CHAPITRE III
' ' • SYNTHÈSE DE l'iDÉE DE l'ÉGLTSE.
Après avoir déterminé et développé les trois éléments renfermés dans l'idée de l'Église ,jef nous devons encore montrer dans quel rapport ces éléments se trouvent ensemble et comment ils concourent à former Vidée une et complète de l'Église. Dans les deux chapitres précédents, nous avons été conduit à indiquer ces relations; nous n'aurons donc plus qu'à rappeler les idées émises à ce sujet el à les développer. Nous insérons dans ce chapitre la critique des doctrines et des opinions les plus marquantes de nos jours sur l'idée de l'Église*. Leurs différences reposent, à notre avis, uniquenient
' Le ra/ionali.tm£, en enseignant que l'honimc a en lui-même les forces siiflisantes pour .s<- ri^générer, est la n^{;ation absolue de l'Église; il ne peut donc pas avoir de doctrine sur l'idée de l'Église. Faire de l'Église, comme le voudraient quelques rationalistes, la réunion d'un certain nombre d'hommes, ayant en commun des principes religieux quelconques, ou poursuivant un idéal pliilosopiiiquc plus ou moins déterminé, c'est méconnaître les principes les plus élémentaires du christianisme , et fausser la signiticaUon historique du iiiol Égi/se.
sur la différence de leur synthèse des trois moments renfermés dans l'idée de l'Eglise. Trouver la vérité sous ce rapport, faire une synthèse juste et vraie, c'est là notre dernière tâche dans ce travail.
En distinguant dans l'idée de l'Église les idées d'Église instilutioy delectus et communio, nous sommes loin de vouloir scinder l'unité de l'idée de l'Église et d'établir trois Églises. D'autre part, nous ne voulons pas non plus nous lancer dans les utopies d'une Église idéale. Nous tenons à exposer l'Église telle qu'elle est, et non telle qu'on pourrait s'imaginer qu'elle devrait être. Nous croyons que l'Église, telle qu'elle est, est réellement l'Église telle que Jésus-Christ l'a voulue. Mais ici il s'agit de s'entendre.
L'Église elle-même est une réalité; l'idée de l'Église ..^ est une idée abstraite adéquate à cette réalilé.-KH^ren- 1 aj^U*^ ferme les trois éléments que nous avons vus, et ces éléments constituent l'Église. L'idée de l'Église sera donc l'idée complexe correspondante.
Les trois éléments constitutifs de l'Église sont inséparables. Les croyants ne sont arrivés à la foi que par les moyens de grâce, et ils cherchent toujours à former •des sociétés extérieures. L'Église iustitutio n'existe réellement que dans l'Église delectus, et cette dernière n'a sa raison d'être que dans la première. Delilzsch montre très-bien que ces deux idées : « L'Église est la colonne de la vérité,» et: «La vérité est le fondement de l'Église,» ne sont nullement en contradiction {Vier Bûcher von der Kirche, III, 423; cf. Luther, W., XVI, 2786). Lorsqu'on considère l'Église dans ce monde, il est impossible de concevoir l'Église delectus sans l'Église instUutio. L'une est le corollaire de l'autre. L'idée de l'es-
sence de l'Église est donc une. — Passons à l'élément secondaire. L'Église selon son essence devient pour ainsi dire concrète dans l'Église communio. Celle-ci, comme manifestation extérieure des deux éléments essentiels , lient de l'Église institutio et de l'Église delec- % tus. Elle tient de la première en ce qu'elle fait passer cette institution divine dans les formes d'une institution luimaine; elle tient de la seconde en ce qu'elle cherche à manifester extérieurement la communion intérieure. L'Église essentielle ne se confond pas avec ce vêtement humain qu'elle a pris naturellement, mais elle n'en est pas non plus dépouillée dans ce monde. L'Église institution l'Église delectus et l'Église communio se réunissent pour former une unité, pour former l'ÉGLISE. La conception adéquate de cette Église est l'IDÉE DE L'ÉGLISE.
