‹ Étude descriptive de la grande attaque hystériqueChapitre 68 sur 70 · IV. — COMPRESSION DE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

IV. — COMPRESSION DE L’OVAIRE

La compression de F ovaire du côté où siège l’ovarie amène d’ordinaire l’arrêt immédiat des convulsions. Ce procédé employé autrefois, mais complètement oublié depuis longtemps, a été remis en honneur par M. Charcot, qui s’exprime ainsi dans ses Leçons sur les maladies'du système nerveux :

c( La meilleure condition pour une démonstration parfaite des effets de la compression ovarienne, en pareil cas, est que la malade soit étendue horizontalement sur le sol, ou, si cela est possible, sur un matelas, dans le décubitus dorsal. ■ ^ -

» Le médecin, alors, ayant un genou en terre, plonge le poing fermé dans celle des fosses, iliaques que l’observation antérieure lui aura démontré être le siège habituel de la douleur ovarienne.

» Tout d’abord, il lui faut faire appel à toute sa force afin de vaincre la rigidité des muscles de l’abdomen. Mais dès que celle-ci une fois vaincue, la main perçoit la résistance offerte par le détroit supérieur du bassin, la scène change, et la révolution des phénomènes convulsifs commence à se produire.

» Des mouvements de déglutition plus ou moins nombreux,et parfois très bruyants, ne tardent guère à se manifester; la conscience alors presque aussitôt se réveille, et, à cet instant, tantôt la malade gémit et pleure, criant qu’on lui fait mal, — tel est le cas de Marc... —, tantôt, au contraire, elle accuse iin soulagement, dont

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ItlCBEK.

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elle témoigne sa reconnaissance :— <r Ah! C’est bien! Cela fait du bien! », s’écrie toujours, en pareille circonstance, la nommée Gen... K

» Tant que dure la compression ovarienne, l’attaque est éloignée, pour paraître aussitôt que cesse la compression. On peut ainsi, en suspendant un moment la compression pour la reprendre, arrêter l’accès, ou le laisser se reproduire en quelque sorte autant de fois que Ton veut. »

Nous avons voulu soumettre à la méthode graphique ce singulier phénomène. On trouve le résultat auquel nous sommes arrivés sur la fig. 32.

Une attaque commence en T, la période tonique se développe. On produit brusquement la compression en C et les muscles se relâchent immédiatement. On cesse la compression en T^, le retour de la tétanisation a lieu aussitôt, pour cesser de nouveau en C^, au moment où Ton exerce une nouvelle compression.

Cette possibilité de supprimer complètement les accès, tant que la compression ovarienne est maintenue, a conduit notre collègue et ami Poirier à imaginer un appareil compresseur destiné à remplacer la main, et qui permît de reconnaître : a. si la compression prolongée continuerait d’être efficace; b. si l’état de mal hystéroépileptique céderait devant cette compression prolongée, ou si sa durée en serait seulement abrégée; c. si enfin les malades pourraient supporter cette compression sans inconvénient.

1. La pratique des secours dans l’épidémie de Saipt-Médard, trouve son explication dans le soulagement qu’éprouvaient les convulsionnaires sous Tinlluence de la compression ovarienne.

Ces secours en effet consistaient en manœuvres ayant pour but de déterminer une forte compression de l’abdomen, ou de le frapper violemment à l’aide d’un instrument ou d’un objet quelconque.

Carré de Montgeron fait remarquer que les coups ne soulageaient que lorsqu’ils pénétraient profondément: « ... Il est très-important, dit-il, de remarquer que la force des coups qu’on donne aux convulsionnaires, n’est point arrêtée sur la superficie de la peau.

J Par exemple, le chenêt, lorsque les coups en sont frappés avec beaucoup de

violence.semble devoir écraser tous les viscères qui se trouvent sous le poids

de ses coups, et c’était pour lors que la convulsionnaire s’écriait avec un air de contentement peint sur son visage : « Ha ! que cela est bon ! Ha ! que cela me fait du bien ! Courage, mon frère, redoublez encore de forces si vous pouvez. » (Carré de Montgeron, loco citato.)

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Nous empruntons la description de son appareil et les résultats qu’il a obtenus à l’article qu’il a publié dans le Progrès médical (n” 25,1878).

« Compresseur des ovaires (fig. 103). — L’appareil se compose d’une gouttière matelassée, destinée à recevoir le bassin, soutenue et embrassée par une lame métallique, dont les extrémités percées d’un trou vertical reçoivent les deux bouts d’un arc de cercle cylindrique qui passe au-dessus du ventre. — Sur cet arc de cercle

chemine une bague à vis supportant une tige métallique arrondie. — Sur cette tige, seconde bague supportant la grande vis de pression.

» Les deux bagues pouvant être fixées par une vis sur un point quelconque de la tige cylindrique qui les supporte, il s’ensuit que l’on peut diriger l’axe de la grande vis de pression dans telle direction que l’on voudra, et la maintenir immuable dans cette direction.

» A l’extrémité de la grande vis de pression est vissée une pelote compressive en liège et à pression continue au moyen d’un ressort

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à spirale; la pelote est cylindro-conique ou en forme de fer à cheval, suivant que l’on se propose de comprimer un seul ou deux ovaires. (Fig. 103, 5. C.)

