I®'. — CATALEPSIE HYSTÉRIQUE PROVOQUÉE
A. Mode de production. —Nous avons vu la catalepsie survenir sous l’influence d’une vive lumière (Obs. I), des vibrations du diapason (Obs. V), ou du bruit du gong (Obs. VI). La fixité du regard (Obs. VII, la concentration de l’attention, l’imagination, une impression morale même peuvent, chez une hystérique, provoquer la catalepsie. Toutes les pratiques usitées dans l’hypnotisme peuvent faire naître l’état cataleptique; nous voyons en effet la catalepsie signalée comme le phénomène le plus fréquent de l’état hypnotique : « Il est, dit Mathias Duval, le premier qui se produise. »
D’après Spring (cité par Duval), on pourrait s’assurer que parfois, dans l’inhalation de l’éther et du chloroforme, des phénomènes cataleptiques partiels se montrent passagèrement avant que la narcose soit complète. Chez Wit..., nous avons vu parfois les inhalations d’éther provoquer un état cataleptique parfait, qui se transformait immédiatement en léthargie par la pression sur les globes oculaires. Une sorte de catalepsie passagère, toujours d’après la remarque de Spring, survient, même dans l’état de santé, à la suite d’une émotion profonde. On voit des personnes, saisies subitement d’horreur ou d’effroi, s’arrêter immobiles comme une statue, raides et privées de sentiment, les bras levés ou étendus, dans des poses expressives.
Il est intéressant de rapprocher de la catalepsie produite par les coups portés sur le gong, les effets cataleptiques occasionnés par les coups de tonneri’e. Doit-on y voir l’influence du bruit, de l’émotion, ou de l’ébranlement occasionné par le choc en retour?
Puel rapporte l’observation de deux domestiques frappées de catalepsie le même jour, à la même heure, aux deux extrémités de
lia VARIÉTÉS DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE.
la ville, pendant un orage et au moment où venait d’éclater un violent coup de tonnerre. Chez toutes deux, il y avait perte de la voix et de la parole, et les autres symptômes musculaires caractéristiques de la catalepsie existaient sans qu’il y eût perte de connaissance. Enfin elles furent guéries l’une et l’autre dès le lendemain. La première était une jeune fille et l’autre était âgée de trente à quarante ans.
B. Caractères. — Ils ne diffèrent pas de ceux que l’on assigne généralement à la catalepsie spontanée. L’abolition ou la suspension des fonctions sensoriales est apparente, sinon réelle. Au sortir de l’accès, la malade perd complètement le souvenir de ce qui s’est passé.
La catalepsie n’atteint que les muscles de la vie de relation ; ceux de la vie organique en sont exempts. Tout le corps possède la propriété de conserver, souvent pendant un temps relativement long, les positions les plus étranges qu’on lui communique. La résolution musculaire peut être complète et les membres conservent une grande souplesse. On les meut avec la plus grande facilité, ils obéissent de suite aux diverses impulsions et paraissent d’une légèreté extrême.
Mais il peut exister un degré variable de rigidité musculaire qui a fait comparer par les auteurs la sensation que l’on éprouve en déplaçant les membres cataleptiques, à celle que donne la flexibilité de la cire.
L’intensité de l’état cataleptique semble en rapport avec la raideur des muscles, si nous nous en rapportons à ce que nous avons observé sur B... qui, habituellement souple dans la catalepsie provoquée par .le regard, présenta une raideur très manifeste quand la catalepsie fut occasionnée par un violent coup de gong.
L’œil est le plus souvent ouvert et les paupières ne sont pas animées du clignotement qui se rencontre dans la léthargie hystérique ; pas de convulsion des globes oculaires; quelquefois il y a du trisraus.
L’hyperexcitabilité musculaire, qui est également un des signes de la léthargie hystérique, n’existe pas ici. Il est impossible
de provoquer par une excitation mécanique la contraction ou la contracture permanente du muscle. La friction ou le massage sur le membre cataleptique n’amène aucune modification dans l’attitude provoquée. Cependant, le muscle conserve la propriété de proportionner le degré de sa contraction à l’effort qu’il doit vaincre. Ainsi le bras étendu perpendiculairement au corps gardei'ala même position, malgré le poids dont on peut charger la main.
Enfin, un des caractères qui n’est pas le moins intéressant est le phénomène de la suggestion (Obs. I).
Tels sont les signes de cet état qui nous paraît présenter les caractères dç la catalepsie, à ce point qu’il mérite seul d’en conserver le nom. Nous le distinguerons du second état que l’on pourrait cataleptiforme, qui accompagne souvent la léthargie hystérique et que les auteurs ont toujours confondu avec le premier. Nous donnerons les signes différentiels de ces deux états,qui, tout en présentant une certaine analogie par le dehors, nous paraissent de nature différente quant au fond.
La catalepsie cesse par le retour à l’état normal ou par le passage à l’état léthargique.
Une excitation légère suffit pour réveiller la malade : souffle sur le visage, pression ovarienne, etc.
La pression sur les globes oculaires, comme la suspension brusque de l’agent qui a produit la catalepsie (Obs. I, V, VI). amène la production de la léthargie avec hyperexcitabilité musculaire.
§ II. — LÉTHARGIE HYSTÉRIQUE PROVOQUÉE S’ACCOMPAGNANT DE SOMNAMBULISME ET d’H YPEREXCIT A BILITÉ MUSGULAIRE.
A. Mode de production. — L’état léthargique succède le plus souvent à l'état cataleptique; il est amené par la suppression brusque de l’agent (lumière, vibrations sonores) spus l’influence duquel s’est produite la catalepsie.
Pendant l’état cataleptique, quel qu’ait été son mode de produc-
tion, l’abaissement de la paupière supérieure fait le plus souvent tomber la malade en léthargie.
Enfin, la pression sur les globes oculaires peut chez certaines hystériques produire directement la léthargie. La fixité du regard, les pratiques hypnotiques, conduisent au même résultat, mais parfois en faisant passer la malade par un état cataleptique de peu de durée, quoique fort appréciable.
Toutes les hystériques ne sont pas également susceptibles de devenir léthargiques ou cataleptiques sous l’influence des procédés indiqués.
« Les hystériques envisagées au point de vue de la prédisposition à la catalepsie, dit Lasègue, peuvent se diviser en deux classes ; les unes excitables, mobiles,spasmodiques même dans l’intervalle des accès, moralement irritables et impulsives; les autres calmes, somnolentes, demi-torpides,réagissant peu, plus promptes à pleurer qu’à s’irriter. Les malades de cette seconde classe doivent être choisies pour cette recherche spéciale *. »
Le même auteur dit un peu plus haut que la catalepsie ainsi caractérisée ne survient que chez les femmes en pleine évolution hystérique.
B. Caractères. — Lasègue décrit ainsi l’invasion du sommeil hystérique provoqué par la pression oculaire.
« Lorsque, chez une hystérique du type que je viens d’indiquer, on applique la main sur les yeux ou qu’on ferme les paupières, par n’importe quel procédé, la malade éprouve une sensation d’engourdissement toute particulière. Elle répond aux questions, elle exécute, quand elle n’est pas ataxique, les mouvements qu’on lui prescrit, mais avec une paresse croissante. Peu à peu la respiration se fait avec plus d’efforts, les parois de la poitrine se soulèvent davantage, les globes oculaires sont convulsés en haut, la malade cesse de répondre et elle s’endort d’un sommeil profond, identique au sommeil naturel, avec cette différence qu’elle reste plus insensible aux bruits du dehors : on a beau l’appeler à haute voix,