Celte Église n'est point une chimère; elle existe réellemcnl ; elle est telle que Jésus-Christ l'a voulue; elle est la vraie Église de Dieu. Mais il ne faut pas la confondre avec ce qu'on appelle parfois vulgairement l'Église , en désignant sous ce terme l'ensemble de toutes les Églises organisées avec tous les individus qui y ont été baptisés. Si c'était là l'Église, évidemment elle serait une caricature de l'Église du Christ. Pour se former une idée vraie de l'Église, il faut savoir abstraire de ce qui porte vulgairement le nom d'Église, tout ce qui ne mérite pas ce nom: la fausse doctrine, l'incrédulité et la forme de l'organisation'.
* Le rapport des incrédules avec l'Église a été suffisamment traité , pour ne plus donner lieu à des difficulléii. Us occupent dans l'idée de l'Église la place qui leur revient.
Nous avons vu que les trois élénienls de l'idée de l'Église sont inséparables; cependant ces éléments ne sont pas toujours également accentués; et c'est là ce qui donne à l'idée de l'Église une certaine élasticité. Selon le point de vue auquel on considère l'Église, on appuie plus ou moins sur l'un ou sur l'autre des trois éléments, ou sur deux éléments réunis. Il existe même des combinaisons plus compliquées. On n'a qu'à jeter un regard dans un ouvrage théologique ancien ou moderne pour s'assurer de ce fait; et d'ailleurs les citations que nous avons faites dans le cours de ce travail, suffisent pour confirmer notre assertion. Nous n'aurons maintenant plus de difficulté à comprendre un auteur ecclésiastique, quand il appelle l'Église tantôt la mère des croyants, tantôt l'ensemble des croyants, tantôt la communion extérieure de ceux qui professent la même foi. Nous ne l'accuserons pas d'avoir une idée confuse et indéterminée de l'Église. Il n'y a qu'un esprit superficiel qui puisse faire de pareils reproches.
Cependant nous n'irons pas jusqu'à prétendre que tous les auleui s ecclésiastiques ont la même idée de l'Eglise. Les luttes religieuses et les divisions dans la chrétienté durent naturellement amener des différences dans la conception de l'idée de l'Église. Ces différences non-seulement existent encore de nos jours, mais elles se multiplient d'année en année. Nous tâcherons de prouver qu'elles reposent sur le besoin de ramener les antithèses à l'unité. Une analyse imparfaite a compliqué les difficultés, et on est arrivé aux théories les plus contradictoires. Néanmoins, hâlons-nous de le dire, un sentiment, une appréhension, une idée vague de la vérité , ou , pour mieux dire , la conscience chrétienne
a presque toujours empêché les fausses lliéories d'arriver à leurs conséquences extrêmes.
En examinant les différentes théories sur l'idée de l'Eglise, nous remarquons qu'il y a deux tendances extrêmes entre lesquelles se meuvent toutes les autres. L'une est la tendance romaine, l'autre la tendance unioniste.
Le catholicisme réunit l'Église institutio et communia de manière à ne plus faire de distinction entre ceS deux éléments ; il confond les deux idées. L'Église deieclus est rejetée à l'arrière-plan; elle devient la plebSy le grex, le populus. Alors la défmition de l'Église est très-simple : « L'Église est l'institution établie pour le salut des hommes. » On ne dislingue plus l'institution divine de l'institution humaine. Et comme le clergé est l'organe et le représentant de cette institution, on arrive facilement à dire : L'Église est le clergé. Dans un sens plus large, on appelle aussi l'Église l'ensemble de ceux qui sont sous le gouvernement du pape. Le fond de ridée reste toujours le même. Bcllarmin dit : Ecclesia est cœtus hominum ejusdetn christianœ fidei professione et eorumdetn sacramentonm communione colligatus, sub regimine legiiimorum pastorum ac prœcipue unius Christi in tenis vicarii liomani Pontificis. — Ecclesia est cœtus hominum ita visihilis et palpabilis ut est cœtus papuli Romani, vel regnum Galliœ aut respublica Venetonm {lib. de Eccl., III, c. 2). Une conséquence naturelle , c'est d'appliquer à l'Église communia tout ce qui se dit de l'Église institutio et vice versa. C'est ainsi que le principe « extra ecclesiam nulla salusy » si vrai relativement à l'Église institutio, exclut aussi de l'Église tous ceux qui ne sont pas soumis au