» Deux coins de bois, pouvant entrer plus ou moins profondément entre la gouttière et la lame métallique qui la supporte, permettent de conformer les dimensions de la gouttière à celle des bassins différents; deux courroies à boucle achèvent de fixer l’appareil.

» Pour appliquer le compresseur, on passe la gouttière sous la malade, et on l’adapte au bassin (son bord inférieur s’appuie de chaque côté sur la saillie du grand trochanter). On engage ensuite les deux extrémités de l’arc métallique dans les trous de la lame et on les fixe plus ou moins profondément à l’aide de vis, suivant que le ventre de la malade est plus ou moins gros. Ceci fait et les vis des bagues étant plus ou moins desserrées, on cherche l’ovaire de la main gauche, tandis que la droite approche la grande vis et la place dans une direction telle que la pelote qui la termine vienne rernplacer la main qui comprime. Il ne reste plus alors qu’à serrer les deux vis pour garder cette direction et à tourner la grande vis de pression jusqu’à ce que la pelote compressive soit venue remplacer la main qui lui cède peu à peu la place.

» Cet appareil a été expérimenté à la Salpêtrière dans le service de M. Charcot, sous l’inspiration duquel il a été créé. Voici les résultats obtenus :

» Observation I. — Gl..., hystéro-épileptique, 23 août, 1878. En attaque depuis le matin; on établit la compression à 3 h. de l’après-midi, et on ne la lève qu’à 10 h. du soir. Pendant ce temps la malade a mangé et dormi. A 10 h. on enlève l’appareil, les attaques reprennent ; légère inhalation de chloroforme et tout est fini pour ce jour-là. La malade n’accuse aucune douleur abdominale.

» Depuis, l’appareil a été appliqué un grand nombre de fois sur cette même malade, toujours avec le même succès; quelquefois même l’application de l’appareil compresseur pendant plusieurs heures, a suffi.pour produire la cessation momentanée de l’état de mal, sans qu’on ait été obligé de recourir à un agent anesthésique.

» Observation II. — Wift..., hystéro-épileptique. L’appareil compresseur a été appliqué souvent sur cette malade, pendant 12, 24 et même 48 heures.

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pour interrompre un état de mal. Jamais les attaques ne se sont présentées pendant la durée de la compression. Toujours, quand on cessait la compression, les attaques reparaissaient, mais il suffisait toujours aussi d’une légère inhalation de chloroforme ou d’éther pour les faire cesser complètement; tandis qu’il faut revenir plusieurs fois à ces inhalations avant de voir cesser les attaques, quand on n’a pas recours au compresseur.

» Observation III. —Ba..., hystéro-épileptique. Sur cette malade l’appareil a été appliqué très souvent, soit pour interrompre une série d’attaques, soit pour prévenir les attaques. La malade, prévenue par les prodromes qui annoncent les crises, demandait le compresseur qu’une fille de service lui appliquait; elle le gardait pendant une heure ou deux, puis l’enlevait ellemême quand elle sentait que les menaces de mal étaient dissipées. Chez elle aussi, la compression a interrompu complètement et pour plusieurs jours une série d’attaques qui venait de commencer; cela à différentes reprises. La compression réussit également bien contre le délire qui succède chez elle à l’attaque et on peut graduer le retour à l’état de raison en établissant graduellement la compression.

» Les malades manœuvrent elles-mêmes l’appareil, augmentent ou diminuent la compression, suivant quelles se sentent plus ou moins menacées. De plus, elles peuvent se tourner dans leur lit, se coucher sur le côté, se soulever pour qu’on les change, manger, dormir. Cette compression est, d’ailleurs, absolument indolore ; après 48 heures d’application, on constate seulement un peu de rougeur de la peau, mais pas la moindre douleur soit superficielle, soit profonde.

» Il n’est pas besoin de surveiller la malade, l’appareil n’offrant aucun danger, même s’il vient à se déranger, puisque la pelote est vissée à l’extrémité de la grande vis de pression.

» Signalons encore la disparition des points hystérogènes, qui cessent d’exister pendant que la malade subit la compression et qui reparaissent aussitôt l’appareil enlevé. »

Toutes les malades ne sont pas également sensibles à la compression ovarienne. Chez quelques-unes, la compression est aisée et ne demande que peu de force; chez d’autres, la résistance des parois abdominales est un obstacle fort difficile à surmonter. Enfin il est des cas rares où la compression ovarienne échoue complètement.

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La compression de l’ovaire, qui arrête les attaques, peut, en deh ors des crises, déterminer la production des phénomènes douloureux de l’aura et même parfois provoquer l’accès complet.

L’ovaire se rapproche par là des autres points hyperesthésiés qui peuvent exister sur le corps, entre les deux épaules par exemple, ou au point d’émergence des nerfs intercostaux. En effet, de même qu’une première excitation de ces zones d’hyperesthésie provoque les convulsions, une nouvelle excitation peut les arrêter.

L’importance des fonctions de l’ovaire explique la fréquence de l’hyperesthésie dont il est le siège, et les effets si accusés de sa compression. Ce qui légitime, pour l’hyperesthésie ovarienne, une mention spéciale parmi les zones hyperesthésiées.

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