un peu de la description que nous en avons donnée.
RIGHER.
n’en rentre pas moins, quant à ses traits principaux, dans l’ordre général. Ainsi la résolution des membres n’est pas complète. Pendant le sommeil léthargique avec hyperexcitabilité musculaire, la catalepsie existe à un léger degré dans les membres supérieurs, quelquefois dans un seul. Ils sont le siège d’une certaine raideurÆ‘à\s> l’état cataleptique est bien imparfait, car le membre soulevé ne tarde pas à retomber peu à peu et par degrés, suivant la loi de la pesanteur. Il suffit d’ouvrir les yeux à la malade pour la rendre complètement cataleptique et faire cesser l’hyperexcitabilité musculaire. Les deux états, léthargie et catalepsie, n’en sont pas moins nettement caractérisés. Dans le premier persiste, il est vrai, un certain degré de catalepsie, mais la catalepsie est imparfaite et partielle, elle n’occupe pas tout le corps; il y a de l’hyperexcitabilité musculaire. Dans le second la catalepsie est parfaite et générale; il n’y a plus d’hyperexcitabilité musculaire.
Cette observation nous a conduit à rechercher si, chez les autres malades qui ont une résolution plus complète pendant la léthargie, ces phénomènes de catalepsie imparfaite pouvaient être également obtenus. Nous y sommes arrivés facilement chez B... ; mais deux conditions deviennent alors indispensables pour faire conserver au membre la position que l’on désire lui voir garder : ou bien il faut que le membre soit brusqué, ou bien il faut le maintenir quelques instants avant de l’abandonner à lui-même.
HUITIÈME OBSERVATION. - LÉTHARGIE HYSTÉRIQUE PRODUITE SOUS L’iN-