pape. Bcllarmin csl con^snquenl qunnd il dit: Nemo poU'sty ctiam si velU, subesse Christo et commttnicare ctm ecclcsia cœlesti, qui non subest Ponti/ici (L. III , c. 5). Si le concile de Trente ne s'est pas prononcé clairement sur l'idée de l'Église, le catéchisme romain csl d'autant plus explicite (Pars I, c. 40). Nous comprenons facilement comment, avec le système épiscopal, on a pu arriver à une pareille doctrine; aussi la trouvons-nous déjà dans les premiers temps de l'Église. A côté des plus beaux passages, nous en trouvons d'autres qui sont d'un rigorisme effrayant. Oui pourrait mieux exposer l'idée de TÉglise institutio que Cyprien, quand il dit : lllius fetu nascimnr, illius lacté nutrimur, illius spiritu animamur. Hœc nos Deo seirat, hœc filios regno quos generavit assignat (Œuvr. de Cyp. , Venise 1728, p. 397). Et ce môme Père dit quelques pages plus loin, en parlant des schismatiques : Taies etiamsi occisi in confessionc nominis fuerint, macula istanec sanguine abluilur. — Occidi talis potest , coronari non potest p. 401 sq.). Plus conséquent que l'Église catholique, il rcfu.sait de reconnaître la valeiu- du baptême administré par un hérétique. Une des inconséquences heureuses, auxquelles nous avons fait allusion plus haut, a empêché l'Église catholique d'arriver à cet extrême, quoique la pratique de nos jours prouve au peuple le contraire. Le même sentiment l'a empêchée de prononcer orficiellement la damnation des croyants dans les autres communautés religieuses; l'inconséquence n'est que voilée quand elle les appelle membres invisibles de l'Église catholique, quand elle les compare aux Juifs dans la diaspora.
L'u»io/m;n^ est diamétralement opposé à la tendance
romaine. II est la conséquence du piélismo el se confond souvent avec lui. Comme le piélisme, il appuie presqu'exclusivemenl sur Tidcc de l'Église delectus. L'ensemble des croyants, voilà TÉglise. L'Église institutio et communia sont rejetées à l'arrière plan. L'Église invisible ! c'est là le grand mol de l'unionisme. On n'a pas égard aux différences dogmatiques qui divisent les Églises, pourvu que l'Église contienne un certain nombre de dogmes jugés nécessaires pour arriver à la foi. On n'est, il est vrai, pas encore d'accord sur cette quintessence du christianisme, mais il sulTit d'admettre le principe ; pour le reste on se plaît dans le vague. Quant à l'organisation , elle est une œuvre humaine, et si l'on ne peut pas s'en passer complètement, elle est du moins parfaitement indifférente. En tout cas, elle est beaucoup trop compliquée dans les Églises organisées de nos jours. D'après les principes exposés, il est du devoir de tous les chrétiens, c'est-àdire de tous ceux qui prefessenl le minimum nécessaire de la doctrine chrétienne, de renverser les murs qui les séparent et de se réunir « dans l'amour. » Cependant, comme dans ce bas monde, même une pareille société ne pourrait exister sans règlements aucuns, une entente fraternelle établirait quelques mesures d'ordre simples et justes. Alors l'Église unie serait réalisée, et elle prendrait tout simplement le nom d'Église chrétienne. Quelques essais de fonder une pareille Église ont été faits de nos jours; l'Amérique surtout a été fertile sous ce rapport; mais un peu d'expérience suffira pour faire reconnaître que de pareilles institutions ne sauraient subsister. Il n'y aura jamais une < Église unies» proprement dite; car il manque à l'unionisme deux
éléments constitutifs, indispensables à une Église, un système de doctrines complet et exclusif et une organisation correspondant à l'esprit de ces doctrines ; en d'autres termes, il lui manque une juste appréciation de l'Église institutio et communia. L'union porte en ellemême le principe de sa mort; aussi est-elle rarement conséquente jusqu'au bout. Cependant l'unionisrae, comme tendance, restera toujours.
Nous venons d'exposer deux tendances, qui toutes les deux exercent une grande influence sur notre époque. Cette influence provient essentiellement de ce que les deux tendances ont à leur base des éléments de vérité, des principes fondamentaux, établis sur les saintes Écritures , et de tout temps confessés par l'Église. Toutes les deux ont leur racine dans l'idée vraie de l'Église ; mais comme elles n'embrassent pas celte idée dans son ensemble, comme elles s'attachent trop exclusivement à l'un ou à l'autre de ses éléments , ces deux théories divergent telfement dans leurs conséquences, qu'on a de la peine à y trouver un seul point de contact.
Il s'agit de réunir ces deux antithèses. Ce travail est la tâche de l'Église protestante, et surtout de l'Église luthérienne de notre époque. Les grandes luttes religieuses de nos jours culminent dans la lutte relative à l'idée de l'Église. Les diverses opinions, comme les flots d'une mer agitée, vont se briser d'un côté contre la doctrine romaine, de l'autre contre l'unionisme, et reviennent bientôt chercher un milieu , où elles puissent trouver le repos et la paix dans la vérité. Heureusement il y a un point où tous les partis protestants sont d'accord, c'est le principe évangélique de la justification
par la foi. Tous admellenl que l'Iiomme arrive à la foi par les moyens de grâce, et que tous les croyants sont membres du corps de Christ. C'est là déjà un grand point de ralliement. A ce point de vue nous pouvons considérer la lutte avec tranquillité. Kous sommes sur le terrain de la Réformation, sur le terrain protestant. Aussi nous garderons-nous bien d'accuser ceux qui se rapprochent de la doctrine romaine, «de faire les yeux doux à rÉglise catholique,) comme certains d'entre leurs adversaires aiment à s'exprimer. El d'autre part nous n'accuserons pas non plus les unionistes «d'avoir le cœur rempli de haine contre l'Église.»
Tout d'abord nous trouvons dans l'Église protestante deux grands partis, dont l'un est pour et l'autre contre l'union entre l'Église luthérienne et l'Eglise réformée. Le premier a eu pour conséquence la fondation des Églises unies de Prusse, de Nassau , de la Bavière rhénane, du grand-duché de Bade et autres. Le second se lient strictement aux confessions de foi, soit luthériennes, soit réformées, et dans les pays oïli l'Union a été établie, il a eu pour conséquence la fondation d'Églises séparées de l'Église nationale. La lutte contre l'Union est spécialement partie de l'Église luthérienne, et cela est naturel, car l'Église luthérienne seule compromettait par Jà son existence. Dans la réunion de l'affirmalion et de la négation, il n'y a que l'aftirmalion qui risque de perdre.
Mais les luthériens eux-mêmes ne sont pas complètement d'accord sur l'idée de l'Église. Dans la période du développement d'un dogme, il se manifeste toujours différentes théories. Aujourd'hui c'esl le cas pour l'idée de l'Église. Cerlesi, l'entenle serait beaucoup facilitée,
si les deux tendances extrêmes ne contenaient chacune qu'un seul élément. Mais la tendance romaine contient deux éléments pour ainsi dire inséparables et cependant absolument hétérogènes, et réclamant une place tout opposée dans l'idée de l'Église. C'est ici que réside une grande difficulté. On remarque trois éléments, mais comment les séparer et comment les réunir? Tontes les différences entre les théologiens luthériens reposent sur la différence dans cette combinaison. Nous ne pouvons pas entrer dans des détails à ce sujet, cependant nous tâcherons d'exposer et de motiver ces différences aussi clairement que possible.
Nous rencontrons ici deux tendances principales. La première, représentée par Kliefoth, Vilmar, LÔhe, considère l'Église essentiellement comme institution divine. L'accent principal tombe sur l'Église institutio. Nous ne croyons pas faire tort à cette tendance en lui reprochant de confondre le plus souvent l'Église institutio et l'Église communiOy et de ne pas assigner à l'Église delectus sa vraie place dans l'idée de l'Église. Cette tendance repose sur l'antithèse contre l'unionisme d'une part et contre le démocratisme dans l'Église d'autre part. En Amérique elle est portée à son dernier extrême par le synode luthérien de Buffalo, présidé par Grabau.
L'opposition contre cette tendance appelée «: romanisante:» est représentée par l'école d'Erlangcn (IlÔfling, Hofmann , Thomasius, Ilarnack), par Philippi, Harless etc. Ces théologiens partent du point de vue de l'Église delectus, et appuient essentiellement sur cet élément dans leur définition de l'Église. C'est de la conmunio sanctonm qu'ils font sortir l'Église imtitatio et conmunio. Ordinairement ils lient très-intimement l'Église de-
■liti.
lectvs nt rfipliso communio rn (nul que crllo-ci est la inaiiile^tation fie la coininiujiuii des croyaiils. L'idée de coniinuiiion joue un prand rôle. L'Éi^lise insfitutio cl son afipni'ilion extérieure dans l'Église organisée sont souvent conlondues et nereçoiveutpas la place qui leur convient dans ridée de l'Église. Celte tendance mène nécessairement dans la pratique au démocratisme » quoique les théologies qui la partagent se donnent toute la peine possible pour se défendre contre cette conséquence. On en voit les résultais dans le synode luthérien du Missouri (sous la présidence de Walther), qui professe exclusivement cette doctrine. i
Entre ces deux tendances viennent se placer une foule d'essais de conciliation et d'autres essais d'une construction indépendante de l'idée de l'Église.
Dclitzsch elMvinclimeyer fondent l'Égli.se sur la l'orce objective du baptême. Le premier la considère comme rensQmble des baptisés, le second comme la mère qui parle baptême engendre des enfants i Dieu. Le premier est plus subjectif, le second plus ol:{jeclif. On y remarque les deux tendances cr-dessus indiquées. L'un sert de correctif à l'autre.
Les luttes récentes dans l'Église lulliéi ienne séparée en Prusse, ont donné naissance à deux idées de l'Église reposantsur une nouvelle syntliè.so. Ces deux lliéoriesappuyant exclu.-^ivenient sur l'essence de l'Eglise, rejettent complètement l'idée de l'Église cmnmunio de l'idée de rÉglise. L'une, représentée par Dicdrich, accentue tout spécialfflnent l'idée de r%lÎBe âisfitelio: c L'Église est la vérité. > L'autre, représentée par Ehicrs , attache plus d'importance à l'idée de l'Église deleetvt : « Les croyants sont l'Église. » Ici nous avons de même les deux points
de vue menlioiincs plus liaul. En claguanl les idées de communion cl d'organisation de l'idée de l'Église, ces théories mènent nécessairement à l'indépendantisme, malgré tous les ciïorls de leurs défenseurs à prouver le contraire. En ontrecelledeDiecJrich donne une puissance illimitée au pastoral, tandis que la seconde remet cette puissance entre les mains de la commune. Il n'y a plas le contrôle réciproque, indispensable à l'existence durable de toute institution ici-bas.
En passant en revue les difTérents systèmes que nous venons d'exposer, on reconnaîtra qu'ils ne font que démontrer la nécessité et la justesse de la conception Irichotomique de l'Église, telle que nous l'avons déterminée dans notre travail. On verra aussi que le rapport dans lequel nous avons placé entre eux les trois éléments de l'idée de l'Église, éléments dont l'analyse et la synthèse rencontrent tantde difficultés dans la théorie et dans la pratique, nous laisse dans un juste milieu et nous présene des tendances extrêmes.
Les différentes théories que nous venons de voir, ont dû nécessairement paraître dans le cours du développement d'un dogme qui renferme des éléments si divers. L'esprit humain borné, limité cl semblable à un pendule oscillant d'un côté h l'autre, a dû suivre sa marche naturelle et rester fidèle aux lois qui lui sont inhérentes. Le dogme de l'Église n'a pas échappé au sort de tous les autres dogmes chrétiens; mais nous sommes convaincu que, comme eux, il sortira aclievc et parfait de la fermentation dans laquelle il se trouve de nos jours.
Nous avons essayé de mettre la main à ce travail , et nous serons heureux si notre fi)ible concours n'est point
fe
absolument inutile. Ce qui nous le fait espdrer, c'est que nous avons la conscience d'avoir pris pour base et pour point de départ le centre de la doctrine et de la vie chrétiennes, le dogme de la justification par la foi, et de nous être placé sur le terrain de la Reformation luthérienne , convaincu que le fait même de cette Réformation et son développement normal reposent sur la vraie idée de l'Église.
Vu , le président de la soutenance , BRUCH.
Pcrmi» d'imprimer, Strasbourg, le 30 juillet 18M.